Satyre sur la barbe de M. le president Molé

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Variétés historiques et littéraires, Tome VISatyre sur la barbe de monsieur le President Molé.1652Satyre sur la barbe1de monsieur le President Molé .Je chante d’un chant satiriqueUne laide barbe cynique,La barbe et le menton barbuDe Molé, juge corrompu ;Barbe sale, barbe vilaine !Barbe infame, barbe inhumaine,Barbe qu’a fait un partisanAux frais du pauvre paysan ;Barbe affreuse, barbe maudite,Barbe d’un diable d’hypocrite,Barbe d’un infame Martin,Grand defendeur de Mazarin,Qui s’offriroit pour un ecuDe serviette à torcher le cul ;Barbe qui tout prend et devore,Barbe que tout le monde abhorre,Barbe ravalée en pendant,Barbe à qui je porte une dent,Barbe cruelle, barbe fière !Barbe que je souhaite en bière,Par tel et semblable danger2Que le president Boulanger ;Barbe qui voudroit voir la FranceEn Grève, au bout d’une potence ;Barbe pendante au vieux mentonD’un avare et lâche poltron ;Barbe de bouc, barbe de chèvre ;Barbe qui descend d’une lèvreQui cache un ratelier de dentsPlus puantes que souffre ardant ;Barbe qui entoure une boucheQui produit une voix farouche ;Barbe qui pend le long d’un colÀ qui je souhaite un licol ;Barbe qui couvre une poitrineD’où sort le mal qui nous ruine ;Barbe d’un maudit loup-garouxQui cause mon juste courroux.Tu sentiras, barbe de laine,Les traits plus piquans de ma haine ;De laine, non, je me desdis :Il m’est permis, si j’ay mal dit,De me reprendre et de mieux dire.Disons donc mieux, et faisons ...
Publié le : vendredi 20 mai 2011
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Variétés historiques et littéraires, Tome VI Satyre sur la barbe de monsieur le President Molé. 1652
Satyre sur la barbe 1 de monsieur le President Molé.
Je chante d’un chant satirique Une laide barbe cynique, La barbe et le menton barbu De Molé, juge corrompu ; Barbe sale, barbe vilaine ! Barbe infame, barbe inhumaine, Barbe qu’a fait un partisan Aux frais du pauvre paysan ; Barbe affreuse, barbe maudite, Barbe d’un diable d’hypocrite, Barbe d’un infame Martin, Grand defendeur de Mazarin, Qui s’offriroit pour un ecu De serviette à torcher le cul ; Barbe qui tout prend et devore, Barbe que tout le monde abhorre, Barbe ravalée en pendant, Barbe à qui je porte une dent, Barbe cruelle, barbe fière ! Barbe que je souhaite en bière, Par tel et semblable danger 2 Que le president Boulanger; Barbe qui voudroit voir la France En Grève, au bout d’une potence ; Barbe pendante au vieux menton D’un avare et lâche poltron ; Barbe de bouc, barbe de chèvre ; Barbe qui descend d’une lèvre Qui cache un ratelier de dents Plus puantes que souffre ardant ; Barbe qui entoure une bouche Qui produit une voix farouche ; Barbe qui pend le long d’un col À qui je souhaite un licol ; Barbe qui couvre une poitrine D’où sort le mal qui nous ruine ; Barbe d’un maudit loup-garoux Qui cause mon juste courroux. Tu sentiras, barbe de laine, Les traits plus piquans de ma haine ; De laine, non, je me desdis : Il m’est permis, si j’ay mal dit, De me reprendre et de mieux dire. Disons donc mieux, et faisons rire 3 Tous ceux qui ces vers ecriront , Ou ecrits après les liront. N’appelons plus barbe de laine Une barbe qu’avons en haine : Ce mot est trop doux pour celuy Qui s’engraisse du bien d’autruy ; Qui, abandonnant sa patrie, Noircit sa memoire fletrie, Et, comme un lache renegat, Trahit son roet le senat.
Apellons-la barbe piquante, Du sang du peuple degoutante ; Barbe plus fière qu’un griffon, Barbe du grand geant Tiphon ; Nommons-la barbe de Megère, L’appentil de notre misère, Le fondement de nos malheurs Et la base de tous nos pleurs ; Nommons-la barbe à l’escopette, Barbe qui fait notre disette, Barbe d’un pilote infernal, Barbe de crain d’un vieux cheval, Barbe de soie à porc farouche, Les brins faits en pointe de souche, En piquans d’herisson faché, De porc-epic effarouché, De chardons, de ronces, d’epines Qui piquent jusques aux racines ; Barbe d’un laid et vieux magot, Barbe d’un traître et d’un bigot. Je voudrois, ô barbe vilaine ! Que de merde tu fusses pleine ; Que les mules et les mulets, Les poules et tous les poulets, Tous les chevaux et les cavales Des ecuries cardinales, Les chiens, les chiennes et les chats, Toutes les souris et les rats, Puissent sur toy, barbe bouquine, Barbe qui pue comme ravine, Jetter comme sur un fumier Tout ce qui sort de leur fessier ; Que les poux, les puces et lentes, Morpions et punaises puantes, Fussent dedans ton poil epars Comme etrons dessus des remparts ; Que les chancres et les ulcères, Plus venimeuses que vipères, Les pustules et les poulains Que l’on gagne avec les putains, Et tous les autres grains semblables Que les François prirent à Naples, Puissent tous affliger le corps, Tant par dedans que par dehors, De celuy, ô barbe bigote ! Qui te cultive et te frotte ; Qu’en tombant tu sois tôt ou tard Comme celle de Duremard : Ainsi, menton et barbe infame, Tu deviendras menton de femme : Je te souhaite encore plus, Et cecy n’est pas superflus, Que, si les choses souhaitées Etoient un jour executées, Tous les poils chus ou arrachés À un masque soient attachez Pour servir de bouffonne trogne Aux foux de l’hôtel de Bourgogne. C’est là, plutost qu’au Parlement, Que tu paroîtras dignement.
1. Cette mazarinade se trouve avec le titre qu’elle porte ici dans leTableau de la vie et du gouvernement de messieurs les cardinaux Richelieu et Mazarin, etc. ; Cologne, P. Marteau, 1694, in-12, p. 286–289. On la trouve imprimée à part sous le titre de l’Illustre barbeC. en vers burlesques (S. l. n. d.), 4 pages, et sous celui-ci : D.Poème sur la barbe du prem. presid.; Bruxelles, 1649, 6 pages. — La barbe de Mathieu Molé étoit, en
effet, très fameuse ; le surnom par lequel on le désignoit souvent lui en étoit venu. «Le visage de la cour, dit Larroque, se moque de labraverieet du chien au (Châteauneuf) grand collier (Seguier), disant que laGrand’Barbe(Molé) ne fait le philosophe ni l’homme d’État, et que le vent lui souffle du derrière. » (Cité par M. Moreau,Bibliographie des Mazarinades, t. 1, p. 9. )
2. Il faut, sans doute, reconnoître ici l’auditeur des comptes Le Boulanger, qui, frappé de plusieurs coups de baïonnette comme il sortoit de l’Hôtel-de-Ville, lors de la grande e émeute de 1652, mourut peu de jours après. (Mém. de Conrart, Collect. Petitot, 2série, t. 48, p. 151.) Ceci nous donneroit à peu près la date de cette pièce.
3. M. Moreau conclut avec raison de ce vers que cette mazarinade, comme bien d’autres, se répandoit par copies manuscrites.
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