Petrusmok

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Mythe et roman du mythe, Petrusmok est le livre des révélations et des divinations inouïes. Ce « testament de la pierre », porté par une exceptionnelle puissance incantatoire, tient du récit d’initiation fantastique, de l’épopée visionnaire, de l’expérience chamanique.
Malcolm de Chazal, en démiurge, y déchiffre le secret des origines de l’univers et de la vie dans la moindre roche de l’Île Maurice.
« Je voyais que dans cette Bible de la pierre on parlait de l’homme et de l’univers réunis. […] L’épopée de la pierre racontait l’homme. Mais le soleil n’est-il pas une montagne de lumière ? Monter avec le bestiaire de la pierre. La montagne avait créé chez moi le Geste d’Élévation. J’allais me porter au cosmique. »
Édition complète des œuvres de Malcolm de Chazal - Volume IV
Publié le : mercredi 20 août 2014
Lecture(s) : 6
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782756104584
Nombre de pages : 502
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Malcolm de Chazal
Petrusmok

Mythe et roman du mythe, Petrusmok est le livre des
révélations et des divinations inouïes. Ce « testament de la
pierre », porté par une exceptionnelle puissance incantatoire,
tient du récit d’initiation fantastique, de l’épopée visionnaire,
de l’expérience chamanique.
Malcolm de Chazal, en démiurge, y déchiffre le secret des
origines de l’univers et de la vie dans la moindre roche de l’île
Maurice.
« Je voyais que dans cette Bible de la pierre on parlait de
l’homme et de l’univers réunis. […] L’épopée de la pierre
racontait l’homme. Mais le soleil n’est-il pas une montagne de
lumière ? Monter avec le bestiaire de la pierre. La montagne
avait créé chez moi le Geste d’Élévation. J’allais me porter au
cosmique. »

Édition complète des œuvres
de Malcolm de Chazal
Volume IV

EAN numérique : 97978-2-7561-0457-78-2-7561-0458-4
ISBN livre papier : 9782915280258
www.leoscheer.com PETRUSMOKÉdition complète établie
par Jean-Paul Curnier et Éric Meunié
Responsable de la publication : Jean-Paul Curnier
www.centrenationaldulivre.fr
Publié avec le concours
du Centre national du Livre
© Éditions Léo Scheer, 2004, pour la présente édition
© Édition originale, The Standard Printing Establishment,
1951, Port - L o u i sMALCOLM DE CHAZAL
PETRUSMOK
MYTHE
Editions Léo ScheerTu ne te feras point d’image taillée…
Exode, 20-4
Si tu m’élèves un autel de pierre, tu ne le bâtiras point en pierres
taillées ; car en passant ton ciseau sur la pierre, tu la profanerais.
Exode, 20-25
Et la brique leur servit de pierre…
Genèse, 11-3
Et je lui donnerai un caillou blanc ; et sur ce caillou est inscrit un
nom nouveau…
Apocalypse, 2-17
Et il me transporta en esprit sur une grande et haute montagne.
Et il me montra la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel
d’auprès de Dieu ayant la gloire de Dieu. Son éclat était semblable
à celui d’une pierre très précieuse, d’une pierre de jaspe
transparente comme du cristal.
Apocalypse, 21-10, 11
Tu es Petrus et super petram…
Quelle pierre, Seigneur, si ce n’est celle du Vivant ?...
7CLIMAT
L’île Maurice est un pâté de roches dans l’océan Indien où, sur
un fond de colonialisme négrier, vivote une pseudo-civilisation
dont chaque communauté de l’île revendique le monopole.
Cette contrée fut connue jadis sous le nom de Dinarobin par
eles Arabes qui y envoyèrent leurs boutres. Au XVI siècle, les
P o rtugais la re b a p t i s è rent Cirne (l’Île des Signes). Vi n rent ensuite
les Hollandais qui habitèrent l’île et la nommèrent Mauritius (en
l’honneur de Maurice de Nassau). Et enfin la France en prit
possession, lorsque les Hollandais l’eurent quittée. Et ce coin de
terre dès lors eut la douce appellation de l’île de France. En 1810,
l’île passa aux Anglais, et c’est aujourd’hui l’île Maurice
(transcription de l’ancienne Mauritius).
Ce pays cultive la canne à sucre et les préjugés.
Sept mille Blancs, sur une population de quatre cent soixante
mille, y ont installé leur hégémonie et leurs idéaux. Tous ces Blancs
sont d’origine française.
L’immigration indienne a fait de cette contrée une seconde
Inde, par le nombre. Mais on y parle universellement le français ;
et le patois créole (français déformé et enrichi d’autres langues)
est en usage parmi le peuple.
L’île Maurice est le pays des religions; les mosquées côtoient
les temples protestants, l’église catholique avoisine les réduits
bouddhistes, et les rites en plein air des Hindous voient passer
sur les routes les cérémonies chrétiennes moyenâgeuses. Seul le
9Juif manque à cette fête. Bénédiction ou malédiction ?
Les Hindous habitent la côte, les races métissées le centre de
l’île, et les Blancs sont à Curepipe et à Moka.
Dans cet enfer tropical, personne ne rencontre personne –
hors des castes, des familles, des croyances, des
franc-maçonneries du sang, tout est tabou. Voici une Ligue des Nations où la
guerre des préjugés est endémique et atroce, surtout pour ce qui
est du préjugé de couleur.
La mentalité générale est lente, indifférente, prodigieusement
insensible aux événements d’Europe. Les idées y pénètrent, une
goutte par siècle.
La vraie culture y est si maigre qu’elle est pratiquement
inexistante.
Seul le peuple est merveilleusement éveillé aux réalités de la
vie, surtout chez les Noirs autochtones.
Mais le « spirituel» qui manque aux « élites » se trouve à foison
dans la Nature. Au sein de cette atmosphère lourde d’une épice
surnaturelle, dans ce pays relié aux dieux par ses montagnes et sa
lumière, la croyance aux mythes et aux mystères est vivace dans
le peuple.
Le langage du Noir y est allégorique, délicieusement
symbolique, analogique et illuminé, et son folklore est sans prix.
Le Noir pur peut être considéré le plus intelligent habitant de
cette île, et d’autant plus intelligent qu’on le rencontre loin des
villes.
Cette colonie « s’américanise » chaque jour un peu plus. Et la
culture française s’y meurt insensiblement et ne sera dans un
siècle ou moins qu’un mirage.
Au sein de cette mollesse native, où quelques riches imposent
une dictature cruelle de l’esprit, le moindre événement local est
grossi en importance cosmique. L’absence de toute critique, la
déification des individus en place, la mentalité négrière ont fait
surgir un tel complexe de supériorité au sein des fausses élites
que certains visiteurs ont cru devoir appliquer à ce pays le nom
d’Île des Génies.
10C’est dans cette atmosphère spirituelle féodale, empoisonnée
et grotesque, aggravée de calomnie, où la personnalité est
imputée comme un crime, que Petrusmok a vu le jour. Si l’étouffoir n’a
pas eu raison de l’auteur, il faut croire que l’œuvre devait être
écrite, puisque les terres de vivre même la réclamaient.
Au sein de ce cloisonnement de races qui ne mène à rien, une
chose demeure et persiste : l’intransigeante beauté mythique de
l’île, son constant rappel à une protohistoire, et cet outre-tombe
de délices qui sort de ses flancs et auquel nul poète au monde ne
saurait résister.
C’est cette transsubstantiation que je transcris ici. Le reste n’a
aucun sens. Là seul est l’éternel.LIVRE 1
PETRUSMOK
(Roman mythique)I
L’IDÉALE ÎLE MAURICEL’IDÉALE ÎLE MAURICE
H i e r, le 11 juillet 1950, j’étais à Souillac, petit village de pêche
et station balnéaire sur la côte sud de l’île Maurice. J’avais été
en compagnie d’une amie passer la journée sur les plages. Le
poète Robert Edward Hart possède un « c a m p e m e n t » tout
c o n t re, grosse huître maisonnière faite de corail, où il abrite sa
s o l i t u d e .
Nous étions seuls mon amie et moi, elle aussi poète et
passionnée de surnaturel.
Nous étions venus en autobus. La route avait été longue –
arrêts incessants, pneus crevés, lenteurs – et j’étais de mauvaise
humeur.
Nous nous achalandâmes en provisions à la boutique du
Chinois, en face de la magistrature, près ce jardin Telfair qui jette
des palmes sur les eaux.
Le jour était limpide. L’espace était lent. Les insectes tissaient
le temps. Et l’ombre était picassienne.
Après un thé rapide et une causerie à trois – le troisième
personnage était le Mystère – au sein des gestes bruissants de la
servante qui nous encombrait de sa présence, au haut du talus
d’herbe à pic où ce campement se juche, et que balancent les
flots, et dont la lumière fait sa charpente – soudain, je me vis
échapper au temps. Tout avait disparu, et je n’étais plus à l’île
Maurice. Je passai en transe.
Et, est-ce effet de divination de mon état d’esprit ou nécessité
du déjeuner qui requerrait ses soins, mon amie s’éclipsa. La
transe dura, et j’eus cette vision.
* * *
17L’île Maurice n’était plus. Les montagnes étaient devenues de
grands parapets ; mauve était sa verdure – sous l’effet de plusieurs
billions d’années de la planète retardataire.
Tout nageait dans du phosphore, et moi-même j’étais bu par
une lumière surnaturelle.
J’avais passé dans mon subconscient, et je vivais les années
mortes.
L’île Maurice n’était plus. Elle avait passé dans Petrusmok.
(On verra pourquoi ce nom.) Le barrage de lumière qui me
séparait de tous les Ancêtres de l’Homme où tout se confond s’était
effondré. Et par les chemins de l’hérédité unitaire, là où j’étais
dans le physique, je voyais le passé de l’île natale.
Les montagnes formaient d’immenses promontoires où la
lumière s’engouffrait. Le ciel était mauve; la verdure bleue avait
des reflets d’améthyste. Dans le lointain, les monts se
découpaient comme au ciseau sur le ciel pâle d’héliotrope. Et tout, je le
répète, était phosphorescent.
Je m’approchai en esprit vers une crique de lumière qui vers le
nord faisait poche d’encre. Aussitôt que je pris pied au bas de la
montagne, je vis qu’un troupeau d’hommes y vivait. Leur
couleur était rouge. Rouge grenat et verts étaient leurs cheveux.
Leurs dents jaunes avaient l’éclat de l’iris, comme cette fleur en
pleine lumière qui nous donne une sensation de jaune. Et ces
hommes étaient trapus et en même temps grands. La lumière
faisait que quand ils parlaient, ils grandissaient à vue d’œil. Je
trouvai cela étrange. Et j’eus l’explication de ce mystère dans le fait
que ces hommes ne disaient pas de petites choses : c’étaient de
grands sages.
Ces êtres ne riaient point. Ils souriaient des sourcils. Leurs
lèvres ne laissaient passer que des cris ondulés : nulle articulation.
J’approchai de plus près, et plus je le fis, plus il me parut que
ces hommes ne semblaient pas appartenir à la Terre. Je pensai aux
Jupitériens. Je me trompais. Ces êtres n’étaient pas orgueilleux.
Donc de Mars? Non plus. Rien de moins guerrière que cette race
exaltée. Vénusiens donc ils devaient être, puisque le grain de leur
18peau, leur douceur de voix, leurs gestes ondoyants et fermes
avaient une courbure qui rappelait l’amour.
«Mais trêve d’attente, me répétais-je en songe. Assez regarder.
Communie. »
Et je fis un signe. Un vieillard fit un autre signe à mon appel.
Plusieurs filles pubères dont les hanches roulaient l’océan et les
cieux s’approchèrent de moi comme la feuille cherche l’ondée, et
dégrafèrent leurs colliers de fleurs constellés de coraux rouges et
d’une forme de coquillage plus bleu que les nues, et littéralement
m’enlacèrent de ces boas vivants et lumineux. Le contact était
pris, et j’observai.
* * *
Celui qui paraissait le Principal Sage de la Tribu fit un second
signe. Un hululement lui répondit. Quelqu’un avec un objet qui
me semblait du corail verni en trompe avait appelé à lui une
véritable tremblade dans la tribu.
Tout ce qu’il y avait ici d’individus se tournèrent vers la
Montagne. On était, à ce qu’il me semblait, au site même où
aujourd’hui le Pouce domine la plaine de Moka, dans le voisinage
de ce que nous appelons Crève-Cœur. Et la Montagne
littéralement croula sous mon regard, sous ce cri. Tout s’effondra et une
autre montagne lumineuse parut. Inconcevable magie – noire ou
blanche ? –, le simple geste de ce corail sonore avait fait tout cela.
Et le peuple adora.
Q u o i ? Le suprême autel – la Montagne. Les incantations, les
danses sacrées, les transes des enfants et des vieillards
s’ensuiv irent. Et une messe en lumière, surn a t u relle et divine, se passa
devant mes yeux. La Montagne était adorée comme un dieu
par ce peuple. La transe sacrée collective avait tout changé au
p a y s a g e .
Et tant que cette chose dura, je ne me vis plus moi-même. Mon
esprit s’était élevé – comme je l’ai senti de manière infiniment
moins intense devant la Dent du Midi, dans les neiges des hauts
19plateaux. Mais la neige ici était lumière, et la lumière avait généré
ce haut pic.
Ces hommes adorèrent la Montagne. Idolâtres ? Non – tu ne
te feras point d’image taillée – et ces hommes ne se faisaient pas
d’image taillée – ils adoraient le plus Haut Lieu du Symbole,
Sinaï éternel, la Montagne surnaturelle de l’Esprit.
Religion, me dis-je au sein de moi-même, comme tu as évolué
depuis, comme tu as involué vers la terre, quittant les hauts pics
de l’âme !
Et bientôt la transe me quitta. Une mouche insistante m’avait
réveillé. Mon amie dans l’autre chambre gourmandait la servante.
Je pris un nouveau souffle, et repassai dans le subconscient.
* * *
Et quelqu’un me glissa dans l’ore i l l e : « P e t ru s m o k,
P e t ru s m o k …», par association de la pierre et du nom « M a u r i c e » .
Et sous ce choc étrange, mélange de surn a t u rel et de réalité, je fus
sur terre et en même temps je glissai dans le passé.
Et j’entendis, comme sous l’eau, dans l’autre chambre, mon
amie qui re g a rdait vers la mer parsemée d’immenses ro c h e s -
totems et qui me disait : «Ne voyez-vous pas dans cette ro c h e ,
Malcolm – là-bas tout contre ce filao – un sphinx?» Je bougonnai
un « n o n» évasif pour avoir la paix, et je continuai mon voyage en
esprit. Bruit de robe, chaise qu’on bouge, et j’étais seul.
La montagne de pierre mauve n’était plus sur moi. Un dos en
lumière maintenant était dans l’azur – grosse tortue grise et
marron tachetée de vert, une pierre mixte, un talon monstrueux que
j’assimilai en esprit à notre Morne actuel. Gibraltar de notre
SudOuest.
Je fis un bond en esprit vers ce site. Une étrange musique
venait de ce lieu. Des gestes comme des marguerites étaient sur
les versants du pachyderme. Et quel ne fut pas mon étonnement
de voir de près que ces marguerites étaient des femmes qui, dans
une danse rythmée, mimaient les floraisons.
20Nous tenons à re m e rcier tous ceux qui, Mauriciens et Français,
par leur aide, leur détermination et leurs encouragements
souvent décisifs, ont contribué à la mise en chantier de cette édition.

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