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Poésies diverses

De
69 pages

BnF collection ebooks - "Quand on est roi, l'on a plus d'une affaire, Voisins jaloux, arsenaux à munir, Peuple hargneux, complots à prévenir, Travaux en paix, dangers en guerre, Ma foi, je crois qu'on ne s'amuse guère Quand on est roi."

BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir en version numérique des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés. Tous les genres y sont représentés : morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse.


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À propos de BnF collection ebooks

 

BnF collection ebooks est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection fine réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF par un comité éditorial composé de ses plus grands experts et d’éditeurs, BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés.

Morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse, tous les genres y sont représentés.

Éditée dans la meilleure qualité possible eu égard au caractère patrimonial de ces fonds, conservés depuis de nombreuses années par la BnF, les ebooks de BnF collection sont proposés dans le format ePub, un format ouvert standardisé, pour rendre les livres accessibles au plus grand nombre sur tous les supports de lecture.

Le code Denis1

1770

 Dans ses États, à tout ce qui respire
 Un souverain prétend donner la loi ;
  C’est le contraire en mon empire ;
  Le sujet règne sur son roi.
Diviser pour régner, la maxime est ancienne ;
Elle fut d’un tyran : ce n’est donc pas la mienne.
Vous unir est mon vœu : j’aime la liberté ;
  Et si j’ai quelque volonté,
  C’est que chacun fasse la sienne,
  Amis, qui composez ma cour,
  Au dieu du vin rendez hommage :
  Rendez hommage au dieu d’amour :
  Aimez et buvez tour à tour,
  Buvez pour aimer davantage.
  Que j’entende, au gré du désir,
  Et les éclats de l’allégresse,
Et l’accent doux de la tendresse,
 Le choc du verre et le bruit du soupir.
  Au frontispice de mon code
 Il est écrit : Sois heureux à ta mode,
Car tel est notre bon plaisir.
  Fait l’an septante et mil sept cent,
Au petit Carrousel en la cour de Marsan ;
  Assis près d’une femme aimable,
Le cœur nu sur la main, les coudes sur la table.
 Signé : Denis, sans terre ni château,
  Roi par la grâce du gâteau.
1Grimm rapporte (15 janvier 1770) que, dans un dîner où il se trouvait avec Diderot : « la royauté étant tombée en partage à ce dernier, il n’a pas voulu laisser languir ses sujets ; il a publié ses lois successivement pendant qu’on était à table ; de sorte qu’avant de sortir et de déposer son sceptre, tous les devoirs de législation se trouvèrent remplis par l’impromptu qu’il appela le Code Denis. »
Complainte en rondeau de Denis, roi de la Fève sur les embarras de la royauté1

1771

 Quand on est roi, l’on a plus d’une affaire,
 Voisins jaloux, arsenaux à munir,
 Peuple hargneux, complots à prévenir,
  Travaux en paix, dangers en guerre,
 Ma foi, je crois qu’on ne s’amuse guère
   Quand on est roi.
 Roi tout de bon ; car, d’un roi, pauvre hère
 Comme il en est, j’aime assez le métier ;
 J’en ai tâté pendant un jour entier.
  Ce jour-là je fis grande chère ;
  Je ris, je bus, tout alla bien ;
  Car il est un Dieu tutélaire
Par lequel on fait tout sans se douter de rien,
   Quand on est roi.
  J’eus des courtisans véridiques ;
En dormant j’achevai des exploits héroïques ;
Fameux 2 à mon réveil, j’occupai l’univers ;
Vraiment, je fis des lois, je les fis même en vers.
 En vers mauvais ; qui vous dit le contraire ?
Certain marquis3
   D’un goût exquis
  Les trouva tels, sans me déplaire.
 Il eût, pour prix de sa sincérité,
Sous un autre Denis perdu la liberté ;
On peut aux gens de bien accorder ce salaire,
   Quand on est roi.
Pour moi, je n’en fis rien ; car je suis débonnaire.
À votre avis, pourquoi me serais-je fâché ?
Vers et prose de roi sont mauvais d’ordinaire,
  Et ce n’est pas un grand péché ;
  C’est le moindre qu’on puisse faire,
   Quand on est roi.

AUX DAMES4.

Vos yeux, depuis longtemps, m’ont appris à connaître
  Que le destin nous a fait naître
 Moi, pour servir, vous, pour donner la loi.
  Qui veut d’un roi qui cherche maître ?
 Personne ici ne dira-t-il : C’est moi ?
1Dans l’édition Belin (Supplément, 1819) des Œuvres de Diderot, où a été publié pour la première fois ce morceau, il porte le titre suivant : Le Roi de la fève, le lendemain de son règne.
2Variante : Célèbre.
3Le marquis de Croismare.
4Cet envoi est ajouté par Grimm au morceau précédent. Il nous paraît mieux en situation ici. C’est d’ailleurs sa place dans une copie qui est en notre possession. Il est probable que Diderot qui, dans l’Argument des Éleuthéromanes, ne parle que de trois occasions successives où il fut roi de la fève, ne comptait pas, parmi les pièces de vers que cette persistance du destin à le choisir lui inspira, celle-ci, datée du lendemain de son règne. Le morceau suivant répond à ce qu’il dit, dans ce même Argument, du sujet qu’il traita la seconde année de sa royauté.
Vers après avoir été deux fois roi de la Fève1

1771 (Inédit)

 Deux fois de suite enlever la couronne
Aux talents, à l’esprit, unis à la beauté,
  C’est un trait d’imbécillité
Que tu n’espères pas, Destin, qu’on te pardonne
   Deux fois de suite.
Parle, que diras-tu pour excuser ton choix ?
  Que, depuis que le monde est monde,
De Maroc à Paris, de Paris à Golconde,
Des fous après des fous, issus de rois en rois,
  Ont régi la machine ronde
   Cent fois de suite.
Eh bien, j’accorderai qu’en ce sot univers,
Des crânes rétrécis, des têtes de travers
Foisonnant par milliers pour une tête saine,
 Il a fallu que le sacré bandeau,
  Tombant de ta main incertaine,
  Rencontrât un petit cerveau
   Cent fois de suite.
  Mais, si dans un aréopage
Où l’un et l’autre sexe offrait également
De vertus à ton choix le plus rare assemblage ;
  Où, sans aucun discernement,
  Tu pouvais couronner un sage
 Et mériter notre applaudissement,
 Tu vas chercher l’unique et pauvre tête
  Qui, par hasard, s’y trouvera,
  Je t’en préviens, on te huera !
  De toutes parts on s’écriera :
  « Ô Destin ! tu n’es qu’une bête ! »
De Paris à Châlons2 ce cri retentira,
 Et ton favori rougira
 Dix fois, vingt fois, cent fois de suite.
1D’après une copie en notre possession.
2Ce mot indique la présence à la fête de Mme Legendre, sœur de Sophie Voland, et dont le mari était ingénieur dans la généralité de Châlons.
Les Éleuthéromanes ou abdication d’un roi de la Fève

L’an 1772 Dithyrambe1

Seu super audaces nova dithyrambos Verba devolvit, numerisque fertur Lege solutis.

Horat.

ARGUMENT

Le dithyrambe, genre de poésie le plus fougueux, fut, chez les Anciens, un hymne à Bacchus, le dieu de l’ivresse et de la fureur. C’est là que le poète se montrait plein d’audace dans le choix de son sujet et la manière de le traiter. Entièrement affranchi des règles d’une composition régulière, et livré à tout le délire de son enthousiasme, il marchait sans s’assujettir à aucune mesure, entassant des vers de toute espèce, selon qu’ils lui étaient inspirés par la variété du rythme ou de cette harmonie dont la source...