Rimbaud l'africain, diseur de silence

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"Le livre de Chehem Watta ne vise pas la démonstration, ni l'exégèse, il est poème, cantique d'amour à Rimbaud, à la corne d'Afrique et à l'union des deux, reconnaissance et prière. Un livre exigeant. Il réclame qu'on fasse silence, qu'on taise toutes les rumeurs prosaïques de notre quotidien, qu'on se rende disponible." Extrait de la préface de Claude JEANCOLAS
Publié le : vendredi 1 juin 2012
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EAN13 : 9782296493544
Nombre de pages : 256
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Rimbaud l’Africain
Diseur de silence
 
  
     
 
       
 
         
                 © L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-99180-4 EAN : 9782296991804
 
Chehem W ATTA  
Rimbaud l’Africain Diseur de silence     Poésie      Préface de Claude Jeancolas        
 
       
Rimbaud l’Africain Diseur de silence
Maquette de Mazen Ali Salem
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Rimbaud l’Africain Diseur de silence
A la formidable équipe de « International Writing Program » de l’Université d’IOWA, rencontrée en 2010.
Pour Ali M. Dimbio dit Ali Tiba et l’ami Djibril . A Sabira et à tout le monde, ce Rimbaud l’Africain.
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Rimbaud l’Africain Diseur de silence
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Rimbaud l’Africain Diseur de silence
Préface
De tout temps, on a cru, on a écrit qu’Arthur Rimbaud, poète s’étant « amputé » de la poésie, avait détesté le lieu d’exil où il s’était lui-même condamné à survivre dans les pires désespoirs. Cette affirmation reposait sur la lecture de ses lettres à ses « chers amis ». Il y disait sa détestation des gens et des climats de la corne de l’Afrique. Ces invectives prises au premier degré l’avaient rendu persona non grata dans la mémoire collective régionale : « Pourquoi devrions-nous l’aimer si lui ne nous a pas aimés ? » Mais alors n’y a-t-il pas incohérence ? S’il se déplaisait tant dans ces contrées, pourquoi y était-il resté et pourquoi, sur son lit d’agonisant, n’aspirait-il qu’à y retourner ?
Il faut savoir l’extrême pudeur d’Arthur Rimbaud pour le comprendre. Dans cette famille on ne se dit pas l’amour, ni l’af-fection. Ces caractères bien trempés sont plus enclins à s’agresser qu’à s’épancher. Arthur et sa mère, par exemple, se ressemblent trop pour pouvoir vivre ensemble, mais ils se manquent dès qu’ils sont séparés. Voyez comme l’adolescent traite sa mère du-rant les années poétiques : la mère Rimbe, la daromphe, la Bouche d’ombre, « aussi inflexible que soixante-quinze adminis-trations à casquettes de plomb »… Voyez, pourtant, comme d’Afrique il réclame des nouvelles, supplie qu’elle ne l’oublie pas, la charge de toutes les commissions… et Vitalie court à tous les caprices de son fils même ceux qu’elle désapprouve. Ces deux là s’aiment à la folie. S’il écrit dans ses lettres d’Afrique qu’il cherche de l’or et veut faire fortune, c’est pour la rassurer ; s’il se lamente c’est pour se faire plaindre et aimer plus encore. Enfin, cet homme qui a la hantise de l’ennui, écrit seulement quand il en a le temps et donc risque l’ennui quand il a le temps, et se remet en cause. Rimbaud et l’Afrique c’est une histoire d’amour.
Il fallait pour démontrer ce lien tenu secret la connaissance et l’amour de ces terres qui paraissent au voyageur de passage une désolation de sable de feu et de volcans. Chehem Watta sait
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Rimbaud l’Africain Diseur de silence
comment la corne de l’Afrique est rugueuse marâtre, exigeante, mais aussi une généreuse et exaltante compagne. Arthur Rim-baud est-il moins rugueux, exigeant et exaltant ? Ces deux-là se ressemblent… trop pour pouvoir vivre ensemble et pourtant ne souhaitant que vivre ensemble. Eloignés, ils se manquent. La marche, la faim, le fardeau, la soif, la quête... désirs exprimés aux années poétiques. La marche, la faim, le fardeau, la soif, la quête… réalités de cette vie d’Afrique, par les déserts, les cha-leurs, les épreuves. Arthur Rimbaud a trouvé dans l’Afrique sa terre.
Le livre de Chehem Watta ne vise pas la démonstration, ni l’exégèse, il est poème, cantique d’amour à Rimbaud, à la corne de l’Afrique, et à l’union des deux, reconnaissance et prière. Un livre exigeant. Il réclame qu’on fasse silence, qu’on taise toutes les rumeurs prosaïques de notre quotidien, qu’on se rende dis-ponible. Le prologue est ascèse : répétitions, rythmes, lanci-nances, comme pour épuiser les nerfs autant qu’une marche en caravane par un soleil de plomb. Ces mots jetés, vraie litanie de pierre, de ciels, d’hier et d’aujourd’hui sont une incantation pour accéder à la libération de soi, un exorcisme, un passage initia-tique, une invocation et un appel aux mystères. Alors Rimbaud paraît, mirage parfois visible, présence permanente qui ne quit-tera plus le lecteur jusqu’à la dernière page, même quand Che-hem parle de lui-même, ou du monde ou de nous.
Chehem ne s’arrête pas à cette célébration. L’enfant nomade que sa mère envoya à l’école contre la volonté du père, avait tôt - quel miracle ! - découvert Rimbaud. Il se sentait si proche qu’il le voyait en « grand nègre » et fut effroyablement déçu quand son instituteur le déniaisa brutalement : « Non, Rimbaud ce n’est pas toi, ni un des tiens, il est blanc, c’est un autre, un étranger. » L’enfant sûrement pleura longuement à cette désillusion. Aujourd’hui, adulte, il revient à son rêve. La négritude n’est pas une histoire de couleur de peau, c’est une somme de valeurs, un état d’esprit, une âme, et assure : « La terre des Noirs a habité le
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