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Signe de vie

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"Il est toutes sortes de conditions préalables à la naissance simultanée du poète et de son poème. Je voudrais seulement saisir un certain point de cette éclosion, le plus facile peut-être à décrire, ou tout au moins à imaginer. Ce point, cest celui où un homme se met à regarder ce qui soffre à lui avec un plaisir confinant à la torpeur. Il sest établi à cet instant entre ce groupe darbres, ce fleuve, ces maisons irrégulières et cet homme, un rapport tel que lhomme souhaite quil se maintienne le plus longtemps possible ; il envisage aisément dy consumer sa vie, dans une joie excessive. Le courant du langage qui passe par cet homme a rencontré le courant de la réalité sensible ; dans le monde figé, une espèce de débâcle printanière se produit, (moi cest en automne), et leau qui allège et fait vaciller toutes choses est le langage, ou plutôt réalité et langage se sont mutuellement émus." Henri Thomas
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HENRI THOMAS
SIGNE DE VIE poèmes
GALLIMARD
S. P.
UN PEU DE JOURNALISME
Il est toutes sortes de conditions préalables à la naissance simultanée du poète et de son poème. Je voudrais seulement saisir un certain point de cette éclosion, le plus facile peut-être à décrire, ou tout au moins à imaginer. Ce point, c’est celui où un homme se met à regarder ce qui s’offre à lui avec un plaisir confinant à la torpeur. Il s’est établi à cet instant entre ce groupe d’arbres, ce fleuve, ces maisons irrégulières et cet homme, un rapport tel que l’homme souhaite qu’il se maintienne le plus longtemps possible ; il envisage aisément d’y consumer sa vie, dans une joie excessive. Le courant du langage qui passe par cet homme a rencontré le courant de la réalité sensible ; dans le monde figé, une espèce de débâcle printanière se produit, (moi c’est en automne), et l’eau qui allège et fait vaciller toutes choses est le langage, ou plutôt réalité et langage se sont mutuellement émus. Sans doute la glace est prompte à reprendre, et elle peut durer longtemps, mais dès l’instant où l’homme a connu cette rupture, cette solution du réel, il existe pour lui une échelle de valeurs à laquelle il est contraint de se référer pour se juger soi-même et les travaux de sa vie. Elle peut rester inexprimée, elle n’en est pas moins présente. Au sommet il y a le vertige, l’instabilité : c’estla plus haute touravec sa chanson lointaine. On pourrait aborder utilement la poésie par son côté formel, comparer son importance, sa place actuelles avec celles d’hier, observer les métamorphoses du poème en prose, la dissolution assez rapide de la prosodie ancienne, toute égards envers l’auditoire, fête à plusieurs, d’où le poète moderne s’exile pour exister seul, c’est-à-dire, sous peine de crever, avec tout et tous. Mais je crois qu’il est difficile à un poète d’adopter ce point de vue, car l’état vers lequel il tend est précisément celui où tous les points de vue sont abolis dans le bonheur d’exister surabondamment. Il me semble quelquefois que c’est en moraliste que je voudrais parler de la poésie. Je définirais alors l’état générateur de poésie comme celui de la plus haute liberté ou de la soumission absolue, où l’homme est sans dettes envers le réel, envers ses semblables, où les choses ne sont vraiment plus qu’apparence. Autant que Rimbaud, le Tao nous persuade :ne sais plus de qui je suis le fils ; il me semble que j’existais déjà avant les Je légendaires Empereurs.Ici parvenu, les mots acquièrent un prix singulier, d’autant plus grand que la joie ou la sagesse qui les met ensemble les choisit plus humbles, plus hagards ; à la limite, on s’en passerait, — si l’on était seul sur la terre.
I
IDÉAL : LA CHANSON
Toute l’âme dépensée entre les amis d’un jour, les désolantes pensées et les avides amours, je n’ai plus que cette rose éclose par habitude, arme frêle que j’oppose à la noire inquiétude.
Une corne d’abondance est inclinée à l’aurore, tout le désordre de Flore accable la terre immense, les plus riantes peintures parsèment l’été profond, l’oiseau crie et s’aventure dans la ruine des monts, la mère est abandonnée par l’enfant sur les chemins, à l’aube les bois sont pleins de brumes et de rosée. Le cœur me bat d’être là dans le paradis des jours, j’étais l’enfant qui s’en va, serai-je homme à mon retour ?
PLAINE
Dàns cette ville où là màin d’une àventure fàtàle à dessiné mon chemin j’erre toute là soirée, les ténébreuses ràfàles ouvrent des portes càchées, je vois àu fond de là ville une lointàine contrée telle une imàge immobile, ô jour obscur, écàrtànt pour moi tes voiles trànquilles sur un monde presque àbsent, sàurài-je, berger sàns voix, guider les vàgues troupeàux de tes brumes sur les toits ? sur là plàce grànde et nue l’àrbre de là nuit s’àccroît, les lèvres pâles remuent comme feuilles dàns les bois.
à Jean Lambert.
Pointe des îles où chante un arbre, jardin tranquille où luit un marbre, Aube, amas d’or entre les monts, l’homme qui dort voit le démon, le pré s’éveille et dit : les fleurs… qui m’a fait peur ? c’est une abeille.
Lavague roule son bruit jusqu’au fond de mon sommeil, je me soulève, pareil aux bêtes que l’on conduit titubantes dans la nuit. Ah, ma chambre blanchissante est comme un dôme de mousse, une cabane, une tente, et la porte que je pousse ouvre la plage écumante, la nuit qui meurt, ma pâle sœur, ôte une étoile de son cœur, moi cependant je cours, je vole, dans une étrange carriole, j’y suis tout seul et j’y suis bien, les rênes dorment dans mes mains, Va, petit cheval, que je voie ta crinière qui se déploie, frôle les feuilles de la haie, trouble les feux de la rosée, roule à la mer, léger, heurtant à peine le rocher grondant. Le vent marin va renverser