Poésies (1869-1873)... / Louis de Préville

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A. Lemerre (Paris). 1873. 1 vol. (70 p.) ; in-18.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1873
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POÉSIES
0869-1873)
Mes premiers vers sont d'un .-.enfant >
Les seconds d'un adolescent,
Les derniers à peine d'un homme.
(A. DE MU7VKT.)
-PARIS
ÀLPHQNSE LEMERRE, EDITEUR
27-29, PASSAGE OHOI5F.UI, 27-29
M DCCC LXXHl
POÉSIES
LOUIS DE PREVILLE
POÉSIES
(1869-1873)
Mes premiers vers sont d'un enfant,
Les seconds d'un adolescent,
Les derniers à peine d'un homme.
(A. DE MUSSET.)
PARIS
ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR
27-«9, PASSAGE CHOI5EUI, 27-29
M DCCG LXXIII
POÉSIES
(1869-1873)
BALLADE
A M. HIPPOLYTE MINIER
De l'Académie de Bordeaux.
Pour ce recueil j'ai de l'effroi,
Et son destin me rend morose;
Car à peine, derrière moi,
La porte du collège est close.
Eu vers, pauvre fou, je compose!...
Bail!... L'oiseau clïante, le matin,
Puisque, le soir, il se repose...
Poëte, tendez-moi la main!
Je subis une étrange loi,
Mais je ne sais pour quelle cause.
Ah ! qu'on m'apprenne donc pourquoi
Je n'écris jamais de la prose,
6 POÉSIES.
Et, lorsque je me le propose,
Malgré moi, je refais soudain
Toujours, toujours, la même chose.
Poète, tendez-moi la main!
Bien que vos vers, de bon aloi,
Aient le doux parfum de la rose,
L'éclat vif d'un manteau de roi,
La fraîcheur d'un lys qu'on arrose,
Et que mes vers, fleur mal éclose,
N'espèrent pas de lendemain,
Je viens vous les offrir, je l'ose.
Poète, tendez-moi la main!
ENVOI.
Pour suivre vos pas, je m'expose...
Vous qui connaissez le chemin
Où mon pied, en tremblant, se pose,
Poète, tendez-moi la main!
(i 72.)
VI CTO* a HUGO.
VICTOR HUGO
Oies et Ballades. — Voix intérieures.
Feuilles d'Automne. — Les Rayons et les Ombres.
Orientales. — Chants du crépuscule.
La gloire, en ses trésors augustes,
N\t rieu qui soit plus beau qu'un laurier foudroyé.
(V. H., O.hs.)
A M. I. B.-L.
Jadis, amoncelant les rochers à brassées,
Des géants, de trois monts, jetaient le fondement;
Et, comme eux, notre Barde — assemblant ses pensées
Colossales — a fait surgir un monument.
O formidables pyramides !
Plus de quarante fois cent ans
Ont passé, sans creuser de rides,
Sur vos fronts qui domptent le temps...
Ainsi, son grand nom qu'on outrage,
Et ses incomparables vers,
Bravant l'oubli, bravant la rage,
Ne mourront qu'avec l'univers'
8 POESIES.
Dès qu'il commence l'oeuvre immense de sa vie.
Il prend résolument et suit, sans dévier,
Cette route, avant lui, par tant d'autres suivie;
Mais on entend déjà des voix se récrier.
Plus tard, quand les mots sont de glace
Pour ses vives conceptions,
Par son génie et son audace,
Il forge des expressions
Aussi fortes que sa pensée :
La foule ose encor s'irriter,
Et lui reproche, l'insensée,
De déchoir jusqu'à trop monter!
Ah! puisque tous ses cris, comme celui des Odes,
Réveillent les échos du zénith à l'enfer,
Son corps doit être égal au colosse de Rhodes,
Ses deux poumons aussi doivent être de fer!
Hugo, qu'indigne l'esclavage,
Ne veut pas être garrotté;
Ce lion languit dans la cage,
. Et n'est puissant qu'en liberté.
> Son laurier croît malgré la foudre...
Qu'ils sont glorieux les drapeaux,
Lorsqu'ils sont noircis par la poudre,
Et, par le plomb, mis en lambeaux !
VICTOR HUGO.
« Hugo, dit-on, est rude, est âpre dans son style. »
— Soit !... L'aigle chante-t-il comme un petit oiseau }
« Le difforme, on ajoute, à ce barde indocile,
Semble le grand; pour lui, l'effrayant c'est le beau! »
— Sans doute, une rose est riante,
Sans doute, un lac charme les yeux ;
Mais la forêt, mais la tourmenté
Saisissent plus, émeuvent mieux.
Une énorme montagne impose.
Un sombre abîme a sa beauté,
Oui, le chaos est grandiose,
Et l'inculte a sa majesté!
Un aspect repoussant rebute le vulgaire...
(Quelquefois, sous la boue, on découvre un trésor),
Hugo soulève tout : il fouille dans la terre,
Et, creusant les rochers, cherche la mine d'or!
Souvent la scène monstrueuse
Peut être un spectacle bien grand :
Lorsque la nuit est ténébreuse,
Voir, dans un brasier dévorant, •
L'arbre brûler comme un brin- d'herbe,
Et la ville comme un flambeau,
C'est épouvantable et superbe,
Oui, c'est déchirant, mais c'est beau!
io POÉSIES.
L'antithèse a du nerf, le contraste remue...
Hugo, par sa vigueur, a le don d'ébranler ;
On le nie, il est vrai — mon âme en est émue -
On voudrait l'avilir, ne pouvant l'égaler!
Tout est devenu la conquête
"De ce gigantesque banni;
Historien comme prophète,
C'est un écho de l'infini.
La France n'aura plus de haine
Pour ses fils, par lui, triomphants :
Quand nous plantons nous-même un chêne,
Il n'ombrage que nos enfants!
Léonidas survit, couvert cncor de gloire,
Pour avoir, dans le plus inégal des combats,
Affronté sans terreur, stoïque, dit l'histoire,
Deux cent mille ennemis avec trois cents soldats.
Hugo, terrassant le classique,
Lui tisse un immense linceul;
Mais, dans cette oeuvre titanique,
Sont-ils trois cents ) — Il est tout seul !...
Ah! j'admire son auréole,
Et ne saurai pas varier :
On peut bien briser une idole,
Mais Dieu, peut-on le renier?
VICTOR HUGO.
Hugo, toujours, partout, fait dire : « C'est le maître ! »
La science, pour lui, n'a rien qui soit caché...
Les savants sont surpris qu'il puisse tout connaître,
Eux qui trouvent si peu, quand ils ont tant cherché!
Hugo joint la grâce enfantine
A la rudesse du guerrier;
Il chante comme Lamartine,
Et rugit plus fort que Barbier;
Il rompt, il mutile, ravage,
Ou se plie ainsi qu'un roseau;
Il tonne non moins que l'orage,
Et gazouille mieux que l'oiseau !
Il ne succombe pas en portant ses pensées,
Tandis qu'Atlas tremblait lorsqu'il portait les cieux !...
Dans ses oeuvres d'élite, en monceaux entassées,
Rien n'est dénaturé, mais tout est merveilleux.
Hugo, prisme effrayant, énorme,
Montre les plus minces objets,
A travers l'éclat de sa forme,
Accrus, grossis, pleins de reflets.
Il fait jaillir, sculpteur étrange,
Des prodiges de son esprit; !
Comme l'illustre Michel-Ange
Arracha Moïse au granit!
13 POESIES.
Hugo, nouveau Vulcain, dans l'ardente fournaise,
Met son vers sur l'enclume, et, suant, éperdu,
Le façonne, le tord, le refait. Il le pèse
Dans sa robuste main, et, toujours résolu,
Il le retourne et le travaille,
Le replonge dans le fourneau,
L'étreint encor sous sa tenaille,
Et le retrempe de nouveau.
On peut dire, car sans émule
Est ce géant plus fort que dix :
« Odes et Chants du crépuscule! »
Comme on dit : « Arcole, Austerlitz ! »
Hugo, c'est le clairon dont le son électrise,
Le clairon aux accords éclatants, vigoureux,
Le clairon dont la voix, qui jamais ne s'épuise,
Fait tressaillir la terre et retentir les cieux !
Hugo, c'est l'aquilon qui traîne
Tout dans son tourbillon vainqueur ;
C'est l'ouragan qui se déchaîne,
C'est la cataracte en fureur.
C'est le mont à la haute crête,
C'est l'être à qui rien n'est pareil ;
C'est l'Himalaya dont le faîte
Va se cacher dans le soleil !
VICTOR HUGO. 1}
C'est ce roi des forêts, à la démarche altièrë,
Qui pétrit, sous ses pas, le sol bouleversé ;
Et qui semble, en faisant ondoyer sa crinière,
Comme l'astre des jours, de rayons hérissé!
Hugo, c'est la large crevasse
Qui bout; c'est le volcan hurlant
Dont les mâchoires, dans l'espace,
Vomissent le soufre brûlant !
C'est le volcan dont le cratère,
Qui bouillonne sans s'apaiser,
Crache sa lave sur la terre,
Comme s'il voulait l'embraser !
Hugo, cet étonnant, ce foudroyant poète,
C'est la tour de Babel, avec plus de grandeur
Que celle d'autrefois : les mortels l'avaient faite,
Tandis que du génie un Dieu seul est l'auteur !
Hugo, c'est bien la tour sublime
Dont chaque pierre est un rocher,
Dont chaque fente est un abîme,
Et dont l'homme n'ose approcher;
La tour que la lumière inonde,
Que Force habite et Gloire aussi,
Et qu'on prend pour un autre monde
Se heurtant contre celui-ci !
i± POESIES. ■
J'aime qu'on me torture avec la poésie,
J'aime tout ce qui frappe, oppresse, émeut, ravit;
Parfois j'aime le fiel autant que l'ambroisie,
J'aime qu'on parle au coeur encor plus qu'à l'esprit;
J'aime le péril et l'épreuve,
J'aime le ciel rempli d'éclairs,
J'aime mieux un torrent qu'un fleuve ;
■ Mieux que les cités, les déserts;
Mieux que la fleur, la dure écorce ;
Mieux qu'un sourire, le frisson ;
J'aime qu'un barde ait de la force
Comme Hercule et comme Samson !
O mon poète, ô toi plus grand qu'Homère et Dante,
A ta source de flamme alors que j'ai puisé,
Mon coeur soudain s'allume et mon cerveau fermente,
Mon esprit est brûlant dans mon corps embrasé ;
Mais, avec force, un gouffre attire...
Quand je commence, je ne puis
M'arrêter, cesser de te lire ;
Je crie : « Encore, encore ! » et puis,
Tout haletant, je continue,
Ivre de charmes inouïs :
Astre, tu m'arraches la vue,
Mais j'aime quand tu m'éblouis !
(1869.)
A UNE PETITE FILLE. 15
A UNE PETITE FILLE
(s ONNET)
Mes vers, pour toi, sont des mystères,
Et te charment fort peu, je crois...
Ange, d'un don que tu préfères,
Chez l'orfèvre j'ai fait le choix.
Dans ce monde plein de misères,
Puisses-tu ne porter le poids
Que de chaînes aussi légères,
Et que d'aussi petites croix !
Ce bijou, cette humble chaînette,
Auront pour écrin, mignonnette,
L'ivoire de ton joli cou;
Mais un collier d'or n'est pas digne
De toucher ta gorge de cygne :
L'écrin éclipse le bijou !
(1871.)
là POÉSIES.
A M. F. C.
Poète, quand ta grande voix
Pétrit mon âme et la remue,
Et quand la lyre, sous tes doigts,
Soupirant une note émue,
Berce mon esprit doucement,
Jaloux du souffle qui t'inspire, '
Je ne sais pas pourquoi vraiment
Je n'ose point briser ma lyre !
Je devrais... mais ne puis, ma foi,
Clore les lèvres de ma muse ;
Son caprice est toute ma loi,
Sa contrainte fait mon excuse...
Toi, que d'autres ont mieux chanté,
Reçois ces humbles strophes d'elle :
L'astre offre sa vive clarté,
Le ver luisant, son étincelle !
J'aime les vers délicieux
Du Passant, fleur au doux arôme :
A M. F. C.
Aussi chacun d'eux, par mes yeux,
S'imprime en mon coeur, et l'embaume
Comme un liquide parfumé
Que l'on verse dans une amphore;
Et le livre est déjà fermé,
Qu'en moi je le relis encore !
Ivre du feu de tes accents,
Ou de leur suave harmonie,
Je vois mes efforts impuissants,
Lorsque, sans avoir ton génie,
Je cherche à cultiver ton art;
Mais puisque j'ai, grâce à ma lyre,
Vu le rayon de ton regard
Et la bonté de ton sourire ;
Puisqu'à cette lyre je dois
D'avoir pu te parler moi-même,
Et te serrer la main deux fois,
Oui, je la bénis et je l'aime;
Puisque je lui dus le bonheur
De te connaître et de t'entendre,
C'est plus, mille foisplus d'honneur
Que je ne pouf^ç>ért attendre ;
i8 POESIES.
Et devrait-elle désormais,
Pour mon désespoir être faite,
, Que je ne me plaindrai jamais
D'avoir une lyre, ô poète... '
Puisqu'elle m'a conduit Arers toi,
Comment pourrais-je la maudire?
Tu comprends maintenant pourquoi
Je n'ose plus briser ma lyre !
(1870.)
INCENDIE DE LA RADE DE BORDEAUX. 19
INCENDIE
DE LA-RADE DE BORDEAUX
(Nuit du 28 au 29 septembre 18119.)
Je veux chanter. L'effroi me glace et me pénètre...
Quels accents, dans mes vers, pourraient faire renaître
Ce sinistre effroyable et ces tableaux navrants
Dont le seul souvenir mord l'âme et la déchire?
Dante ! ô toi qui, sans voir l'enfer, sus le décrire,
Que n'ai-je tes cris déchirants !
Bordeaux soudain se change en un théâtre énorme.
Les gradins, c'est le quai rayonnant qui les forme ;
Vingt mille spectateurs s'y pressent anxieux;
Le lustre est éclatant : la Garonne s'allume...
Sur ses flots, la fumée a remplacé l'écume,
Et ses navires sont des feux !
Comme un cratère ardent qui lance, de son gouffre,
Des torrents de phosphore et des gerbes de soufre,
20 POESIES.
Une barque, où dormait un terrible fléau,
S'entr'ouvre et, de ses flancs, laisse dans notre rade
Ruisseler le pétrole... et la flamme s'évade
En glissant au-dessus de l'eau !
Rouge est partout le fleuve et rouge aussi la nue.
Cet ouragan de feu, sous son souffle qui tue,
Verra trente vaisseaux flamboyer à la fois.
Un cercle étincelant déjà les environne;
Chacun a sa brillante et funeste couronne,
Comme le front meurtri des rois !
La flamme court, s'étend, s'acharne sur sa proie...
Elle ronge ces flancs qu'elle lèche avec joie,
Les consume, les fond, sans se rassasier,
Et vole, en brûlant tout au contact de ses ailes :
Les étoiles, au ciel, semblent des étincelles
Qu'au loin rejette le brasier !
Grandioses horreurs ! triste magnificence!...
La flamme, tout à coup, sur les câbles s'élance,
Les étreint, les dévore, et, fîêre, elle rugit,
Embrasant leurs débris au milieu des nuages ;
On dirait qu'une échelle, en lumineux cordages,
S'élève de l'onde au zénith !
INCENDIE DE LA RADE DE BORDEAUX. 21
Les mâts sont devenus des torches infernales,
Et, lorsqu'on voit crouler ces masses colossales
Avec un bruit lugubre et d'affreux craquements,'
On croit voir des géants, sur un bûcher immense,
Qui, tordant leurs grands bras, hurlent tous en démence,
Et succombent dans les tourments !
Plus on cherche à calmer le feu, plus il s'irrite.
En voulant l'étouffer, il semble qu'on l'excite...
Voyez, voyez bondir ce monstre incandescent,
Hydre aux yeux pleins d'éclairs, que nul effort n'arrête :
On l'écrase, et le coup qui tranche cette tête,
En fait soudain renaître cent !
Ce spectacle est horrible et pourtant on l'admire,
Mais Néron seul aurait l'audace de sourire.
S'il voyait ce désastre et ce peuple alarmé,
L'impérial squelette en grincerait de joie ;
Il croirait que ce fleuve où la lave tournoie,
C'est le Tibre encore enflammé !
Du ravage, aujourd'hui, la trace reste à peine.
Les flots roulent, surpris, des lambeaux de carène,
POESIES.
Vestiges mutilés de superbes vaisseaux...
O contraste! Un malheur fait toujours des victimes,
Mais il suscite aussi les dévoûments sublimes ;
Il veut des plears et des bravos !
(1869.)
A M. F. B.
A M. F. B.
Au sujet des Échos et Reflets.
Lorsque ton luth, poète, en notes d'or résonne,
Je l'écoute, et je crois entendre en même temps
Tous les frissons de l'air dans les feuilles d'automne,
Tous les chants des oiseaux dans les nids du printemps !
Aux vertus, à l'honneur, toujours prêt à sourire,
Tu flétris l'égoïste et l'homme au coeur vénal;
Sous le rhythme enchanteur, tu glisses la satire :
Derrière Anacréon^ se cache Juvénal!
Le duvet délicat dont se couvre la pêche
N'est jamais aussi doux que ton chant velouté...
Comment de l'âge tendre as-tu donc la voix fraîche,
Et l'esprit déjà mûr de la virilité?
La Muse dut, sans doute, au jour de ta naissance,
De son amour divin cherchant à t'embraser,
a* POÉSIES.
Dans un joyeux transport, te souffler son essence,
Et te sacrer poète alors dans ce baiser !
Elle dut te donner, cette mère qui veille,
Son coeur pour oreiller, ses deux bras pour berceau ;
Et, de son sein d'ivoire à ta lèvre vermeille,
Transmettre, avec son sang, l'ardente soif du beau !
A ce feu qui t'anime, et dans ton oeuvre brille,
J'aime à'puirer l'ardeur, j'aime à me réchauffer;
Il s'allume au foyer sacré de la famille,
Que notre siècle impie, en Yain, veut étouffer!
C'est l'amour, je le sens, qui fait brûler ta flamme,
Et rêver, ici-bas, est ton plus doux bonheur :
Chaque vers à mes yeux laisse entrevoir ton âme,
Chaque vers à mes yeux révèle tout ton coeur!
Tu chantes, — sans songer que telle est ta nature ; —
Comme l'aurore pleure ou l'astre rit au ciel,
Comme frémit le vent, comme l'onde murmure,
Et, de l'ambre des fleurs, l'abeille fait son miel!
(1870.)
ÉLÉGIE. as
ÉLÉGIE
A Mn,e H. K.
Loin du tumulte de la ville,
Pour goûter le calme et la paix,
Des morts j'ai visité l'asile ;
Et, dans ce labyrinthe épais
Où du sentier cherché l'on doute,
Sans que mon pas fût incertain,
D'un cher tombeau j'ai pris la route :
Mon coeur devinait le chemin!
Pensif, devant le marbre sombre,
Je songeais à votre malheur;
Et mes yeux se remplirent d'ombre...
Tout disparut, sauf ma douleur !
L'Extase, charmeuse invisible,
M'ayant endormi dans ses bras,
Je fus un instant insensible
A toute chose d'ici-bas !
art POESIES.
J'ai cru que je voyais deux anges,
Esprits revêtus de lueur,
S'éloigner des saintes phalanges...
C'étaient la Justice et l'Honneur.
Chacun, sur la noire demeure,
Vint s'agenouiller près de moi,
En disant à celui qu'on pleure :
« Ami, je suis content de toi ! »
Et lui, s'éveillant alors même,
Sembla me dire à demi-voix :
« Console bien celle que j'aime ; »
Et parut bon comme autrefois.
Puis son langage fut céleste,
Et devint si tendre et si doux,
Que je n'ai pas compris le reste;
Mais je sais qu'il parlait de vous !
Soudain, de mes sens j'eus l'usage,
Et, quittant ces lieux émouvants
Où plane un funéraire ombrage,
Je revis le jour des vivants.
Mon âme était triste. L'étoile
Enfin parut avec la nuit. *,
ELEGIE. »7
Une femme alors, sous un voile,
Vers mon chevet glissa sans bruit.
Elle était pâle autant que belle,
Et pleurait dans l'obscurité.
« Poète, veille, me dit-elle,
L'Élégie est à ton côté. »
Puis, comme un parfum s'évapore,
Un hymne s'exhala touchant...
La femme a fui quand vint l'aurore,
Mais j'avais retenu son chant !
(1870.)
28 POESIES.
A M. T.
Puisque j'aime tes vers, je peux bien te le dire.
On m'en a récité de charmants, ce matin;
C'étaient de doux soupirs qu'un suave délire
Fit jaillir de ton coeur autant que de ta lyre...
Et, voyant ce bijou choisi dans ton écrin,
Pourrâs-tu m'en vouloir? je le trouvai divin !
Si je croyais — tout autre aurait pu s'y méprendre —
Que l'âme de Musset s'était glissée en toi ;
Si, dans tes vers, c'est lui que je croyais entendre,
Chaque fois que ta lèvre, harmonieuse et tendre,
Répétait avec grâce : « Est-ce ma faute à moi?... »
Si je me suis trompé, m'en voudras-tu?... pourquoi?
Ravi du joli chant de ta Muse applaudie,
Chant doux comme un sourire et frais comme une fleur,
Gazouillement pareil à cette mélodie
Que notre aimé poète à sa Ninon dédie ;

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