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Manka talèbo

De
58 pages
Entre républiques sanglantes et colonies étranglées, des mots confondus, comme un charnier de graisse à libation, des mots de tortures infinies. A tue-tête, à tue-corps, à tue-rêve. Et parmi les larmes mortifères, faire hurler la voix de dix mille poètes. Enterrés, incarnés. Incarcérés, incinérés. Un chant criblé de balles, le tam-tam ancestral, celui du supplice battant le rituel de survie… Une conscience aiguisée comme jamais, des images fortes et un hymne de souffrance à faire trembler la terre entière: lyrique et implacable, la plume de Roger Konan Langui entraîne le lecteur dans une spirale de révolte, quelque part entre hier et aujourd’hui. Le laissant sans voix, mais habité par celle d’une Afrique meurtrie.
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Manka talèbo
Konan Roger Langui Manka talèbo ou Chant rituel pour lAfrique
Publibook
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IDDN.FR.010.0114799.000.R.P.2010.030.40000
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication aux Éditions Publibook en 2010
À Langui Yoboué François, À Yéboué NDri, À Kokora Akissi.
Préface Cest avec un réel plaisir que jai accepté de préfacer ce poème de Konan Roger Langui intitulé Manka talèbo. Dabord, parce que ressortissant du même terroir que lauteur, je partage avec lui la valeur symbolique de certaines représentations socio-culturelles ; ensuite, jai reçu cette offre de mon jeune collègue comme un honneur, puisquil pouvait aussi bien porter son choix sur dautres personnes certainement plus qualifiées que moi en la matière.
Ma qualité de linguiste plutôt descriptiviste ma fait craindre, de prime abord, de ne pas pouvoir entrer comme il se devait, dans un texte qui solli-cite beaucoup plus lémotion née de la magie des associations de mots, dimages et de symboles que la sécheresse dune certaine rationalité analytique. Mais je nai pas mis longtemps à trouver la clef qui me permette dentrer dans ce long labyrinthe dont le fil dAriane est la voix mille fois sacrée de l"Attoungblan", le tam-tam parleur. Et cette clef se trouve logée dans le titre baoulé du poème : Manka talèbo kà tal [manέ bò] «je suis res-té/abandonné sous le mur». Le poète, tel un or-
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phelin, est resté assis sous le mur de la maison familiale en ruine. Orphelin de son terroir natal défiguré par une horde « denfants pachydermes » jouant au "Che" dans leurs accoutrements ridicules, il pleure de révolte sur la terre dEburnie saccagée par des prédateurs de tout acabit et dénonce avec la force du désespoir, les sempiternelles meurtrissures dune Afrique qui tarde à se mettre debout.
Manka talèboest un poème expiatoire, un chant rituel de libations construit selon deux mouve-ments dinégale longueur. Le premier, qui occupe les deux tiers du texte, consacre une évocation des forces maléfiques qui, pour le coup, semblent triompher définitivement. Ce premier mouvement, en effet, est une complainte rythmée par la douleur, la résignation, la tristesse et la mort comme en témoignent les «larmes mortifères de Guitrozon» et les «charniers délinqués de la voûte des nuits». La voix sacrée de lAttougblan se fait lugubre et funeste pour conter les violences qui ont ensan-glanté Bouaké, Tiébissou, Sakassou et la Côte dIvoire et qui continuent de balafrer lAfrique. La Camarde, en ces temps de désolation extrême, bénéficie du soutien de milliers de mains qui lui tiennent la faux. Ce sont celles des «mandibules du songe» et autres «gales de faubourgs». Le résultat de leur macabre besogne, cest une «répu-blique sanglante qui sempiffre de viol», ce sont ces «rondes cannibalesques» avides de «chairs cramoisies» dont les victimes les plus remarqua-
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