Mots de l'enfermement

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L'ouvrage cherche à montrer comment les mécanismes de la langue du pouvoir et de l'indifférence peuvent générer l'enfermement et la douleur. Il représente l'œuvre mémorielle et littéraire du camp, source de la douleur du néant, à travers l'œil aigu et la conscience lucide de quatre écrivains français : Georges Hyvernaud, Henri Calet, Raymond Guérin et Alexandre Vialatte. Cet essai tente de décrire la façon dont le témoignage, à travers la poésie, devient pure littérature.
Publié le : mercredi 1 février 2012
Lecture(s) : 21
EAN13 : 9782296482036
Nombre de pages : 216
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I ndagini e P rospettive 21 COLLANA DI SAGGI CRITICI diretta da Graziano Benelli
Tradurre «La déchirure» di Henry Bauchau. Metodo e prassi , Chiara Elefante Traduzione e nuove tecnologie , Gisella Maiello Avverbi idiomatici dell’italiano. Analisi lessico-grammaticale , Michele De Gioia Scritti in onore di Lidia Meak , Graziano Benelli (a cura) Strategie e metodi della traduzione poetica , Silvia Campanini Traduzione intersemiotica ed altri saggi , Catia Nannoni Formes de l’écriture autobiographique dans l’œuvre de Julien Green , Daniela Fabiani (sous la direction de) Molière à l’école italienne. Le lazzo dans la création moliéresque , Claude Bourqui, Claudio Vinti L’aggettivo nelle traduzioni italiane di Zadig, Manuela Raccanello Le lingue del futuro , Gisella Maiello La traduzione fra filosofia e letteratura , Antonio Lavieri (a cura) Antoine De Saint-Exupéry: una poetica dello spazio , Simona Pollicino Voci della migrazione nel Canada francofono , Jérôme Ceccon La Russia allo specchio. Cultura, società e politica dell’emigrazione russa a Parigi negli anni trenta , Marco Caratozzolo Futurismo, dadaismo e avanguardia romena: contaminazioni fra culture europee (1909-1930) , Emilia David La guerra nella scrittura di Bernard Clavel: itinerari del Novecento tra autobiografismo e romanzo , Rossana Arcoleo L’improvvisazione in musica e in letteratura , G. Ferreccio, D. Racca (a cura) Un paysage choisi. Mélanges de linguistique française offerts à Leo Schena , G. Bellati, G. Benelli, P. Paissa, C. Preite (recueillis par) Théophile Gautier journaliste à “La Presse”. Point de vue sur une esthétique théâtrale , Giovanna Bellati Lire l’illisible : une approche de l’analyse des textes , Francesca Fava
RENÉ CORONA
LES MOTS DE L’ENFERMEMENT CLÔTURES ET SILENCES : LEXIQUE ET RHÉTORIQUE DE LA DOULEUR DU NÉANT
L’H ARMATTAN I TALIA via Degli Artisti 15 10124 Torino
L’H ARMATTAN 5-7 rue de l’École Polytechnique 75005 Paris
Dessin de N ELLA S ALVADORI
Ouvrages de René Corona parus à L’Harmattan Italia / L’Harmattan (Paris) : DIACHRONIE, POÉSIE ET TRADUCTION D’une langue à l’autre: la poésie, pourquoi ? (2009) PAUL DE ROUX ENTRE ÉBLOUISSEMENT ET ENCHANTEMENT La langue du poème (2010)
PUBBLICAZIONE REALIZZATA CON IL CONTRIBUTO DELL’UNIVERSITÀ DEGLI STUDI DI MESSINA DIPARTIMENTO DI STUDI LINGUISTICO-LETTERARI E DELLA DOCUMENTAZIONE STORICA E GEOGRAFICA
harmattan.italia@agora.it www.editions-harmattan.fr © L’Harmattan Italia srl, 2012
SOMMAIRE
Liminaire Notes Introduction Notes I. Les clôtures Notes II. L’espace nécessaire Notes III. Sauvegarde (Salut de) par l’écriture Notes IV. La langue du pouvoir et celle de l’indifférence Notes Conclusion Notes Bibliographie
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À ELLES , À EUX
« Apprends à penser avec douleur. » M AURICE B LANCHOT , L’écriture du désastre « J’avais trop de choses à dire, mais pas les mots pour le dire. Conscient de la pauvreté de mes moyens, je voyais le langage se transformer en obstacle. On aurait dû inventer un autre langage. » E LIE W IESEL , La nuit « Pour le reste je trouve un abri dans la poésie. Elle est réellement le cheval qui court au-dessus des montagnes dont Rrose Sélavy parle dans un de ses poèmes et qui pour moi se justifie mot à mot. » R OBERT D ESNOS , Lettres de déportation à Youki « Je twisterai les mots s’il fallait les twister Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez » J EAN F ERRAT , Nuit et brouillard
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LIMINAIRE
« Noch ist das Lied nicht aus, noch lebt im Leid der immerdar Verfolgte und Beraubte. » R OSE A USLÄNDER 1 Le point de départ était une certaine littérature ou plutôt les voix d’une certaine littérature, et pour cela nous avions voulu relire les œuvres des écrivains qui avaient connu le statut – et la misère − de prisonnier dans un camp. Il était pour nous néces-saire de connaître la réalité de ce camp pour saisir la profondeur de l’écriture. Toute écriture, dès qu’elle apparaît sur la page blanche, devient pour le lecteur une voix et comme toutes les voix quand elles ne sont pas tonitruantes, elles ont tendance à s’es-tomper. Ces écrivains, Calet, Guérin, Hyvernaud, Vialatte, et sur-tout leur expérience – aventure ?− de prisonnier de guerre (P.G. pour les Français, K.G. pour les Allemands) ont vite été oubliés. Oubliés n’est peut-être pas le mot juste, mis au purgatoire, une image, un cliché qui revient souvent dans les histoires littéraires. Des écrivains disparaissent puis l’on ne sait trop pourquoi, on ne voit plus qu eux dans les journaux et autres médias, dans les librairies, pendant un certain laps de temps on ne parle que d’eux, de leur œuvre magnifique et oubliée et puis un beau matin, 2 ils disparaissent de nouveau. Ensuite, il nous paraissait évident que nous ne pouvions pas affronter le camp (dont nous n’avions qu’une vision très élémen-taire et stéréotypée) et l’écriture de ces écrivains sans nous poser d’autres questions (questions qui, depuis toujours, étaient là, flot-taient autour de nous, dans nos esprits et dont nous croyions, avec présomption, déjà connaître les réponses). D’autant plus que le philosophe Giorgio Agamben a défini le camp « (…) il luogo in cui si è realizzata la più assoluta conditio inhumana che si sia data sulla terra (…)” 3 . À vouloir être plus précis, nous nous sommes vite rendu comp-7
te que la vie du prisonnier de guerre français offrait des possibi-lités de survie supérieures à celle de la vie des camps de concen-tration et d’extermination et s’imposait donc comme première lecture cette littérature concentrationnaire qui met à nu les méca-nismes de l’enfermement : De vous qui partez, quelques-uns vont survivre peut-être. Je n’en suis nullement sûr. Mais si cela vous arrive, souvenez-vous de tout, souvenez-vous bien. Votre vie ne sera pas une vie. Etrangers, vous allez le devenir à tous et à vous-mêmes. La seule chose qui compte, qui va compter, c’est la vertu des témoins. Soyez témoins et que dieu vous garde… 4 Il nous fallait donc, avant d’analyser les textes de nos écri-vains, pénétrer dans ces écritures, voire ces témoignages, qui avaient en quelque sorte, après la fin de la guerre, relégués à l’arrière-plan les récits des P.G. et d’ailleurs, dès leur retour, déportés et rapatriés, étaient accueillis différemment : Beaucoup ont éprouvé, en rentrant, quelques difficultés à se faire à l’idée qu’avaient d’eux leurs compatriotes. Encore aujourd’hui, on trouve dans des récits de prisonniers ce sentiment d’avoir été incompris et comme un besoin de se justifier. 5 Les rescapés des camps d’extermination, apparemment (et envers eux-mêmes), ne devaient se justifier que par rapport à leur propre survie et c’est probablement ce qui expliquerait que, parmi ces survivants, nombre d’entre eux aient choisi, par la suite, le suicide. Le lieu purement géométrique du camp, délimité par les barbe-lés et les miradors, descendant des premiers camps créés par les Espagnols à Cuba en 1896 ou ceux dressés par les Anglais en Afrique du Sud, au début du XX e siècle, durant la guerre contre les Boers 6 , bien qu’envahi par les broussailles (ou remplacé par un hôtel 7 ) ou célébré par des stèles commémoratives, s’imposait irrémédiablement dans notre conception de la souffrance. C’est pour cela qu’il nous a fallu faire tout d’abord un long détour, pour enfin revenir à nos textes littéraires du début. Et ce détour empreint d’une intolérable lucidité appartenant à « nos » 8
témoins nous a permis de mieux saisir l’écriture comme survie, en fait de mieux comprendre ce que nos questions, restées sans réponses, laissaient traîner dans nos esprits, depuis toujours, depuis le temps de l’école, du yéyé et de tous les événements « factices » et illusoires des années qui ont suivi la 2 e guerre mon-diale (les années du baby boom). Evénements qui ont rendu injus-tement dérisoires les vrais événements, toute une tranche du passé (sans l’effacer vraiment mais en l’estompant au gré des années), diluant dans la nuit de l’oubli la mémoire de ce passé encore trop proche et déjà trop éloigné. La page blanche, donc, espace limité certes mais sans barbelés ni miradors, a offert à ceux qui ont connu la descente aux enfers, un moyen de reprendre en main les choses de la vie. Des hommes brisés ont pu à travers le souffle de leur voix exprimer l’horreur et leur témoignage s’est transformé en pure littérature. Comme l’a souligné Marie Bornand, reprenant la pensée de Barthes « l’œuvre est d’abord une composition formelle esthétique repo-sant sur la conception moderne du langage qui perçoit un déca-lage irréductible entre les mots et le réel » 8 , c’est justement à par-tir de ce double postulat qu’outre la rupture il y a également l’a-vènement : « La littérature devient l’Utopie du langage » 9 et c’est uniquement de là que peut naître ce que Jorge Semprun appelle « la vérité essentielle de l’expérience » 10 , transmissible par l’é-criture littéraire. Comment raconter une vérité peu crédible, comment susciter l’imagina-tion de l’inimaginable si ce n’est en élaborant, en travaillant la réalité, en la mettant en perspective ? avec un peu d’artifice, donc ! […] Il y aura quan-tité de témoignages… Ils vaudront ce que vaudra le regard du témoin, son acuité, sa perspicacité… Et puis il y aura des documents… Plus tard, les his-toriens recueilleront, rassembleront, analyseront les uns et les autres : ils en feront des ouvrages savants… Tout y sera dit, consigné… Tout y sera vrai… sauf qu’il manquera l’essentielle vérité, à laquelle aucune reconstruction historique ne pourra jamais atteindre, pour parfaite et omnicompréhensive qu’elle soit […] L’autre genre de compréhension, la vérité essentielle de l’expérience, n’est pas transmissible… Ou plutôt, elle ne l’est que par l’é-criture littéraire… 11 9
C’est pour cette raison que les œuvres de Robert Antelme, Piotr Ravicz, Tadeusz Borowicz, Primo Levi, Varlam Chalamov, Ruth Klüger, Gustaw Herling, Charlotte Delbo, David Rousset, Imre Kertesz et tant d’autres ont rejoint le panthéon des créateurs d’oeuvres immortelles et c’est pour cette raison qu’il nous a fallu les pénétrer pour, à notre tour, nous enrichir et mieux com-prendre et rendre notre parcours plus « essentiel » ; à cela ajou-tons chez certains d’entre eux, l’ironie créatrice que relève Catherine Coquio : On peut dire ainsi de Borowski, Kertesz, Rawicz, Améry, Chalamov, qu’ils sont, par la violente ironie de leur écriture testimoniale, des « carac-tères destructeurs » au sens où en parlait Benjamin : parmi le front des tra-ditionalistes, ils conservent en détruisant, transmettent en liquidant. 12 La dernière partie de ce travail poussera l’analyse de « l’en-fermement » au paradoxe, (du latin paradoxon : « chose contrai-re à l’opinion », calque hellénique dérivant de l’adjectif para-doxos : contraire à l’attente ou à l’opinion commune » de para , « à côté », d’où « contraire ») 13 . À savoir que l’absence de la lan-gue (et de l’écriture) peut conduire au silence, à la mort sociale, au camp (avec ou sans barbelés), au ghetto. Il suffit de penser aux évènements récents, en France et en Italie (encore que, en Italie, certains préfets, comme celui de Rome aient refusé de prendre les empreintes digitales des enfants) la chasse aux Roms, le renvoi dans leur pays d’origine (= ?), grotesque antonomase des médias et des hommes politiques d’une droite peu éclairée. Nos villes dites démocratiques sont d’immenses boîtes vides où aux extrémités on retrouve le ghetto de jadis, un mot qui parais-sait avoir disparu (à part ceux d’Afrique du sud, des années 80). La violence est omniprésente et les politiques mises en pratique ne font qu’exacerber les oppositions raciales et culturelles. Les médias s’en donnent à cœur joie. Ajoutons-y également la reli-gion et tout peut exploser de nouveau. Il n’y a de notre part aucune volonté d’assimiler (aucune pos-sibilité) camps de concentration et camps de prisonniers aux banlieues. Nous ferons bien entendu la part des choses en ayant 10
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