Photo de Groupe

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Photo de groupe est un ensemble de textes courts qui se répondent secrètement, un peu comme les visages regardent parallèlement l'objectif et partagent furtivement quelque destin, visages à la fois présents et déjà d'aucun temps. Dans certains de ces textes interviennent des éléments narratifs, mais tous se veulent la saisie d'un instant qui passe tout en ne passant pas. Ils sont à la fois familiers et emprunts d'une irréductible réserve.
Publié le : samedi 1 mai 2010
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EAN13 : 9782296699465
Nombre de pages : 185
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'383 ./ 16394/

© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN:978-2-296-11926-0
EAN:9782296119260

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Les moulins de Nantucket

Vousverrez,
Vous nepouvez vous tromper.
C’estunemaison semblable auxautres
Avecunchien indiscernable.
Le facteury déposeuncourrier quifinitdansdes malles.
Uncamionde déménagementattend à côté,
Il transportelevidejusqu’auxhôtels meublésdel’avenue
califale.
Vousverrez,
Lavoisine alongtempsaiméunhommeparti trop tôtentre
deuxrames.
L’été c’estàpeinesi lapluiequi netombepas
Change au-dessus la forme deson nuage.
La femmequiécarteles rideauxalesyeuxsigris
Queplus rien, devantelle,n’a de couleurvraiment initiale.
Semblablesà descercueilsauxquels manqueraitune
demironde
Elle entrouvreparfoisdes thermomètresdevoyage
Maisàquoibon lesemporter puisquepartoutailleurs la
température est indiquéesur place.
Dans sondos s’ignorent, avectouteunescience dela
solitude, des poissons-clowns.
Vousverrez,
Ellesesouvientdes moulinsdeNantucket
Etdesviolettesdu Connecticut.
Elle estallée dansdes pays qui sortentàpeine
Dès qu’ily aun peudemonde dans les ruesen pente.
Elle atoujours leplandemétroaérien
D’une capitalesouterraine.
Sasilhouette estde celles qu’onvoitfinir parentrerdansun
temple confucéenàune heure hésitante.

7

Elle sait aussi comment, avec dubitume deJudée,on
embaumait les morts.
Ellesavaitdepuis toujours jusqu’àl’automne dernier,
Comment letemps passe.
Vousverrez,
Elle ala consciencerecouverte d’une fine couche desucre
glace.
Dansdesaéroports internationaux
Elle a été attenduesousdesécriteauxàson nom
Avec desfautesd’orthographe.
Elle aune façon si particulière de faireque d’ellejusqu’àsa
fatigueselasse.
Elle avécuprèsd’unzoo oùlesanimauxde différentes
espèces s’amusaientà échanger leurscris ;
Deloincelarevenaitaumême.
Vousverrez,
Vous nepouvez vous tromper,
C’estàundéhanchementde funambulesur les larges pas
japonais
Qu’on reconnaît laporteivre.

8

Miami Beach

Il paraît que M.Maxence est revenudesTropiques.Il
occupe désormais lamaisondel’architecteoùilcherchesans
cesseuneplace exacte àses miniatures savafides.Ily
éprouve des sensations-fantômes:odeursdemarronsgrillés
sanshiver, conversationsdejardinà fleurd’arrosoirs.Ila
aussides insomniesfactices.Lematinune femme,poitrine
nue,repousselesvoletsauxcouleursécaillées.Ellen’a eu
besoind’aucunereconstruction mammaire.Devant,un
pelotonbrassel’airdeses rayons.Il semble fuir sapropre
frénésie.
M.Maxence a eudixans lejourdel’exécutiondu
conseilleraulique.Il sesouvientausside cesquareoùil
suffisaitd’entrerunepremière fois pourêtre aussitôtun
habitué.Al’époqueon ignoraitauboutde combiend’êtres
entrebâilléscommençait leporte-à-porte.Ensuite c’était la
pointe delaDoganaoul’Opéra,toutesvoilesde béton
dehors.Rudeséquinoxes,quandonysonge.Impossible de
savoircequeles mortsavaientfaitdes proposdesvivants.Et
dans lescafés la clientèle depassagese disposait savamment
autourde ceuxqui n’étaient pasvenus.Lepronostic était
sombrcee :lapouvaitdurerunevie entière, à condition
qu’elles’arrêtâtd’uneminute àl’autre.
M.Maxence a fait partie dupeloton.Dorénavant les
coureurs ont touschangé.L’architecte, desoncôté, étaitde
ceuxdevant lesquels lesautres passent.Il se demandait
parfoisauboutde combienderedites onfinit par neplus se
répéter.Il semblait tant n’avoirétélui-mêmequepar
rencontre.L’accompagnaitunchienauparavantutilisépour
rechercherdescadavres.C’estauboutdesalaissequ’ona
retrouvésoncorps.

9

M. Maxencen’arevunuldescoureursaveclesquels il
déplaçait l’air.Au visiteur ilditvolontiers s’il pensequele
désespoir neleur sied guère :“EssayezplutôtMiamiBeach”.

10

Celui qui se glisse entreles retrouvaillesd’aéroport
Rejointdans son litfroissé
Lerêve d’une femmequi s’enva

11

Lebrouillard

Aucentre dubrouillardlaville étaitd’unetotaleprécision.
Lalumière donnaitdutranchantjusqu’aux visagesdes
nourrissons.
Deleurcôtélesbibelotsd’antiquaires paraissaient n’avoir
traversé aucune agonie.
Lesbanderoles sepassaientdemanifestations.
Dans les laveries l’attente devenait minérale.
Les sculptures n’envenaient pas pluschercher leur linge.
Il manquait juste des lettresauxenseignesdes magasinset
titresde films.
Lesfilmsavaientbeauêtrerécents.
Aquidemandait pourquoi,ilétait répondupardes phrases
inachevéesauxquelles manquaientaussides pointsde
suspension.
Quantaubrouillard auxportesdelaville c’étaitun sujetàne
pasaborder
Auxrendez-vousdonnés lanuit sous l’uneoul’autre des
lettreséteintes.

12

Pluies de novembre

Unemaladieretenait lesgenschezeux.Une autreles
empêchaitd’yretourner.Entrelesdeuxlasanté était pleine et
entière.Les restaurants refusaient même dumonde.
Impossible desavoir quand commençaient les premiers
troubles,ilschangeaient sanscesse de forme.Neles sentaient
pas plusvenir les notablesdont lesfillettesavaient les
cheveuxtoujoursaussi oxygénéset qui priaient trèsfortdans
lalumière dutroisièmevitrail.Al’Escurial les nouveaux
étrangersavaient l’airdevenird’ailleurs que d’oùils
venaient maisc’étaitdesservi parde bonnescorrespondances.
Sur les pistesde danses’élançaientdenouveauxcouples
avec d’anciennesconnivences.Lamaladiequi retenait les
genschezeuxnelesempêchait pasderêverdeCordillère des
Andesetcellequi lesempêchaitd’yretourner, desweet
home avec cachetdansune eaueffervescente.Régulièrement
un illuminéprétendait qu’il s’agissaitdumêmemal.Un
garçon s’approchaitdeluiet luienjoignaitdelaisser la
clientèletranquille, à cette heure essentiellementcomposée
de femmesélégantesetdemessieursavecparapluiepour les
raccompagner jusqu’auxondéesdenovembre.

13

L’emphase duchat

Il s’agissait d’unde cesfilms qu’onvoitdansunesalle àpeu
prèsvide.Dehorsc’est laplusbellejournée d’été.Le
lendemain le filmest retiré del’affiche.La caissièreprétend
ensuitequeletitreneluidit rien.Finalement il n’y apas
d’été.Uncielgris nequittepas l’aplomb descoursà faux
secrets.Ily amême desgens qui montent lesescaliersen
revenantdéçusdesMaldives.Lelocataire d’enfaceraconte
qu’uneorganisation para-policière a fouillésonappartement
de fond encomblemaisenveillantàtout remettrestrictement
àsaplace.Tropbien, ajoute-t-il,mêmele chat s’attache avec
emphase ànepasdérogeràseshabitudes.Dansune
contrealléeune femmeressemble àune des rares spectatricesdu
film retiré del’affichemais sanscetécart oucetremblépar
lesquelschacun s’obstine à êtrelui-même.Des mois plus
tard, dansun refuge,un journal racornicontientune critique
élogieuse dufilm mais lamontagne estàpeinesignalée dans
lesguides.Ausommetestaccrochéleseul nuage.Les lourds
marcheurs quidescendentavec desbruitsde cliquetis
répètent, avecun soupçondepréméditationdans l’insistance,
qu’il n’y a,tout là-haut,rienàvoir.

14

La femme dudiamantaire

Beaucoup de choses se sontjouées sous leregard dela
femme dudiamantaire.Elle avuarriver l’assassin qui n’avait
encoretuépersonne.Elle était là aussi quandlavague a
emportéles ruinesduprécédent naufrage.Devantcette femme
toutaun peuprisforme :lepalaisaperdusescolonnes, des
alignements sesontdégagéesd’autres perspectives,lesattentes
ontété déclarées sans objetetaussitôt remplacées pard’autres
atermoiements,onarepeint lescabinesde bainsen tenantbien
compte des rayures ;lamangroves’est insensiblement
déplacée; les sonneries ontchangé desvillas oùl’on nesait
plus s’il n’y atoujours personneoujamais quelqu’usn ;ur la
fin l’explorateur nesortait qu’avecsondéambulateuretune
petite fillel’accompagnaiten sautillant jusqu’àlatable
panoramique.
La femme dudiamantairen’amanqué aucunenterrement
sous laneige.Asoncounescintillaitalorsaucunepierre.
Devantelle descouples sesontunis ouséparés, d’autres se
contentantdeprendreleurs ticketsdeparkings.Quandles
témoins sesontdésistésunàunellen’arien ôté desa
dépositionenbonne etdue forme àtriple exemplaire.L’été
c’estellequi organisait letournoidescerfs-volants sur la
lande.Ellerecevaitdesappels muetsà desheures inquiètes.
Elle a entendulesdernières parolesdumoribondqui parlait
unelangue étrangère.Auxinaugurationselle était sur laphoto
mais ilfallait savoir que c’étaitelle, coincée entreune femme
en sariet la blouse blanche d’un médecinendocrinologue.Le
jour oùson regards’est retiré,toutest resté en place auboutde
la dernièrevague.Maisauxcontoursdeschoses il manqua
leursformes.Lesatermoiementsfurent remisàplus tardtoutes
affairescessantes.On refitcomplètement les tenturesen tenant
biencompte deleurs plis.

15

Que faire?

Que fait-ondelajoieune fois la fêteterminée?
Et lesclameurs,oùles range-t-on, àquelendroitdustade?
Est-cequ’on repliel’avenue après lepassage duconvoi ?
Desvoyages qu’on ne feraplus oùmet-on lesgares ?
Que fait-ondescorpsune fois lescaressesgercées ?
Aussitôt lepromontoire effondré,oùs’envalepaysage?
Quel protocolepermetd’abandonner tout protocolequandil
n’y aplus rienà faire?
La catastropheparchance évitée,que fait-ondesvictimes ?
Les nuits soudainabolies,que deviennentaujourd’huiet
hier ?
Etdes rêves qu’on n’apasfaits, commentapaise-t-on les
images ?
Comment s’effondrent les monumentsune fois l’érosion
réduite en poussière?
Les regards qui n’ontfait quese croiser, faut-il les laisseraux
consignes ?
Oùremise-t-on leshousses retiréesauxmeublesaprès
l’hiver ?
Aveclelingeravien riantdejustesse àl’averse?
Oules modesd’emploidepuis toujoursdésaccordésaux
ustensiles ?
Etdesaurevoir, entrelesclaquementsdeportières, aujuste
que fait-on ?

16

Le mort

Les lunettesdumortétaientàmavue.Seshabits ne
m’allaient pas mal non plus.Sa bibliothèque était pleine de
livres quej’avais lusetencoreplusdelivres quejen’avais
pasencorelus.Sonchienétait prêtàmesuivreun peu
partout.Dans son journal ily avaitdeschoses quej’avais
vécues.J’eussepuaimer sa femme dansune fête costumée
parunenuitd’éclipse.D’ailleursellemeproposa derester.Il
était si tard,les routesétaient mauvaises.Deplus lemorty
avaiteucetaccident qui l’avaitconduitdans l’avait oùil se
trouvait,strictementconforme.Jemerendisàsesarguments.
Lelendemain lemortavait totalementdisparu.Dans lapièce,
aucuneodeurdouceâtre.Ilfuguait même aupointdes’être
absenté detoutenécrologie dans lejournal plié ausoleildes
pierresfroides.Jepris le fusilde chasse et le chien mesuivit.
J’ignorais toutdugibieràpourchasseràpareille époque.
Mais lemortdevait l’ignoreraussi.

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La doublure

Elle était sa doublure-lumière
Mais aussi sa doublure-seins nusautrianglepubiendans les
scènesun peutrop intimes.
Elle était sa doublure-voixdans les numéroschantés oules
haranguesàla foule,
Sa doublure-éclatderire dans les scènesun peutrop
expansives.
Elle était sa doubluresportivequandil s’agissaitde courir la
savane, battrelatoundraousejeterd’une falaise,
Sa doublure-profildans les scènesun peutropen ombres
chinoises.
Elle était sa doublure-vieillissementdans les sagas
Etdans les scènes oùilétait requisd’avoirgrossi,sa
doublureobèse.
Elle était sa doublure-doublequandlescénario prévoyaitdes
tortures infligéesà des jumelles,
Sa doublure convulsive dans les scènesun peutrop
épileptiques.
Maintenant qu’ellen’est plus là
Elle est sa doublure-absence dansdes scènesun peutrop
systématiquementcoupéeshorsdes tablesdemontage.

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