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Voyage au Pays des Chiffres

De
164 pages
Le conte est un genre littéraire qui vous intéresse. Vous recherchez un conte mièvre, plat, respectueux de tous vos préjugés, pédagogique au premier degré, qui serait chaudement recommandé par tous les vieux professeurs.Passez votre chemin le conte "Voyage au Pays de chiffres" n'est pas pour. Vous avez au contraire un goùt pour les mondes imaginaires, à l'occasion irrévérentieux, plein de tendresse et de fantaisie.Lisez ce conte , vous découvrirez les aventures extra ordinaires d'un petit garçon qui se trouve plongé dans un monde ou tous les personnages sont des chiffres et tous les éléments qui les entourent des formes géométriques, un monde également où les idées, les pensées les régles sont aussi curieuses que les personnages.
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Gladyce
Voyage au pays des Chiffres
Histoire tendre et géométrique pour
toutes sortes d'enfants










Le Manuscrit
www.manuscrit.com



































Éditions Le Manuscrit
5bis, rue de l’Asile Popincourt
75011 Paris
Téléphone : 01 48 07 50 00
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-3605-5 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-3604-7 (livre imprimé)
Gladyce




LA MULTIPLICATION


C’était un soir de printemps. Il faisait si beau
que, dès son retour de l’école le petit Julien avait jeté
son cartable dans un coin de sa chambre pour aller
jouer dans le jardin. Quoi de plus triste pour un petit
garçon que de s’enfermer entre quatre murs pour
plonger dans des devoirs de classe, de passer des
heures à se torturer l’esprit pour résoudre de stupides
problèmes d’arithmétique, de se battre avec
l’orthographe, d’ingurgiter de tortueuses règles de
grammaire. Quoi de plus exaltant que de profiter des
derniers rayons de soleil pour construire des cabanes
aussi grandes et aussi belles dans ses rêves que de
petits châteaux, de fabriquer, pour des guerres
imaginaires, tout un arsenal d’arcs et de flèches,
d’observer pendant des heures la vie grouillante d’une
fourmilière.
Julien joua ainsi jusqu’à l’heure du souper, tant
et si bien qu’au moment d’aller au lit, il n’avait pas
achevé ses devoirs. Il avait pourtant pris la peine
d’apprendre sa poésie, assez bien pour la redire par
cœur, pour peu qu’on lui soufflât quelques passages
difficiles. Il avait quelques idées sur sa leçon de
choses, qui traitait ce jour-là de la germination du
haricot, à condition que le Maître n’ait pas le mauvais
goût d’entrer dans des détails dont les haricots eux-
mêmes ne se seraient pas souciés. Il avait parcouru sa
page de lecture et sa leçon de géographie, et tout cela
7Voyage au pays des Chiffres
lui paraissait un travail honnête pour un élève moyen
qui ne péchait ni par fainéantise ni par excès de zèle.
Il aurait pu gagner son lit s’il n’avait eu à
achever un dernier devoir, un exercice d’arithmétique
qui consistait ce jour-là en une grosse, une énorme,
une monstrueuse multiplication, dont il comptait et
recomptait les colonnes de chiffres sans en venir à
bout. Le petit garçon, qui commençait à perdre
courage, se sentait envahir par le sommeil. Il savait
qu’il serait puni s’il rentrait en classe le lendemain
sans avoir achevé son exercice. Il lui semblait que
tous ces chiffres y mettaient de la mauvaise volonté,
qu’ils se liguaient contre lui. Il lui semblait que le
quatre, et surtout le six, se moquaient de ses
difficultés. Le six n’avait-il pas l’air de le regarder de
biais, d’un air narquois, et le sept de ricaner quand il
se trompait ?
Tous ces chiffres rebelles paraissaient
brusquement animés comme des êtres vivants qui
allaient d’un moment à l’autre bouger et gigoter. Il les
imaginait courant sur la page blanche, s’attroupant sur
son pupitre, sur le parquet, et même grimpant tout au
sommet de sa bibliothèque.

– Maudits chiffres ! dit Julien.
Comme il se sentait seul, face à des êtres
hostiles, il fit la seule chose qui restait à faire, il se mit
à pleurer. Une larme coula en zigzag sur sa joue,
hésita, descendit lentement sur son menton et tomba
sur la feuille de papier au beau milieu de la
multiplication.
8 Gladyce

– Il ne faut pas te gêner, dit une voix très en
colère, je n’ai jamais vu un pareil malappris. Tu
pourrais au moins t’excuser.
– Faire des excuses, dit Julien, mais à qui
donc ? Je ne vois personne d’autre que moi dans cette
chambre.
– Mais à moi, dit le chiffre huit, oui à moi. Je
m’appelle Edmond, je suis un chiffre huit. Regarde
dans quel état tu m’as mis, je suis trempé maintenant,
et dire que je souffre des bronches !
Julien, qui avait cessé de pleurer, jeta les yeux
sur son cahier d’écolier. Là, devant lui, au beau milieu
de la multiplication, un chiffre huit, qui lui parut
brusquement de grande taille, se secouait
rageusement, l’air très contrarié.
– Excusez-moi, dit Julien, je ne l’ai vraiment
pas fait exprès, mais cette multiplication est si
difficile, j’en pleurais de découragement.
– Vous êtes tous les mêmes, reprit le chiffre
huit. On se prélasse, on ne se donne pas la peine
d’apprendre ses tables de multiplication, on se plaint
ensuite que l’on ne peut pas faire ses exercices.
J’appelle cela de la paresse, oui, de la paresse !
– Mais de quoi vous mêlez-vous, s’exclama
Julien, je ne vous ai rien demandé. Je ne m’occupe
pas de vos affaires.
– Pardon, dit le huit, vous m’avez mouillé avec
une larme.
– Je me suis excusé, dit Julien, et puis, après
tout je n’ai pas à discuter avec un chiffre. Les chiffres
ne parlent pas, je le sais.
9Voyage au pays des Chiffres
– Vous ne savez rien, dit le huit, de plus en
plus irrité, vous feriez mieux de vous taire. Je n’ai
jamais vu un petit garçon aussi impertinent.
– J’ai très bien entendu tout à l’heure, continua
le chiffre huit sur un ton plus maîtrisé, quand tu disais
« Maudits chiffres! ». On ne t’a donc pas appris à
l’école que l’on ne jugeait pas les gens avec légèreté.
Que connais-tu des chiffres pour en parler à ton aise,
et puis d’abord comment ferais-tu pour calculer si
nous n’étions pas là ?
– Si vous n’étiez pas là, dit Julien, je ne serais
pas obligé de faire cette maudite multiplication, je ne
serais pas puni demain par votre faute. Et il se remit à
pleurer de plus belle.
– J’avais donc raison, dit le huit, on se plaint,
on se lamente, on ne fait pas le moindre effort pour
apprendre les mathématiques.
– Remarque bien, reprit-il comme Julien
redoublait de sanglots, je ne dis pas cela pour te faire
de la peine mais seulement pour ton bien. En réalité tu
m’as l’air d’un brave petit garçon ; si tu veux, je te
monterai le chemin qui mène au pays des chiffres.
Quand tu en reviendras, tu verras les choses
autrement.
– Vous dites des choses bien curieuses,
répondit Julien. Je ne savais pas qu’il existait un pays
des chiffres et que l’on pouvait le visiter. En tout cas,
personne ne m’en a jamais parlé.
– Comment ! dit le chiffre huit, je suis surpris
que tu ne saches pas cela à ton âge ; on ne vous a
donc rien appris. Peu importe, il te suffira de me
regarder et de me suivre, je te montrerai le chemin.

10 Gladyce

Julien fit ce qui lui était demandé et commença
à observer le chiffre huit qui achevait de se moucher.
Au début, rien ne se passa, mais, petit à petit, la
vision qu’il avait de sa chambre commença à se
modifier pour devenir floue et lointaine. Tous les
objets qui l’entouraient, les meubles, le bibelots et
même les parois de sa chambre se mirent à tourner
autour de lui, de plus en plus vite, de plus en plus vite,
au point qu’il eut brusquement l’impression de flotter
au-dessus du parquet. Il commença lentement à
s’élever au-dessus du sol, traversa miraculeusement le
plafond, puis la charpente de la bâtisse comme si les
poutres de bois n’offraient pas plus de résistance
qu’un écran de fumée. Cela provoqua dans son corps
une impression étrange et il se retrouva bientôt au-
dessus du toit de la maison.
L’espace d’un instant, il put voir toutes les
cheminées du quartier, la rue toute droite qui gagnait
le centre de la petite ville qu’il habitait, les arbres du
jardin et même sa bicyclette oubliée contre le portail.
Et puis, tout disparut. Il eut en un éclair d’autres
visions de paysages qu’il ne connaissait pas ; une
grande place de terre battue bordée de baraques en
planches où un groupe d’enfants dépenaillés
soulevaient, en tapant dans un ballon, des nuages de
poussière, une ville triste et silencieuse, dont les rues
désertes, envahies par l’herbe et les buissons,
s’étendaient à perte de vue.

Toutes ces visions disparurent brusquement
lorsque Julien sentit ses pieds se poser sur une surface
molle et instable. S’étant accroupi, pour ne pas perdre
l’équilibre, il commença à regarder autour de lui. Il
11Voyage au pays des Chiffres
était assis sur une feuille de rhubarbe, au milieu d’un
vaste potager en compagnie d’une énorme limace qui
tricotait nerveusement une écharpe à carreaux.
– Cessez de vous agiter constamment, dit la
limace, vous faites bouger cette feuille et je ne peux
pas faire mon ouvrage.
– Excusez-moi, dit Julien, vous n’auriez pas vu
passer un chiffre huit ?
– Vous me dites un chiffre huit mon garçon ?
Quel chiffre huit ? Je travaille, moi, je n’ai pas le
temps de regarder les gens qui passent.
– Et puis d’abord, reprit l’infecte mollusque,
vous n’avez rien à faire sur cette feuille de rhubarbe.
Elle est à moi, c’est ma propriété, je me suis saignée
aux quatre veines pour l’acheter, personne ne peut s’y
installer sans mon autorisation. Croyez-moi, je vous
ferai expulser.
– C’est bon, c’est bon dit Julien, je voulais
simplement vous demander un renseignement.
– Petit effronté, sale gamin, petite punaise !
s’exclama la limace. Depuis quand je donne des
renseignements gratuitement, même si je les connais ?
Vous me faites perdre mon temps, descendez
immédiatement de cette feuille !
– Bien ! Bien ! je m’en vais, dit Julien, je
n’abuserai pas de votre hospitalité.
Disant cela, il s’avança vers le bord de la
feuille de rhubarbe pour regarder tout en bas le sol du
jardin qui semblait recouvert d’un tapis de mousse.
Comme il se penchait pour examiner de quelle
manière il pourrait s’échapper de cet inconfortable
perchoir et gagner la terre ferme, il bascula
brusquement dans le vide.
12 Gladyce


Il se vit pendant quelques secondes projeté sur
le sol. A sa grande surprise, il ne tomba pas sur le
tapis de mousse qu’il avait aperçu du haut de la feuille
de rhubarbe, mais le traversa aussi facilement que l’on
pénètre un rayon de lune. Il se sentit attiré par un trou
noir et froid qui s’ouvrait dans une prairie parsemée
de rochers et d’herbes sèches. Il vit nettement le bord
du gouffre où s’accrochaient des buis chétifs et
d’énormes ronces dont les branches voraces pendaient
vers le vide, puis la bouche de roche humide qui allait
le happer...
Ne voyant nul relief ou racine auxquels il
aurait pu s’agripper, il ferma les yeux et poussa un
hurlement de frayeur dont l’écho résonna sans fin
contre les parois, au fur et à mesure qu’il sombrait
dans l’antre terrifiant. La chute vers cet abîme
inconnu lui parut interminable. Il descendait,
descendait toujours plus bas dans un trou qui lui
paraissait véritablement sans fond. Lentement, il
commença à reprendre ses esprits et s’aperçut en
ouvrant les yeux qu’il ralentissait petit à petit comme
si les lois de la pesanteur n’avaient plus cours dans les
entrailles de la caverne.
Les parois qui défilaient devant lui étaient
beaucoup moins sombres. Elles étaient percées
d’innombrables galeries encombrées de stalagmites
larges et trapues qui se dressaient vers les plafonds,
comme les colonnes d’un temple égyptien. A d’autres
endroits, la roche modelée par les eaux formait des
dentelles minérales transparentes comme du cristal de
roche.
13Voyage au pays des Chiffres
Plus surprenant encore, de nombreuses cavités
étaient occupées par de gros vers luisants annelés,
totalement nus, à l’exception de quelques-uns, qui
portaient une casquette blanche à pois et un petit
foulard orange. Julien se dit en lui-même qu’un tel
assemblage de couleurs n’était pas du meilleur goût,
même dans un endroit aussi retiré. Ils jetaient contre
le rocher un halo de lumière et tendaient souvent le
cou pour mieux voir le petit garçon qui descendait de
plus en plus lentement dans le gouffre. Julien trouva
leur expression assez déplaisante, parce qu’à la vérité,
ils regardaient le petit garçon avec une expression de
surprise et de dégoût, comme on examine une créature
bizarre et contrefaite.
Malgré cela, Julien regretta de ne pouvoir
s’arrêter un instant pour leur demander si d’aventure
ils avaient vu passer le chiffre huit. Après tant de
surprises et d’émois, il craignait de ne pouvoir trouver
le chemin qui menait au pays des chiffres, et même de
ne pouvoir un jour rentrer chez ses parents.
14 Gladyce


LE GRAND DÉSERT DE PIERRES

Lorsqu’il sortit de ses réflexions, il s’avisa, en
observant à nouveau les parois du gouffre, qu’il avait
cessé de tomber et, qu’au contraire, il montait, un peu
comme si le haut et le bas s’étaient brusquement
inversés sans qu’il changea de direction. Le gouffre se
fit en même temps plus étroit, les galeries moins
nombreuses et plus dénudées.
Il se sentit brusquement propulsé dans un
conduit juste assez large pour qu’il pût y passer sans
déchirer ses vêtements et, projeté en pleine lumière au
bord d’une grande route large et belle qui semblait
vibrer dans une sorte de brouillard, comme la
campagne par une chaude journée de juillet.
Aussi loin que pouvait porter le regard, on ne
voyait rien alentour, ni plante, ni bête, pas le moindre
relief, seulement un immense champ de cailloux qui
étincelaient sous le soleil.
Julien fut tout d’abord très effrayé, parce qu’il
régnait dans ce lieu un silence impressionnant. Puis,
s’étant retourné, il fut très soulagé d’apercevoir
Edmond le chiffre huit qui le regardait debout sur le
bord de la route.
– Comme nous avons coutume de dire au pays
des chiffres, on ne peut pas compter sur toi, lui dit le
chiffre huit sur un ton de reproche. Où étais-tu passé ?
Il y a bien deux heures que je t’attends. Je t’avais
pourtant dit de me suivre.
– Je n’y peux rien, dit Julien, j’ai été entraîné
bien malgré moi vers des contrées que je ne
15Voyage au pays des Chiffres
connaissais pas. J’y ai fait des rencontres très étranges
et surtout j’ai eu très peur.
– N’en parlons plus, reprit le chiffre huit ;
écoute avec attention ce que je vais te dire. Cette route
traverse le grand désert de pierres qui mène au pays
des chiffres. Quiconque veut se rendre dans ce pays
doit surmonter cette épreuve et le traverser seul et
sans aide. L’endroit est désolé et dangereux ; les
habitants du pays des chiffres abandonnent dans ce
lieu ceux des leurs qui rejettent toute règle
mathématique et que l’on nomme les Anarcimales.
– Tu me dis que ces chiffres rejettent toute
règle mathématique, mais qu’est-ce que cela veut
dire ?
– Cela signifie que les Anarcimales s’estiment
en droit de s’additionner, de se diviser, de se
multiplier, exactement comme ils l’entendent, sans se
préoccuper de la table de multiplication, des formules,
et de toutes les règles que l’on trouve dans les livres
de mathématiques. Certains Anarcimales ont même
l’audace de proclamer qu’ils ont le droit de
s’additionner tout seuls, si tel est leur bon plaisir. A
cause de leur mauvaise conduite, la justice des
chiffres les a condamnés à être partiellement
soustraits, ce qui est une lourde peine dans notre pays.
Ils se retrouvent donc isolés, sans ressources, dans le
grand désert que tu as devant toi. Ils n’ont d’autre
choix pour survivre que d’attaquer les voyageurs.
– Dois-je comprendre que les Anarcimales
capturent les voyageurs pour les manger, comme les
Cannibales ? s’exclama Julien.
– Certes non, dit le chiffre huit, ils les
retiennent prisonniers dans d’horribles conditions
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