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Quelques nouvelles pour vous dire...

De
134 pages
Ces nouvelles datent de vingt à trente ans maintenant et ont longtemps sommeillé. Des questions fondamentales et récurrentes propres aux conséquences de l'exil sont posées dans ces récits où la famille est érigée en position centrale.
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Salih Mara
Quelques nouvelles pour vous dire… Sans Elles, Lui n’existe pas
Quelques nouvelles pour vous dire…Sans Elles, Lui n'existe pas
Salih MARA Quelques nouvelles pour vous dire…Sans Elles, Lui n'existe pas
Du même auteur:L'Impasse de la République Récit d'Enfrance, (1956-1962), Éditions L'Harmattan 2006 Un pays ça veut dire... Recueil de textes poétiques, Editions FFR, Filles et Fils de la République 2009, (Salika Amara) La Marche de 1983, une pierre à l'édifice des luttes de l'immigration, Essai, Editions FFR, Filles et Fils de la République nov. 2013, (Salika Amara) Théâtre : (textes non publiés mais joués par la Troupe Kahina) Pour que les larmes de nos mères deviennent une légende, 1974 Famille Bendjelloun, en France depuis 25 ans, 1979 Responsables mais non coupables, 2006 Sois re-belle et t'es toi !2015 © L'HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05671-5 EAN : 9782343056715
Toute ressemblance avec des personnages ou événements ayant déjà existé n'est pas purement fortuite de ma part.... « Que les larmes de nos mères deviennent une légende » S.A.
L'esprit de sel
En bas, la ville s'étendait complètement endormie. Son silence était noir de mauvais présages, et pourtant, le jour, on l'appelait ALGER la BLANCHE... Dans les hauteurs de la ville, parmi quelques bosquets d'arbres brûlés par la sécheresse, s'alignaient des blocs de béton, vestiges d'une époque. Les colons les avaient laissés là en partant... Ils les avaient appelés « DIAR-CHEMS ; les maisons du soleil ». Aux pieds de ces tours, où des milliers de chiffons multicolores étaient sans cesse bercés par la brise, s'étalaient des baraquements, dont certains aux toits ondulés ; des pièces les unes à côté des autres. Là, s'entassaient des familles entières dans une ou deux chambres suivant le nombre de personnes. Le délabrement, la promiscuité mais aussi la vie. « Encore une journée de passée, et les jours se succèdent aux jours, interminables, ressemblant les uns aux autres... et c'est ma vie ça, ma vie... ». Fatiha s'endormit enfin. Après quelques instants, une chaleur commençait petit à petit à engourdir son corps... d'abord les seins, puis l'agréable sensation se propagea plus bas, vers le bas ventre. Elle s'y abandonna... puis essaya d'aller à la rencontre de ce qui lui procurait ces délicieux picotements. On ne lui laissa pas le temps. On lui attrapa les mains et on les lui plaqua sur la poitrine, en même temps qu'une main se posait sur sa bouche l'empêchant de proférer un son.
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Le Djinn, car cela ne pouvait être que lui, était entré dans la maison. La peur la gagna... Elle savait qu'il était inutile de lutter ; rien ne lui résistait... et soudain, elle se souvint d'une histoire que sa mère lui avait racontée. Pour berner le démon, il fallait faire la morte en prononçant les premiers mots du Coran « bismAllah Rahman ou Rahim... ». C'est ce qu'elle fit. Elle resta dans sa position, allongée sur le côté et ne tenta rien de ce qui pouvait déranger le Djinn. Lui, pendant ce temps, avait remonté les mains qu'il tenait toujours, vers la bouche, libérant l'une d'elles. Cette dernière se mit à une recherche plus sérieuse du corps de Fatiha qu'elle malaxait fébrilement. Elle y rencontra de nouveau les seins qu'elle pétrit maladroitement comme de la pâte à beignets, puis s'arrêta sur le ventre, et enfin se perdit dans la forêt noire du pubis, s'attardant sur cette place, pianotant avec les doigts. Fatiha, pendant tous ces événements, gardait les yeux fermés et faisait toujours la morte bien que son corps entier n'adhérait plus à sa pensée. En effet, elle n'était plus maîtresse d'elle-même. Elle ne comprenait pas... elle ne souffrait pas... on ne lui faisait pas de mal, sinon que de temps à autre, on lui pressait les mains sur la bouche, pour la rappeler au silence l'empêchant ainsi de gémir. Elle commençait à éprouver de curieuses sensations, quelque chose de nouveau dont elle n'avait pas encore conscience l'envahissait... Elle en avait presque du plaisir mais chassa très vite cette idée, vu la position inconfortable dans laquelle elle se trouvait. Soudain, la main sur sa bouche se fit plus pressante et elle sentit quelque chose de dur, très dur entre ses cuisses qui recherchait un lieu qu'elle savait tabou, interdit pour toute fille qui a de l'honneur... L'instinct la força à se débattre mais la force du Djinn est,
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comme chacun sait, surhumaine, lâchant difficilement sa proie. Et les minarets des mosquées se dressèrent dans le ciel en coranisant ; les blocs de béton aux linges colorés pourfendirent la nuit la teintant de rouge ; les rochers sortirent de la mer et le flux et le reflux des vagues, sous le miroitement de la lune, inondèrent le rivage, le vent faisant ployer les palmiers, les étoiles... Un cri vite réprimé par la main du Djinn et puis, aussi soudainement que cela avait commencé, tout redevint calme comme par magie. Elle n'avait pas perdu connaissance, elle pouvait même ouvrir un œil mais n'osait pas. Une douce torpeur l'envahit à nouveau. Ce va-et-vient incessant entre ses cuisses désabusées lui rappelait la mer, quand allongée sur le sable, elle la laissait aller et venir sur elle, la pénétrant de toute part en dégoulinant sur ses jambes... Elle avait vu la mer deux fois dans sa vie et en avait encore le goût salé sur les lèvres. Non, elle ne souffrait plus. Au contraire. Elle s'abandonna à ce doux bercement. Quand le jour recouvrit la nuit, que le premier coq lança son hallali, Fatiha s'éveilla lentement de son sommeil. Mue, par elle ne sait quelle intuition, elle jeta un regard en arrière et poussa un soupir de soulagement. Son frère était là, profondément endormi. Il fallait le réveiller, mais d'abord prendre soin de lui préparer le café. Il devait, comme chaque jour, se rendre à son travail. C'est lui qui, en l'absence du père immigré en France, nourrissait toute la famille : trois filles dont deux mariées, deux garçons et la mère. Quatre dans une seule pièce qui servait à la fois de chambre, de salle à manger et de cuisine. Avec ce que le père rapporterait, ils pourraient, plus tard, faire
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