Vagabondages

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Ma langue maternelle, - la sève qui nourrit ma parole, qui abonde dans les couloirs de mon inconscient, qui retrace les souvenirs de l'enfance, qui épousera mon dernier souffle, -est le créole, mais ma langue d'écriture est le français. Je n'écris pas en français car elle est matière que j'observe, que je guette, matière fugitive qui obéit au désordre (...). Et il me faut donc entamer la traversée vers la langue, traversée sur un fleuve cerné par le doute et la peur, virgule ivre sur les flots sombres, alors atteindre la langue...
Publié le : samedi 1 novembre 2008
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EAN13 : 9782296209619
Nombre de pages : 106
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VAGABONDAGES
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de

BLEU

Poètes des En hommage à Geneviève à 2005. La collection Philippe Tancelin

Cinq Continents Clancy qui l'a dirigée de 1995 est actuellement dirigée par et Emmanuelle Moysan

Série Espace expérimental
La collection Poètes des Cinq Continents non seulement révèle les voix prometteuses de jeunes poètes mais atteste de la présence de poètes qui feront sans doute date dans la poésie fi-ancophone. Cette collection dévoile un espace d'ouverture où tant la pluralité que la qualité du traitement de la langue prennent place. Elle publie une quarantaine de titres par an. Déjà parus

67 - Samoth NORDNEG, Le sonneur de puits, 2008.

66 - Colette LEINMAN,Ce qui reste d'écorce, 2008.
65 64 63 62 61 60 59 58 -

Widad AMRA, Salam, Shalom, 2008. J.-J. S. DABLA, L'Éternité mythique, 2008. Marie-Noëlle AGNIAU, La Tactique des Anges, 2008. George ELLENBOGEN, Matin d'horreur, 2008. Thomas VERCRUYSSE, Vertige de laflamme, 2008. Danièle MAOUDJ, Rives en chamade, 2008. Michel JAMET, Dans l'azur nos mains, 2007. Rachid MANSOUM, Les ailes du silence, 2007.

56 55 54 53 52 5150 49 48 47 44

57 - Marie-ChristineMASSET,Et pourtant elle tourne, 2007.

Nicolas JAEN, La traversée, 2007. Jacques GUIGOU, Prononcer Garder, 2007. Claude-Raphaël SAMAMA, La présence et l'exil, 2007. FACINET, Poèmes des bouts de la langue ou Opéra-sIam, 2007. Nicole HARDOUIN, Le rire de l'ombre, 2007. Mariah Van DIJCK, Noces ou l'Eveil d'un dieu, 2007. Jean Pol SIMOND, Autre neige avant le regard, 2007. Danièle OUANES, Méditations et larmes d'ambre, 2007. Patrick BERTA FORGAS, Les dictatures du paradis, 2007. Bernard ANTOUN, Beauté perforée, 2007.

46 - Jean-Claude MORERA, Cairns, 2007. 45 - Ursula BECK, Jusque dans le cœur du bleu sauvage, 2007
-

Maryse ROSSI, Vers le silence des questions, 2007.

Umar TIMOL

VAGABONDAGES
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BLEU

Préface de Dominique RANAIVOSON

L' Itmattan

iD L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.\ibrairieharmattan.com harmattan \@wanadoo.fr ~.
diffusion .harmattan@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06670-0 EAN : 9782296066700

PRÉFACE

Umar Timol nous offre ici son troisième recueil poétique. Dans la continuité de La Parole Testament, Chimie (2003) et de Sang (2004), il explore la langue qui est la sienne, c'est-à-dire, de son propre aveu, un héritage personnel de Baudelaire, Césaire, Rimbaud. Mais né dans le créole de son île Maurice natale, il ne peut se contenter d'entrer dans une langue déjà préparée à l'emploi par d'autres: lui, l'Indien, le Mauricien, le poète rebelle aux doctrines séparatistes recherchant la pureté, déclare d'emblée que ce français

sera à la fois « langue-créole, langue-séga, langue-tamtam, langue-islam, langue mystique, langue hybride, langue bâtarde, elle sera langue à l'entre-deux )} car « le langage ne s'aurorise la solitude d'un seul pays ou d'une seule couleur, le langage escorte les traversées des voyageurs vagabonds, il est l'épicentre de tous les apatrides)} . Apatride, Umar Timoll'est quand il fait d'emblée ici l'aveu de 1'« échec de la langue)}. En effet, son écriture ardente consacre le violent refus de tout système clos, que celui-ci soit linguistique, idéologique, national, esthétique. La langue façonnée sur laquelle il s'acharne avec passion, amour, rage, lui

est à la fois « prison» et « infaillible désir» ; il en fait sa
« raison de vivre et le méticuleux et tortueux suicide» de sa raison. Car Umar Timol est un inquiet, un révolté qui insuffle à sa poésie la force grâce à laquelle il aimerait déchirer toutes les gangues qui enserrent la vie. Il hurle

quand la ville est enfermée dans les murs, veut « lacérer
les dogmes», dénonce la bassesse, les injustices dans «l'île dantesque» où règne le « goût irréductible du pouvoir. » Il en veut à ceux qui aiment leurs «jolies maisons-prisons toutes entourées de grilles qui vous empêchent de voir la misère», les accusent d'aimer leurs « billets dorés et infalsifiables ». Mais il serait vain de chercher dans la poésie d'Umar Timol une peintute de la société mauricienne: cherchons-y plutôt un lieu d'acharnement à la fois violent et fascinant sur le langage, pétri, découpé, meurtri avant d'en « évider les masques» et d'atteindre un absolu qui semble reculer de poème en poème. Car le poète est sa seule référence; il refuse d'utiliser les mots des autres comme celui qui répugne à enfiler un vêtement déjà porté. Il lui faut des mots neufs: il tordra ceux qui existent, leur fera exsuder leurs connotations usées;
« la langue est la guerre» et son unique lieu de paix car

il la tend comme passerelle capable de broyer «la mécanique belliqueuse du mal» avant d'arriver à l'amour total, signe d'éternité.
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Dans combat

ce tourbillon,

le poète déposée

ne concède

nen,

tout et veut « semer (sa) trace dans le temps », sur les arêtes qui rendent ma presque poésie

une trace ambitieuse les impasses

inaccessibles de la « langue de l'inimaginé » : « Ce sont
de la langue possible». Cette langue qui le saisit, qu'il charge de dire

l' « indicible », porte en elle ses limites: « le langage de
l'amour, langage, quête, tenir. mon fils, ce sont des lettres sans traces, des un langage sans mots, langage sans qui dit le silence, langage sur laquelle
«

mots sans lettres, langage une pointe

qui est le de la se ne peut

silence». Et nous voilà arrivés à l'extrême personne

pointe

Alors Umar repart,
il tranche, qui arpente cruels ».

cerné par le doute et la peur », pour des «jeux

coupe, crie, se révolte, se fait « animal féroce les arènes du lointain»

Il admet, face au torrent de cet Autre qui le possède parfois, « ne pas être un artisan réconcilié », connaître «la peur de la médiocrité », l'invisible qui vous envahit: «j'ai peur, j'ai peur de partir, de disparaître, de devenir invisible, peur de devenir aveugle, peur des hurlements des loups-garous, peur d'entendre les pas des anges maudits ». Ces menaces, qui en paralyseraient d'autres, le galvanisent. Il se tourne alors vers ses repères purs, la femme aimée, l'enfant- fils qui doit apprendre «le langage de l'amour ». Les corps apparaissent par bribes menaçantes quand la douleur 9

envahit illisible», quand

tout, la :

que « parole

« la couleur comme d'évangile»

de tes yeux est donnée

reste à

apaisants

la « Bonne

Nouvelle»

l' « esclave»

Je pèlerinage cette chair qui exsude des aumônes de sang. Je dévale les chutes de ta bouche extasiée à la recherche de tes sources. Je pénètre dans ta chevelure de savourer le musc et l'ébène. sépulcrale afin

La parole torrentueuse

d'Umar

Timol

est en route

pour l'utopie et il le sait car, ill' avoue, la trace du Beau

sera sans cesse recouverte par la laideur du cœur: « la
violence cœur, présence provisoire: console, est monstruosité elle nous guette, rassurante ne serait-ce n'est lovée dans les vertigos elle nous donc qu'un du guette ». Toute rempart de la aux de la

« votre voix, amante

et mère, est celle qui larme,

que le temps d'une

mort». Face à l'inéluctable, mots qu'il revient,

c'est encore et toujours à la vie ». au long d'un

ces « mots qui nous délivrent

mort et mots qui nous rendent Un parmi eux sera décliné Aucun simple l'endroit

magistral
«

galop vers la paix dans la réconciliation;
lecteur ne pourra plus prononcer mot après avoir reçu le message

Bleu ».
:« à et

à la légère ce d'Umar

du bleu tout le monde aime tout le monde

on aime encore plus ceux qui ne sont pas tout à fait comme nous, [...] ceux qui ne veulent pas être comme 10

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