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Métromorphoses

De
105 pages

11 chapitre-variations sur le thème de la métromorphose ou comment un écrivain se retrouve confronté au principe épineux de la réalité...

Publié par :
Ajouté le : 17 juin 2011
Lecture(s) : 134
EAN13 : 9782748110821
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MétromorphosesFrancesco Forlani
Métromorphoses
Septvariationssurlethèmedudevenir
et autres récits
CONTE© manuscrit.com, 2002
ISBN: 2-7481-1083-8 (pourle fichiernumérique)
ISBN: 2-7481-1082-X (pourlelivreimprimé)Avertissement del’éditeur
DécouvertparnotreréseaudeGrands Lecteurs(libraires,revues,critiques
littéraires etde chercheurs),ce manuscritestimprimé telunlivre.
D’éventuellesfautesdemeurentpossibles;manuscrit.com,respectueusede
lamiseenformeadoptéeparchacundesesauteurs,conserve,àcestadedu
traitement de l’ouvrage, le texte en l’état.
Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com
5bis, rue de l’Asile Popincourt
75011 Paris
Téléphone:0148075000
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comPREMIÈRE MORPHOSE:CUL DE SAC
I
Lorsque l’écrivain réalise avoir un seul but dans
la vie - terminer son roman philosophique ,-, une
impérieuse revendication s’impose à l’égard de son
entouragedomestique: qu’on lui foutela paix !
Du moins jusqu’à ce que l’imprimante, avec et
son bruit sourd déclenché qui se déclenche la plu-
partdu tempsdans aucoursdesles nuits insolentes,
ait pointillé chaque feuille, à l’aide de ses aiguilles
gorgées d’encre noire.
L’écrivain est donc assis à son bureau, véritable
citadelle couronnée de piles de livres de format et
d’épaisseur variables, en train de composer − les
notes de Mahler envahissent la pièce complètement
isoléedumondeextérieur −ledernierparagraphedu
deuxièmetomedesonœuvreintituléeEthicaPolitica
Colitica.
Pourtant, à la manière de certains athlètes qui
guettaent la ligne d’arrivée, avec la sensation que
cette dernière s’éloigne au fur et à mesure que la
fatigue s’empare de leurs muscles, il est littérale-
ment complètement tracassé par l’impossibilité de
7Métromorphoses
conclure la partie, sentiment à son avis attribuable
à laprédominancedu conceptd’intersubjectivité.
Bref,commecelaluiétaitdéjàarrivéauparavant,
il a ressenti toute l’impuissance du langage, à com-
mencerévidemmentparlesien,dansl’incapacitéde
percercette ampoule métaphorique de l’ÊEtre.
L’écrivainestdoncEencettematinéeinvitantàla
flânerie et par ailleurs dans ’une ville, en l’occur-
rence Valbeneunamessa,, très ensoleillée, l’écrivain
est donc livré à un vide dont les parois semblent se
resserrer peu à peu autour de lui, ce qui lui procure
une sensation de claustrophobie et pire encore, un
sentiment d’échec − alors qu’il n’aime pas du tout,
les jeux de stratégie.
Il jèete un regard riche de haine aux pages déjà
écrites et empilées etpuis, en raison de cette fin in-
achevée, il les compare à un château de sable qui,
à la première marée, donnerait les clés de sa raison
d’être,incapablede supporterlesièégedesvagues.
Ensuite, il se retourne vers le tiroir de son écri-
toire, le troisième en partant du bas à droite de son
écritoire, où demeurait, enveloppé dans un foulard
en de soie, un Smith & Weston, acheté il y a bien
longtempslorsqu’ils’étaitpromisqu’ilnesurvivrait
pas à la honte d’une impasse créatrice.
SLes doigts osseux touchent la cannele fût d’un
gesteprécisets’approchentdeladétente... Laporte
s’ouvreetl’entréesurlascènedesafemmelepousse
à retarder le moment de rendre ses comptes. La
femmedel’écrivain,l’airunpeuencolère,voirefu-
rieuse, à en juger par la violence qui précède le cla-
quement de la porte, elle saita cependant trouvé ses
mots :.
8Francesco Forlani
−Etmaintenant,quetuleveuillesounon,tudes-
cends les poubelles et avant-midi, sinon...
Àcetinstantprécisdedésarroi,toutpeutarriverà
l’écrivain, et une fois touché le fond, on ne remonte
pas à la surface. On commence à racler le sol.
Mais comme il arrive parfois dans la vie, quand
survient une mésaventure qui dépasse d’une bonne
mesurelatotalitédeschagrins,c’estalorsquelavic-
timeserelèvepourraessemblersesultimesénergies
nécessaires à l’assaut d’un grain de bon sens et de
résolution.
− Mais oui, chérie, je pensais préeciséement à
cela. Juste le temps de terminer mon paragraphe et,
sur la route en allant chez mon éditeur, je déposerai
nos ordures.
Lafemmedel’écrivainl’aobserveéattentivement
du haut de son étonnement. Immobile, elle ne s’at-
tendait pas à une réponse d’un tel calibre, et surtout
pas à cette disponibilité amoureuse que son compa-
gnon lui témoigne, après tant d’années de somno-
lence sentimentale.
Elle s’est approcheée de lui, comme elle l’aurait
fait d’un enfant à qui, malgré la faute commise, le
bien-aimé parent adresse un geste d’amour, et avec
lamêmedélicatesse,elleadéposélesacbleu −pro-
priétée de Valbeneunamessa − juste en face du bu-
reau, à côté du fauteuil, complètement dévasté par
Nietzsche et Wagner, les deux chats.
L’écrivain attend que sa conjointe abandonne
s’éloigne de son champ de vision afin d’élargir son
horizon mental, déjà bien étroit avant son l’arrivée
9Métromorphoses
desafemme. Puisilreprendsaplumepouretajouter
complète sa note ainsi :
Et puisque la question de l’Être ne semble susciter
chezmescollèguescontemporainsqu’uneenvie,celle
des’endébarrasser,toutenn’ayantpaslecouragede
le faire par leurs propres moyens, attendons, comme
SocrateattendaitlaservantedeThrace,quelqu’unqui
puissenousmontreroùsetrouvelevide-ordures. Fin.
Àsuivre.
− Très bien ! se dit l’écrivain.
Et il savoure déjà le moment, où son éditeur lui
exprimeraittoutesagratitudedeluiavoirconfiéson
génie,etsesmots −ceuxdelafin−parcequel’édi-
teur’il commençait toujours sa lecture par la fin :
« Uun très bon café peut faire oublier un repas mé-
diocre », affirmait-il.
II
L’écrivain a pris à peu près dix minutes pour ras-
sembler les pièces détachées de son uniforme, man-
teau et chapeau, puis lançant un « au revoir » en di-
rectiondelacuisineildévaleentrèspeudetempsles
escaliers,tenantd’ansunemainlecartableetdansde
l’autre le sac-poubelle.
Une fois au rez-de-chaussée, il s’aperçoit que la
porte de la cave est bloquée de l’intérieur.
10