Réponse à M. Charles Nodier

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Alfred de Musset — Poésies nouvelles
Réponse à M. Charles Nodier
Connais-tu deux pestes femelles
Et jumelles
Qu’un beau jour tira de l’enfer
Lucifer ?
L’une au teint blême, au cœur de lièvre,
C’est la Fièvre ;
L’autre est l’Insomnie aux grands yeux
Ennuyeux.
Non pas cette fièvre amoureuse,
Trop heureuse,
Qui sait ...
Publié le : jeudi 19 mai 2011
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Connais-tu deux pestes femelles  Etjumelles Qu’un beau jour tira de l’enfer  Lucifer?
Alfred de MussetPoésies nouvelles
L’une au teint blême, au cœur de lièvre,  C’estla Fièvre ; L’autre est l’Insomnie aux grands yeux  Ennuyeux.
Non pas cette fièvre amoureuse,  Tropheureuse, Qui sait chiffonner l’oreiller  Sansbâiller ;
Non pas cette belle insomnie  Dugénie, Où Trilby vient, prêt à chanter,  T’écouter.
C’est la fièvre qui s’emmaillote  Etgrelotte Sous un drap sale et trois coussins  Trèsmalsains.
L’autre, comme une huître qui bâille  Dansl’écaille, Rêve ou rumine, ou fait des vers  Detravers.
Voilà, depuis une semaine  Toutepleine, L’aimable et gai duo que j’ai  Hébergé.
Que ce soit donc, si l’on m’accuse,  Monexcuse, Pour n’avoir rien ni répondu  Nipondu.
Ne me fais pas, je t’en conjure,  Cetteinjure De supposer que j’ai faibli  Paroubli.
L’oubli, l’ennui, font, ce me semble,  Routeensemble, Traînant, deux à deux, leurs pas lents.  Nonchalants.
Tout se ressent du mal qu’ils causent,  Maisils n’osent Approcher de toi seulement  Unmoment.
Que ta voix si jeune et si vieille,  Quim’éveille, Vient me délivrer à propos  Durepos !
Ta muse, ami, toute française,  Toutà l’aise, Me rend la sœur de la santé,  Lagaieté.
Elle rappelle à ma pensée  Délaissée Les beaux jours et les courts instants,  Dubontemps.
Lorsque, rassemblés sous ton aile  Paternelle, Echappés de nos pensions,  Nousdansions ;
Réponse à M. Charles Nodier
Gais comme l’oiseau sur la branche,  Ledimanche, Nous rendions parfois matinal  L’Arsenal.
La tête coquette et fleurie  DeMarie Brillait comme un bluet mêlé  Dansle blé.
Tachés déjà par l’écritoire,  Surl’ivoire Ses doigts légers allaient sautant  Etchantant ;
Quelqu’un récitait quelque chose,  Versou prose, Puis nous courions recommencer  Adanser.
Chacun de nous, futur grand homme.  Outout comme, Apprenait plus vite à t’aimer  Qu’àrimer.
Alors, dans la grande boutique  Romantique, Chacun avait, maître ou garçon,  Sachanson.
Nous allions, brisant les pupitres  Etles vitres, Et nous avions plume et grattoir  Aucomptoir.
Hugo portait déjà dans l’âme  Notre-Dame, Et commençait à s’occuper  D’ygrimper.
De Vigny chantait sur sa lyre  Cebeau sire Qui mourut sans mettre à l’envers  Sesbas verts.
Antony battait avec Dante  Unandante ; Emile ébauchait vite et tôt  Unpresto.
Sainte-Beuve faisait dans l’ombre,  Douceet sombre, Pour un ceil noir, un blanc bonnet,  Unsonnet.
Et moi, de cet honneur insigne  Tropindigne, Enfant par hasard adopté  Etgâté,
Je brochais des ballades, l’une  Ala lune, L’autre à deux yeux noirs et jaloux,  Andaloux.
Cher temps, plein de mélancolie,  Defolie, Dont il faut rendre à l’amitié  Lamoitié !
Pourquoi sur ces flots où s’élance  L’Espérance, Ne voit-on que le Souvenir  Revenir?
Ami, toi qu’a piqué l’abeille,  Toncœur veille, Et tu n’en saurais ni guérir  Nimourir ;
Mais comment fais-tu donc, vieux maître,  Pourrenaître ? Car tes vers, en dépit du temps,  Ontvingt ans.
Si jamais ta tête qui penche  Devientblanche, Ce sera comme l’amandier,  CherNodier.
Ce qui le blanchit n’est pas l’âge,  Nil’orage ; C’est la fraîche rosée en pleurs  Dansles fleurs.
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