Pour la Naissance de Kumâra

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L'auteur de cette pièce est Kâlidâsa. Nous ne savons rien de certain sur lui, mais l'essentiel est acquis : c'est un poète et un dramaturge. Il vécut à une époque qui oscille entre le Ier siècle avant notre ère et le VIème siècle. La Naissance de Kumâra développe, en un long poème orné en sanskrit, le thème du monde menacé par un terrible démon que, seul, un descendant du grand dieu Shiva pourra détruire. Encore faut-il que Shiva tombe amoureux, lui qui s'absorbe dans l'ascèse sur les hauteurs de l'Himalaya !
Publié le : samedi 1 octobre 2011
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EAN13 : 9782296470217
Nombre de pages : 148
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Pour la naissance de Kumâra
Kumâra-sambhava
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55287-6 EAN : 9782296552876
Kâlidâsa
Pour la naissance de Kumâra
Kumâra-sambhava
Traduit du sanskrit, présenté et annoté par Alain Poulter. Avec le concours d’Anne-Marie Lévy.
L’Harmattan
PREFACE Réflexions autour dukâvya
Kâvya... Que désigne ce terme littéraire sanskrit ? La réponse ha-bituelle : la poésie de l’Inde classique. Cette réponse laisse cependant à désirer car le terme inclut des textes qui, pour un lecteur non indien, font partie de la prose ; ainsi en va-t-il de certains « romans » :Das-hakumâracarita(Histoire des dix princes, traduction de Marie-Claude Porcher, Connaissance de l’Orient),Kâdambarî(non traduit) et d’autres. Ces romans (il faut employer ce terme, faute d’avoir comme l’anglais les deux appellations :noveletromance) sont consi-dérés comme appartenant à la catégorie dukâvya, tandis que bon nombre d’œuvres en vers en sont exclues. Les poèmes didactiques ou religieux n’en font pas partie, ni la grande épopée duMahâbhâ-rata. Par contre, leRâmâyanaest considéré comme le premierkâvya. On pourrait traduire approximativement par « belles lettres ». Les Indiens avaient donc d’autres catégories littéraires que les nô-tres. L’important est moins le genre - poèmes , théâtre et roman sont deskâvya- que le style, qui doit correspondre à des critères très stricts. Les œuvres littéraires étaient jugées et définies dans des trai-tés, analysées et classifiées par des théoriciens selon des critères dont la subtilité et la pertinence nous échappe parfois. Regardons la défi-nition de Bhâmaha, théoricien du VIIème siècle :shabdârthau sahi-tam kâvya.Traduction souvent proposée : « LeKâvyaest la combinaison du son et du sens ». Définition simple à première vue, trop peut-être, bien large, s’appliquant à tout énoncé compréhensible. Une autre traduction, plus satisfaisante celle-là : leKâvyaest l’union indissoluble des ornements -alamkâra- concernant les sons et le sens. Donc :shabda: tout ce qui, dans un texte qu'on entend, plaît
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immédiatement à l’oreille, métrique, rimes, allitérations ;artha: le signifié : les mots au sens premier immédiatement compris, mais im-pliquant souvent polysémie, double sens, suggestions, allusions. Les métaphores sont classées dans l’une ou l’autre catégorie, parfois ap-partenant aux deux, nous donnerons quelques exemples plus loin. La multiplicité des significations des mots rend souvent possible, selon le signifiant choisi, une grande variété d’interprétations du texte. Ajoutons la possibilité du sanskrit de former des composés nominaux d’une longueur extrême qui, selon les découpages, peuvent donner des sens différents. Une chaîne unique de signifiants peut donner deux chaînes de signifiés possible. L’ensemble : signification(s) et figures de style constitue lekâvyasharîra, le corps du texte (dans le sens ducorpus), le texte à considérer comme représentatif dukâvya-visheshana, la spécificité du genre. Le plaisir du texte dépend donc de la capacité de l’auditeur-lecteur à apprécier la virtuosité langagière, à en saisir toutes les nuances. Il lui faut également de grandes connaissances pour deviner ou com-prendre les allusions, souvent cachées, à d’autres textes ou événe-ments. Pour une personne occidentale non avertie - ou même pour des spécialistes ! - la lecture de certainskâvya, jamais immédiatement compréhensible, peut s’avérer fastidieuse, surtout si elle s’attend à trouver ce que notre poésie occidentale nous offre en surabondance : l’expression d’une personnalité . Le poète, chez nous, se fait connaître. Surtout depuis l’époque ro-mantique, les poètes nous parlent de leurs émotions, amours, chagrins et souffrances que nous avons le plaisir d’imaginer, sinon de partager. Cela est moins vrai pour les périodes plus anciennes, mais même Shakespeare, dont nous savons (heureusement ?) si peu de choses met à nu ses émotions dans certains sonnets. Les poètes de l’Anti-quité parlent de leurs amours, leurs plaisirs et peines et ambitions, la certitude de leur génie, Horace, Ovide. Nous avons tendance à les juger selon la beauté, dont la définition est variable, et aussi selon la « profondeur », « l’universalité » de leurs sentiments, le plaisir de nous reconnaître qu’ils nous offrent si généreusement, dans des mi-roirs embellissants ou le contraire. Chez leskavi(appelons les poètes sanskrits par le terme de leur langue, celui qui compose unkâvya) rien de tel, ils ne se livrent pas à nous, à de très rares exceptions près. Le poète de cour Bhartrihari, VIIème siècle, en est un exemple particulièrement remarquable dans
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des poèmes souvent satiriques, désabusés ou amoureux, exprimant même une grande conscience de sa propre valeur de poète : il est plus important que le roi ! Pour ces poètes, la poésie n’est pas une activité exercée par un génie solitaire, visionnaire et inspiré, destinée à nous faire vivre des moments douloureux ou exaltés. L’historien anglais le plus connu de la littérature sanskrite, Keith, n’est pas loin de consi-dérer cela comme un grand défaut ; il regrette que Kâlidâsa, malgré ses qualités, soit loin de la profondeur de Virgile dans le sixième chant de l’Enéide ! Ce genre de comparaison n’a pas beaucoup d’in-térêt. Il est nécessaire de ne jamais oublier que leskavin’ont pas composé leurs œuvres pour des lecteurs occidentaux vivant des siè-cles après eux, mais pour leurs publics de connaisseurs raffinés (suh-ridayas) capables de savourer le plaisir d’exploiter les ressources exceptionnelles de la langue sanskrite. L’inspiration est certes recon-nue comme nécessaire, c’est une évidence, il faut bien avoir un « que dire », pas uniquement un « comment dire ». Cependant le sujet ou l’intrigue est souvent déjà connu. C’est le cas dans toutmahâkâvya, grandkâvya, qui doit selon les règles présenter un sujet tiré de l’his-toire ou de la mythologie, comme notreKumârasambhava; une œuvre dont le sujet est imaginé est considérée comme mineure. Ces règles valent également en dramaturgie. L’originalité n’est donc pas la qualité recherchée, mais la manière de renouveler un sujet déjà connu. L’intrigue de Shakuntalâ, la pièce la plus célèbre de la litté-rature sanskrite, est tirée d’un épisode relativement bref duMahâ-bhârata, transformé en grâce et beauté par Kâlidâsa, unanimement considéré comme le plus grand,primus inter pares. Il faut avouer que chez certainskaviplus tardifs le sujet du texte semble réduit à un pur prétexte pour faire preuve de la plus grande virtuosité et, même si elle est souvent éblouissante, elle peut nous paraître vide de substance. A nous ! Car les connaisseurs indiens capables d’apprécier l’acrobatie verbale de certains virtuoses du langage, si exaspérants ou déroutants pour des Occidentaux, devaient sans doute éprouver un plaisir et une admiration que nous ne sommes pas en mesure de partager, n’ayant pas été nourris de sanskrit avec le biberon. Leskaviavaient à leur disposition des traités de poétique, expo-sant les théories et des exemples d’ornements,alamkârashâstra, et une autre théorie, celle de l’importance de la suggestion,dhvani, "ré-sonance", le sens non immédiatement saisi demandant un moment de réflexion. Cette théorie est souvent opposée à la théorie des or-
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nements. Il n’est pas ici le lieu d’approfondir cette discussion ; dans les meilleurskâvyanous trouvons la combinaison des deux, les or-nements de son et de sens, et aussi le non-dit, le suggéré. Il suffit de remarquer que la théorie de la suggestion comme élément essentiel du langage poétique, le plus apte à créer l’émotion esthétique, lerasa, "saveur, goût" ( terme emprunté aux traités concernant le théâtre) a longtemps eu la faveur des critiques occidentaux et théoriciens in-diens modernes. Sans doute plus proche de la conception occidentale de la définition de la poésie, plus accessible, cette théorie a tout pour séduire. Mais revenons brièvement auxalamkâraen donnant quelques exemples de cette richesse de figures dont les traités indi-quent des centaines de variétés, classées avec rigueur et précision. La métaphore,upamâ, est peut-être la plus importante, compor-tant une grande variété, relevant parfois aussi bien du son que du sens. Mentionnons pour donner une idée de la classification : com-paraison : la lune ressemble à ton visage ; souvenir : la lune me fait penser à ton visage ; confusion : est-ce la lune qui brille en plein jour ou bien ton visage ? ; identification : ton visage-lune brille le jour comme la nuit... (Rappelons ici que le sanskrit peut former de très longs composés nominaux, les figures sont élégantes mais en traduc-tion souvent maladroites et longues). Une autre figure dont il faut donner un exemple : l’allitération, anuprâsa, ou rime intérieure, répétition des sons ou syllabes, un shabdâlamkâra("ornement de son"). Une bonne illustration, ce petit poème de Bhartrihari : Kim iha bahubhir uktair yuktishûnyaih pralâpair dvayam iha pu-rushânâm sarvadâ sevanîyam abhinavamadalîlâlâlasam sundarînâm stanabharaparakhinnam yauvanam vâ vanam vâ. "A quoi bon bavardage et paroles vides de sens ? Ici bas toujours les hommes souffrent double servitude : le jeu des jolies femmes dans l'ivresse du vin nouveau, alanguies par leurs lourdes poitrines ou bien la forêt -vanam vâ- (la vie d’ascète, l’autre tentation)". Et, pour terminer avec les figures - il y en a des centaines d’au-tres -, il faut mentionner une figure très importante : leshlesha, le double ou multiple sens d’un mot ou de plusieurs, ou bien d’un com-posé nominal qui peut changer la signification d’un énoncé. Une dé-finition souvent citée :Shlesha: "production de plusieurs sens par une seule séquence de sons » (selon certains ledhvaniserait une va-riante de cette figure). Le roman de Subandhu,Vâsavadattâ, est écrit entièrement enshlesha. Un exemple :
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