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SHORT 17
Grand Prix du Court Eté 2016





ISBN : 979-10-91283-41-0
Directeur de la publication : Christophe Sibieude
Short Edition, 12 rue Ampère, 38000 Grenoble
© Short Edition octobre 2016
Tous droits réservés

 

 

Edito

SHORT 17 se fait l’allié de votre été ! A l’heure de l’apéritif en terrasse, entre deux baignades, à l’ombre d’un arbre, la littérature courte emporte votre imagination vers d’autres univers, d’autres destins… en moins de 20 minutes !

Ce SHORT 17 vous réserve le Palmarès du Grand Prix du Court Eté 16 : 27 œuvres de thèmes et de styles variés, sélectionnées par les 160 000 lecteurs abonnés et le Comité éditorial, cette communauté de lecteurs passionnés.

Au fil des pages, vous pourrez découvrir des nouvelles, poésies, BD courtes et très très courts (micro-nouvelles), qui chacun à leur manière se sont mis en tête de vous surprendre, vous angoisser, vous amuser. Parmi celles-ci figurent les 4 œuvres Lauréates sélectionnées par les internautes : Mon château, Allumés du bocal, Les Bicoques, Transparence.

Et l’on retrouve aussi les Lauréates sélectionnées par le Comité éditorial.
Pour commencer doucement, imprégnez-vous d’un sentiment de légèreté et de douceur avec Dentelles d’ombre, Un papillon sur l’épaule ou encore Histoire du soir.
Puis Grand-maman, Plaisir solitaire et Philanthropie scolaire se feront un plaisir de bousculer la tonalité de ce recueil – et votre sensibilité.
Enfin, nous vous entraînons vers Jocaste, L’Absente et Maybe blues qui vous offrent différentes facettes de ce sentiment puissant qu’est l’amour… alors que Lettre à un voisin et Murmures avec les morts se sont mis au diapason pour toucher notre humanité.

Laissez-vous porter par vos envies de lecture : au hasard des pages, par temps de lecture ou par thématique, dégustez de la littérature courte !

On se retrouve dans 3 mois !

Isabelle Pleplé & Christophe Sibieude

Lettre à un voisin
de Coco


 

Tous les matins, je vous croisais dans ma rue, celle qui longe le cimetière. D’un pas rapide, je partais faire mes courses. Vous, vous alliez à petits pas, le dos courbé, prenant appui sur votre canne.
Au début, je faisais peu attention à vous. Un petit homme âgé, menu. Ensuite, jour après jour, j’ai pris le temps de vous découvrir.
Vous portiez un gros manteau, même quand les rayons du soleil réchauffaient la rue. C’est seulement au cœur de la canicule que vous l’abandonniez pour une veste de costume. Une calotte blanche en coton crocheté ne quittait pas votre tête. À cette calotte et à certains traits de votre visage, j’avais déduit que vous veniez d’Afrique du Nord. Votre silhouette se perdait dans des vêtements trop grands pour vous. Parfois, des chaussettes un peu détendues godaillaient sur vos chevilles, et vous ressembliez alors à un petit garçon distrait. Vos yeux, je ne peux pas dire votre regard puisque je ne l’ai jamais croisé, étaient marron doux et votre teint frais et lisse.

Souvent, j’ai eu envie de faire votre connaissance, par petites étapes. En douceur.
Et puis, un jour de soleil, je vous aurais proposé qu’on aille s’asseoir dans le petit square de l’espace culturel, là où nous aurions eu une belle vue sur Paris. Je vous aurais tenu le bras pour remonter la rue Bernard, si pentue.
Au début, nous aurions peu parlé pour que vous puissiez reprendre votre souffle. Nous nous serions assis sur un banc devant le mobile en acier qui bouge si joliment au rythme du vent. J’aurais écouté l’histoire de votre vie, par bribes.
Mais rien de cela ne s’est fait ; il y a si longtemps que je ne vous vois plus.

Aujourd’hui, je me sens un peu orpheline. Alors permettez-moi de commencer l’histoire, en attendant.
Vous vous appelleriez Brahim, Brahim Mokkedem, de Kabylie.
Vous me raconteriez votre village d’Azzefoum, la beauté des montagnes, mais aussi le vent chaud qui dessèche la terre, la bouche des femmes et des enfants. Peu à manger, le soleil qui brûle tout et qui donne si soif.
Vous me raconteriez l’homme venu au village chercher des bras jeunes et valides pour travailler, quelque part en France.
Vous me raconteriez le départ pour ce pays où l’on gagne sa vie, de l’autre côté de la mer.
Vous me raconteriez…

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