Nourrir les colombes

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Ulcérés par le comportement récent de nations dites civilisées, Laurent Bayard et Claude Luezior unissent leurs plumes en un dialogue fait de miroirs ébréchés. Guerre en Irak, en Palestine, enlisement du malheur à Babylone et Jérusalem, kamikazes et barbarie, la saga des hommes en déliquescence se répète inexorablement à travers l'Histoire, entre fondamentalismes et intégrismes exacerbés. Ecrivains, artistes, tout homme de raison n'auraient-ils qu'à se taire et nourrir leurs colombes ? Un manifeste scandé à deux voix par des fous du roi, à la barbe du prince.
Publié le : samedi 1 mai 2004
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EAN13 : 9782296357587
Nombre de pages : 110
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NOURRIR LES COLOMBES

@ L'Harmattan,

2004

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, ltalia s.r.l. Via Degli Artisti 15 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-6298-0 EAN : 9782747562980

Laurent BAYARD

NOURRIR LES COLOMBES

Échos de Claude LUEZ/OR

Proses

L'Harmattan

Les textes en caractères normaux sont de Laurent Bayart~ ceux rédigés en italique sont de Claude Luezior.

L'ennemi, notre véritable ennemi, ce n'est pas la nation voisine, c'est la faim, le froid, la misère, l'ignorance, la routine, la superstition, les préjugés.
Henri Dunant Fondateur de la Croix-Rouge in : L'Avenir sanglant.

Liminaire
Les poètes ne servent à rien. Ils ont toujours une guerre de retard.
En toute impunité, on massacre çà et là quelques milliers d'Irakiens au nom d'un pays qui s'est rendu compte que ses tours étaient d'argile depuis un certain onze septembre. On rase au napalm des trous à la barbe des Talibans; ailleurs, on écrase au char d'assaut quelques baraques de Palestiniens à l'extrême d'un désespoir sanglant. Une bouche cynique globalise l'antagonisme entre les peuples et les religions majeures. Elle met au rang de culte l'iniquité du commerce mondial voué au profit d'un Occident en perte d'identité. On plante le pavot de la haine par médias interposés pour qu'au fond

de leur sofa, les mangeurs de sandwichs se délectent d'images de destructions dites chirurgicales et de leurs horreurs
"collatérales ".

Bases militaires et porte-avions fleurissent devant une opinion publique manipulée par' les magnats de la presse anglo-saxonne. Ambivalent, fasciné par la technologie, un peuple très chrétien approuve la punition collective, la croisade meurtrière, au nom d'un droit d'ingérence. Guerre préventive dans le dos d'une ONU en misérable impuissance: chant du pétrole plutôt? Pourquoi ce manifeste puéril, pourquoi écrire à deux ces lignes surannées (mais finalement éternelles), qui ne changeront pas un mot dans la rhétorique du Roi? Peut-être pour mettre un grain de sable dans les chenilles de la barbarie de part et d'autre.
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Ne nous y trompons pas: la guerre nourrit ses racines dans la violence ambiante, tôt apprise et assimilée par nos écoliers, continuellement ressassée par des campagnes de désinformation. Elle s'abreuve de la méconnaissance de l'autre, du non.-respect des coutumes et des peuples, de l'avidité des dictateurs aux accents moyenâgeux, des livres d'Histoire glorifiant les plus vils
conquérants. Stratégie d'un néo-caporalisme au nom de la bourse? La saga des hommes en déliquescence se répète sur un petit air entre fondamentalisme borné et intégrisme sans appel.

Infime grain de sable dans la tourmente? Écrivains, artistes, penseurs, philosophes et tout homme de raison n'ont qu'à se taire et nourrir leurs colombes!
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En vérité, les poètes ne servent à rien: ils ont toujours une défaite d'avance.

C.L.

12

La guerre les a surpris alors qu'ils donnaient. Une bombe est tombée sur la maison. Tout s'est écroulé en mille gravats et nuages de poussière. Capharnaüm de pierres, de briques, de monticules divers, d'habits, d'assiettes, de meubles enchevêtrés... Une pyramide de destruction s'est érigée en un instant. Le père' donnait avec sa femme. Les quatre enfants se trouvaient dans leur chambre. On ne pensait pas que les abeilles en acier allaient venir bourdonner par là. La guerre est toujours ailleurs. Autre part. A la télévision ou dans les films. La guerre les a surpris en plein sommeil. Ils reposent encore. A des milliers de kilomètres, des généraux, décorés comme des sapins de Noël, parlent de frappes chirurgicales lors de leur briefing.
La maison n'entend plus les rires des enfants.

La sirène s'est tue. 13

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