Poésies Incomplètes

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Recueil ternaire, de jeunesse (composé entre 1966 et 1972), Les Poésies Incomplètes de Louis Doucet révèlent un âme juvénile brûlante. Elles sont constituées de trois moments : Incertitudes de plomb, Catalogies et Petit Bestiaire illustré. L'inspiration est frappante, l'imagination fulgurante, opulente, le style enlevé, habile et fait toute sa place aux aléas du langage. Le tout se déguste avec autant de plaisir que de respect. L'auteur retrace son parcours en préface et rend ainsi raison du projet poétique dans son ensemble, à la fois celui du jeune homme et celui de l'homme mûr. Des poésies incomplètes qui n'en comblent pas moins l'amateur de belle langue et de langue folle.
Publié le : lundi 20 juin 2011
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EAN13 : 9782748179644
Nombre de pages : 95
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1 2 Poésies Incomplètes
3 4 Charles Léocet d'Ocusi
Poésies Incomplètes

Poésie






Éditions Le Manuscrit
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© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com
ISBN : 2-7481-7964-1 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748179644 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-7965-X (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748179651 (livre numérique)

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PRÉFACE

Les pièces de ce recueil sont principalement l’œuvre d’un jeune homme.
Écrites, pour la plupart, entre 1966 et 1972, elles trahissent sans
doute l’âge de leur auteur – de 16 à 22 ans – et les tendances qui
prévalaient alors. Bien que les textes ne soient pas classés par or-
dre chronologique, le lecteur pourra découvrir par lui-même un
chemin initiatique qui court depuis les relents néo-romantiques,
empreints (ou empruntés) de Heredia, évidents dans España,
jusqu’aux épanchements automatistes, marqués par le surréa-
lisme, du Petit Bestiaire Illustré.

Les maladresses, la naïveté, une certaine enflure, parfois irri-
tante, et bien d’autres faiblesses ne doivent pas voiler une sincérité
exacerbée et un plaisir quasi physique de la manipulation de la
masse verbale, du jeu avec la matière des mots. Le respect de ces
deux propriétés a imposé de laisser les textes tels qu’ils ont été
« commis », sans leur apporter la moindre correction. Le risque
aurait été trop grand de perdre en spontanéité pour ne gagner que
sur l’aspect formel, qui reste très secondaire dans les préoccupa-
tions de l’auteur. Quelques pièces plus tardives, rares et espacées
dans le temps, marquent le tarissement rapide de la veine poétique
au profit d’une forme plus correcte, à défaut d’être classique.

La forme ternaire du recueil – Incertitudes de Plomb,« Ca-
talogies » et Petit Bestiaire Illustré – date de l’origine du pro-
jet. Il s’agissait alors de répartir les pièces en ensembles homogè-
nes : petits tableaux, réflexions métaphysiques, délire verbal. Les
titres de chacun de ces ensembles ne se sont imposés que plus tar-
divement.
7 Poésies Incomplètes

Peut-être quelques mots sont-ils nécessaires pour expliquer ces
titres. Le titre du recueil d’abord – Poésies Incomplètes –
contient en lui un double exorcisme : ces poésies sont d’abord in-
complètes dans l’espoir que d’autres suivront, l’emportant ainsi
sur le tarissement de l’inspiration que nous avons déjà évoqué ;
elles sont aussi incomplètes par opposition aux Poésies
Complètes des poètes consacrés, donc posthumes, avec l’espoir
qu’elles resteront « anthumes » le plus longtemps possible.

Incertitudes de Plomb cherche à traduire l’angoisse de la
jeunesse et de l’adolescence, tout ce désir de perfection et de pureté
contrarié par chaque minute de la vie.

« Catalogies » se veut le contre-pied du raisonnement par
analogies que l’auteur privilégiait dans la face diurne de sa vie,
face toute tournée vers le rationnel scientifique ou pseudo-scientifique ;
c’est donc la face nocturne, irrationnelle et, bien souvent, inexpri-
mable de la vie que ce terme veut saisir.

Petit Bestiaire Illustré fait évidemment référence au Bes-
tiaire ou Cortège d’Orphée, d’Apollinaire, qui inspira les
somptueux bois gravés de Dufy et des mélodies de Poulenc ; mais
il s’agit là d’un bestiaire qui aurait été laminé par la pratique
corrosive du surréalisme (mot qu’inventa d’ailleurs Apollinaire)
de Breton et, plus encore, de Desnos.

Que dire de l’auteur ? De ses deux faces antinomiques ? De
ses amours littéraires d’alors : Villon, le gothique flamboyant,
pour la prégnance hallucinatoire de sa forme ; Racine – le Racine
d’« Ariane, ma sœur... », pour la grandeur classique qu’aucun
ridicule ne peut effrayer ; Musset, pour la fluidité du verbe ; Here-
dia, pour le goût du mot rare ; Baudelaire, l’incomparable, pour
son mélange de la forme classique avec l’imagerie baroque ; Lau-
tréamont, le précurseur de la greffe de parapluie sur machine à
coudre (à moins que ce ne soit le contraire) ; Georges Fourest –
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l’auteur injustement oublié de La Négresse Blonde et du Gé-
ranium Ovipare –, pour sa cocasserie irrésistible ; Rimbaud,
pour sa jeunesse impudique ; Mallarmé, qu’aucune obscurité ne
fait reculer ; Apollinaire – surtout dans Le Poète Assassiné –,
pour son imagination sans bride ; Reverdy, Char, Breton, Desnos
et bien d’autres. Parmi les grands étrangers : le Shakespeare des
Sonnets, Shelley et le Goethe du second Faust. De ses dégoûts :
Hugo le pompeux, Lamartine le larmoyant, Vigny le pontifiant,
Nerval le trop superficiel, pour se limiter aux seuls romantiques...

Ces amours et ces aversions transparaissent certainement ça et
là dans ce recueil. Rétrospectivement, ces inclinations n’étaient pas
tellement répréhensibles et, si elles ont évolué dans la quinzaine
d’années qui s’est écoulée depuis ces modestes écrits, les tendances
de fond restent les mêmes. L’évolution s’est plus faite par la diver-
sification et par la découverte de nouvelles références (Joyce et
Nietzsche, pour n’en citer que deux) que par la remise en cause de
ces premiers choix.

La tranche de vie couverte par la majorité des textes de ce re-
cueil est aussi celle de l’éveil à la peinture moderne, à travers La-
picque et Soulages (le faune de la couleur pure et le trappiste du
noir et blanc), tous deux découverts à travers leurs rétrospectives
au Musée national d’art moderne, alors installé au Palais de To-
kyo. C’est aussi l’éveil à la musique dont le germe se situe, assez
bizarrement, dans la Symphonie en ré de César Franck (dans
un enregistrement dirigé par Charles Munch) et que devait suivre
la découverte boulimique de l’ensemble du répertoire, avec une atti-
erance durable pour celui du XX siècle. Ces deux révélations – la
peinture et la musique modernes – allaient prendre plus tard des
proportions considérables, supplantant la prédilection originelle
pour l’écrit, pour constituer bien plus qu’une passion, quasiment
l’unique raison de vivre (ou, plus modestement, de survivre).

Géographiquement, trois lieux de résidence ont vu naître les
pièces de ce recueil : Paris, une triste ville de garnison des marches
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