Quand le chemin se remet à battre

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Poésie, utopie, résistance... Trois termes dont on pourrait se demander s'ils ne sont pas tant usités qu'ils serviraient d'alibi à de grandes vacances d'idées et de valeurs. A travers la réflexion esthétique philosophique, l'étude détaillée de cas et des témoignages directs, l'auteur réveille en nous une saison de lumière entre l'actualité et la mémoire de toujours, la quête d'autre monde et sa poursuite intarissable, les gestes de résistance au quotidien et une authentique conduite poétique de l'existence.
Publié le : vendredi 1 avril 2005
Lecture(s) : 50
EAN13 : 9782296394179
Nombre de pages : 228
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QUAND LE CHEMIN SE REMET À BATTRE
{Poésie et philosophie}

La Philosophie en commun Collection dirigée par Stéphane Douailler, Jacques Poulain, Patrice Vermeren
Nourrie trop exclusivement par la vie solitaire de la pensée, l'exercice de la réflexion a souvent voué les philosophes à un individualisme forcené, renforcé par le culte de l'écriture. Les querelles engendrées par l'adulation de l'originalité y ont trop aisément supplanté tout débat politique théorique. Notre siècle a découvert l'enracinement de la pensée dans le langage. S'invalidait et tombait du même coup en désuétude cet étrange usage du jugement où le désir de tout soumettre à la critique du vrai y soustrayait royalement ses propres résultats. Condamnées également à l'éclatement, les diverses traditions philosophiques se voyaient contraintes de franchir les frontières de langue et de culture qui les enserraient encore. La crise des fondements scientifiques, la falsification des divers régimes politiques, la neutralisation des sciences humaines et l'explosion technologique ont fait apparaître de leur côté leurs faillites, induisant à reporter leurs espoirs sur la philosophie, autorisant à attendre du partage critique de la vérité jusqu'à la satisfaction des exigences sociales de justice et de liberté. Le débat critique se reconnaissait être une forme de vie. Ce bouleversement en profondeur de la culture a ramené les philosophes à la pratique orale de l'argumentation, faisant surgir des institutions comme l'École de Korcula (Yougoslavie), le Collège de Philosophie (Paris) ou l'Institut de Philosophie (Madrid). L'objectif de cette collection est de rendre accessibles les fruits de ce partage en commun du jugement de vérité. Il est d'affronter et de surmonter ce qui, dans la crise de civilisation que nous vivons tous, dérive de la dénégation et du refoulement de ce partage du jugement. Dernières parutions Esteban MOLINA, Le défi du politique, 2005. Jad HATEM, Christ et intersubjectivité chez Marcel, Stein, Wojtyla et Henry, 2004. Laurence CORNU, Une autre république, 2004. Monica SPIRIDON, « La nymphe Europe », 2004. Thierry BRIAUL T, La philosophie du sens commun, 2004. Laura BRONDINO, Carlos Monsivais à l'écoute du peuple mexicain, 2004.

Philippe Tancelin

QUAND LE CHEMIN SE REMET À BATTRE
{Poésie et philosophie}

Préface de Jacques Poulain

L'Harmattan 5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

cg L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8169-1 EAN : 978274758169]

Nous remercions Geneviève Clancy qui par son cheminement philosophique et poétique, a grandement in::,piré la conception de ce livre

à Emile-jacques, Guy et Raymonde Tancelin

Du même Auteur "Tiers-Idées",
avec

G. Clancy, Hachette, 1977

"Le Théâtre du Dehors", Recherches, 1978 "Fragments-Delits", avec G. Clancy, Seghers, 1979 "Manoel De Oliveira", Dis-voir, 1987 "Théâtre sur Paroles", Ether Vague, 1989 "le livre des 24 heures" , (dessins: Dail Vimard), Kaleidoscope, 1994 "A bout portant la poésie", Livre collectif, L'Hannattan, 1994 "L'été insoumis" avec G. Clancy, L'Harmattan, 1996 "Le Bois de vivre" avec G. Clancy, L'Hannattan, 1996 "L'Esthétique de l'ombre" avec G. Clancy, L'Hannattan, 1997 "Ecrire ELLE", L'hannattan, 1998 "Poétique du silence", L'Harmattan, 2000 "les conditions sous lesquelles l' érneute demeure possible" avec G. Clancy, cicep-édition, Octobre 2000 "Passion sous Silence", (peintures Odile Frachet), Signun1, 2001 "Entretiens avec Bruno Dumont", Dis-voir, 2002 "Cet en-delà de Choses", L'Hannattan, 2002 "Ces horizons qui nous précédent", L'Hannattan, 2003 "Battants de nuit", Transignurn, 2004 Piéces de théâtre "La question aux pieds nus", avec G. Clancy, Ed. main-d'aube, 1982 "Interdit au public", Cicep- Edition, 1992 "Le rêve de Pierres", Karmel-traduction "Léve la Faim", Kaleidoscope, 1993 en arabe, 1992

Sommaire

Préface..

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......

.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . ... . . . . . .. Il

De l'esthétique

du Collectif

17 87 157 195

Du poème à la conduite poétique et sa transn1ission Les Théâtralités de l'Ombre

Les artistes et l'histoire Actes de résistance

Rendre la parole aux sources: une poétique philosophique de la résistance Jacques Poulain
Université de Paris 8

es aphorismes poétiques et les interviews philosophiques que nous propose en cet ouvrage Philippe Tancelin captent sans complaisance l'air du ten1ps et développent pas à pas, les lignes de résistance à ce « Inonde», des lignes de résistance tracées avec ardeur, mais également avec patience, tout au long de 35 années d'expérÜnentation poétique et théâtrale de la parole, menées en cOInpagnie de Geneviève Clancy. Fruits d'un duel sans merci engagé avec un monde éconon1ico-politique q~i n'est plus que la dénégation de lui-même, ils arrachent leurs auteurs et leurs lecteurs au silence autistique que leur impose ce monde, pour rendre la parole aux sources de la vie hUInaine, au dialogue poétique et philosophique avec ce monde. Seul le tranchant acéré des jugements qui s'y expriInent peut en effet faire parler ce monde, aussi mutique soit-il. Parce que ces aphorismes disent en poésie la vérité de ce monde, ils donnent à chacun la force d'entendre l'intolérable de ce n10nde en n10bilisant à cette fin l 'hédonisIne poétique, la joie de la consoInn1ation poétique du vrai, et en le j oignant à l'exercice de sa reconnaissance critique, propre au jugen1ent philosophique. Parce ce qu'ils disent, c'est qu'il est vrai qu'il soit faux que ce Inonde soit la condition de vie collective qu'il prétend être, ils parviennent à dégager, par contraste, une visée philosophique de la seule réalité que puisse vivre l'homme dans ce contexte: une utopie politique qui n'expose que la dynan1ique de parole qui les anin1e comme elle anin1e tout Inonde, la dynan1ique du partage de vérité propre au dialogue. C'est ainsi qu' aphorisn1es et in-

L

terviews font rebattre le chemin de parole et y réaniment la pensée. D,ne telle tâche, cela va de soi, semble a priori Ï1npossible. Mais c'est précisélnent en démasquant sans merci la vanité des raisons qui la rendent impossible, qu'ils font rebattre ce chemin de l'être humain vers lui-même, qu'ils ressuscitent ai:p.sichacun en chaque pensée qui, en lui, accepte de se penser. Le darwinisme social qui affiche haut et fort sa dynamique concurrentielle sous l'appellation de « libéralisme» n'impose la loi de sa jungle au monde politique qu'en produisant allègrement son contraire: la Inonopolisation et la privatisation forcenées de la planète sous l'appellation tron1peuse de « mondialisation». Emportés par le souffle de cette privatisation universelle de l'économie des désirs humains, Etats et Inédias n' entretiennent plus que l'extase animiste de soi dans la peur d'autrui comme de notre seul ennemi, que la dictature d'un marché planétaire invoqué comme la seule autorité, la seule divinité présumée répondre de façon inéluctablelnent favorable aux désirs de tous. Cette autorité, cette divinité n'est pourtant, Marx et Max Weber nous l'ont depuis 10ngten1ps appris, que la marionnette des calculs les plus arbitraires des spéculateurs et n'en produit pas moins la neutralisation des conditions de vie de chacun, faisant ainsi de chacun non seulement sa propriété, mais surtout sa victÏ1ne. Les Etats se font fort, on le sait, d'endiguer les dérégulations les plus sauvages de la vie sociale engendrées par cet anÏ1nisn1e, en affirmant leur puissance, leur capacité irrésistible à faire violence à toute violence, à la tuer dans l' œuf. Les Inédias, quant à eux, en rabattant toute prétention à juger de ce qui se passe, réduisent la pensée en chambre d' enregistrement passive des accidents de croissance ou de décroissance du n1arché : ils la condanlnent à l'hébétude lorsque le marché ne répond plus aux attentes qu'il suscite qu'en imposant l'avalanche des phénolnènes de paupérisation et d'exclusion, qu'en se falsifiant radicalenlent lui -nlêlne. La seule issue qu'ils réservent, les uns et les autres, sen1ble être la fuite en avant qu'ils provoquent en allun1ant en chacun un

espoir insensé dans la performativité des « plans» quadriennaux de programmation de sortie de crise. Cette fuite dans le futur s'accélère en mÜnant, de façon de plus en plus patente, de plus en plus incoercible, les extases chamaniques des corybantes antiques. Minlant la paupérisation et l'exclusion engendrées par le capitalisme, les Etats appauvrissent allègrement leur potentiel de régulation de la vie publique, ils se targuent d'être des Etats minimalistes lorsqu'il s'agit d'affronter les« stagflations », Inais n'en prétendent pas moins faire jouir tous les peuples de l'anéantissement du terrorisme pour faire oublier leurs carences et redonner foi, à la faveur de cet oubli, dans le leurre dont ils vivent: dans la soif de conSOInmer le maxinlunl de plaisirs au moindre prix possible, dans la seule loi qui règle l' économie de leur croissance tout en pennettant de ne jouir que de la décroissance. Ce chamanisme sociopolitique n'échappe à la nécessité de reconnaître son propre échec qu'en transfigurant l'exclusion des exclus en victoire sur tous ceux qui veulent exclure cet Etat minÎlnaliste : qu'en faisant oublier son échec en faisant jouir de sa capacité à extenniner ses externlinateurs, de sa capacité à neutraliser les terrorismes. COInnle tous les chamanismes, il associe au mÎlne de la crise d'inlpuissance, une escalade tous aziInuts des gratifications disponibles, ici des gratifications de toute puissance. ComIne eux, il ne fait en aucune façon disparaître les causes de la crise, nlais il parvient néanmoins à faire oublier celle-ci en faisant croire à son invincibilité guerrière. C'est ainsi que la dite « dénl0cratie libérale» fait taire la conscience de ses échecs, qu'elle fait taire sa conscience nlalheureuse en la faisant jouir du spectacle de ses ordalies vengeresses qu'elle inflige à des peuples entiers, pour les rendre aussi libres et aussi « démocratiques» qu'ils ont à l'être. Elle transforme chaque citoyen du cosInopolitisnle libéral en caisse d'enregistrement des perfoI1nances de ce chanlanisnle autistique et ne le laisse jouir de lui-lnême qu'en l'obligeant ainsi à s'empêcher de parler, de se juger lui-lnênle et de juger cette délnocratie cosnl0polite. Elle fait donc de chacun

un autiste, voué à se dénier à lui-même la puissance créatrice et critique de sa propre parole COInme de sa propre pensée et à ne jouir lui-même que de cette dénégation. Les essais poétiques et philosophiques de Philippe Tancelin ne se contentent pas d'épingler de la façon la plus probante et convaincante les phénomènes de cette neutralisatjon contemporaine de la vie humaine par la perversion libérale de la vie politique et de répertorier les variétés de l' autisIne social qu'elle secrète, ils relèvent de façon attentive, attentionnée et lucide le défi constitué par cette dénaturation de la réalité politique et par sa généralisation à l'ensemble de la vie hun1aine. Ces aphorismes poétiques de Philippe Tancelinjoints à ses réflexions philosophiques sur les expérÜnentations de pragmatique artistique qu'il a tentées, restaurent en effet la capacité de chacun à percevoir cette réalité politique COInme elle est, à la fois comlne réalité et comme réalité insupportable. Ils y parviennent en joignant les jouissances poétiques les plus fortes à l' acribie critique impitoyable qu'ils déploient, faisant disparaître les transes autistiques en leur substituant leurs propres transes, les transes poétiques de la vérité. Proférant les jugements les plus vrais là où cette dénaturation du politique le leur interdit le plus vigoureusen1ent, ils opèrent, mine de rien, une thérapie douce de l'esprit qui rend à nouveau sensibles à tout ce à quoi la dénaturation libérale du politique nous rend indifférents, apathiques. Relativisant cette dénaturation du politique en y diagnostiquant une maladie de la réflexion, ils réveillent la conscience de ce que cette maladie laisse d' intouché : les sources poétiques de la sensibilité et la dynamique créatrice de l'utopie, appelée par la resensibilisation aux souffrances les plus quotidiennes, les plus partagées, mais aussi les plus profondes qu'attise cet autisme. Car cette créativité philosophique redécouvre et révèle sous les aspects d'une utopie vivante et inentan1ée la dynan1ique philosophique propre à la vie politique: celle qui conditionne la vie comlnune par l'invention d'un n10nde de vie valide pour tous, d'un 1110ndereconnaissable COIn1l1e omll1Ullparce c

que le partage de vérité y déploie et y reconnaît les seules conditions qui y rendent la vie humaine possible. Cette réinvention donne à la philosophie politique inhérente à cette poétique le statut d'une véritable poétique de la résistance. Cette poétique politique transfonne les résistances philosophiques à l'extase de la mondialisation libérale, elle fait de ces résistances les conditions de vie rendant possibles toutes les autres puisqu'elles conditionnent la sortie hors de cet autisme et le retour à la vie. Elle fait ainsi jaillir du théâtre de l'ombre, les sources de la seule vie qu'il faille vivre pour faire disparaître les causes de cette extase et pour oublier réellement l'autisme libéral, pour tout simpleInent pOUVOIrvIvre. Il suffit que ce discernement politique déployé par la poétique des résistances avive la force du jugeInent critique pour qu'il pern1ette à ce dernier de reconnaître qu'il est déjà présent en toute parole: qu'il est déjà le jugement qui prête à la poétique des résistances sa propre force de mettre le Inonde au monde en faisant de son propre partage, la fonne de vie inextinguible du ré enchantement collectif de ce Inonde, la source de reconstitution d'une sensibilité à la souffrance et au bonheur. Cette utopie, - que seul le InutisIne libéral autorise à qualifier d'utopie puisqu'il la rend Ünpossible aux yeux de la réflexion, ne rend en effet la parole à chacun qu'en lui faisant reconnaître con1Inent le partage de vérité donne à tout dialogue la force de porter à l'existence les énonciateurs, leurs allocutaires tout autant que le n10nde politique que ce partage leur pen11et de constituer. Le discours utopique pratiqué sous cette fonne révèle la seule réalité qui rende possible le Inonde politique et vient confinner à sa façon les découvertes de l'anthropologie conten1poraine du langage: la nécessité dans laquelle se trouve l'être hun1ain de soumettre toute transfon11ation politique qu'il tente de lui-n1êIne et tout jugement portant sur ce qu'il a à être, à un jugen1ent d'objectivité portant sur les conditions objectives de réalisation dans le n10nde de ce qu'il a à être.

Faisant ainsi jouir de la présence d'autrui comme de son jugement de vérité, cette poétique utopique ne fait jouir que du bonheur de ce partage, elle en fait jouir pour autant qu'il est aussi réel qu'il se prétend l'être, elle nous fait oublier la peur de l'autre en nous sans avoir à dire qu'elle le fait, elle réanime notre sensibilité en nous faisant partager la sienne et nous rééduque à l'exercice de notre faculté de juger. Elle fait rejaillir en nous les deux sources du jugement, sa source poétique et sa source philosophique, en nous y réidentifiant comme à ce que nous sonlmes déjà comme êtres de parole. Elle leur rend la parole en nous et produit ainsi le seul geste qui sauve, le seul qui soit nécessaire: la restitution à chacun de sa propre parole comme condition nécessaire et suffisante de sa vie et de la vie d'autrui.

De l'esthétique du Collectif

Où nous nous croyons seuls, la reconnaissance toujours nous dévisage Pourquoi vivre au seuil retourné de l'histoire sur ses faibles penchants? Telle question s'adresse aux grands officiants idéologies de la fin des

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En tant que source de la connaissance cosmique la poésie résiste à toute vision fragmentaire

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Contre les territoires narcissiques de la recherche la pensée poétique donne accès au réseau le plus fabuleux des informations de la nature.

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De quoi suffit-il pour tromper ~ notre mélancolie?

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La solitude aux serres d'errance ne secoure-t-elle pas l'attente? o/Y(p Pourquoi ce besoin d'avoir peur de l'autre pour apaiser l'inquiétude de soi? o/Y(p la pluie tombe aux doigts tisserands
o/Y(p

obeissant

du calme

Où courons-nous de proche en proche sous l'égoïsme tendre? Que médite l'obscure fin de nos agitations?

o/Y(p

20

les amants

Par quel soin et de quoi plieraient-ils leur drap

de ciel?

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Que transmet l'héritage des fleurs consenties au bouquet?

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Dans la vastitude de nos actes de présence quel essaim de futur s'invente encore?

~
Sous quelle angoisse accueillons-nous l'innombrable?

~

21

De quelle attente

nos matins s'épuisent-ils?

~
Est-il solitude qui dépasse l'eau dormante?

~
Pourquoi la fête récidivant l'illusoire évidé?

~
Pourquoi le matin déjà rendu aux préliminaires du soir?

~

22

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