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Poèmes de la Résistance

De
194 pages
« C’est que notre époque se trompe sur elle-même : elle se croit rationnelle et l’est fort mal ; révolutionnaire, et n’est sans doute que totalitaire. Le totalitarisme, ce virus, rend les uns euphoriques de bien-être et les autres enragés de destruction. Que faire alors, pour le salut de l’homme ? Que peut en particulier un poète, pour qui ce salut et la parole humaine ne font qu’un ? La même chose, toujours : forcer accès à la lumière jusqu’au coeur de notre nuit
organisée contre elle. Il n’est d’espérance, de confiance en l’homme, d’authentique optimisme qui ne passe par cette nuit pour en débusquer notre nature et l’aiguillonner vers la vérité. »
Ô mes frères dans les prisons vous êtes libres
libres les yeux brûlés les membres enchaînés
le visage troué les lèvres mutilées
vous êtes ces arbres violents et torturés
qui croissent plus puissants parce qu’on les émonde
et sur tout le pays d’humaine destinée
votre regard d’hommes vrais est sans limites
votre silence est la paix terrible de l’éther.
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Édition coordonnée
par Ginette Adamson

Mémoire d’encrier reconnaît l’aide financière

du Gouvernement du Canada

par l’entremise du Conseil des Arts du Canada,

du Fonds du livre du Canada

et du Gouvernement du Québec

par le Programme de crédit d’impôt pour l’édition

de livres, Gestion Sodec.

 

Mise en page : Virginie Turcotte

Couverture : Étienne Bienvenu

Dépôt légal : 2e trimestre 2016

© Éditions Mémoire d’encrier

 

ISBN 978-2-89712-387-1 (Papier)

ISBN 978-2-89712-359-8 (PDF)

ISBN 978-2-89712-358-1 (ePub)

PQ2609.M58 2016      841’.914      C2016-940167-7

 

Mémoire d’encrier • 1260, rue Bélanger, bur. 201

Montréal • Québec • H2S 1H9

Tél. : 514 989 1491 • Téléc. : 514 928 9217

info@memoiredencrier.comwww.memoiredencrier.com

 

Fabrication du ePub : Stéphane Cormier

Les textes de Pierre Emmanuel et les photos sont reproduits avec l’autorisation des ayants droit Catherine Pierre-Emmanuel Carlier et Nathalie Pierre-Emmanuel, filles du poète.

 

Tous les poèmes sélectionnés pour cette anthologie proviennent de l’édition des Œuvres complètes :

 

Œuvres poétiques complètes I(1940 -1963) [OPC. I]‚ sous la direction de François Livi‚ avec la collaboration de Ginette Adamson‚ Anne-Sophie Andreu (Constant)‚ Aude Préta-de Beaufort et Isabelle Renaud-Chamska‚ Lausanne‚ L’Âge d’Homme‚ coll. Caryatides, 2001; introduction‚ chronologie et notices.

 

Œuvres poétiques complètes II(1970 -1984) [OPC. II]‚ sous la direction de François Livi‚ avec la collaboration de Ginette Adamson‚ Anne-Sophie Andreu (Constant)‚ Évelyne Frank‚ Aude Préta-de Beaufort et Isabelle Renaud-Chamska‚ Lausanne‚ L’Âge d’Homme‚ coll. Caryatides, 2003; introduction‚ notices et bibliographie complète.

Ginette Adamson, qui a coordonné cette anthologie, est professeure émérite (littératures francophones à Wichita State University et à l’Université de Strasbourg). Elle est exécutrice testamentaire de l’œuvre de Pierre Emmanuel et membre du Centre de Recherche Pierre Emmanuel à Paris. Auteure de Le procédé de Raymond Roussel, Bibliographie de Pierre Emmanuel, co-auteure des Œuvres poétiques complètes de Pierre Emmanuel, coéditrice de Francophonie Plurielle, et de Continental, Latin-American and Francophone Women Writers (4 vols).

Aux morts, ces contempteurs superbes de la mort,
ces durs justiciers, ces violents prophètes.
Pierre Emmanuel, Jour de colère
(OPC. I, p. 132)

PRÉFACE

 

pierre emmanuel, le résistant

 

Résister à ce qui veut le détruire, l’homme n’a point d’autre loi : mais qui résiste est créateur. Cette vérité biologique est sans réserve, fût-ce au cœur de la barbarie.1

Pierre Emmanuel

 

 

mes rencontres avec pierre emmanuel

J’ai rencontré Pierre Emmanuel en 1980, lors d’une conférence sur la poésie, à l’université de Strasbourg. C’est lui qui m’a invitée à lire son œuvre poétique alors que mes recherches de l’époque s’orientaient plutôt vers les œuvres de l’écrivain Raymond Roussel. Il m’a donné rendez-vous à Paris, chez lui rue de Varenne. Sûre de sa sincérité, je mis mon travail sur Roussel entre parenthèses – provisoirement mais longuement – et me voilà donc partie pour une nouvelle aventure littéraire. Ce qui m’avait frappée, au cours de nos rencontres entre 1980 et 1984, c’était d’abord la confiance qu’il me témoignait alors que mon domaine de recherche restait assez aux antipodes de son extraordinaire verve poétique, de ses élans épiques, et même de ses inquiétudes mystiques.

De nos rendez-vous, j’ai aussi retenu que Pierre Emmanuel tenait encore beaucoup à sa poésie de la Résistance, même après avoir publié près d’une cinquantaine de livres depuis leur parution et qu’il désirait vivement que je m’y intéresse. Cela expliquerait son insistance à ce que je prenne immédiatement contact avec Pierre Seghers, son ami de combat et de poésie. Il l’a d’ailleurs tout de suite appelé, sans se soucier de mon avis. De mes rencontres avec Pierre Seghers, j’ai obtenu des éléments importants qui ont enrichi la bibliographie complète que j’avais entamée et qui faisait l’objet de longues discussions avec Pierre Emmanuel. Pierre Seghers m’a procuré les numéros introuvables de sa collection de la revue Poésie, dans laquelle il avait publié certains de ses premiers écrits et m’a fait lire sa correspondance personnelle avec Pierre Emmanuel, pendant et après la guerre. Aussi est-ce sans doute ce lien qui a poussé Pierre Seghers à me demander, juste après le décès de son ami en 1984, de lui envoyer la transcription de mon dernier entretien avec Pierre Emmanuel. Il datait de quelques semaines seulement. Pierre Seghers l’a publié dans la revue Poésie 852, comme un ultime devoir consistant à porter son ami de plume et de résistance, pour l’accompagner jusqu’à son dernier souffle.

Je raconte ce qui a marqué mes rencontres avec Pierre Emmanuel parce que, justement, elles m’ont orientée vers le volet de ses écrits – celui de la Résistance – auquel j’ai finalement consacré le plus de temps3. Certainement parce que le poète m’y a conduite. Mais aussi parce que ces préoccupations correspondaient à mon penchant pour la révolte et l’engagement. Lorsqu’on lit : « […] On a peur / jusque dans le tombeau – on se tend, on épie / le mutisme, on apprend à mourir, on se tait / plus fort! en entendant les longs cris de torture, / on est seul par millions sans patrie que la Peur […]4 », comment ne pas sentir monter la révolte de celui qui a écrit cette poésie? Pierre Emmanuel souhaitait aussi que ces recueils de la Résistance soient mis en valeur le plus simplement possible en encourageant le lecteur à se pencher sur sa façon de transmettre les sentiments de la révolte civile contre la guerre. Ce qui explique aussi, lorsque cela a été possible, le choix, pour cette anthologie, de poèmes courts parce que plus accessibles.

 

les années de formation (1916-1940)

Le tragique individuel commence dès son jeune âge. Pierre Emmanuel est né à Gan, le 3 mai 1916, sous le nom de Noël Jean Mathieu. À l’âge de trois semaines ses parents partent aux États-Unis et le laissent en France à sa tante et à sa grand-mère maternelle : « J’ai donc à peine connu mes parents – et j’en ai souffert » explique-t-il plus tard, dans sa préface au premier livre qui lui a été consacré par Alain Bosquet5. Son séjour avec eux à New York, de 1919 à 1922, s’est passé entre les mains d’une nourrice et puis à l’école maternelle. À l’âge de 6 ans, il est renvoyé seul en France où il fréquente l’école primaire à Gan alors qu’il ne parle encore que l’anglais. En 1926, c’est chez son oncle paternel Jean Mathieu, professeur à Lyon, qu’il est envoyé pour ses études secondaires au Collège des Lazaristes. Toujours dans la même préface, il raconte son malheur : « J’avais désiré faire du latin, et fréquenter le lycée de Pau : je fus transporté dans une ville austère et voué au métier d’ingénieur » (p. 8). Et en 1936, c’est la fin de ses contacts avec son père qui veut que son fils devienne, comme lui, citoyen américain. Son refus est cause de rupture. « Nous nous aperçûmes que nous ne nous connaissions pas – impression très amère. Revenu en France, je décidai de me débrouiller seul, et devins professeur libre à Cherbourg d’abord, à Pontoise ensuite » (p. 10-11).

Mais dans son malheur, il a eu le bonheur de faire de belles rencontres comme celles de l’abbé François Larue, son professeur de mathématiques, et de l’abbé Jules Monchanin. C’est grâce à l’abbé Larue qu’il découvre la poésie par la lecture de L’après-midi d’un faune de Mallarmé et La jeune Parque de Valéry. Pierre Emmanuel admet que sa formation mathématique a accentué sa tendance « à identifier langage et raison ». C’est en 1935, en vacances à Gan, que sa deuxième rencontre poétique, la plus marquante, se fait à la lecture de Sueur de Sang de Pierre Jean Jouve, sans oublier celle de Paul Éluard en 1936.

 

quatre années de résistance à dieulefit (1940-1944)

Le 7 juin 1940, date du Bombardement de Pontoise. Le toit de sa maison s’effondre le 11 juin, il doit quitter Paris avec Jeanne Crépis, sa femme. Le 7 juillet, ils arrivent à Dieulefit (Drôme) où ils se réfugient jusqu’à la fin de l’Occupation. Une nouvelle vie commence qui durera quatre ans, pendant les années de guerre. Le poète relate cette période dans Autobiographie (p. 258). Lorsqu’il arrive à Dieulefit, « Jouve s’y était installé; je me proposais de passer quelques jours auprès de lui; je devais y rester quatre ans » (p. 217). « Dieulefit est ma petite patrie » (p. 219). On ne saurait dissocier Dieulefit de son œuvre poétique de la Résistance, ni de ses activités pour aider les réfugiés de la guerre, ni de ses prises de parole dans la presse pour demander leur libération, la liberté pour tous. Malade de troubles pulmonaires, il n’a pas pu prendre les armes, mais continue à être professeur et poète. Il participe à la lutte contre l’innommable par la parole, l’écriture – « mais qui résiste est créateur » – et par l’action aussi6. Il se fait observateur attentif et vigilant pour être le témoin et le passeur de la mémoire des horreurs, des noirceurs de la guerre. Par ses poèmes, il fixe dans le temps ce qu’il sait, ou ce qu’il observe des atrocités que subissent les poètes soldats, les amis qui luttent au front, et tout ce qu’il a vu en organisant les secours au Vercors, en rencontrant les dirigeants de la Croix-Rouge internationale, de la Croix-Rouge suisse.

Il s’installe à Paris à la fin de la guerre et continue son engagement contre les tyrans qu’il dénonce avec férocité. Mais la ville de Dieulefit ne l’a pas oublié. « À Dieulefit nul n’est étranger », cette phrase de Pierre Emmanuel (Qui est cet Homme) figure sur le Mémorial de la Résistance civile, réalisé par l’artiste Ivan Theimer, pour célébrer le 70e anniversaire de la Libération. L’historien Bernard Delpal a récemment consacré un livre à l’histoire de la résistance des Dieulefitois pendant la Deuxième Guerre mondiale. Ce livre a pour titre À Dieulefit nul n’est étranger et en sous-titre une autre citation pertinente de Pierre Emmanuel : Désobéir et résister pour protéger et sauver pendant les années difficiles de la guerre 1939-19457.

 

les recueils de la résistance

Entre 1940 et 1944, Pierre Emmanuel écrit cinq recueils désignés comme poésie de la Résistance : Jour de colère (1942), Combat avec tes défenseurs (1942), Mémento des vivants (1944), La liberté guide nos pas (1945) et Tristesse ô ma patrie (1946). « Je les ai écrits, explique-t-il, pour dire la douleur, l’élever à l’absolu [...]8 ». J’ai choisi d’inclure deux extraits des Cantos publiés en 1942 dans les Éditions de la revue Fontaine et repris dans Chansons du dé à coudre (1947). Ils ne sont pas toujours considérés comme faisant partie des recueils de la Résistance mais m’ont paru particulièrement significatifs, d’autant plus qu’ils ont été écrits pendant la guerre9. Leur inclusion permet d’ouvrir l’anthologie sur une dimension de brièveté et de concision, moins lyrique et épique que celle que l’on trouvera dans les autres recueils.