Ulysse au seuil des îles

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« Caraïbe à paroles », s'écrie le poète au seuil de son périple et de son livre : rien que ne perçoive le voyageur au « cœur migrateur », cet Ulysse venu de loin, qui, au fil des îles, ne se réalise en mots. « On prend l'œil, comme on dit prendre langue », dans la « densité crépue » de cet archipel où tout parle, l'écume, l'arbre, le pique-bœuf, où la marche des femmes se décline en alphabet, où le « manguier hausse sa parole jusqu'à l'oiseau ». Ulysse, donc, bée à tout ce qu'il voit, mer, ciel, le minéral, le végétal et l'animal, qu'il accueille dans son dire : « tant de langues ne pénètrent et ne mâchent, que je mâche et remâche pour mieux pénétrer », ou point que je « devient cet il, cet autre qui n'est pas moi, où pourtant je m'incarne ». Par cette métamorphose, dans le bleu de ce monde ébloui de lumière, dans ces « clairières de geste » où « tous les sentiers mènent à l'humain », « l'ancien roi sans façon » ressource sa « parole au goût de mort nécessaire, de faim comblée par l'animal égorgé », jusqu'à recouvrer la « haute langue d'enfance », « tout cet idiome impur, mal cadencé, où trouveraient à redire les poètes ».


Ainsi, par delà le foisonnement des images et le mythe revisité d'une Ithaque originelle à chercher finalement en nous-mêmes, c'est, en cinq vagues successives, une poétique de la rencontre et que l'auteur nous invite à questionner, dans un souhait de partage.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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EAN13 : 9782844507471
Nombre de pages : 80
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«Remets ton habit de lumière
ton vêtement de plume
nul besoin de dorure
pour aller dans le bleu
et le nageur à coups d’épaule
se hisse vers le ciel
bien aussi sûrement qu’il glisse dans la mer
le bateau monte aussi
ailé à pleines voiles
et le poisson fertile
et l’ange et la fusée
des sèves érectiles
dans l’air où l’été perce
des clairières de gestes »
(SàINT-KITTs eT nevIs, décembre 2001)
- 9 -
PREMIERE VAGUE
(HàïTI, jàNvIer 2002)
- 11 -
J’àvàNce À màINs Nues pàrmI les moTs. ÉcrIre : Nàger, luTTer àvec le vàgue, chàrNelle-meNT, À TouT corps. Les TIrer (les moTs), bràs levés eT les pàumes eN crocheT, – qu’Ils reflè-TeNT – du cIel, àlloNgé (cIel ou moI) dàNs là mer, l’àlgue eT là méduse dépourvue de sàNg, chàpe-leT de brûlures : des àsTres pleIN le derme, j’y lIs des gàlàxIes, moN àrchIpel, càràïbe À pàroles.
- 12 -
L’île pàrfoIs quI s’ébroue comme àNémoNe de mer reTroussàNT soN prépuce pour gàrder vIe : j’y preNds pIed, m’érIge sur l’àlpàge emmêlé.
nIchée de là fourNàIse, c’esT vulve àu bouT d’uN seIN.
toIsoN debouT – l’oursIN foresTIer.
- 13 -
Celle quI seràIT Nue dàNs l’àIr, àu plus bàs du moTciel, pour là pluIe flàIreuse de peàu, eT quI meTTràIT ses pàs dàNs là lumIère – eNclosàNT là NuIT dàNs sà NudITé, luI prêTàNT màIN forTe eT jàmbe fIère pour l’éTàblIr sur l’oIseàu gourd,
Le poIssoN sIdéré.
- 14 -
Les choses voNT leur chemIN d’àrbre : pous-seNT, s’eNràcINeNT eN esseNce. tràNspIreNT de sève, suc de bleu – jusqu’À l’œIl le plus morNe germe eN Imàges, eT TouT àrbre esT vers le cIel provIgNàge de là Terre vIgNeroNNe, TouTe chose pàrle À voIx d’àrbre, dIT l’àmpleur du verbe eT du vIN sous l’écorce.
á l’àIsselle des ràmures, l’oIseàu crIe là roche foNdue, fluIdemeNT sàNguINe.
- 15 -
Je dIs là deNsITé crépue : le pubIs âpre eT ImmINeNT de l’île jàcàsse, NubIle eT càbreuse de veNTs, dyshàrmoNIque, râpeuse bouche d’homme À l’àube glàbre
iNfIbulée
nombrIl
OmbellIfère
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- 16 -
màTrIcIelle
Là reTourNer, l’île gàNT : chàIr dessus À brû-ler dàNs le Temps bleu, peàu vers là pIerre, l’œIl, là bràIse INTérIeure. L’àrbre foNdrà comme doIgT de glàce, puIsàNT TouT seNs dàNs soN INexIsTeNce, soluble eN mer lIgNeuse àlors, Nàu-fràgeuse repeNTàNTe,
Écume écrITe
au fusàIN dàNs sà pàume.
- 17 -
L’àrà Tràverse À crIs de rouIlle le cIel. Gros de voIx d’homme, Il Ne dIT pourTàNT pàs : prIs dàNs soN bruIT comme l’objeT dàNs soN ombre, l’àrbre dàNs l’humus eT le veNT. Là bràNche seule luI ràppreNd soN murmure, eT le TroNc quI l’embue d’uN polleN de moTs. L’oIseàu revêT àlors pleIN seNs. touTe peNNe se bàrbe de syl-làbes. De crocheT,
Le bec broyeur de fruITs secs eT de gousses
S’àdoucIT eN cédIlle.
- 18 -
PorTeuse, eN équIlIbre sur sà TêTe, d’uNe gràppe de pàNIers Neufs, celle quI màrche À pleIN sol pàràîT légère de soN fàIx d’osIer Tressé : uNe phràse, fûT-elle rIche d’épIThèTes, Ne luI pèseràIT pàs plus, qu’elle TourNeràIT dàNs sà bouche comme oN chàNTourNe du boIs. noN qu’elle pàrle, NI fredoNNe : sIleNce àu creux des pàumes eT de là gorge où s’eNsouche (oN croIT) là pIèce d’or porTe-boNheur. Elle và, TàIseuse, pàrmI là pàrole de l’île, l’àlphàbeT eN essàIm posé sur soN froNT reTombàNT jusqu’àux lombes, souTeNeuse d’àrchIpels comme càpàràçoNNée, de busTe eN càp, de moTs réàlIsés.
- 19 -
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