POÈMES EN LIBERTÉ

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Ce recueil se veut un regroupement de mots livrés à leur liberté d'être. La Méditerranée y est pour beaucoup, l'olivier et le croissant aussi, mais c'est du Sud infatigable, de sa pauvreté, de sa lumière, de sa chair rugueuse, et de ses autochtones étranges que jaillit ce texte. Comme pour nous rappeler que dans la poésie il y a " peau ", et que même celle des mots est souvent de couleur.
Publié le : samedi 1 juin 2002
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EAN13 : 9782296292451
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Poèmes

en liberté

Collection Poètes des Cinq Continents dirigée par Geneviève Clancy, Léopold Congo Mbemba et Emmanuelle Moysan
La collection Poètes des Cinq Continents non seulement révèle les voix prometteuses de jeunes poètes mais atteste de la présence de poètes qui feront sans doute date dans la poésie francophone. Cette collection dévoile un espace d'ouverture où tant la pluralité que la qualité du traitement de la langue prennent place. Elle publie une quarantaine de titres par an. Dernières parutions 321 - Victor KATHEMO, L'empereur hibou l' affreucain suivi de Un bonhomme de neige sous un soleil de plomb, 2002. 322 - Vincent DAENEN, Le nouvel orbe, 2002. 323 - Kama Sywor KAMANDA, Chants de brumes, 2002. 324 - Kama Sywor KAMANDA, Le sang des solitudes, 2002. 325 - Kasereka Ka MWENDE, Pascalie, journal d'un Errant, 2002. 326 - Sébastien HOËT, Plus Bas, l'Inerte, 2002. 327 - Carlotta CLERICI, La mission, 2002.

Walid Amri

Poèmes en liberté

L'Harmattan

cgL'Harmattan, 2002 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-2687-9

Pour

avoir mis lePied

5 ur le cœur de la nuit Je suis un homme pris D ans les rets étoilés.

Jules Supervielle

A Nelly, A Laroussi, qui m'ont insufflé plus que la vie, l'envie de vivre. . . la passion de l'écriture.

De l'abord de la poésie et des fondements que cela suppose

Il n'est pas de règles en matière de sensibilité poétique, elle se définit par sa spontanéité et son caractère aléatoirement profond. L'aléa revêt ainsi sa vraie dimension et la poésie en est un fidèle porteparole. Elle dit cet aléa de choses laissées au hasard de pensées, au hasard du temps, au hasard de rencontres. Gardons-nous de jeter sur cet aléa un regard péjoratif. Le hasard est l'expression de l'absolu, c'est la manifestation de l'être dans toutes ses dimensions inexplorées, faire confiance au hasard, une confiance pure et originelle nous conduit à la réelle profondeur de choses; Et la poésie connaît bien les sentiers du hasard, ces chemins incolores et inodores, apparemment, qui surgissent soudainement au tournant des jours et qui métamorphosent le moment. Refuge du poème éloquent, le hasard ne se trompe jamais, le hasard fait bien les choses. . . Le hasard a beau être hasardeux, il est authentique et vrai, surtout à l'heure où l'homme fabrique tout, l'heure industrielle où les sentiments eux aussi finissent par se plier aux règles de l'Offre et de la Demande, l'heure où bonté humaine rime plus avec naïveté et niaiserie, et cupidité et égoïsme avec lucidité et bon sens. Tel un exilé révolutionnaire, le poème se réfugie ainsi, dans les retranchements de la nature, loin de la chaîne de production, de la consommation (juste celle

Il

modérée d'une poignée d'hommes fous et de surcroît naïfs et niais). Au hasard de la création, le poème surgit, germe de hasard, germe de choses dont l'existence ne tient qu'à un fù... mince chance... mais cela n'en vaut-il pas la peine, quand on sait l'aventure d'un recueil de poèmes fraîchement coupés au jardin du hasard. D'autres ingrédients sont indispensables pour que cuisent les poèmes au four ancien de la création. Un poème raconte l'histoire intime de choses, c'est un regard, un air de famille, une redondance, une romance, un rêve, une réalité... L'universalité du poème et son chevauchement avec l'infini le rendent création par excellence. Il peut manquer d'intérêt selon les uns, il peut être dénué d'âme pour d'autres mais un poème n'est jamais "faux". La poésie ouvre ainsi les portes d'un monde vaste et inexploré qui recèle des trésors de beauté et de plaisirs, la rançon étant une franchise exemplaire. La poésie fut assez souvent confinée à une discipline, un art dont l'abord est complexe et nécessitant une érudition certaine. Cette injustice qu'a dû affronter la poésie l'a profondément affectée et affaiblie. La poésie, comme tout art digne, exige une affinité pour le langage et pour la plénitude, pour la quête et pour l'intérêt au profond et à l'élaboré. Elle souffre cependant de sa quintessence: elle demeure mal comprise par ceux qui l'accusent d'être inabordable et confuse.

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Balivernes! A l'heure de la facilité et de la paresse, l'homme, cet être végétatif, devient une machine incontrôlable, à l'affût des plaisirs futiles: ceux de la chair, de la matière, de l'immédiat, ceux éphémères des caprices et de la futilité. La poésie est bien loin, elle requiert une lutte et une victoire, une passion et une détermination, une patience sans limites, une révolte de l'être. Quoi de plus mobilisateur qu'un poème, surtout quand on sait la force de persuasion dont sont dotés ses mots disposés comme une chanson, un conte, une théorie ou simplement au gré du hasard et de la poussière. . . S'inscrivant dans le "re", et précisément en matière de lecture dans le relu, la poésie est cette éternelle relecture du temps, du vu, du découvert ou encore de l'espoir de voir un jour... C'est ce reflux qui sans cesse revient pour nous saisir, nous subjuguer, nous métamorphoser en humains! L'art est re-création des choses et de leur similaire. Un poème n'est jamais mieux vécu que s'il est relu une seconde, une troisième, une quatrième fois. Un tableau n'est jamais pénétré qu'à l'énième fois du regard. . . Au-delà de cette barrière que franchissent les plus authentiques des âmes poètes, se dresse un autre obstacle à la compréhension du poème. Livrer son secret à un simple humain est chose qui se mérite. La passion pour les choses est le préalable, ensuite vient la

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complicité entre le lecteur et le sujet: une espiègle connivence entre l'être et l'apparemment figé est condition de tout périple au cœur de l'absolu. La mouvance des spectres lunaires, la mélancolie du temps-nuit, l'hésitation d'un insecte face au gouffre ouvert par la lumière sont les détails qui peuvent faire basculer le matin du côté non encore éclairci du poème. C'est ainsi que des abysses de sens sont à la portée de ceux habiles qui savent comment les aborder et comment les accueillir dans leurs jardins de songes. Un poème est une empreinte spontanée sur le miroir de notre enfance, un signe aléatoire et insignifiant dessiné sur le tableau de l'incertitude. La poésie est issue de l'imperfection de l'homme, les sentiments et l'émotion qui saisis sont les garants de sa fragilité et de la faiblesse de son entendement. La poésie a beau être qualifiée de science des faibles, elle n'en demeure pas moins l'asile de la magnificence et de l'exaltation. Le poème, ce pont spirituel fait des briques rougies par la passion du feu, lie l'homme à sa condition. Toute l'histoire de l'humanité peut être contenue dans la main d'un poème sans que celui-ci ne parvienne, parfois, à exprimer la féminité de la brillance lunaire ou encore l'ombre liquide et sonore de l'aurore. Le poème paraît ainsi être un outil du cœur avec lequel il est possible de creuser la face claire de la nuit, un outil qui rend puissant mais de cette puissance "insignifiante", celle qui crée mais n'entretient pas, qui sculpte mais ne détruit pas.

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Un poème jette la lumière sur... ou peint les choses d'obscurité, mais continûment il enrichit, c'est un navire qui voit défiler devant lui les choses et qui sonde le Eutile. C'est un pèlerinage dans le haut lieu du figé et de l'apparen t, en quête de ce qui se cache derrière ces banalités, comme mouvance et profondeur. La poésie est une bien curieuse façon d'écrire, de dire, et même d'avancer qui fait le contrepoids de la loi du plus fort, de celle de la physique. . . Avec la poésie, le faible n'a pas l'opportunité d'instaurer la loi des faibles, bien au contraire, c'est pour lui une tribune, non pour crier à l'injustice du plus profond de son âme, mais pour prétendre à d'autres lois, plus humaines, plus enchanteresses. Le poème pénètre et ne ravage pas. Il fait un périple et affecte tout ce qui sent, éprouve et vit. Le temps et l'espace importent guère... Nous sommes dans cette nouvelle dimension dont le seul gouvernail est la profondeur de l'être et l'humilité du dessein. La poésie est une musique intrinsèque qui décrit cet exode continu vers l'inconnu. Le rêve a désormais un chemin, une voix, il est accessible à tous, il n'est plus prisonnier du sommeil, il revêt ses ailes vagabondes, et s'en va à la conquête infinie du cœur. L'imagination est inutile, la poésie est enchantement naturel, les éléments s'expriment d'eux-mêmes et le poète n'est qu'un intermédiaire entre sujet et objet, il 15

habite cette antichambre qui fait parler les blessures et qui fait danser le verbe. Un poème est une invitation à..., une offrande organisée par tous ces anges de l'incertain, et qui ont la nostalgie des sentiments et du contact du simple sol. Eprouver devient chose rare, dans un monde où tout est indolence et désintéressement, et ce que transmet la poésie comme plénitude n'est pas richesse; sa source est la simplicité et elle ne s'encombre pas de matière... Elle décrit tout avec une nudité affligeante, elle anéantit les artifices de l'apparent pour se hisser à ces jardins où poussent les fruits de la quintessence et de la bonté. Une pomme, une chaussure, une canne, toute chose a une âme, une consistance muette, une sérénité incomparable. L'expression, alternative si facile et si vulgaire, cède le pas à une éclosion de sens, d'images, de témoignages qui surgissent d'un recoin mal lu du poème et que seuls saisissent les patients et les clairvoyants. Le lecteur se surprend d'ailleurs, parfois, évoluant dans ce demi-état de souvenir et d'espérance dans lequel tout devient flou mais fluide, et qui laisse émerger l'être dans sa nudité, nageant dans les eaux de la béatitude, pour s'agripper à l'horizon le plus proche. . . La vie a cet étrange goût qui marque le corps, et lui fait perdre son équilibre réel, l'étreinte d'un ami, un geste fraternel, une main tendue sont les quelques scènes qui importent... véritables fenêtres sur lesquelles se posent les oiseaux lyres, marins insoupçonnés. Une séquence est une infinité, que prétendent dire deux

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mots écrits sur deux lignes, et le vers libre. .. libère avec lui un troupeau de pensées égarées par ces bergers incompétents, ces poètes du vent. Quoi de plus calme qu'une nuit d'été, arc-boutée sur le croissant lunaire, et pourtant, un bruit formidable a lieu. .. Le monde est chaque nuit recréé par des milliers de mots, de peuples, de mosaïques d'identités qui revendiquent la vie à travers la profonde mélancolie des choses, l'incommensurable méditation qu'elles suggèrent aussi. La poésie reste proche de ce qu'elle décrit (là résident splendeur et rayonnement), elle se veut vérité, à tel point qu'elle affecte la réalité jalouse de tan t d'exactitude dans le regard. Le ciel resterait-il bleu si d'un seul coup tout le monde se mettait à le voir vert, tel un pâturage aérien nourrissant les agneaux nuageux? La pierre serait-elle dure et obstinée si elle était domestiquée et désirée par des enfants aux yeux brillants? La poésie est un asile, c'est le cœur d'une mère, l'étreinte complice d'un père, les contes fantastiques que murmure la grand-mère dans la pénombre d'une cuisine où le monde se crée et se recrée. La poésie sacralise et démystifie, elle fouille l'apparent, se rend compte vite de sa banalité, le ridiculise et fait émerger tout ce qui gît au fond, là où la lumière ne montre pas, là où le silence est alentour, là où le toucher ne parvient pas à décrire, à caresser. .. Les sens sont alors d'une inutilité flagrante, et le cœur, mis à nu, se cherche, se trouve, se renouvelle, et meurt pour renaître aussitôt. Avec pour

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