Mœbius no 137 : «Le parfum» Mai 2013

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Comme le dit Jean-Paul Daoust dans son texte de présentation, « le parfum sert de fil d’Ariane » pour ce numéro thématique qui a inspiré plus d’une trentaine de poètes et écrivains. Qu’il soit une « capture de la fuite » (Monique La Rue), une fragrance de grande maison parisienne (Claire Dé) qui peut tout à coup se transformer en « odeur de salon funéraire » (Louise Dupré), le parfum fait se réveiller en nous toute une palette de sensations : la lenteur des jours qui se suivent (Pénélope Bourque), une nostalgie de l’enfance (Herménégilde Chiasson), des révoltes parricides (André Carrier) ou encore des brûlures océanes (Madeleine Monette)… Un numéro qui, à l’instar de son thème, transportera le lecteur dans un voyage riche en contrastes.
Publié le : mardi 17 décembre 2013
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EAN13 : 9782897410001
Nombre de pages : 189
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Mœbius137
Mai 2013
Numéro piloté par Jean-Paul Daoust
Directeur : Robert Giroux
Comité de rédaction : Lucie Bélanger, Robert Giroux, Lysanne Langevin et Raymond Martin
Conseil d’administration : Robert Giroux (président), Lucie Bélanger, Isabelle Gaudet-Labine, Lysanne Langevin, Jérémie Leduc-Leblanc, Tristan Malavoy-Racine, Raymond Martin
Illustration de la couverture : Louise Viger,La mariée de cèdre et de naphtaline Maquette de la couverture : Raymond Martin Illustrations à l’intérieur : Louise Viger (photos de Richard-Max Tremblay) et Claire Dé (Au bord de l’évanouissement)Mise en page : Julia Marinescu
e Dépôt légal, BAnQ et Bibliothèque et archives Canada, 2 trimestre 2013
ISSN 0225-1582 ISBN : 978-2-89031-820-5
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SOMMAIRE Mœbius137
PRÉSENTATION........................................................................5
M L R Parfum philosophique de l’hiver en noir.........................................9 C D Remugles et ravissement.................................................................15 L D Un parfum de chrysanthèmes........................................................19 O B Swollen.................................................................................23 J G Ce ciel enfermé dans l’âme............................................................27 F G L’encens qui berce.........................................................................31 J-C B Sur les ailes du parfum................................................................35 H C Le foin coupésuivi de L’odeur de l’essence....................................39 P B L’odeur du mardi.........................................................................43 A H La « Danse macabre » d’Avid Ojan.................................................46 D D Inventaires.................................................................................51 M M La mer, au feu..............................................................................57 S S Le parfum du scandale.................................................................63 B G Nez...........................................................................................67 M P La mort de Sophia Loren.............................................................73 É B Hommage à Marilyn....................................................................79 N D Garage....................................................................................82
J-M D Une certaine odeur des rats..........................................................87 M L-G L’odeur de l’amour........................................................................91 L C Odoration.....................................................................................94 S V Sanda Voïca en parfums ou... .......................................................97 A C Parfum parricide.........................................................................105 M-È F Estocade Cacharel........................................................................109 D B Dans le port d’Amsterdam...........................................................117 M-A D Généalogie du manque d’air.......................................................119 P L D Poèmes...................................................................................125 H L Le massif de roses de Mathilde Duranson....................................129 M B Ma bulle.....................................................................................134 J P Autoportrait au frimas de l’aube.................................................139 F B Parfum de tous les vents............................................................147 J L Sugar Wind................................................................................151 O G Le mégot.....................................................................................157 M F Carnaval...............................................................................165 M A L De la poésie parfumée.................................................................167
LETTREÀUNÉCRIVAINVIVANT François Leblanc à Richard Russo............................................173
NOTICESBIOBIBLIOGRAPHIQUES....................................................181
LESYEUXFERTILES.......................................................................187
P
P Le voyage olfactif
Certes, si le mot « parfum » évoque pour plusieurs le célèbre roman de Patrick Süskind, il peut certainement rappeler tant d’autres souvenirs plus personnels. Par exemple, un parfum d’essence peut faire surgir certains garages, comme celui des lilas le parfum âcre du cadavre… Tant d’odeurs nous habitent, colonisant notre mémoire. J’ai invité à participer à ce numéro de la revueMœbiusconsacré au parfum plusieurs écrivain(e)s ami(e)s, et ai eu le bonheur de recevoir plein de textes de gens que je ne connaissais pas, ayant succombé à cette thématique intrigante, laquelle a pris son envol de plusieurs manières, car, s’il y a des parfums qui nous hantent, nous charment, il y en a d’autres qui nous indisposent ou nous agressent, ou encore nous remémorent des événements douloureux. Les odeurs des charognes, des rats morts vous répugnent-elles ? Le monde des arômes est riche en contrastes, et c’est ce qu’explorent avec brio les textes que vous allez lire, soit sous forme poétique, prosaïque, voire didactique. Un autre questionnement peut aussi s’imposer ici : vivons-nous actuellement dans une société qui se veut aseptisée, refusant toute odeur en public (transport en commun, bureau, etc.), bannissant ces effluves corpo-rels que plusieurs trouvent trop dérangeants ? Pourquoi ? Même les roses chez les fleuristes semblent avoir perdu leur sortilège si capiteux… L’odorat serait-il le dernier tabou ? Sommes-nous en train de censurer ce sens-là ? Sommes-nous devenus un triste peuple allergique ? À votre tour, cher lecteur et chère lectrice, d’embarquer dans cette aventure littéraire où le parfum sert de fil d’Ariane.
En toute complicité, Jean-Paul Daoust
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Présentation
Thèmes à venir (les dates sont sujettes à changements) :
o n 138Voix yiddish de Montréal.Anthologiepilotée par Chantal Ringuet (complet) o n 139Québec (ville) insolitepiloté par Marie-Ève Sévigny (complet) o n 140Phobiespar Jean Lejeune (date de tombée  piloté : 30 juin 2013)
M L R
Parfum philosophique de l’hiver en noir
À É. R.
1 Non… je n’ai pas de souvenirs de parfums, j’ai des souvenirs de voix, de mots – intonations, injonctions, apostrophes, des images, scènes, photos, comme tout le monde, des souvenirs de pieds gelés, de langue arrachée au fer des clôtures, des souvenirs gourmands, oui… fumets, poulet rôti, sucre à la crème, cela s’approche mais ce n’est certainement pas leParfum. Peut-être la poudre de talc que ma grand-mère paternelle utilisait quand elle venait de Québec en visite et prenait son bain, le savon que mes tantes rangeaient dans l’armoire à linge de la salle de bain rose et noir chez ma grand-mère maternelle, des parfums de salles de bains ? Tout de même. Non… Pas de souvenirs de parfums.
Le parfum n’est pas en soi odeur agréable mais luxe, parfum implique luxe, calme et volupté, tendresse, mon enfant ma sœur, tendresse. Le parfum, comme la musique, est mémoire. Quelques molécules, un nez, une sensation, le plaisir qui s’étire et persiste et s’impose. Sans mémoire pas de parfum, sans parfum pas de mémoire. Et la mémoire présuppose le désir de garder, le souci de conserver. Vouloir sauver le temps qui fuit n’est pas du tout universel chez l’humain, l’humain est une machine à oublier. L’art exquis, délicat et tendre de l’éphémèresuppose qu’il y a quelque chose à regretter et voilà, c’est ça le parfum. La jouissance de l’instant qui passe sous notre
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Monique La Rue
nez et mérite d’être retenu plutôt qu’oublié. Que serait un parfum du malheur ? Parfum, mémoire des sens, petite madeleine, aubépines, art de vivre, tout ça présuppose une vie de paix et de jouissance. Le culte de l’instant est un luxe d’enfant heureux comme l’art de vivre est un luxe de temps de paix et le parfum appartient aux aristocrates des verts paradis. Le malheur comme la puanteur est rarement qualifié d’éphémère. On ne désire pas l’étirer, on désire qu’il passe. C’est pourquoi les enfants malheureux ont beaucoup moins de souvenirs que les autres et n’ont guère développé leur odorat. Je le pense. On n’a aucun intérêt à cultiver l’angoisse, on cultive la fuite, le parfum est capture de la fuite.
2 En 2008 une petite fille naît à Hongkong, le « port parfumé ». Le caractère qui donne son nom à l’île de Hongkong signifie « parfum ». Encens, plus précisément. Sur l’île de Hongkong existe un arbre à encens au parfum unique dont on faisait le commerce et de là est venu ce nom de port parfumé. Née dans l’étuve, dans l’encens fumant aux portes des temples, citoyenne de Hongkong. Entièrement nue sauf sa couche jetable, Princesse de Hongkong est portée sous un dais quand elle n’a encore que quelques jours dans les pentes raides qui descendent vers la rue Des Vœux, anciennement le bord de mer. Le monde pénètre Miss Princesse par les narines. Poissons séchés, jus de poisson Canards laqués, embrochés Jasmin, jasmin partout Parfum des riz Humidité, évaporation Vapeurs deshot pots Brochettes, satays Amidons sucrés Vanilles des pâtisseries portugaises Feuilles, fleurs, racines médicinales séchant sur les trottoirs Anguilles fumées
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