Poètes créoles du XVIII° siècle :

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Alors que la poésie du XVIII° siècle se perd dans les mondanités fugitives et le rationalisme didactique, il semble que les poètes créoles redonnent souffle et vie à une littérature néoclassique de plus en plus en désaccord avec l'histoire : Parny (1753-1814), Bertin (1752-1790), originaires de l'île Bourbon, et le Guadeloupéen Léonard (1744-1793) déplacent les sources d'inspiration, développent le sentiment de la nature et de la passion. Mais, dans quelle mesure l'origine créole de ces trois poètes marque-t-elle leur vision du monde et leur travail sur la langue ? Il s'agit de redonner à ces poètes oubliés par l'histoire le statut de rénovateurs, dans le cadre de l'élégie et de l'idylle, mais aussi du poème en prose. Ce second volume continue d'étudier les oeuvres de Bertin (Mélanges, Lettres) et s'intéresse aux oeuvres de Léonard.
Publié le : dimanche 1 novembre 2009
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EAN13 : 9782296684096
Nombre de pages : 202
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ŒUVRES DE BERTIN
MÉLANGES
AUX SAUVAGES
Loin des bords chéris de la France, Vous avez le front d'être heureux ! Mes amis, connaissez-vous mieux, Et voyez votre impertinence.
Il est vrai que ces orangers, Témoins de vos jeux, de vos fêtes, Ces bois où les Zéphyrs légers Balancent l'ombre sur vos têtes, Vos solitaires lataniers, Les perles sur vos pas semées, Ces fruitsqui rompent vospaniers, Et les richesses parfumées Qui colorent vos bananiers, Lesgrainspourprés de vosgrenades, Et vos ananas couronnés, Le lait des palmiers fortunés, Vosprés, vos vallons, vos cascades, Annoncent des prédestinés.
Mais sous vos huttes (pardonnez) Quandje vois vospipes fumantes, Vos crânes ronds et cotonnés, Vos longues oreilles pendantes, Vos nez camus et basanés, Vous ne me semblez, je vous jure, Que des enfants déshérités, Que la dédaigneuse Nature, Loin de nos climats enchantés, Arelégués à l'aventure : Nous sommes ses enfantsgâtés.
Vivent nos superbes rivages, Nos mœurs, nos arts et nos écrits ! Queje vousplains, mes chers sauvages, De n'avoir jamais vu Paris !
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Nous fûmes quelque temps volages, De cent bagatelles charmés : Assis enfin au rangdes sages, Nous avons changé nos usages ; Et les enfants se sont formés.
Nous brisons le hochet frivole De la légère illusion : Des riens le char doré s'envole, Et la nation laplus folle Tient le sceptre de la raison.
Nous bannissons lesgoûts futiles, Les tyranniques préjugés ; Tous les citoyens sont utiles ; Tous les grands seigneurs sont rangés.
Autrefois couronnés de roses, Nous n'aimonsplusque les lauriers ; Nous sommes au siècle des choses : Tout pense, jusqu'aux financiers.
Adieu ta charmante méthode, 1 Gatti ! nous sommes détrompés . La santé revient à la mode, La gaieté préside aux soupés.
L'Amour parmi nous n'a plus d'ailes, Et suit toujours le sentiment ; Les époux tendres et fidèles Vivent comme des tourterelles, Et s'adorent,Dieu sait comment ! Àquinze ans, la beauté discrète Oserait à peine rêver ; Les femmes.... c'est une disette, Et l'on nepeutplus en trouver.
Si vous connaissiez nos coulisses, Nos chars transparents, nos palais, Le boudoir desjeunes actrices, Nos cuisiniers, nos chapeaux suisses, Tous nos déguisements anglais, Nos fiers cochers aux gros bouquets,
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