Vertiges

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Une certaine poésie contemporaine se montrant parfois aride et sans lyrisme, je ne boude pas mon plaisir lorsque des poèmes comme ceux que forme Yves Letourneur me sont donnés à lire. Placés sous l'égide de Lucrèce et de Vénus, ils chantent élégamment l'amour, dont on presque oublié qu'il a été, au fil des siècles, le thème de prédilection des faiseurs de vers que nous sommes. Jean Orizet
Publié le : jeudi 1 novembre 2012
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EAN13 : 9782296508125
Nombre de pages : 224
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Yves Letourneur, professeur de philosophie de 1961
à 2001, animateur de café-philo, conférencier et
homme de théâtre, il est coordinateur des jurys du
Prix littéraire Fetkann !
Une certaine poésie contemporaine se montrant parfois aride et sans
lyrisme, je ne boude pas mon plaisir lorsque des poèmes comme
ceux que forme Yves Letourneur me sont donnés à lire.
Placés sous l’égide de Lucrèce et de Vénus, ils chantent élégamment
l’amour, dont on a presque oublié qu’il a été, au fil des siècles, le
thème de prédilection des faiseurs de vers que nous sommes.
Si l’on veut entendre pparler d’amour, aujjourd’hui, mieux vaut se
tourner vers la chanson.
Yves Letourneur, lui, en d’impeccables alexandrins, décasyllabes ou
octosyllabes, promène cette « belle Mutine » sur sa carte du tendre,
sans craindre d’écrire, comme aurait pu le faire une Louise Labé :
« Si vous m’aimez un peu, laissez-moi vous aimer »
Poésie chatoyante, raffinée, précieuse quelquefois :
« Comme un nid de baisers, la fossette qui creuse
Tout près de votre cou son tendre taffetas »
Tout est de cette veine chez ce poète qui m’est inconnu, mais que je
reconnais volontiers comme un des nôtres.
Entre un « éclair de cuisse » à la Boucher et une rose attristée que
n’aurait pas désavouée Ronsard, les amateurs de belle et bonne
poésie, fidèle à ses sources, se plairont à flâner dans les bois d’amour
où l’auteur nous entraîne.
Jean OOrizetrizet
ISBN : 978-2-336-00010-7
19 €Maquette de la couverture : Osama Khalil
Illustration de la couverture : Najat Makki
Mise en pages : Dobrivoje Arsenijevic
Ilustrations : Najat Makki & Pierre Mornet
Encres : Patrick NavaïYves LETOURNEUR

V E R T I G E SLe Scribe cosmopolite - Poésie
Collection dirigée par Osama Khalil
©
Le Scribe l’Harmattan
ISBN : 978-2-336-00010-7
V E R T I G E Soctobre 1997 - octobre 2012Sic in amore Venus simulacris ludit amantes
(…) errantes incerti corpore toto
C’est ainsi qu’en Amour Venus joue les amants
Du corps jamais repus abusant leur regard
Et dont leurs mains voudraient se partir les délices
Incertaines pourtant aux errantes caresses
LUCRECEAVANT-PROPOS
Oui ! C’est grâce à Yves Letourneur que j’ai enfn réussi à
obtenir mon bac philo, dans les années 70. Je dis enfn parce
qu’il a fallu que je m’y reprenne à deux fois. Mais peut-être
n’était-ce pas assez pour faire le tour...neur de la question
fondamentale : Et Dieu, dans tout cela ?
J’étais un rêveur, Yves m’a réveillé.
Passionné qu’il était par l’histoire de la Pensée, autant que
par la pensée de l’Histoire; remettant Hegel « à l’endroit »,
en nous ouvrant les portes du marxisme ; s’attachant à nous
montrer la permanence de la confrontation entre l’idéalisme et
le matérialisme ; nous familiarisant avec Epicure, Descartes,
Spinoza, Nietzsche, Husserl, Heidegger, Sartre. Tout cela
me réjouissait au plus haut point, d’autant qu’il maniait avec
la même aisance la métaphore que le concept, se plaisant
poétiquement aux jeux du langage.
Et, quelque quarante ans plus tard, c’est bien en poète que
je redécouvre, sans surprise, l’homme qui m’a fait aimer la
philosophie, même la plus austère. Son discours fut toujours
clair et sa pensée accessible. Mais si le sentiment poétique
n’avait pas pré-existé à ce discours, à cette pensée, il n’y
aurait pas ce recueil « Vertigineux » aujourd’hui.
Sans la poésie, comment toucher du doigt l’intouchable,
l’indicible ? Comment dire : « Pour ne pas dire » … ?
On pourrait ici évoquer un léger dilemme chez Yves Letourneur,
entre l’aspiration matérialiste et l’inspiration poétique. Mais
il lui sera pardonné dans l’au-delà … si Dieu est une femme !
Cela dit, on ne peut désirer l’Autre et l’écrire si joliment, si
l’on n’a pas l’amour de l’Etre, la passion du Beau, du Vrai,
de l’Unique.
11Mais la douleur vient de l’absence. Elle vient au fur et à mesure
que le désir s’accroît, comblant désespérément l’espace laissé
vacant.
Merci, cher Philosophe, cher Poète. A travers ces poèmes si
intenses et si intimes, une véritable Philosophie de l’Amour
parvient jusqu’à nous, et c’est indiscutablement la plus belle.

Y compris dans ses gouffres.
Michel LEEB
13PREFACE
Le vers, si l’on veut croire l’étymologie, tourne sur
luimême et crée son propre vertige. Aussi le poète qui refuse
d’être un simple versifcateur, doit-il tourner et faire tourner
la langue jusqu’à ce qu’elle verse dans le tourbillon de ses
incandescences et le traverse pour échapper à sa
pesanteur native. Elle devient alors vertigineuse. Chaque
poème de ce recueil, parce qu’il est déclaration d’amour à la
poésie, est un vertige particulier.
Il y a d’abord le vertige de la cohérence, ce qui à première
vue, c’est-à-dire à vue apoétique, peut sembler paradoxal.
Mais pour conjurer de longs discours faisons parler
Baudelaire, du moins si la prosopopée est permise. Dans la
préface du « Spleen de Paris » (et ce spleen nous sentons son
inspiration dans la plupart des poèmes lus) Baudelaire écrit
à Arsène Houssaye, comme à chaque lecteur de ce livre :
« Nous pouvons couper où nous voulons, moi ma rêverie,
vous le manuscrit, le lecteur sa lecture : enlevez une vertèbre,
et les deux morceaux de cette tortueuse fantaisie se rejoindront
sans peine (...) Hachez-la en nombreux fragments, et vous
verrez que chacun peut exister à part. Dans l’espérance
que quelques-uns de ces tronçons seront assez vivants
pour vous plaire, j’ose vous dédier le serpent tout entier. »
Le vertige du serpent, le lecteur le retrouve dans ce texte.
Incorporer le vertige dans la continuité quel bel exercice
d’écriture, quand on destine un livre à une époque aussi
bavarde que la nôtre!
Le vertige qui travaille la cohérence du recueil permet
d’en faire une lecture passionnelle, et ainsi passionnante.
Car la poésie qui se forge ici est une poésie de la passion.
Mais de la passion comme itinéraire. Le propre de la
passion est d’ouvrir son chemin, quoi qu’il en coûte. Et
peu lui importe le chemin, qu’elle le perde ou qu’elle le
trompe, qu’elle le demande ou qu’elle le montre, qu’il soit
chemin montant ou descendant, de ronde ou de halage.
15L’itinéraire de la passion que tisse ce texte est double, celui
d’une passion amoureuse et celui d’une passion poétique.
L’itinéraire de la passion amoureuse cherche son chemin en
partant de l’éros pour atteindre l’amour, mais l’éros peut-il se
muer en amour ? L’éros se prend aux jeux érotiques et s’y piège,
s’y brûle. L’itinéraire de la passion poétique fait parcourir au
lecteur un exquis chemin de poésie, qui va des poètes de la
Pléiade et des baroques du 17ème siècle jusqu’aux qui
ont inventé la modernité lyrique, Hugo, Baudelaire, Rimbaud,
Verlaine, Mallarmé et les Symbolistes et jusqu’à la chanson.
Vertige de la réminiscence.
L’amour se trouve pris au piège d’un labyrinthe poétique. Il
requiert le Monstre qu’il veut voir, le rencontre par surprise,
mais le Minotaure exige son tribut de chair, et l’amant exténué
erre perdu sur l’océan des souvenirs, ne gardant de l’éros
originel que son ironie amère, comme le pensait Lucrèce le
chantre de l’« alma Venus ».
Le vertige qui saisit le plus à coeur le lecteur de ce livre c’est le
vertige de la place à choisir. Moi, lecteur, quelle place prendre ?
Dans tous les entrelacs des diverses réécritures qui forment
l’architecture de ce recueil se dévoile le jeu de l’amour à
trois. Le lecteur cherche sa place parmi les trois acteurs
poétiques que l’imaginaire du poète a représentés. Trois
fgures symboliques. Le lecteur se met à la place de l’aimée,
une aimée mal aimante, puis passe le miroir pour se mettre à
la place de l’amant, un amant mal aimé.
Mais voici que le lecteur découvre une troisième place, la
place du tiers. Car l’histoire à deux est troublée par un tiers,
un tiers inclus qui gâte tout le plaisir. Ce tiers, l’autre, est
à peine, et en peine, esquissé. Pourtant le lecteur perçoit sa
présence délétère, une présence de diable boiteux prêt à tout
pour torturer les crânes.

17Et le lecteur ne peut s’empêcher de se glisser, comme par
effraction, derrière les deux protagonistes, à cette place
usurpatrice du tiers. Quel tourbillon !
Le poète se console poétiquement.
L’aimée est là, mais morcelée, dite par morceaux d’elle, des
vêtements, des parties de son corps, des sentiments. Et dans
cette histoire poétique la synecdoque épouse licencieusement
la métaphore.

La passion mène à la dissection. L’amant dévore l’aimée petit
à petit, et offre au lecteur le vertige de cette fête des sens.
« Vertiges », un recueil poétique au nom évocateur. Vertiges
lyriques d’une intimité souffrante qui tente par les vers de
retenir l’amour fuyant, sans perdre pour autant sa distance
ironique. L’amour de la chair n’oublie pas le goût du sang.
Au fur et à mesure que les vers s’égrènent le poète sent les
habits de l’amour se vider de leur substance, il ne garde
comme ultime vertige qu’un squelette nu entre ses bras, mais
le parfum de l’amour colle à la peau, tunique de Nessus à
jamais endossée.
Vertiges vestiges.

P. LARTIGOU
19AURORE
L’amour est toujours neuf pour ceux qui le vivent … comme
si ce printemps était le tout premier printemps et ce matin
le tout premier matin.
Jankélévitch

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