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Zion

De
132 pages

Le Zion est un recueil de textes poétiques regroupant les compositions de l'auteur sur une période de presque cinq ans. Tantôt nocturne, tantôt léger, il y cherche son identité profonde, sa terre sainte, qu'il nomme le « Zion ». Pour y parvenir, il compose une poésie de l'ivresse, prônant l'évasion, et reflétant toutes sortes de réalités contemporaines. Souvent proche du rap avec un étalage de références modernes ainsi qu'un recours à des néologismes et à du verlan, Jonas Kerszner nous dévoile son univers torturé entre lumière et obscurité. Plus précisément, le jeune singe nous invite à explorer les dédales d'une conscience terrorisée par la solitude et le néant.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-06859-3

 

© Edilivre, 2017

Exergue

 

« Ce n’est pas la chair qui est réelle, c’est l’âme. La chair est cendre, l’âme est flamme. »

Victor Hugo,L’Homme qui rit

« Parce que la science

Nous balance sa science

Science sans conscience égale science de l’inconscience »

MC Solaar,La Concubine de l’hémoglobine

Illustration deRioul Namek

Intro

La poésie peine à persister. Les plumes se font rares, et lorsque quelques braves s’y essayent, ils se heurtent à un problème d’identité poétique. On ne sait pas vraiment en quelle période littéraire on se situe, puisque la littérature a été dévaluée. Ceux qui veulent publier sont trop classiques, et d’ailleurs peu considérés. Mauvaise initiative. C’est qu’il est difficile aujourd’hui d’écrire comme autrefois. Parallèlement, il existe une poésie moderne, peu reconnue comme poésie pure bien qu’elle le soit, mais beaucoup plus populaire. Celle-ci pourrait tout à fait exister en version papier, bien que cette pratique se soit perdue au beau milieu d’une ère audiovisuelle. En effet, face à l’étrangeté contemporaine de rédiger des poèmes, la plupart choisissent de les faire vivre en musique. Ainsi, la poésie est en grande partie orale. Il n’y a rien d’étonnant là-dedans, les aèdes et les troubadours chantaient bien leurs poèmes. Le rap, le slam et la chanson sont trois outils accessibles aux poètes modernes. Mais avant de donner vie à leur œuvres par leur voix, il ne faut pas oublier que les artistes passent par l’étape inévitable de la consigner, et c’est là tout l’enjeu poétique…

La poésie moderne peut surprendre. Elle aborde le lyrisme ainsi que bien d’autres thèmes on ne peut plus traditionnels, mais y sont mêlés des références inédites, des termes nouveaux, un langage neuf. Des connaissances provenant du monde de la musique, comme le Hip-Hop, y sont souvent associées. La jeunesse fait briller son dialecte, et l’argot se joint à la fête. Les néologismes fusent. Le vocabulaire français ne cesse de s’enrichir, subissant notamment l’influence d’un superstrat oriental, américain et asiatique. Le verlan enrichit le champ des possibles à la rime. Réaliser un verlan élégant, c’est tout un art. Des notions qui semblent grossières, comme la flemme, la violence, la drogue, le sexe ou la légèreté, sont en vérité des sujets poétiques abordés par bien des artistes modernes. Ça l’était déjà au temps du poème de Saint-Armand intitulé « Le Paresseux », où l’on abordait déjà la flemme. De même, c’était déjà le cas aux 19èmeet 20ème siècles lorsque l’on expérimentait la drogue. Il y aussi la culture Geek, Rock, et toute la Pop Culture, qui se mêlent à ce bordel coloré. Les références cinématographiques ne manquent pas à l’appel, et l’exploitation s’opère bel et bien jusqu’au continentasiatique où l’on puise notamment dans les mangas.

En plus de toutes ces nouveautés, il y a également une volonté de renouer avec les traditions de jadis. Le passé et le présent sont synthetisés. L’objectif est aussi de contrôler l’avenir artistique. Le temps est désormais une notion transcendante dans la création moderne. La technologie a fait entrer notre monde dans une ère Sensationnaliste, et l’Art en subit les conséquences. La Synthèse est totale. L’influence du Romantisme, du Symbolisme et du Surréalisme se ressent considérablement dans les œuvres contemporaines. Le Sensationnalisme, c’est précisément cette idée de Synthèse mêlée à la grandeur de la technologie au service de l’Art.

Et tout cela ne va pas sans parler de la prose, au travers de laquelle la poésie persiste. La poésie en prose semble irréelle, et pourtant, elle est partout, notamment dans le monologue intérieur, qui était, selon Édouard Dujardin, l’apparition de la poésie dans le roman. Le monologue intérieur dévoile le monde de l’esprit, la parole libérée, c’est pourquoi cette forme prosaïque est on ne peu plus poétique. Le roman où figure un narrateur interne est ainsi propice à la poésie. On pourrait dire qu’il y a de la poésie dansKafka sur le rivage, ou dansFight Club. Par l’héritage de la Pléiade, les yeux formatés des critiques classiques, comme ceux des néophytes, considèrent que le vers est l’une des principales caractéristiques de la poésie. Pourtant, d’un point de vue historique, ce qui définissait la poésie était son aspect épique et narratif. Aristote dans la Poétique a même mentionné Empédocle, qui selon lui, bien qu’il écrivît en vers, n’était pas un poète. En effet, la Pléiade a grandement dévalué la prose. C’est au 19ème siècle, à l’Ere du Romantisme, qu’elle resurgit, ce qui explique l’émergence du roman. Malgré un tel phénomène, peu de lecteurs considèrent que la prose puisse contenir l’once d’une poésie, et c’est une erreur. Pour cause, les auteurs en vogue ne sont pas de grandslittéraires à une époque où plus personne n’aime réfléchir et où l’on préfère consommer sans réflexion. Mais s’il n’y a pas de poésie dans du Musso, il y en a dans du Modiano. Au siècle dernier, des poètes comme Octavio Paz se sont essayés à la poésie en prose au même titre que celle en vers, mais malgré cela, le réflexe collectif est toujours de classer le vers comme outil de poésie et la prose comme celui du roman.

Entre vers et prose, poésie et philosophie, récit et lyrisme, modernité et traditionalisme, légèreté et sérieux, pour ainsi dire, la diversité des genres, registres, thèmes et mouvements, comment s’y retrouver ? Classifier devient impossible. Ça l’a toujours été, ça l’est encore. La poésie ne rentre dans aucunepokéball, elle est insaisissable, elle est indéfinie. La notion même de Sensationnalisme, que j’ai empruntée au lexique médiatique pour bâtir un mouvement qui englobe la fin du 20ème siècle et le début du 21ème, est trop abstraite. La poésie échappe a toute catégorisation. Elle n’est rien d’autre qu’une analyse du monde, de notre monde, de nos mondes, par l’expression de sentiments profonds. C’est la trace variée de la pensée lyrique d’un temps. Il s’agit plus précisément d’une version nouvelle de notre réalité, d’une grille de lecture inédite suggérée par des mots imprévisibles. La prose, le vers, le morceau de page, le rap, la chanson, ce ne sont que différents outils pour une même volonté.

Le rap m’influence particulièrement. En France, un rap peu populaire mais on ne peut plus riche se transmet depuis les années 90. Octavio Paz, toujours lui, définit la poésie comme un « ordre verbal fondé selon le rythme ». On dirait presque une définition du rap, qu’on nomme d’ailleurs par ses initiales R.A.P comme « Rythmin And Poetry ». La musicalité est une pièce centrale à la composition poétique. Le terme “to rap” signifie “scander”, un verbe souvent employé pour la récitation poétique. Ainsi, même si la plupart des poètes modernes font le choix de faire vivre leur création non pas au travers d’un recueil mais par le biais de la musique, plus accessible, plus considérée, et plus proche de la jeunesse, il s’avère malgré tout que je ne suis pas si seul à gratter quelques mots sur de foutues pages vierges… Nous sommes une armée de macaques à rédiger de la poésie, tantôt immature, tantôt consciente, tantôt légère, tantôt lyrique, qu’elle soit en prose ou en vers, qu’elle soit écrite ou chantée.

Ayant chassé en quelques lignes ma frustrante solitude quant à la pratique de ma discipline, nous pouvons enfin nous lancer.

Sur la route, mais pas Kerouac

Je me suis retourné en moi. L’entourage a disparu. Il m’a aidé à venir, il m’a donné bouteille. Le voilà évanoui. Il n’y a plus que mon ciel. Je le cherchais, comme toujours. À quoi ressemble-t-il ? Au ciel nocturne. Pas celui pollué de la ville, mais celui que l’on observe depuis une colline ou une montagne, parce que dans cette sombre mer persiste de sublimes étoiles. Il y brille des élans de légèreté, des bribes d’espoir, des vagues de bonheur. Ainsi donc, il y a en moi cette nuit de constellations. Je me focalise sur les faisceaux. C’est en elles que je vais me nourrir pour renouer avec mon identité. Je me tais le reste. J’ignore le gigantesque Univers. J’essaye. Mais il y a tellement plus d’ombre que de lumière. C’est un monde fait de noir. Et le Sion d’autrui, de quel ciel a-t-il l’air ? Je me dis que les simples ont un ciel ensoleillé. Ils ne se cherchent pas, on s’aveugle quand on regarde le grand astre. Ils ignorent tout de la réalité de la nuit, ils dorment quand le soleil se couche, et pire encore, ils n’ont pas la chance d’observer leurs étoiles. Mais sans doute n’ont-ils pas mes tourments. Ils n’ont pas peur du gigantesque océan de néant.

Quelques vagues

Afin de fuir la tentation

Et plutôt faire sensation

J’ai mon remède miracle

Je pense à Sion

Soudainement quand passe l’sillon

Je surfe sur ses vagues

Certains ignorent que la mer tue

C’est d’là que vient mon amertume

Dissimulée par quelques blagues

Festoyer dans le noir

Il faut le voir pour le croire

Nous l’avons déjà tous vu

Depuis la nuit des temps, on cherche un prétexte pour festoyer dans le noir

Le désir à notre peau est cousu

Au lever de la lune, une vague de folie déferle sur la jeunesse

Et quand vient l’aurore, on se demande si ce fut un triste rêve ou une belle réalité mêlée à l’ivresse

Tout ça parce que nous ne voulions pas nous voir

Dans l’ombre, il était plus facile de se mettre tout nu

Pour être encore plus à l’aise, nous nous sommes mis à boire

Mais au matin, le con qui a bu remarque ses abus

L’orgasme de ce constat m’agresse, c’est si doux quand l’on se blesse

Je suis un intelligent imbécile qui, dès que se pointe la nuit, immédiatement s’y presse

Nuages

Imagine un monde où il fait toujours tout jour

On aurait besoin d’obscurandaires dans les rues

Alors que dans notre monde règne la nuit

Sinon, il n’y aurait pas de lampadaires

Putain

Si vous saviez comme mon âme se perd

J’lutte, hein !

Tu ne saurais voir ce que seule l’âme sœur flaire

Pour fuir l’ombre je cours à pas de lièvre

Je ne sais que faire…

Et je ne puis me taire !

...