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Poèmes de prison

De
156 pages
C'est sur du papier hygiénique, des serviettes en papier qu'elle écrit ses poèmes, incarcérée dans les plus dures prisons d'Iran. Son seul crime est d'avoir une foi qui prône l'égalité des droits des femmes et des hommes, le droit à l'éducation, à l'accord entre la science et la religion, à la recherche indépendante de la vérité. Mahvash Sabet fut arrêtée en 2008, et finalement accusée et condamnée en 2010, avec six compagnons, à vingt ans d'emprisonnement pour seul motif d'être baha'ie. Ces poèmes témoignent du courage et du désespoir, de la misère et des espoirs de milliers d'Iraniens luttant pour survivre aux conditions d'extrême oppression.
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Màhvàsh Sabet
PoèMES dE PrISoN
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Poèmes de prison
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ColleCtion l’iran en transition
Dirigée par Ata Ayati
lES dERNIèRES pàRuTIONS e e parvizmohebbi,Les mots et es choses de ’europe en persan(12 -15 sîèces). Le pays des Francs, pîerres précîeuses et ines, pîerrerîes, métaux.2016. mohammadalimerati,Lesmaqâmsancîens et es înstruments de a musîque kurde d’Iran et d’Irak,Préface de Barzan Y. Mohamad, 2016. rouhollahrezapour,Le bîînguîsme en néoténîe înguîstîque. Aspects socîoînguîstîque et psychoînguîstîque du bîîngue rançaîs-persan. Préface de Samir Bajric, 2016. chahabsarrafian,Troîs igures de a poésîe rancophîe persane.Esâmî-e Nodouchane, Honarmandî et Nâderpour.Préfaces de Michèle Finck et Danielle Wieckowski, 2016. nasrollahnejatbakhshe,Jîhâd ofensî. Ses ondements théorîques d’après es théoogîens shï‘îtes,2016. baghermomeni,La îttérature de a Révoutîon constîtutîonnee de ’Iran. Le cas de Fath Aî Akhound-zadé. Préface de Ata Ayati et Pierre Chardin, 2016. hamèdfouladvind,La Perse à travers acamera obscuraoccîdentae. Préface de Daryush Shayegan, 2016. pirouzéftékhâri,Poètes persans, désîr et cîvîîté,2016. alirezakhoddami,Dîscours reîgîeux des jeunes en Iran. Les nouveaux vîsages de a reîgîon.Préface de David Rigoulet-Roze, 2016. nahidkeshavarz,Les nouveaux émînîsmes en Iran. Le mouvement des emmes de 1989 à 2009.Préface de Farhad Khosrokhavar, 2015. ataayati-mohsenmottaghi,Farhad Khosrokhavar : un socîoogue, une révoutîon, ’hîstoîre tourmentée de ’Iran.2015.javadzeiny,Le cînéma îranîen. Un cînéma sous înleunces.Préface de Jean-Luc Godard, 2015.  ,La coueur de a guerre Iran-IrakRegards croîsés sur a peînture m inoo m h a n y îranîenne après a Révoutîon1979.Préface de Christophe Balay,2015.
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MahvashSABET
POÈMES DE PRISON
Préface deMahnaz Parakand
Adaptation de l’original en persan par Bahiyyih Nakhjavani
Traduit de l’anglais par François et Mary Petit et Martine Caillard
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© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École Polytechnique ; 75005 Paris
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http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10008-1 EAN : 9782343100081
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Préface
Mahvash Sabet est membre de la communauté baha’ie d’Iran. Elle servit pendant plusieurs années comme secrétaire d’un conseil informel de sept personnes connues comme 1 lesYaran, responsable de la direction des affaires de la communauté baha’ie iranienne. Elle naquit en 1953, dans la province d’Ardestan, mais grandit à Téhéran et est mère de deux enfants. Elle est titulaire d’une licence en psychologie. Avant la révolution, Mahvash était professeur et, par la suite, principale d’un certain nombre d’écoles ; psychologue de formation elle œuvra étroitement dans ce domaine avec le Comité national d’alphabétisation de l’Iran. Après la restau-ration de la République islamique, elle fut démise de ses fonctions et fut définitivement interdite de tout poste d’en-seignement dépendant de l’État. Durant les quinze années suivantes elle s’occupa du fonctionnement de l’Institut baha’i d’éducation supérieure, fournissant des opportunités d’édu-cation aux jeunes baha’is qui s’étaient vus refuser l’accès aux universités par l’État.
Le 5 mars 2008, Mahvash Sabet fut arrêtée à Mashhad par les représentants du ministère des Renseignements et de la Sécurité nationale. Elle fut plus tard transférée à la section sécurité du centre de détention d’Evin à Téhéran où les six autres membres desYarandevaient la rejoindre rapi-dement, après des descentes de police à leurs foyers tôt le
1-Yaran: Amis en persan.
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matin du 14 mai. Comme eux, elle fut emprisonnée durant deux ans et demi sans procès véritable, placée en isolement avec son amie, Fariba Kamalabadi, dans les prisons d’Evin, Ghohardasht et Gharchak. Avec eux elle eut des procès le 12 janvier, le 7 février et le 12 avril 2010, chaque procès se trouvant avorté pour cause d’irrégularités constitutionnelles. Elle fut finalement déclarée coupable et condamnée, comme eux, à 20 ans d’emprisonnement le 12 juin 2010. Mais en fait, à ce jour, elle a été détenue plus longtemps que les autres. Lorsque j’ai accepté de défendre les prisonniers baha’is, avec Shirine Abadi, Abdul-Fattah Soltani et Hadi Ismail-Zadih, je n’avais personnellement encore rencontré aucun des membres desYaran. Aucun d’entre eux n’avait eu accès aux er avocats lorsque la Cour de sécurité de Téhéran annonça le 1 février 2009 qu’ils étaient accusés d’espionnage au profit d’Is-raël et de propagande blasphématoire envers la République islamique. Ma première rencontre avec Mahvash Sabet eut lieu par une chaude journée d’été. Après plusieurs longues heures d’attente dans une pièce spécialement aménagée pour les avocats, je fus finalement autorisée à la rencontrer en présence de deux gardes féminines. Elle était enchaînée à son amie Fariba et bien qu’elles ne dirent mot, il était évident de par le couleur de leur peau que les prisonnières baha’ies avaient été privées, durant une longue période, d’air frais et de lumière du jour ; tout leur être semblait assoiffé de la chaleur énergisante de la lumière du soleil. Pourtant malgré toute leur souffrance, leur volonté demeurait inébranlable. Elles étaient décidées à renoncer à la vie, si nécessaire, pour leur croyance. Bien que la communauté baha’ie soit née en Iran quelques 168 ans plus tôt, avant même leur naissance, la première accusation contre Mahvash fut qu’elle était responsable de la formation d’une organisation illégale qui visait à la subver-sion de la sécurité d’état. Suivaient d’autres accusations,
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comprenant son rôle de secrétaire des Yaran, activités d’es-pionnage pour Israël, promotion illégale de la Foi baha’ie et désir de miner le régime islamique. Telle était la somme totale des charges portées contre elle.
Une étude du dossier devait montrer que les raisons sur lesquelles le ministère de l’Information s’était basé ne repo-saient sur rien d’autre que sur l’appartenance des prison-niers à la Foi baha’ie. Cependant, du fait que la République islamique interdit l’enquête sur les croyances des gens, des motifs politiques devaient être inventés pour justifier l’arresta-tion desYaranet leur inculpation sur la base d’activité illégale. De fait, le ministère des Renseignements et les pouvoirs juri-diques essayèrent de détourner la loi ; évoquant des motifs politiques comme une dissimulation de leurs actions anti constitutionnelles. Et c’est sur cette base que ces personnes furent arrêtées et condamnées à 20 ans d’emprisonnement.
De plus, l’accusation tira profit d’unefatwaou décret reli-gieux émis en juillet 2009 par l’Ayatullah Makarem Shirazi, déclarant que les baha’is combattaient contre Dieu et répan-daient la corruption sur terre. Mais derrière toutes ces fausses accusations il n’y avait en réalité que leur Foi et leur engage-ment à gérer les affaires de la communauté baha’ie.
Le procès de Mahvash et de ses collègues débuta offi-ciellement le 12 janvier 2010, au bureau 28 de la Cour révo-lutionnaire à Téhéran. Le juge qui présidait, vêtu de robe cléricale, s’appelait Maqiseh. Pendant la procédure Mahvash fut ferme et déterminée, courageuse et digne ; elle semblait sans crainte quant à l’aboutissement des décisions de la cour contre elle. Son souci principal était pour la communauté baha’ie d’Iran. Elle pensait que le procès n’était pas contre elle, mais plutôt contre sa Foi et les croyants. Peu impor-tait la sévérité du châtiment qu’elle encourait, elle répétait sans cesse que la principale raison d’être desYaranétait la défense des convictions baha’ies.
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Mais une telle défense n’était possible qu’à condition que la Cour respectât la loi. Les avocats desYaraninsistèrent sur ce point, et essayèrent de s’assurer que les provisions de la Constitution étaient respectées. En effet, c’est pour cette raison que le procès devait durer si longtemps et que les sessions de la Cour furent reportées indéfiniment. Le juge voulait donner l’impression qu’il était d’accord, mais prétex-tait aussi qu’il devait examiner l’affaire plus attentivement avant que l’emprisonnement des prisonniers soit éventuel-lement remplacé par le paiement d’une caution. Du fait que session après session il y avait report pour cause de procé-dures illégales, nous, avocats, craignions de plus en plus que nos clients ne soient plus favorables à notre insistance à ce que les lois soient respectées. Finalement après trois jours consécutifs d’audition, le 12 juin 2010, tous ces soucis devaient être balayés et le blocage levé par une seule phrase de Mahvash Sabet. Avec un énorme courage et une audace indescriptible elle se leva, représentant lesYaran,et dit : « Bien, le résultat est que vous allez nous condamner. Nous le savons et nous sommes prêts à mourir. Mais, nous croyons néanmoins que les lois doivent être respectées et que les baha’is dans ce pays devraient avoir le droit de se défendre et de défendre leur foi. »
Quand Mahvash Sabet et Fariba Kamalabadi se trouvèrent dans la prison de Ghohardasht (située sur la côte nord de Karaj), les autres prisonnières n’avaient pas le droit de les fréquenter. Mais la conduite de ces deux femmes coura-geuses était telle que graduellement elles attiraient le respect des autres. De fait, la fermeté de foi et l’infatigable humanité de Mahvash Sabet méritent toutes louanges.
Mahnaz Parakand Membre du Centre de Défense des Droits de l’Homme et l’une des quatre avocates des Yara
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Notes de traduction
En mars 2011 nous recevions de la part d’amis en Iran, une collection d’environ vingt-cinq poèmes écrits en prison par Mahvash Sabet depuis son arrestation en 2008. Ma mère me les lut et leur sincérité et compassion nous touchèrent beaucoup. Après avoir écrit avec son aide une version en anglais d’un des poèmes, elle suggéra que nous travaillions ensemble sur tous les autres. Alors nous nous sommes embarquées dans un projet de « traduction par procuration ». Ma mère avait 83 ans, sa santé était très fragile et elle n’avait que peu d’énergie en réserve. Pour ma part j’étais handicapée par mes manques de connaissances, mes lacunes de la langue persane. Mais puisque c’était le mois du Jeûne baha’i, et que nous savions que les baha’is en prison jeûnaient aussi, ma mère était déterminée : chaque jour du mois du jeûne baha’i decette année, qui s’avérait être sa dernière, elle substitua la poésie au jeûne. Lorsque Mahvash en prit connaissance, par des amis et la famille qui lui rendaient visite, elle fut si touchée qu’elle dédicaça un poème à ma mère ce même mois d’avril (voir p.137).
Nous avons procédé de façon très simple. Ma mère établissait un brouillon « mot à mot » du persan et puis, me basant sur ses notes, j’essayai d’aligner le ton de la traduc-tion anglaise avec les intentions de l’original. Le résultat fut une version reflétant plutôt le sens que la musique du texte et contenant davantage de métaphore que de mesure.
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