Ophélies, par Guillaume de Lacoste Lareymondie

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Guillaume de Lacoste Lareymondie Ophélies Ophelia : « You are merry, my Lord. » Shakespeare, Hamlet Hors Jeu éditions, 1995 Guillaume de Lacoste Lareymondie Table des poèmes Ophélie (I).......................................................................................3 Ophélie (II).....................................................................................5 Ophélie (III)....................................................................................6 Ophélie (IV)....................................................................................7 Ophélie (V).....................................................................................9 ***...................................................................................................11 Ophélie (VI).................................................................................13 Nocturne Ophélie (VII).............................................................15 Dernière Ophélie.........................................................................16 ***...................................................................................................20 2 Ophélies Ophélie (I) Ophélie n’est plus. Elle fut dans ton rêve Au profond de ton sens Dans le sang de tes veines Et l’ardeur de ton cœur. Ophélie n’est plus. La naïade a regagné la source de sa paix.
Publié le : jeudi 14 mars 2013
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Guillaume de Lacoste Lareymondie
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Ophelia :«You are merry, my Lord. » Shakespeare,Hamlet
Hors Jeu éditions, 1995
Guillaume de Lacoste Lareymondie
Table des poèmes
Ophélie (I).......................................................................................3 Ophélie (II).....................................................................................5 Ophélie (III)....................................................................................6 Ophélie (IV)....................................................................................7 Ophélie (V).....................................................................................9 ***...................................................................................................11 Ophélie (VI).................................................................................13 Nocturne Ophélie (VII).............................................................15 Dernière Ophélie.........................................................................16 ***...................................................................................................20
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Ophélie n’est plus.
Ophélies
Ophélie (I)
Ophélie n’est plus.
La naïade a regagné la source de sa paix. Hamlet, pleure, Pleure ton être, Répands tes yeux en larmes, Pleure comme jamais : Rien ne la noiera plus,
Elle fut dans ton rêve Au profond de ton sens Dans le sang de tes veines Et l’ardeur de ton cœur.
Guillaume de Lacoste Lareymondie
Elle est pure parmi les dieux, Fleur rare sur l’eau claire.
Que ta douleur éclate Car malgré sa folie Et ton désespoir chantant, Tu l’aimais, La belle, la seule,
Ophélie qui n’est plus.
Sur ses lèvres flotte un sourire mélancolique Oublié Perdu dedans ses grands cheveux, Souvenir d’un songe de bonheur, Dame d’albâtre au front d’azur.
Hamlet ! on n’aime jamais assez Ceux qui nous aiment avec passion, Fussent-ils la jeune Ophélie, Fût-ce l’amour d’Hamlet.
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Ophélies
Ophélie (II)
Et le chant des étoiles moissonnées par l’ange Bercera ses grands bras qui se tordent au vent, La mer emportera ses soupirs éperdus, Le chant de sa folie et son sourire triste.
Ophélie restera la fille aux longs cheveux Qui se mêlent au flot reposant des étoiles, Celle qui aima tant l’homme désespéré Et qui mourut, ô fleur, sur l’onde transparente.
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Guillaume de Lacoste Lareymondie
Ophélie (III)
Un nénuphar nouveau a porté son ombrage au firmament des eaux, Folle naïade floue, blanche se reposant entre les grands roseaux. Elle a les yeux fermés tournés vers l’infini et la main languissante ; Des fleurs paissent autour de son corps endormi, dans leur soudaine entente. La musique est touchante, un troubadour tourmente une ballade morte : Les amours d’un soldat, d’une mauve princesse où le destin les porte. Le vent fait sa caresse au fleuve souriant, sur son visage nu. Va, triste Ophelia, — Hamlet s’enfuit pleurant dans le silence dru, Ophélie mais douceur Ophélie ô passants Roulée dedans ses longs cheveux évanescents.
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Ophélies
Ophélie (IV)
La nuit est sans espoir et l’onde blême porte Une morte beauté que voile sans pudeur Quelque ombrage brumeux, — mais chaque cri rapporte Une longue douleur ; pleurez, vases de fleurs.
Et l’onde sans écho se brise désolée ; Pourtant l’aurore est proche et la nuit ne se tait. Son visage se perd et, dans l’ombre gelée, Repose en grand silence une étrange clarté.
Soudain l’eau se déchire et la source blessée Se froisse d’un soupir limpide et ténébreux. Mais les étoiles fuient, la douce est délaissée ; Mais les cigales crient, son silence est affreux.
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Guillaume de Lacoste Lareymondie
Sous l’aulne se lamente une triste figure, Et la main désolée qui encense le soir Accepte de mourir. Oh, exsangue parjure… Efface cette plaie, toi qui passes sans voir.
Mais les larmes versées, les roses qui s’égarent, Témoignent d’un amour que l’amour a perdu. Mais que dire de toi ? Tant de femmes se parent D’un cœur immaculé, — reçois ce qui t’est dû.
Toute blême, tu vas sous l’ombre grandissante ; Et dormante plutôt que cadavre rompu, Le vent berce ton corps, et la lune mourante Éclaire l’eau si calme où un ange s’est tu.
Toute pâle, tu meurs, et l’extase murmure : Oublie, seule, oublie l’onde et qui t’emportera ; Tu sais — mais chaque fleur que l’aube dénature, Ophelia, renaît, — mais qui t’acclamera ?
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Ophélies
Ophélie (V)
Une fontaine grise au fond d’une forêt, dont l’eau douce et claire étouffe le silence, ce matin, a perdu le reflet d’une étoile. Mais cette nuit vit naître une nouvelle étoile. Des fleurs et de longues couronnes tressées reposent avec lenteur sur la source, et le vent murmure dans les feuilles que, demain, l’aurore pleurera.
Le miroir est froissé et, sous l’onde, sous tant de nénuphars, sous tant d’aulnes qui chantent, descend ton nom à peine dessiné sur ses lèvres.
Une aube très blafarde et triste et percée de pâleurs hésite à demeurer en suspens de la vie. Mais la forêt frissonne et l’étrange se fond.
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Guillaume de Lacoste Lareymondie
Et toi, comme le rire est vain, comme une mauve et maladive envie de boire et d’oublier la morte Ophélie, Hamlet éperdu qui désire sans savoir ou la mort ou la vie, que cherches-tu ici ? Car la douce inconnue, la colombe liliale, a passé ce matin, et elle est là dans l’ombre où elle sourit au ciel.
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Ophélies
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Les feuillages dorés dansent très doucement sous le vent. Les oliviers se taisent dans la nuit. Leurs troncs lèvent des doigts gris au ciel. Il fait tiède toujours. Il y a une pluie d’étoiles qui traverse le monde. La jeune fille marche et, sur sa robe blanche, les taches de pénombre, les taches de lumière, composent leurs délicatesses. Elle a passé l’orangeraie pâle où l’air est si léger, si vert, si constellé d’or aux branches de midi. Elle s’assied et ses longs voiles blancs l’entourent avec grâce. Elle est posée au bord de l’eau. Dans le bassin d’albâtre où rien ne bouge, l’onde reflète son visage clair et les oiseaux volent dans le noir. Elle étend la main gauche, et son doigt heurte le miroir qui aussitôt se brise.
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