Une clarté minuscule

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Le poète ne cesse de s’exposer, qui entre dans la fêlure pour y trouver son sel. Ici : la mort du père, la rupture et finalement le passage vers la fatalité, l’heure dont on ne revient pas, et que les mots ne peuvent qu’appréhender.
Robert Yergeau nous laisse ces inédits qui témoignent de sa volonté de laisser une nouvelle trace qui le maintienne encore dans la vie. Ils sont le point de chute de son héritage poétique.
L’accent cru de ces poèmes nous trouble, parce que « les mensonges que je mendie [sont] plus vrais que la vérité ». L’expérience est portée par un mouvement tragique, mais la parole est toujours motivée par une poésie au verbe sans compromis, intransigeant, s’arrachant au « mentir vrai » — et tendu vers un idéal qu’il sent hors de portée.
Mais le désespoir n’est pas sans lumière, même assombrie. Quelque chose, en lui, croit à cette distance du langage qui transcende.
Une clarté minuscule constitue donc un point de chute incandescent pour toute vie qui continue de trembler. Les paroles couvent encore la cendre d’un feu qui a consumé le poète, et ne sauvent pas de l’irrémédiable, mais lui donne sens.
Publié le : mardi 19 février 2013
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EAN13 : 9782890188389
Nombre de pages : 138
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Robert Yergeau
Une clarté minuscule
Préface de Paul Bélanger
Éditions du Noroît / Les heures bleues
Extrait de la publication
Une clarté minuscule
Extrait de la publication
Robert Yergeau
Une clarté minuscule
et autres poèmes
avec trois tableaux de Pierre-Paul Cormier
Préface de Paul Bélanger
Éditions du Noroît / Les heures bleues
Extrait de la publication
Le Noroît souffle où il veut, en partie grâce aux subventions du Conseil des Arts du Canada et de la Société de développement des entreprises culturelles du Québec. Les Éditions du Noroît bénéficient également de l’appui du Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres du gouvernement du Québec (gestion SODEC).
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er Dépôt légal : 1 trimestre 2013 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada ISBN : 978-2-89018-838-9 Tous droits réservés © Éditions du Noroît, 2013
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 Imprimé au Québec, Canada
Une vivante beauté par Paul Bélanger
Une œuvre se termine-t-elle jamais? À la mort de son auteur, elle renaît, dirait-on, et ce dernier vit encore dans la voix empruntée de l’œuvre.
Robert Yergeau a brusquement interrompu la publication de ses poèmes en 1991. Il avait, cette année-là, publiéPrière pour un fantôme, un livre sombre autour de la beauté. Beauté, dans sa sollicitude vertigineuse. « Nous vivons loin des yeux, écrit-il, avant d’être déchiquetés par nos larmes ». Et si « la beauté est une consolation / pour les milliers de jardins détruits », il n’empêche « qu’un jour je sauterai par la fenêtre / pour éprouver le sens de la chute ». Certes, on ne le prend pas au pied de la lettre, le poème est analogie, mais on doit reconnaître le mouvement même de l’ambition poétique — si de tels mots peuvent s’accorder. On saisit la métaphore d’une blessure qui est, dans toute l’œuvre, le premier et le dernier lieu de son aventure dans le langage.
« Je suis né à moi-même par la poésie ». Par ces mots, on comprend le rôle salvateur qu’elle peut jouer dans la vie de l’auteur. Il y trouva une direction, pendant quelques décennies d’une solitude somme toute souffrante, mais sa volonté de vivre, par ailleurs, l’avait conduit vers des terrains d’écriture différents, dont d’autres parleront bien. On réalise aussi que toute écriture est un travail sur soi, pour saisir, comprendre, conserver vivante cette présence du poète vis-à-vis du monde. Il était engagé, dans sa conscience, à l’idéal d’une poésie sans compromis. À l’écoute de cette « déchirure de l’ombre », dans la
7 Extrait de la publication
difficulté de « naître à soi ». Naître à son langage. Car « la difficulté est dans le monde d’ici ». Serions-nous disposés au festin, le poète n’aurait de cesse que de se consumer dans les mots. Tel est son destin. Et au terme, c’est toujours le silence qui revient fouiller l’être, dans sa solitude, son individualité. Le combat, on n’en doute pas, est éreintant, hanté par l’expérience du néant. Mais tant que le souffle tient, il entend le silence : le mouvement du vent, l’émergence d’une voix. Comme si l’on saisissait les visages dans « les miroirs qui chavirent » (titre de son premier livre). Le poète retrace sans arrêt la naissance de sa parole. Ce besoin de durer, d’être porté sinon sauvé par les mots : « je gis sur la table d’opération de l’écriture ». Le renversement de perspective a lieu dans cette ouverture fondatrice. La parole reprend à rebours, dans un élan panique, habitée par l’anxiété de vivre. « L’oralité de l’émeute, qui désigne avant tout une volonté de rébellion, m’intéresse parce qu’elle a lieu dans une tension entre le mythe et la quotidienneté qui est la manière propre de vivre son aventure dans le langage », écrit Pierre Nepveu, dans sa préface à « L’oralité de l’émeute ». Une oralité qui fouille la mort. Le poète en est conscient. Tapi au fond de la réalité, il écrit son histoire. Il en est emporté. Cette fébrilité est partout, et elle trouve juste mesure dans les livres subséquents. C’est un lien spirituel avec le monde qui lui donne sa direction. Les images pointent vers « le cercle où pousse l’exactitude ». Elles se heurtent parfois violemment, surtout dans les premiers livres, mais peu à peu elles tendent plutôt à rassembler. « La joie rebelle de nos imaginaires visités refuse le compromis », écrit-il en un écho rimbaldien. Il cherche à remonter vers son âme. Sur le chemin, le poème se charge de « bombe de mots », ou d’un
8 Extrait de la publication
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