Stances

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Découvrez le poème "Stances" écrit par Jean Regnault de SEGRAIS. Ce poète de France est né en 1624, mort en 1701. "Stances" de de SEGRAIS est un poème classique. Vous pouvez le télécharger et l’imprimer au format PDF grâce à YouScribe.
Avec le poème de de SEGRAIS, vous pourrez faire une analyse détaillée ou bien tout simplement profiter de très beau vers de "Stances".
Publié le : lundi 30 juin 2014
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Stances

Ne vous offensez point, belle ame de mon ame,
De voir qu'en vous aymant j'ose plus qu'il ne faut :
C'est bien trop haut voller, mais estant tout de flame
Ce n'est rien de nouveau si je m'éleve en haut.

Comme l'on voit qu'au ciel le feu tend et s'élance,
Au ciel de vos beautez je tens pareillement :
Mais luy c'est par nature, et moy par cognoissance ;
Luy par nécessité, moy volontairement.

Aussi suis-je content que le sort adversaire
Darde sur mon amour quelque trait orageux,
Pourveu que l'accusant ainsi que temeraire,
Quelqu'un aussi le louë ainsi que courageux.

Car il me reste assez gravé dans la memoire,
Que voulant m'approcher d'un celeste flambeau,
La mort en ceste audace est conjointe à la gloire,
Et que sous ce trophée est basty mon tombeau.

Mais puis qu'en mon amour il faut que je m'égare,
Du vol de mes desirs dereglant la hauteur,
De quel plus beau Soleil pourroy-je estre l'Icare,
Moy qui veux consoler ma mort par son autheur ?

L'homme est bien malheureux, de qui l'ame indiscrette
Peut ailleurs qu'en vos mains sa franchise enfermer :
C'est ou n'avoir point d'yeux pour vous voir si parfaite,
Ou n'avoir point de coeur pour vous oser aimer.

Quant à moy, je plaindrais et ma peine et mes larmes,
Si je les dépendais pour de moindres beautez,
Car je hay qu'un autre oeil m'enchante de ses charmes,
Que celuy qui rendroit les dieux mesme enchantez.

Non, sçachant que ma flamme est celeste et divine,
Je ne puis rien aymer s'il n'est egal aux dieux :
Je veux qu'un bel oser honore ma ruine;
Et puis quil faut tomber, je veux tomber des cieux.

Arriere ces desirs rempants dessus la terre :
J'ayme mieux, en soucis et pensers elevez,
Estre un aigle abattu d'un grand coup de tonnerre,
Qu'un cygne vieillissant és jardins cultivez.

Non en volant si haut je ne crain point l'orage,
Et l'effroy du peril ne m'en retire point :
Ce qui sert d'une bride aux esprits sans courage,
Est un vif esperon dont le mien est espoint.

J'ayme qu'à mes desseins la fortune s'oppose :
Car la peine de vaincre en accroist le plaisir.
Pouvoir facilement obtenir quelque chose,
M'est assez de suget d'en perdre le desir.

Advienne seulement que mon ame embrasée
Du desir d'acquérir ceste riche toison,
Trouve la seule peine à mes voeux opposée,
Afin que de ce monstre elle soit le Jason.

Mais helas ! je crains fort qu'un malheur invincible
Transforme tellement l'heur à qui je m'attens,
Qu'au lieu de dificile il le rende impossible,
Et joigne à mes travaux la perte de mon temps.

Dementez cette crainte, ô beauté qui convie
Aux erreurs de l'amour les plus sages esprits
Suffise à vos rigueurs qu'il me couste la vie,
Sans que j'en perde encor et l'attente et le prix.

Ainsi de vostre teint l'immortelle jeunesse
Ne soit jamais sujette à l'empire des ans :
Ny ne puissent jamais les traits de la vieillesse
Vous rendre les miroirs des objets malplaisans.

Ainsi la libre voix des belles de cest âge,
Vous puisse declarer Royne de la Beauté;
Et tout de qui desdaigne à vous en faire hommage,
Criminel envers vous de leze Majesté.

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