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Merveille

De
96 pages

Qu’est-ce qu’une naissance sinon un miracle, la rencontre du merveilleux au cœur de l’ordinaire. Merveille est un recueil de fragments poétiques brodés autour de la rencontre d’une mère et son fils. Paroles de l’essentiel, poésie incarnée, ode à la vie naissante au cœur du quotidien.


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175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-73285-9

 

© Edilivre, 2014

Dédicace

 

 

À Imran, à Riad

Merveille

 

 

Il s’agit avant tout d’amour. Lorsque l’on ouvre une lettre d’amour, on est d’abord ébloui par la lumière qui en émane. Rieuses, des fleurs nous sautent au visage, des oiseaux s’envolent. Viennent alors les mots comme autant de notes d’encre.

Ces impressions immenses, ces moments de joie pure, sont le miel de la vie. C’est cela qui nous nourrit, ce sont ces joies que nous emportons partout avec nous, au creux de l’âme, jusqu’au souffle dernier, celui qui jette notre âme dans les bras de Dieu.

Celui qui a été touché un jour par la grâce, celle de l’amour ou celle du désespoir, celui-là voit la vie avec d’autres yeux. Celui-là sait qu’une fenêtre sur son être est désormais ouverte au monde.

Espoir, lumière, joie, autant d’équivalents pour un mot souvent malmené : Amour. Voilà d’où nous venons, ce que nous cherchons notre vie durant, notre ultime adresse. Tout ce qu’il y a à savoir, c’est que notre incomplétude nous rend parfait.

Alors, une lettre d’amour, ce n’est peut-être pas chose très sérieuse ni très utile, certes. Mais la vie ne nous envoie-t-elle pas de lettres quotidiennement ? Aimer et écrire, ne s’agit-il pas au fond de la même chose ? Après tout, ce sont les petites choses inutiles qui sauvent le monde chaque jour.

*
*       *

Tu es né de Dieu, et tu es né d’une mère. Une femme a eu la patience infinie de te porter, de te bercer, de te nourrir. Tout cela par amour de la vie. Porter un enfant, c’est l’appel de la vie à poursuivre son œuvre : toujours plus de vie, toujours plus d’amour. Même si la mère n’en a pas conscience. Les choses les plus importantes se décident parfois dans un coin de notre âme dont nous ignorons tout. Toute mère a dit oui à la vie et à l’amour.

Ton prénom, Imran, est un chant joyeux qui dit « celui qui fleurit, celui qui s’épanouit ». Il appelle à la vie, à la danse, au soleil.

Les enfants regardent le monde avec une immense curiosité : tout est merveille. Toute notre vie, nous cherchons à retrouver cette innocence première. Certains y parviennent, quand d’autres la rencontrent seulement à la toute fin.

Les nouveaux-nés ont les yeux d’un bleu particulier : profond, intense, ardent. Sans doute une réminiscence des limbes. Le plus souvent ce bleu disparaît au profit des couleurs que nous connaissons. Et chez toi, il a laissé place à un essaim de couleurs bleues, vertes, brunes, comme si Dieu ne s’était pas tout à fait décidé.

Ton sourire, je ne connais pas de plus grande grâce que de voir ton sourire illuminer ton visage. Sourire, s’ouvrir à la joie.

Dans les yeux des petits enfants, l’amour infini : un amour qui accepte tout, qui endure tout, sans rien attendre. De la compassion pure, qui efface tous nos défauts. Il faut faire très attention à l’amour que nous portent nos enfants, il n’y a pas plus précieux et plus puissant. Ce regard, c’est aussi celui des saints. Ou celui de Dieu.

Tu es descendu dans mon ventre juste avant l’hiver, comme une feuille d’automne qui se pose doucement au sol. Tu t’es installé dans ton nid pour mieux germer, graine nichée au creux de la terre endormie. Au printemps, mon ventre bourgeonna et très vite, il fleurit. L’été venu, gorgé de soleil, le fruit mûr tomba. Et tu nous es venu.

Des mois durant, j’ai écouté ta respiration. La nuit tissant son voile autour de nous, je me réveillais encore pour entendre ton souffle. Les mères sont toujours un peu inquiètes. Elles veillent, surtout quand l’ombre règne.

Tu dors, d’un doigt je frôle ta joue, tu souris. Parfois, tu souris seul. Sans doute un ange a-t-il répété ce geste.

Tu regardes gentiment et longuement la plante, avant d’en arracher furtivement une feuille, l’air de rien, et de la fourrer dans ta bouche.

Les enfants viennent au monde avec la peau plissée. Sur ce parchemin vivant est inscrit tout ce qu’il y a à savoir sur la vie et le ciel : tout et rien.

Quand tu souris, des oiseaux s’envolent gaiement par la fenêtre. Le moindre sourire participe à la beauté du monde.

Tu es un petit coquelicot qui danse dans le vent de l’été – l’embrasement d’une joyeuse folie sous un ciel bleu immense.

Fruit de mes entrailles, tu as mûri dans mon ventre. Je t’ai senti pousser, grandir et prendre place. De mon ventre a jailli la Vie : quel miracle, mon Dieu, quel miracle !

Ce matin, tu es calme dans ton lit lorsque je te rejoins. Tu as attrapé un livre sur le chevet, et le contemples avec un immense sourire. C’est un livre qui raconte la vie de Christian de Chergé, le prieur de Tibhirine qui avait appris à faire des tartes et du miel pour en régaler ses visiteurs. Un seul geste peut mettre à nu le cœur d’un homme, et absolument tout nous dire de lui.

Premières semaines de vie, nous avons dormi l’un contre l’autre. Il n’y avait presque pas de différence avec le temps d’avant ta naissance, cœur contre cœur, ventre contre ventre, ta tête posée sur mon sein. Durant ce temps, la mère et l’enfant sont encore en fusion, ils ne sont plus tout à fait un, mais pas encore tout à fait deux.

Chaque jour, le programme est chargé : un geste à apprendre, une position à maîtriser, un son à imiter. On ne peut s’habituer à rien avec les enfants. Ils nous obligent à ne jamais nous lasser. Les enfants sont la gloire de la vie.

Je me penche sur ton berceau, pour te regarder dormir. Tendresse de l’instant. J’ai conscience que cela ne durera que le temps de l’enfance. L’enfance est le pays de Dieu.

Les nouveaux-nés, qui vivent encore dans le royaume de Dieu, voient des choses qu’adultes nous ne pouvons plus saisir. Ils ont les yeux encore ouverts sur les anges et l’infini. Souvent, l’un d’eux te visite, tu le regardes et lui souris, comme pour lui dire que « tout va bien, merci ». Il peut ensuite repartir, aussi furtivement qu’il est arrivé.

Les enfants nous apprennent la patience. Il ne faut jamais être trop pressés avec eux, mais écouter leur rythme. Ils font l’éloge de la lenteur. Se dépêcher, courir, faire plusieurs choses à la fois, tout cela épuise la vie.

Une mère est une éclaireuse, elle met de la lumière sur le chemin de son enfant. Elle est une veilleuse, une mère veilleuse.

Les enfants ont beaucoup de choses à nous apprendre, nous devrions descendre de nos chevaux de certitude pour les écouter ; ils sont infiniment plus proches de la vérité que les adultes.

Je te connais. Connaître, c’est venir au monde en même temps que quelqu’un d’autre. Connaître, c’est ne pas savoir de choses sur quelqu’un, c’est toujours le rencontrer. Ne jamais s’habituer à rien, ne jamais croire en rien.

Une mère est immense comme l’univers. Constellée de joie, parsemée d’étoiles, parée de fleurs et de vent, de pluie et de lunes, nimbée de lumière et de couleurs, elle est le lieu suprême de l’amour et de la tendresse. Elle porte le monde.

Ce que je nomme Dieu n’est pas Dieu. Il est encore au-delà de tout cela, ici même, et ailleurs.

J’aime te porter tout contre moi, sentir ta tendre odeur de nouveau-né, te bercer longuement jusqu’au sommeil. Il n’y a pas de travail plus important au monde que de bercer un enfant. C’est peut-être grâce à ces quelques gestes empreints d’amour prodigués au début de l’existence que le monde existe toujours aujourd’hui. Les mères transmettent l’espérance, elles ont en charge l’éternité.

Pour être une bonne mère, il faut renoncer à vouloir être une bonne mère. Il faut se dépouiller, pour espérer accueillir le cœur de la vérité.

Ton seul souci est le présent : manger quand tu as faim, jusqu’à satiété, dormir quand tu es fatigué, t’abandonnant n’importe où. Tu écoutes ton corps et tu lui réponds honnêtement. Chaque problème en son temps, sembles-tu dire. Aujourd’hui d’abord, on verra demain pour le reste.

Nous prenons un bain ensemble. Plongés dans l’eau chaude, barbotant, jouant, nous nous éclaboussons en riant. L’eau, eau de vie, eau vive, matrice de vie, comme le liquide amniotique. L’eau est source de vie, l’eau est une mère bienveillante.

Dans la clarté de l’air, se promènent les Variations Goldberg de Bach. Lorsque tu étais encore dans mon ventre et que celles-ci résonnaient, tu te mettais à remuer joyeusement. La belle musique, respiration heureuse.

Dans les yeux des nouveaux-nés règne une sagesse profonde – et terrible. Impossible de ne pas comprendre que ces yeux là savent tout. Entrer dans leur regard, c’est comme rencontrer Dieu.

La maternité ouvre un nouveau monde à celle qui en franchit le seuil. Un univers de joie, d’abandon, de confiance, mais aussi de don de soi, de fatigue, d’inquiétude, d’épuisement. Le petit enfant prend tout ce qu’il peut, absolument tout, et quand on ne résiste plus et que l’on donne tout, c’est alors que tout nous est donné.

Devenir mère, c’est aussi rejoindre la chaîne de la vie. Une mère en est un nouveau maillon, relié à toutes les mères qui l’ont précédées. Ces aïeules, qui depuis le début de l’humanité, répètent inlassablement les mêmes gestes : donner le sein, bercer, soigner. Autant de lumineux visages penchés sur ceux qui furent des nouveaux-nés.

Gardienne de vie, une mère sait que la mort n’est jamais très loin. Elle la sent passer tout prêt et frôler de ces voiles glacées. Ce n’est pas pour elle que la mère a peur, mais pour son petit, sur lequel elle veille jour et nuit. Dans l’amour, il y a toujours une part de déraisonnable, d’inquiétude et de peur. Aimer l’autre, c’est se blesser soi-même.

Le long du canal apparaissent les boutons des coquelicots. Je te montrerai ces fleurs sauvages, aux milles couleurs, qui poussent partout où elles veulent, indomptables, folles et gaies. On ne peut les cueillir, on ne peut en faire des bouquets pour garnir la table. On doit se résigner à seulement les admirer dans leur robe d’été. Ce qui ne peut se posséder ouvre toujours une porte vers Dieu.

Quatre pattes. Tu m’accompagnes dans la cuisine, pour me regarder préparer le repas. Curieux, tu parviens à attraper une pomme, juteuse et rouge écarlate. Tu la tiens de tes deux mains, et tu la pousses dans ta bouche si petite, pour la goûter, mais sans dents, impossible… Qu’à cela ne tienne, tu continues.

Un jour, je t’ai retrouvé dans ton lit, le chat couché à tes pieds. Pour prendre place, celui-ci, qui n’avait que faire de ton sommeil, n’avait pas hésité à te réveiller. Et quand je suis entrée dans la pièce, il n’a pas daigné changer de place ni même relever la tête. Les chats sont les rois des territoires qu’ils conquièrent.

Les livres sont les herbiers des miracles quotidiens de la vie.

Tes dents de lait ont commencé à pousser. La gencive à percer, la douleur lancinante. La poussée des dents, c’est comme la vie : il faut bien que cela fasse mal pour croître. Aujourd’hui, tu prends un malin plaisir à essayer tes dents sur tous les doigts que tu attrapes.

Je frotte doucement la lavande entre mes mains pour te faire découvrir son odeur. Tu renifles et hausses le...