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Oeuvres Complètes

De
165 pages
Célébrant la sensualité et les plaisirs, le Bourbonnais Evariste de Forges de Parny (1753-1814) est considéré comme le grand poète érotique des Lumières qui, à partir de son histoire personnelle, compose un roman en vers occupant alors le vide créé par l'échec de l'épopée. ce troisième volume regroupe les oeuvres : Isnel et Asléga, Jamsel, Le Voyage de Céline, Elegies, La journée champêtre, Le promontoire de Leucade, Les Fleurs, Les Tableaux, Chansons madécasses.
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ŒUVRES COMPLÈTES Troisième volume
Du même auteur
e Poètes créoles du XVIII siècle : Parny, Bertin, Léonard(2 volumes), Éditions L’Harmattan, collection « Les Introuvables », 2009.
© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12791-3 EAN : 9782296127913
Évariste de Parny ŒUVRES COMPLÈTES Troisième volume Isnel et Asléga Jamsel Le Voyage de Céline Elégies La Journée champêtre Le Promontoire de Leucade Les Fleurs Les Tableaux Chansons madécasses Textes présentés et annotés par Gwenaëlle Boucher
Les Introuvables Collection dirigée par Thierry Paquot et Sylvie Camet La collectionLes Introuvablesdésigne son projet à travers son titre même. Les grands absents du Catalogue Général de la Librairie retrouvent ici vitalité et existence. Disparus des éventaires depuis des années, bien des ouvrages font défaut au lecteur sans qu'on puisse expliquer toujours rationnellement leur éclipse. Œuvres littéraires, historiques, culturelles, qui se désignent par leur solidité théorique, leur qualité stylistique, ou se présentent parfois comme des objets de curiosité pour l'amateur, toutes peuvent susciter une intéressante réédition.L'Harmattanau propose public un fac-similé de textes anciens réduisant de ce fait l'écart entre le lecteur contemporain et le lecteur d'autrefois comme réunis par une mise en page, une typographie, une approche au caractère désuet et quelque peu nostalgique. Dernières parutions Guy SABATIER,Félix Pyat (1810-1889), Publication de « Médecin de Néron », drame inédit de 1848, 2010. Antoine de BERTIN,Œuvres, ed. Gwenaëlle Boucher, 2010. Anthony MOCKLER,François d’Assise. Les années d’errance, 2009. e Gwenaëlle BOUCHER,Poètes créoles au XVIII Parny,siècle : Bertin, Léonard, 2009. VOLTAIRE,Les Amours de Pimpette ou Une Saison en Hollande, 2008. Vincent CAMPENON,Œuvres, 2008.Jean LORRAIN,Histoires de batraciens, 2008. Sylvie CAMET,Les métamorphoses du moi,2007. Léonard de VINCI,Traité de la perspective linéaire,2007. Nicolas-Germain LÉONARD,Œuvre poétique,2007. Pierre CÉROU,L’amant, auteur et valet, 2007. Paul MARGUERITTE,Adam, Eve et Brid’oison,2007. Céleste de CHABRILLAN,La Sapho,2007. H.-M. STANLEY,La délivrance d’Émin Pacha,2006. Zénaïde FLEURIOT,Plus tard,2006. Frantz JOURDAIN,A la côte,2006. Alois JIRÁSEK,Philosophes,2006.
ISNEL ET ASLEGA, 1 Imité du scandinaveChant Premier 2  Le noble Egill, ce roi de l'harmonie Dont la valeur égala legénie, Longtemps pressé par dejeunes héros, Cède à regret, et leurparle en ces mots :  « Bravesguerriers,quipoursuivez lagloire, Pourquoi d'Egill troubler le long repos, Et l'inviter à des hymnes nouveaux ? Des tempspassés le scalde est la mémoire ; Mais sous les ans je succombe, et ma voix Ressemble au ventqui survit à l'orage : Son souffle àpeine incline le feuillage, Et son murmure expire au fond des bois. De vos aïeux, qu'admira mon enfance, Le souvenir occupe mon silence. Plus fiersque vous, ils affrontaient les mers. Leur pied foula ces rivages déserts. Levez lesyeux, voyez sur ces collines Ces murs détruits, cespendantes ruines, Et ces tombeaux que la ronce a couverts. Un seul, formé depierres entassées, Futpar mes mains élevé. Jour fatal ! Ami d'Egill, digne fils d'Ingisfal, Sur toi toujours s'arrêtent mespensées. Vaillant Isnel, sous la tombe tu dors Près d'Asléga. Couple sensible et tendre, Contre l'oubli je saurai vous défendre, Et l'avenir entendra mes accords.  Isnel unjour dit à sajeune amie : ‘Chère Asléga, fille de la beauté, Ton regard seul à mon cœur attristé Rend le bonheur ; taprésence est ma vie : Mais ton amant sera-t-il ton époux ? Malgré nos vœux, quel obstacle entre nous ! Dans unpalais où brille la richesse Ton heureuxpère élève tajeunesse, Et chaque jour des messages nouveaux A ses festins invitent les héros. Du mien, hélas ! je n'eus pour héritage
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Qu'un toit de chaume, unglaive, et son courage. Par des exploits il faut te mériter. Quoi ! tes beauxyeux se remplissent de larmes ! Chère Asléga, tremble de m'arrêter. Mes compagnons ont aiguisé leurs armes ; Impatients, avides de dangers, Ainsique moi, sur des bords étrangers Ils vont chercher lagloire et les richesses. Au fond du cœurj'emporte tespromesses, Et sous la tombe elles suivront Isnel. Mais quelquefois dans une longue absence L'espoir s'éteint :qu'ungage mutuel De ton amant confirme l'espérance ; Que tes cheveux, sur mon casque attachés, Dans lespérils soutiennent ma vaillance ; Etque les miens,garants de ma constance, Soientquelquefoispar tes lèvres touchés.’  Elle approuva cet imprudent échange ; Et, d'un baiseryjoignant la douceur, Elle rougit d'amour et depudeur. Isnel s'éloigne. Autour de lui se range De sesguerriers la brillantephalange : Tous àgrands cris appellent les combats, Et leurs regards promettent le trépas. Leurjeune chef à leur tête seplace, Etpar ces mots enflamme leur audace :  ‘Braves amis, nos pères ont vaincu ; De leur acier l'éclair a disparu : Brillons comme eux au milieu du carnage. Leur frontjamais n'a connu lapâleur ; Jamais la mort n'étonna leur courage ; Ils l'insultaientpar un souris moqueur. La craindrez-vous ? Le faiblequi l'évite, Par la frayeur à demi désarmé, D'un coupplus sûr estpercé dans sa fuite ; Pour lui d'Odin lepalais est fermé ; Du Valhalla les charmantes déesses Ne versent point au lâche l'hydromel. Quels droits a-t-il au banquet solennel ? Du froid Niflheim les ténèbres épaisses Engloutiront l'esclave de la peur, Qui recula dans le champde l'honneur. Marchons, amis. Le brave doit me suivre,
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Le brave seul ; si la mort nous surprend, Du Valhalla le festin nous attend : Mourir ainsi, c'est commencer à vivre.’  A ce héros j'attachai mon destin. Jeparcourus la vaste Biarmie, La riche Uplande ; et ma robuste main D'un noble sangfutquelquefois rougie. Le nom d'Isnel répandait la terreur, Et l'étranger à ce nom tremble encore. Un incendie avec moins de fureur Court et s'étend sur les champs qu'il dévore. Mais des combats la sanglante rigueur A lapitié ne fermaitpoint son cœur. Avec la mort son bras allait descendre Sur unguerrierqu'il avait terrassé ; Ceguerrier dit : ‘Malheureuse Ingelsé, Sur le cheminpourquoi viens-tu m'attendre ? Tes yeux en pleurs me cherchent vainement, En vain tespiedsparcourent le rivage ; Plus de retour ! sur ce lit de carnage Un long sommeil retiendra ton amant.’ Isnel s'arrête ; à cette voix touchante, Le souvenir de sa maîtresse absente S'est réveillé dans son cœur attendri, Et lepardon termine sa menace : Sur le rocher telle se fond laglace Que vient frapper le rayon du midi.  Dans les moments où le cri de laguerre N'éveillaitplus sa bouillante valeur, L'amour charmait son repos solitaire ; Sa voix alors chantait avec douceur :  ‘Belle Asléga,quand l'aube matinale Lève sa tête au milieu des brouillards, Sur tes cheveux j'attache mes regards. Lorsque dujour la tranquille rivale Jette sur nous son voile ténébreux, Chère Asléga,je baise tes cheveux.  Un roi m'a dit : "Ma fille doit te plaire ; De nos climats sa beauté fait l'orgueil ; Sa flèche atteint le timide chevreuil ; Sa lyre est douce, et sa voix est légère ; De ses amants sois le rival heureux."Mais d'Asléga j'ai baisé les cheveux.
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 J'ai vu Rismé : d'unegorge arrondie Ses cheveux noirs relèvent la blancheur ; D'un frais bouton sa bouche a la couleur ; Ses longs soupirs et sa mélancolie Parlent d'amour ; l'amour est dans sesyeux. Mais d'Aslégaj'ai baisé les cheveux.  Je sommeillais : une fille charmante Sur mon chevet se penche avec douceur ; Sapure haleine est celle de la fleur : "Jeune étranger, c'est moi, c'est une amante Qui de son cœur t'offre les premiers feux."Mais d'Aslégaje baisai les cheveux.’  Pendant neuf mois sur des rives lointaines Il promena son glaive destructeur ; De l'Océan les orageusesplaines Ne firentpoint reculer sa valeur. Les rois tremblants l'invitaient à leurs fêtes, Et leurs trésors achetaient son oubli. De ses succès son cœur enorgueilli Seproposait de nouvelles conquêtes. Un soir, assis près d'un chêne enflammé, Il me disait : ‘Ami de mon enfance, Roi des concerts,pourquoi ce longsilence ? Parle, retrace à mon esprit charmé Des tempspassés les nobles aventures. Le nom d'Olbrownque tout bas tu murmures Pour mon oreille est encore nouveau. — Aquelquespas s'élève son tombeau, Lui dis-je ; il dort auprès de son amie. Dans les forêtsqui couvrent la Scanie Par son adresse Olbrown était connu : Vingt fois de l'ours, à sespieds abattu, Son bras nerveux sut dompter la furie ; Frappé par lui d'un trait inattendu, Vingt fois des cieux l'aigle tomba sans vie. Dans l'âge heureux d'aimer et d'être aimé, Aux doux désirs son cœur longtemps fermé De la beauté méconnaissait l'empire : Il voit Rusla, se détourne, et soupire. A sesgenoux ilportait chaquejour D'un sanglier la hure menaçante, Et d'un chevreuil la dépouille sanglante. Il méritait, il obtint son amour.
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