Tout en chemin

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Publié le : dimanche 1 janvier 1995
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EAN13 : 9782296297982
Nombre de pages : 112
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Michel WYSZOMIRSKI

TOUT EN CHEMIN
Présentation par Elisabeth RODKIEWICZ

Texte français par: Patrick CARRÉ Edvige DJOURNO Marie-Dominique JACOMETTI

A vec des dessins de Marek Szczesny

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Collection Poètes des cinq continents dirigée par Gérard da Silva
Dernières parutions:

63- Adnan Mohsen, La mé11Wiredu silence. 64- Jacqueline Persini, Histoire de ma maison ou naître. 65- Eszter Forrai, Sylvie Reymond-Lépine, L'ombre des éclairs (bilingue hongrois- français). 66- Tahar Belai, Les chapelets d'attache. 67- Jean-François Roger, Le pain d'ortie. 68- Babacar SalI, Visages d'homme. 69- Celia Dropkin, Dans Ie vent chaud. 70- Pierre Goldin,Hel/adiques. 71- Noureddine Aba, Comme un oiseau traqué. 72- Irène Shraer, Ce que raconte le vent. 73- Thierry Divry (1943-1993),La seconde éternité. 74- Shêrko Bekes, Les petits miroirs. 75- Adamou Ide, Sur les terres de silence. 76- Henri Brunei, Les oiseaux pour sourire et rêver. 77- Maxime N'Debeka, Paroles insonores. 78- Krzysztof Jezewski, La musique. 79- Jean-Pierre Biondi, Si je change de nuit. 80- Philippe Caspar, Miserere. 81- Parviz Khazraï, Guitare,jourreau de la dague, suivi de Montagne en mois. 82- Le bout portant de la poésie, discussion et poèmes. (Collectif). 83- Jean Bensimon, L'arbre bonheur. 84- Leila Houari, Poème-fleuve pour noyer le temps présent. 85- Abdelkader Benarab, Les 11WtS. 86- Saggar, Au-delà des mots. 87- Michel Helayel, L'arbre: Son nom (préface de Roger Garaudy). 88- Jean-Paul Gautier, Septfois neufpoèmes. Anthologie personnel/e. D 'hier à aujourd'hui. 89- André Mathieu, Le nombre d'Orphée. @ L'Harmattan, ISBN: 1995

2-7384-2990-4

A Elzbieta Sogyal Rinpoché La famille Lakar Les Amis en France Angleterre États- Unis Inde et Pologne

Introduction à l'éditionfrançaise

Parfois, les livres minces, comme celui-ci, requièrent un commentaire un peu plus fourni, pour éclairer le sens des textes ainsi que pour esquisser l'arrière-plan et les circonstances dans lesquelles ils ont été créés. Il convient aussi de présenter l'auteur. Je suis né à Varsovie, où j'ai passé plus de trente ans de ma vie. Très tôt, j'ai fait mes débuts dans l'écriture: journaliste, puis écrivain. De temps à autre, rarement, je publiais quelques textes poétiques, écrits plutôt pour moi-même et "pour le tiroir". Je me suis trouvé à Paris assez fortuitement et, m'étant refusé à travailler dans un journal polonais, je me suis mis à rénover les façades de la Rive Gauche et de la Rive Droite. C'est un travail qui n'est pas facile mais qui toutefois, offre des avantages. On passe beaucoup de temps en plein air et on a la possibilité - en dehors de la saison des chantiers - d'aller voir ailleurs, pour "s'aérer les poumons". - Au Népal par exemple, très tôt au printemps, ou encore en Californie en hiver, à cause du soleil et des eucalyptus. Mais ce genre 7

de vie marginale, mi-maquisarde, mi-aventurière, dans laquelle on loge n'importe où et où on a un travail précaire devait bien prendre fin un jour. Pourtant, plusieurs longues années se sont écoulées avant que je ne devienne spécialiste du bâtiment, et plusieurs autres encore avant que je ne revienne véritablement à l'écriture. Pour qui ai-je écrit ces textes, présentés aujourd'hui au lecteur français? Je pense que c'étaient des cartes de voyage, écrites pour partager un moment, une observation, une miette d'attention. Les poésies, de toute façon, sont des cartes d'un voyage intérieur, adressées précisément à ceux à qui elles devraient parvenir, et qui leur parviennent fatalement, d'une manière peut-être obscure, mais évidente. Je me rappelle très bien la certitude que j'ai ressentie / j'étais un adolescent à l'époque / en lisant un recueil de poèmes de Czeslaw Milosz, "Le salut" : ce livre avait été écrit spécialement pour moi, pour que je comprenne mieux l'histoire de mes parents, qu'eux-mêmes ne pouvaient ou ne voulaient pas me raconter de cette façon convaincante: les situations évoquées dans les poèmes étaient comme photographiées "de dessus", et à contre-jour. Aujourd'hui, tout a changé. Grâce au pape, à Solidarité, à Milosz, à Walesa et à la vaillance de millions de mes compatriotes anonymes, l'histoire récente de la Pologne est bien connue dans le monde, ainsi qu'en France, liée à la 8

Pologne depuis des siècles par des liens de sympathie et de fraternité. La manifestation, gigantesque, spontanée et bouillonnante de l'esplanade des Invalides en était la meilleure preuve. Non seulement nous avons eu en commun des rois, compositeurs et maréchaux mais aussi la littérature française, classique et contemporaine, influe invariablement sur les lecteurs et les écrits polonais. Il suffit de dire que les inspirateurs du présent recueil sont trois poètes français: Cendrars, Jacob et Michaux. Ils furent tous trois des poètes du voyage. - Des étonnements. - Des éblouissements. Plus tard, ce style s'est développé en Californie, pour revenir ensuite en Europe, lieu de sa naissance. Samuel Beckett a introduit dans le conscient du lecteur attentif et du spectateur de l'époque contemporaine son héros spécifique: tournant le dos à la société, vivant complètement en marge, un vagabondintellectuel. Les Américains l'ont mis en mouvement: ils l'ont mis dans une voiture. Il voyage sans répit / il a ce besoin dans le sang/ d'une ville à l'autre, à 80 milles à l'heure. Mon héros appartient à une autre génération. Il sort de la cave, ou bien descend du grenier, pour monter dans un avion. Il se balade, le sac au dos, sur le chemin trans-himalayen. Il absorbe Kyoto. Il a des affaires importantes à régler à Sikkim. Qu'est-ce qu'il va y chercher? Peut-être un savoir qui explique l'ordre des choses, une 9

philosophie de vie? Car, quoi qu'on dise à ce sujet, et qu'on le veuille ou non, l'idéologie chrétienne et l'ordre établi sur ses bases, grâce auquel nous pouvions évoluer dans le monde soi-disant civilisé, cette idéologie attaquée dans la seconde moitié du 1ge siècle surtout par les philosophes allemands, se meurt sous nos yeux dans sa forme classique, traditionnelle, et devient au seuil du 21e siècle essentiellement un instrument de jeu politique, une routine des cérémonies et des fêtes calendaires. A un moment, mon héros, uniquement grâce au hasard n'a pas été jeté dans un camion qui, fumant et bringuebalant, rempli de malades, de vieux et d'enfants, prit par un beau jour d'été le chemin du crématorium. Cela se passait dans un pays catholique, et le camion était peut-être conduit par des protestants. Mon héros a survécu tant bien que mal et a grandi au milieu des ruines, dans un monde broyé, défait, "où chaque malentendu se terminait par une bagarre, aux poings dans le meilleur des cas". Souvent, il se demandait qui il était et ce qu'il faisait là au juste. Un jour, il s'était rendu compte que les hommes avaient perdu leur âme, du moins passagèrement et dans ce coin du monde. Il commença donc à chercher une source, un réconfort dans les vieilles cultures anciennes. Il n'agissait pas seul: il a emprunté le chemin de sa génération. Aussi, peut-on dire que c'est dans le pressentiment 10

d'une rupture totale avec la thèse selon laquelle - si Dieu n'existe pas, alors nous vivons pour rien / l'exemple de Beckett / c'est-à-dire pour amasser, procréer, vieillir et mourir, sur une terre indifférente, où pousse" 1'herbe moqueuse" et où "rien parle à rien de rien" - que réside peutêtre la véritable raison pour laquelle des dizaines des jeunes gens d'Europe et d'Amérique sont partis depuis le début des années 60 en Extrême-Orient, et plus particulièrement, en Inde. La découverte de l'Inde fut pour beaucoup de blancs un choc bouleversant. Ils ont mesuré ce qu'ils avaient perdu. Notamment: la sainteté de la vie, la chose peut-être la plus importante. Car la confortable, la matérialiste, l'arrogante civilisation de la jungle techno-électronique a balayé toute la spiritualité du monde, comme dirait Pascal. Partout où c'était possible on a installé des compteurs, des réclames et des appareils d'écoute. Même dans les toilettes. Et qu'est-ce qui n'a pas été envahi par le business, la politique, le nationalisme et la psychanalyse? Est-ce quelque chose a résisté? Après mûre réflexion, on peut dire, que oui. Cette dimension, c'est - l'espace. Et quoi encore? Le sens de l'humour peut-être. Et c'est tout. Dans la science non révélée définitivement, dans la leçon finale du Bouddha Sakiamouni sur la façon dont fonctionne le Cosmos, la 11

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