Patrimoine II

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"Le courage de cette poésie est à chercher là, au lieu où elle oppose une résistance farouche au maldéveloppement et à la dérive du patrimoine, à l'appui d'une nouvelle parturition poétique. C'est pour cette raison que la voie/x poétique de Lucie Mba perce dans le silence consternant des ouvrages si étrangement muselés par cette littérature de l'évitement, de la dissimulation de l'histoire et du sens." (avant-dire)
Publié le : mercredi 1 mars 2006
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EAN13 : 9782296144880
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PATRIMOINE II
Poèmes et proses entrelacés

Du même auteur :
- Patrimoine, préface de Grégoire BIYOGO, Libreville, Maison Gabonaise du Livre, juillet 2002.

Exergue

« La source. La fontaine de vie… le jaillissement qui sort des profondeurs obscures et sans limites, et coule à travers tout être vivant, de génération en génération… Parfois, la source est souillée, obstruée. Les êtres alors vivent d'une vie fragile, incertaine, leurs racines étant privées de ce qui devait les nourrir. » Caroline ELIACHEF et Nathalie HEINNICH, Mère-filles : une relation à trois, p. 333, collection Le Livre de poche, Albin Michel S.A. 2002. « Quand on ne sait où l’on va, qu’on sache d’où l’on vient ». Amadou KOUROUMA, En attendant le vote des bêtes sauvages, Paris, Les Éditions du Seuil, 1998, p. 11.

Dédicace

À toi mon frère, Petit Mba Nguéma Léon Auguste. Toi qui, par un drible dont toi seul détiens à jamais les clés, un indicible fracas, es sorti de ce monde, te distanciant ainsi de tes parents, de tes amis demeurés pantois et surtout de tes enfants : tout un patrimoine en germination… Octobre 2004

Avant-dire

Lucie Mba entre la polyphonie des corps et la résistance à la désagrégation du patrimoine. Esquisse d'une poétique patrimoniale. (Par Grégoire Biyogo, professeur HDR (UOB/PARIS XII) Comme l'indique le titre de ce second recueil poétique, Patrimoine II se situe au prolongement de Patrimoine I, la première livraison littéraire de la poétesse gabonaise, Lucie Mba, parue aux éditions La Maison Gabonaise du Livre. Au matin de l'œuvre, dès son espace titrologique, nous sommes en présence d'un procédé esthétique développé par le poéticien russe Mikhaïl Bakhtine, qu'il nomme le dialogisme. Il s'agit d'une opération de réplique textuelle, d'interlocution verbale entre différentes œuvres d'un même auteur. Si ce texte comporte une composition plus dense et plus complexe que le premier, il reste que Patrimoine II est d'abord un remarquable travail de relecture, d'interférence thématique, de renvoi et d'enrichissement esthétique du premier recueil. Patrimoine I, inversement, permet d'éclairer, en termes de génétique textuelle, l'origine des questions soulevées, développées et approfondies dans Patrimoine II, par un superbe continuum. D'où ce dispositif de l'entrelacement des textes et l'interférence des deux textes poétiques qui participent de ce que je désigne ici sous l'appellation de la poétique polyphonique et patrimoniale de Lucie Mba et que j'entends élucider patiemment.

On sait que Patrimoine I a fait le constat du péril et du saccage des héritages - en soulignant entre autres questions celles éthique du rejet de l'Autre et politique de la difficulté du vivre-ensemble - notamment à travers l'exploration du thème tout à la fois douloureux et ironique de l'indifférence de la société face aux fous et au dépérissement des suprêmes valeurs. D'où la descente aux enfers subséquente, par un univers eschatologique, tout de désagrégation et de disparition. À l'inverse, dans Patrimoine II, l'auteure tente de surmonter cette impasse en proposant de résister à la destruction du legs et des héritages, sur fond d'un travail de remémoration des chants de l'enfance, des voix et des lieux de mémoire désormais damnés, des corps de souvenirs déchiquetés, des référents symboliques demeurés marginaux et minorés. Il en est de même au sujet de l'urgence du partage comme de l'invention d'une culture des échanges, repensée comme l'avenir même de nos sociétés en pleine défiguration. Le texte réinvestit, non sans humour ni splendeur, l'intercommunication entre les hommes comme deux horizons de ressaisissement de ce patrimoine local, qui est menacé de déperdition et de délabrement. Ici se redéploie la technique polyphonique de l'expérience poétique : coécriture, co-composition et co-lecture, traversée des genres, des temporalités et désarticulation de l'espace par quoi le récit poétique se laisse écrire par plusieurs narrateurs, par un jeu fascinant d'intertextualité, dont l'enjeu est de faire éclore l'économie générale de l'échange perdu entre les hommes et les artistes, entre le sommet et la plèbe, thème éthique et politique axial de Lucie Mba, origine même de sa poétique de la résistance patrimoniale. Du point de vue des innovations formelles, je veux en dénombrer trois dans le cadre strict de cet Avant-dire qui, faut-il le rappeler, est un genre nouveau, qui se rattache à la poétique de la lecture, dont l'objet est de
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circonscrire le dire du texte présenté et de lui prescrire des horizons de sens. Ici à travers trois topiques. 1. D'abord la topique de la transversalité. Celle-ci est le lieu du croisement - de l'entrelacement - des genres : le récit poétique traverse la Nuit de la prose, comme l'analyse critique, avec l'interférence des cinq principales langues convoquées par la poétesse : français, fang, anglais, espagnol et latin… Plus que dans le premier texte, la littérature anglaise qu'enseigne Lucie Mba à l'Ecole Normale Supérieure de Libreville ruine tout monolinguisme et introduit le plurilinguisme pour asseoir sa poétique polyphonique. Cette poétique transversale entend ruiner les identités closes et inventer une parole poétique plurielle, ouverte à d'autres dictions, à d'autres horizons, à d'autres voies/voix, avec un jeu permanent d'exploration de la nuance, de la polysémie... Lucie Mba semble écrire silencieusement une poétique de la résistance patrimoniale, comme réponse à cette conception caricaturale et appauvrissante qu'elle avait repérée dans Patrimoine I. 2. La seconde topique formelle est l'usage récurrent de l'auto-signature et de l'autofiction. Ici, écrire, c'est revenir à soi, à l'énonciation fictive de son propre corps, à la réécriture de son propre nom, fût-ce de manière oblique. C'est ainsi que la poétesse en vient à décliner ses propres devises, à redire ses noms multiples, à écrire sans cesse son propre roman familial, selon la perspective freudienne, réinvestie par Marthe Robert. Cette esthétique de la re-nomination de soi est itérative dans la poésie orale africaine, plus encore dans les textes épiques et les imaginaires instituants comme le Mvett que lit et écoute Lucie Mba. Il s'agit de se poser soimême - du moins dans les intermèdes - comme sujet de fictionnalisation de son propre récit. Pourtant, ici, le moi n'est pas haïssable comme dans la querelle que Pascal a imputée à l'éminent auteur des Essais, quand il a fustigé Le sot projet
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