Poèmes sans papiers ou opéra-slam

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Poèmes sans papiers c'est la folie du grand écart, le déséquilibre fatal et l'inconfort généralisé. Dans son recueil, Facinet rie vert/jaune/rouge de son statut misérable - griot d'un monde sans griot, où le souffle n'est qu'un vent que personne n'entend sinon lorsqu'il émane des baveux reconnus d'utilités publiques... De sa culture africaine, il retient nudité et oralité, qui en poésie se traduisent en quête incessante de paroles.
Publié le : lundi 1 février 2010
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EAN13 : 9782296696129
Nombre de pages : 67
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PREFACE

Facinet n’a jamais fait de poésie sinon du « bout de la langue »,
assumant à peine l’exercice bourgeois d’accumulation
esthétique. Sa langue n’est pas riche de cette triste richesse des
cerveaux qui brillent (à peine) sur les pages mais bavent
d’imbécilité sous le poids des réalités. Tous ces pseudo-fous qui
marchent sur la tête - ainsi volent-ils au-dessus de la merde
quotidienne - ne parlent que sérieusement de choses absolument
frivoles et deviennent les macros d’idées qui prostituent la
pensée.

Se tenant bien droit dans la flaque sociale saumâtre, Facinet
déploie son style commeun gigantesque éclat de rire, suspendu
entre ce qui est, le rythme dumonde, et ce qui pourrait être, son
utopie amoureuse. A chaque mot pondurépond l’écho amusé de
sa conscience qui se moque surtout de l’artiste lorsqu’il prétend
combattre. Poète condamné à s’engager, de par sa position, mais
aussi forcé de constater l’échec de toute action esthétique dans
sa situation, il a déjà écrit son plus beau vTOUTers : «
CO».MBAT A L’ENCRE S’EFFACE AU CORRECTEUR
Tais-toi et cesse de contempler le spectacle de l’humanité, que
celui qui porteun poème dans sa poche porte aussiun fusil dans
la main. Pourquoi encore faire le fou?

Poèmes sans papiersc’est la folie dugrand écart, le déséquilibre
fatal et l’inconfort généralisé. Dans l’avion qui décollait de
Conakry, l’air s’est fait plus rare et lesvaisseauxd’un cerveau
en proie à l’asphyxie ont commencé à chercher d’autres sources
d’oxygène. A Paris, pour ne pas suffoquer et rejoindre l’armée
des morts-vivants, Facinet se met à écrire. L’art,lorsqu’il n’est

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pas risqué, estun refuge pour les impuissants, pour lesverbeux
stériles, les traitres, les lâches mais aussi pour les déracinés dont
la sève se tarie aucontact de l’Autre. Dans son recueil, Facinet
rievert/jaune/rouge de son statue misérable - griot d’un monde
sans griot, oùle souffle n’est qu’unvent que personne n’entend
sinon lorsqu’il émane des baveuxreconnus d’utilités publiques.
Son rire est son pleure et les larmes sont cesvers qui hésitent
même à former des poèmes tant il a honte d’être coincé « entre
deuxlettres ».Ducoup, le diagnostique tombe, tranchant :
l‘auteur estvictime de bouffées délirantes. Facinet dit n’importe
quoi. Réellement, il dit n’importe quoi mais parce que n’importe
quel mot lui sert à respirer tant qu’ilyaun son créé. Habitant
d’un espace sans espace, camisolé, il récite ses incantations
étranges comme ceuxqui déambulent dans les cours de nos
prisons psychiatriques.

L’image est séduisante, celle dupoète fou… Pourune fois, elle
n‘est pas rien qu‘une image. La majorité sont des excentriques
qui cultivent leur style pour masquer la posture dégueulasse du
faiseur de mots, qui feignentun dégoût pour le monde tout en
léchant à quatre pattes la bouillie qu’on nous sert. Encoreune
fois, tout est dans lerisque. Quand on est fou, on se perd, on
abandonne, on refuse, on fait sécession, on se positionne de
l’autre côté d’une ligne, on s’engage. Dans ce cas
psychiatrique? - leverbe poétique ne crée pas la folie mais la
folie crée leverbe poétique. L’art devient brutal.

Derrière ses airs de séducteur à la langue bien pendue, Facinet
vous brutalise en même temps qu’il se jette deviolents coups de
poing en pleine face. Ses mots mitraillettes plombentvos têtes
bien faîtes etvous fendent le crâne jusqu’à répandre son contenu
oublié : des filets de conscience giclent soudain. C’est comme
parler avec le pensionnaire d’une prison psychiatrique. D’un
côté, on constate la rupture puisque les mots s’enchaînent en

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