Rhapsodies fluviales

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Dix poèmes au cœur de la négritude. Un texte de réflexion sur la poésie dont la métaphore fluviale offre un voyage inattendu des pays de l’Est à la Grèce ancienne en passant par les poètes français et sénégalais. Un glossaire des auteurs. Un lexique sénégalais. Un petite géo-biographie de l’auteur.
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EAN13 : 9782371270015
Nombre de pages : 104
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Début du poème Léopold Sédar Senghor en typographie Bookshelf Symbol 7. Bienvenue dans l’imaginaire de La Cheminante plein champ.

Rhapsodies fluviales

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La Cheminante, 2010

Collection : La Cheminante plein champ

9-11, rue Errepira – 64500 Ciboure

www.metaphorediffusion.fr

ISBN : 978-2-37127-001-5

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Préface

Qu’on le lise ou l’écoute, l’on est frappé par l’enthousiasme entraînant de l’auteur des Rhapsodies fluviales pour les mots, les mots justes, les mots parlants qui non seulement informent l’esprit mais affectent les sens par leur beauté, par leur force, par leur texture. C’est en cela, ceux qui pratiquent l’homme le concèderont volontiers, que Hamidou Sall est poète.

La poésie commence avec le souci des mots, avec cette conviction intempestive que la parole ne s’épuise pas dans l’évocation d’objets extérieurs, car elle est aussi, légitimement, affaire de sensibilité ou, dans le langage de Senghor, père spirituel de l’auteur des Rhapsodies fluviales, de rythme. Le commerce avec l’homme Hamidou Sall est pour son interlocuteur cette expérience répétée du plaisir des mots, et c’est pourquoi il est heureux que sa parole à lui commence enfin ici à se poser en poèmes.

La première étude de l’homme qui veut être poète, rappelait Rimbaud, est sa propre connaissance ; il cherche son âme, il l’inspecte, il l’apprend. Ce précepte, l’auteur des Rhapsodies fluviales ne s’est pas contenté de le pratiquer ; il nous relate comment il l’a mis en œuvre.

L’artiste, on le sait, a souvent cet irrépressible besoin de parler de la manière dont l’art lui advient, comme pour revendiquer ses lettres de lucidité. Cette parole est parfois ésotérique, cachée dans l’œuvre comme un clin d’œil, un regard inversé, un effet d’abîme.

Chez certains auteurs, cette parole peut prendre un tour complice, amical même : c’est le cas dans les Rhapsodies fluviales. En nous offrant dans un même mouvement ses actes de poésie et le récit de sa formation poétique, l’auteur nous fait une amitié, cette amitié, par ailleurs, si caractéristique de l’homme Hamidou Sall. Comme si d’avoir été l’ami précoce du poète de la négritude ne lui laissait pas d’autre choix que de fonder ses échanges avec les autres dans cette vertu ancienne, pour mieux réveiller et alimenter chez eux le goût enfoui des mots.

Amitié donc que cette manière de nous prendre en compagnons de son cheminement personnel, du giron familial sénégalais aux fréquentations raffinées d’une francophonie ouverte au monde, mais également exercice rimbaldien d’apprentissage de soi en vue d’un dessein poétique.

En réalité, récit initiatique de la quête du mayo, ce fleuve inconnu du royaume d’enfance de l’auteur, si loin si près des tanns du père spirituel, afin que se libèrent enfin, pour notre partage, quelques alluvions d’une parole poétique.

Barthélémy Faye

(voir glossaire)

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La poésie est une peinture parlante

et la peinture une poésie muette.

La danse est une poésie muette

et la poésie une danse parlante.

Simonide

Cette phrase qu’il ne comprenait pas,

pour laquelle il souffrait le martyre,

il l’aimait pour son mystère et sa sombre beauté.

Cheikh Hamidou Kane

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À ma mère

Fatou Zahra Élimane Racine Kane

À mon père

Ibrahima Abdoul Élimane Sall

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Léopold Sédar Senghor

à Colette Senghor, son épouse

Au seuil de la porte dernière qui s’ouvre sur l’ombre épaisse,

serein dans sa patience paysanne quand l’ange de l’aube fut venu,

le poète sérère avait déposé sa plume au pied de sa blonde bergère.

Nobles et dignes, les hautes koras et les longs balafongs gémirent au loin.

Et tamtams et tabalas dans le silence du recueillement cadencèrent

la nuit normande, nuit africaine, nuit de Sine.

Sur la terre de ses frères aux yeux bleus et au visage de pierre,

j’ai entendu montant au ciel la clameur de sa prière de paix,

retentissant tel un chant d’amour ardent et solennel

dans le silence glacial d’une nuit d’hiver.

À mes côtés, femmes en larmes.

Et j’ai dit : pleurez femmes !

Avec ferveur et grâce, il vous honora par le feu de sa parole,

la splendeur de ses vers a caressé vos éclats et vos corps adorés.

Gazelle noire au talon rose et jeunes filles aux longs cous de roseaux.

Danseuse de Djilor au front doré, Nolivé aux bras de boa, aux yeux

de constellation, et vous Signares aux yeux surréels.

Ébloui il fut toujours devant l’énigme d’or de vos sourires.

Pleurez, pleurez, vous qui fûtes muses, amies visiteuses,

feu sacré de sa parole.

Élégie pour la Reine de Saba,

nocturne et souveraine à l’annonce des flamboyants,

quand glissent les alizés entre baobab, palmier et kaïcédrat royal.

Sédar avait trouvé des mots sonores au doux du royaume d’enfance

pour bénir les mères et l’aïeule noire au doux regard violet.

Il avait trouvé les mots pour mêler autrefois à demain,

comme Aimé, le plus que frère dont l’arc-en-ciel de la parole réconcilie

et donne la force de regarder demain.

Pour toi blonde normande aux yeux de clairière, avec l’élan du cœur

ce chant d’apothéose taillé dans son verbe de transparence et de lumière.

Des mots à rouler au jardin solitaire de ton cœur.

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Mots de mer

à Aimé Césaire

Ma demeure est au pied de la tour qui parle au monde.

J’habite sur les flancs de la déesse qui serpente et coule vers la mer obèse,

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