Poésies, par Ferdinand Victor. 1re série

De
Publié par

les principaux libraires (Paris). 1853. In-12.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : samedi 1 janvier 1853
Lecture(s) : 4
Source : BnF/Gallica
Licence : En savoir +
Paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique
Nombre de pages : 49
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

POÉSIES
>-. FKKD1NAN1) VICTOR
';; P!ttf:!VilÈUE SÉRIK
PRIX- : 75 GEKT.
[:j,-:^,-:; .PARIS
'%t;VWE CHiZ LES PRINCH'ADX LlliHAIliKS
fs^' 1H 53 .«•■•'■■■■■'
POÉSIES
PAR
FERDINAND VICTOR
^■PREMIÈRE SERIE
PARIS
EN VENTE CllIiZ LES PRINCIPAUX LIBRAIRES
1853
NUAGES ET SOLEIL
Ainsi d'un nouveau rêve assailli nuit et jour,
Mon coeur s'enrichissait de science et d'amour :
Mes sens, jadis troublés par le fracas du monde.
Se dilataient enfin, humant l'air, humant l'onde :
Les loisirs hébétés, les triomphes pervers,
Faisaient place à la voix de la harpe et des vers.
Chaque martyrologe a de brillants mirages,
Comme la nuit réelle a d'éclatants orages.
Quoiqu'égaré souvent dans de sombres horreurs,
.l'éprouve du bien-être à me bercer d'erreurs ;
Une étrange folie, une heureuse tendance,
M'enivre du plaisir comme de la souffrance :
Dans le monde infini des voeux et des soupirs.
Les excès ôthérés ont de si doux plaisirs !
Tantôt obéissant à des voix idéales,
Je. cause dans les airs de sublimes scandales.
Poursuivre les follets, comprimer les zéphirs.
Me semble un jeu des sens livrés à leurs loisirs.
Si ces jeux singuliers ont d'insuffisants charmes,
Pourquoi nous en donner qui nous causent des larmes?
N'avons-nous pas assez de nos maux naturels!
Mais ces reproches sont au-dessus des mortels.
Des légions d'esprits peuplaient le vide immense,
Que la brise amoureuse emplissait d'éloquence ;
Ce qui semble d'abord outrer le merveilleux,
En y réfléchissant saisit l'âme et les yeux !
Le souffle de leur vol, doux comme une prière,
De l'aurore au couchant faisait rouler la terre ;
Et je me promenais dans leurs bras caressants.
Comme le papillon dans le produit des champs :
Comment, par des parfums, s'exprimait leur langage,
N'appartient pas aux sons soumis à notre usage ;
De nos conventions le divin firmament,
Ne s'accommode pas aussi facilement :
Il lui faut des propos jusque dans la lumière,
Et des entendements jusque dans la matière.
De cette éruption de sensibilité,
Jaillit le sentiment de l'immortalité.
La fleur clouée au sol par sa terrestre tige,
S'exhale dans le ciel en vaporeux prodige.
Soumis aux mêmes lois, l'homme moins délicat,
Arrive lentement au même résultat.
De là ses visions, préludes ineffables,
D'un monde qui seul a des voluptés durables.
Tout ce qui, d'ici-bas, s'exhale dans l'éther,
Pour vivre activement n'a pas besoin de chair.
Dans le séjour heureux de la libre distance,
Le vide n'est pas plus vaste que l'existence.
Des nuages légers ayant nos traits mortels,
Reflétaient dans les cieux nos temps spirituels,
Les gigantesques prés, les montagnes splendides,
Ouvraient devant leur vol des flancs d'air et de fluides;
J'enlaçais des houris qui se changeaient en air,
Et des bouquets charmants qui fondaient en éclair ;
Je ne m'expliquais pas que j'avais le vertige,
Comme ces esprits forts que la tête dirige,
J'entrevoyais au fond de ce chaos divin
Quelque chose du sort promis au genre humain ;
Je croyais fermement que la vie éternelle
Avait de ces moments d'illusion mortelle :
Il vaut mieux croire à tout que de ne croire à rien !
On est plus près du vrai : la foi fait tant de bien !
Hier je carressais un problème indicible,
A mon enivrement succède un bruit terrible :
J'étais sur un vaisseau, dans un rond vert et noir,
Les hommes et les cieux pleuraient sans m'émouvoir :
« Parle! vociférait la voix de la bassesse...
« Toi dont la fermeté surprend notre détresse. »
Je m'écriai qu'un jour Dieu m'apprit, en rêvant,
Que le salut humain dépendait d'un savant.
Dès lors je me lançai dans l'étude avec rage,
Le monde tout entier devint mon apanage.
Voilà pourquoi je suis dans l'air, l'onde et le feu,
Aussi calme que si ce temps n'était qu'un jeu.
Un rire inextinguible accueillit mon langage :
Insensés ! fulmiuais-je au milieu du tapage
De la foudre et des vents déchaînés dans les cieux,
Laissez l'ignorant rire et comprenez-moi mieux...
Cette tempête affreuse est le céleste blâme
Du soin que l'homme met à pervertir son âme,
En ne dirigeant pas sa soif d'instruction
Dans les sentiers tracés par la religion....
« Et qui te rend si sûr de notre inadvertance,
« Suppôt de l'Anté-Christ, professeur d'ignorance,
« Pour nous encourager à mettre voiles bas
« Quand la terre est si loin et nos coeurs sont si las ?
— () —
« — L'instinct qui m'avertit que votre orgueil rebelle,
« En voulant s'affranchir d'une sage tutelle,
« Tombe dans l'esclavage et la stérilité.
« — Mais comment échapper à cette obscurité,
« Qui confond notre esprit et nous mène au naufrage,
« Sans espoir d'aborder aucune heureuse plage?
« — En ne contraignant pas le fragile timon
« A suivre le sentier qui conduit au démon :
« Ainsi la passion trahit sa destinée,
« Ainsi meurt dans l'excès l'âme désordonnée....
« —Ceux pour qui nos hasards ont des fruits séduisants
« Savent que nos pareils veulent des complaisants...
« Va finir ton sermon dans le séjour du diable ! »
Et d'un bond me lançant dans l'onde intarissable,
Mon auditoire alla se perdre dans la nuit.
Qui le recueillera? Dieu seul en est instruit !
Étais-je bien moi-même exempt d'extravagance ?
La souplesse en ce cas vaut mieux que l'arrogance.
Est-ce ainsi que l'on dit à l'homme amende-toi?
Le ton suffit souvent pour inspirer la foi.
J'avais perdu ma cause en en faisant bravade ;
En s'annonçant ainsi la raison rétrograde :
Une leçon pareille est un bienfait surpris.
On gagne quelquefois à n'être pas compris.
J'avais prêché sous cape et sans but ostensible,
Mais la brutalité se croyait infaillible.
La vague à mon toucher fuyait avec effroi,
Comme le diable au sein des ondes de la foi ;
Je reste seul au sein de vastes hémisphères,
Le coeur épanoui de brises délétères.
Italie! Italie! idéal embrasé,
Mes larmes arrosaient ton sein martyrisé.
— 7 —
Ainsi de ciel en ciel, sans boussole et sans base,
L'idéal emportait mon coeur, ivre d'extase.
Que la nature est belle! et que l'immensité
Donne à l'homme qui pense une juste fierté.
Sachons que Dieu pour nous fit de si belles choses,
Et ne nous plaignons pas d'en ignorer les causes.
Jouit-on moins des sens sans les approfondir?
Le doute empêche-t-il le ciel de resplendir?
Et si nous n'étions rien, ces sublimes merveilles,
Ne pénétreraient pas nos songes et nos veilles.
On accepte l'été, l'on maudit les frimas,
Et l'on doute de tout pour sortir d'embarras.
Oh ! sottise terrestre ! oh ! conscience vaine !
Le parfum revêt-il une enveloppe humaine ?
La forme s'unit-elle à la sensation?
Ne compose-t-on plus chaque émanation?
Un Dieu n'appartient pas, comme un être ordinaire,
Aux définitions mesquines du vulgaire.
On peut poétiser son sublime ascendant,
Sans offenser la foi dû catholique ardent
Dans un siècle où la crainte impose la morale,
La raison n'est qu'un mot, le culte est un scandale.
Que deviendrions-nous s'il nous manquait la foi?
Nous ne pourrions penser sans tressaillir d'effroi !
De hideux tourbillons, sujets patibulaires,
Nous serions engendrés de meurtres nécessaires.
Malheureux insensé ! tu voudrais nier Dieu ;
Mais l'affreux fétichisme éclorait en son lieu !
Le plus horrible état, de la plus vile espèce,
Ferait envie au nôtre effrayant de tristesse.
Le plus petit atome exempt d'iniquité
A plus droit que la gloire à l'immortalité ;
Le plus brillant laurier vaut un prix véritable,
Alors que la vertu l'a rendu vénérable :
La gloire est un délit aux yeux du Tout-Puissant,
Lorsqu'elle ne produit que des pleurs et du sang.
Irai-je, aventurier, sans bagage et sans guide,
Affronter sans effroi ce dédale homicide?
Je voudrais gazouiller ainsi que les oiseaux,
Et dans tout ce qui vit éveiller des échos.
Ainsi que dans la fleur s'infiltre la rosée,
Je voudrais distiller la plus humble pensée,
Pour en rendre un hommage au Créateur constant,
De ce monde qui vit dans celui qui l'entend...
Quand l'âge aura rempli mon coeur de sa tristesse,
Je connaîtrai du moins ce que fut ma jeunesse,
Car on dit qu'on oublie à l'âge des frimas,
Et que tous les vieillards ne se souviennent pas.
Vision de la nuit ! trésor incalculable !
Ne vous fatiguez pas de nous être agréable ;
Votre influence existe au delà du réveil,
L'âme est plus sympathique en sortant du sommeil.
L'Amour, émerveillé de ses douces prémisses,
Y puise un aliment à de nouveaux délices.
Non, la réalité ne le fait pas descendre,
Il existe toujours pour qui sait le comprendre :
Beau dans le platonisme et dans la volupté,
Rien ne peut affaiblir son idéalité !
Tant qu'il ne produit pas un malaise ascendant,
Le plaisir ennoblit celui qui le ressent.
Toujours dans l'inconduite, une innocente idée,
Rappelle à la décence une âme intimidée :
Le principe du bien dans nous ne s'éteint pas ;
Le mal est l'insuccès des désirs d'ici-bas.
— y —
Do ces revirements jaillit la preuve immense
Que tout dans l'univers est né pour l'innocence.
Ce qui nous fait faillir est toujours l'idéal,
Un type insaisissable, un mythe original ;
Ne pouvant le saisir, la vierge diaphane,
Devient folle d'amour et se fait courtisane.
L'avare, l'envieux, le méchant, le larron,
Souffrent du même excès par la même raison.
Tous, confondant l'extase avec la fantaisie,
Ont, par inadvertance, épousé l'hérésie.
La continence seule et la moralité
Jouissent pleinement de leur austérité.
Mais, direz-vous, quel est cet idéal sublime,
Qui nous attire au ciel et nous pousse à l'abîme?
C'est l'immortalité ! Versatiles mortels,
Vos désordres en sont les garants éternels :
Il vous pousse au mépris des plus saintes entraves,
Quand vous méconnaissez ses principes suaves.
Ces désirs effrénés de bonheurs indécis,
Nous prouvent fermement qu'il est un Paradis.
Chaque atome poursuit un but imaginaire,
Qu'il ne fait qu'entrevoir au bout de sa carrière;
Toujours la quintessence épuise ses efforts ;
Le moine intelligent, arbitre de son corps,
De l'alliage impur a délivré son âme :
Il ne méprise pas le plaisir et la femme,
Il les place trop haut dans ses songes vermeils
Pour que la terre puisse en offrir de pareils.
La musique, la danse, aujourd'hui concentrées,
Sont les diminutifs des âmes éthérées.
11 n'est pas un son vague, un pas vif ou dolent,
Qui n'expriment un monde invisible et parlant ;
i.
— 10 —
Le silence lui-même, ombre, extase ou sarcasme,
Est une abstraction digne d'enthousiasme.
A l'âge où l'homme arrive à la maturité,
11 jouit de la vie avec férocité.
Oh ! quel triste moment pour une âme incertaine
Que l'étude a nourri d'une science vaine.
Ruisseaux, monts et forêts, trésor vif et savant,
Vous ne nous bercez pas d'un culte décevant.
Là, sur un vert plateau, se livrant à la danse,
De jeunes jouvenceaux font aimer l'innocence.
Plus loin, sous un portique, ayant vu Jésus-Christ,
Un verset du Koran, nous dit : C'était écrit !
Venise ouvre à nos coeurs la fibre indépendante
Que tourne vers l'amour Parthénope indolente.
Ici, pas un projet immense et généreux,
La sensualité des climats paresseux,
L'improvisation pour langage et pour livre,
Le bonheur consistant dans le plaisir de vivre ;
Je ne sais, mais je crois à l'instinct du bonheur,
Un peuple ne commet pas une telle erreur ;
Cet asservissement scandaleux et bizarre
Est dur comme un chrétien et doux comme un barbare.
Ce sol en vain rappelle un âge aventurier :
Vive Polichinelle ! et gloire à saint Janvier !
Heureux l'aventurier ! Sur la terre et sur l'onde
Forcément il apprend à définir le monde.
Chacun devrait avoir le droit de voyager !
Il n'est pas un climat qui nous soit étranger ;
La famille est partout où se dresse une tente,
Où la faim s'adoucit et le creur se contente.
Croyez-moi ; rien ne vaut le salutaire effet
Que jette dans nos seins un horizon parfait.
— 11 —
L'homme, esclave du sol, par sottise ou misère,
Ne s'imagine pas les attraits de la terre.
L'ignorant qui s'ennuie est un sot ici-bas !
Est-ce être malheureux qu'éprouver des tracas ?
L'univers et la vie ont des rocs et des mousses,
Le bruit fait estimer les vibrations douces.
Ce funeste penchant à borner ses essors
A perdu plus d'une âme et tué plus d'un corps.
Qui vit pour végéter n'est pas digne de vivre !
Les sens ont le secret du chemin qu'on doit suivre.
L'homme aspire au bonheur, à l'immortalité ;
Quel plus suave encens à la Divinité !
Rien, n'est pas la vertu. La gloire est la science
D'être estimé du monde et de la Providence.
Celui qui fit la terre à l'image des cieux,
N'a pas pu nous donner des desseins vicieux.
La sensualité ne peut être étrangère
A l'industrie, aux arts, aux lettres, à la guerre !
Dieu s'admire en celui qui jouit noblement :
L'abstinence est le fruit de l'affaiblissement ;
L'humilité sans borne est le tribut du lâche ;
L'orgueil honore Dieu bien plus qu'il ne le fâche.
Ainsi d'un nouveau rêve assailli nuit et jour,
Mon coeur s'enrichissait de science et d'amour.
LA JEUNESSE
A tJHB JBUMB FILLE
Que d'inépuisables trésors
Révèlent tes amitiés franches,
Jeune fille dont les accords
Font rêver le peuple des branches ;
Ton sein est le plus doux appui
De la plus aimable faiblesse,
Hélas! que serions-nous sans lui,
C'est si beau, la jeunesse!
Sois avare de ton amour,
Fuis un choix qui te soit funeste;
Ne fais pas au plaisir d'un jour
Sacrifice d'un temps céleste;
— 13 —
C'est si doux d'avoir un amant
Qui sait le prix d'une caresse,
On en trouve si rarement !
c'est si beau, la jeunesse !
Ne crains pas de te faire aimer,
Le bonheur est doux à répandre;
L'âge triste sait nous charmer
Lorsque la jeunesse fut tendre ;
Fais jouir de tes dix-sept ans,
Et tu t'embelliras sans cesse,
Cela dure si peu de temps !
C'est si beau, la jeunesse !
Ce n'est pas un mauvais conseil,
Je ne profane pas les anges,
Sois celui de notre sommeil,
Mais ne sois point fille des fanges!
Prodigue-toi plus désormais
En gardant ta délicatesse,
Et tu ne vieilliras jamais :
C'est si beau, la jeunesse!
L'INSURRECTION
Jours de démence universelle,
Que ce soit la dernière fois
Que la vie individuelle
Fasse reconnaître ses droits !
A tuer chacun s'accoutume
Sans rougir d'agir lâchement ;
Le plus petit mot d'amertume
Est suivi d'un prompt châtiment.
On doit combattre la misère
Avec les armes de la foi,
Lorsque l'on a pour adversaire
Un aussi mécontent que soi.
— 15 —
Chacun pourra brûler un cierge
Quand on saluera du sifflet
L'héroïsme de la flamberge,
L'intelligence du mousquet !
Car on a beau se mettre en quatre
Pour encenser cet esprit-là,
L'homme n'est pas fait pour se battre,
La brute seule aime cela.
La bienveillance et la parole
Sont les armes que le progrès
Doit entourer d'une auréole,
Et respecter dans leurs excès.
Le soir de la guerre civile,
Avec des crimes sur le coeur,
Chez soi peut-on dormir tranquille,
Peut-on penser au créateur?
C'est une chose abominable
Que les meurtres sans jugement ;
Vous croyez frapper le coupable,
Vous assassinez l'innocent.
_Le système des fusillades,
Qu'on ne peut trop vilipender,
Exalte les cerveaux malades
Au lieu de les intimider.
— 16 —
L'insurgé que l'on traite en frère,
S'amende s'il a vraiment tort,
Mais s'il vous prouve le contraire,
Vous perdiez cela par sa mort.
Quand on a de l'intelligence,
On ne doit pas être cruel
Pour les erreurs de l'ignorance
Qui sont celles du naturel.
Que d'enfants privés de leurs pères !
Que de femmes sans leurs époux !
Que de larmes et de misères,
Inutiles au bien de tous !
Que de sang versé par l'envie !
Que de types intéressants,
Privés pour cela de la vie
Par des arbitres repoussants 1
L'insurrection du chômage
Se prévient avec du travail,
C'est un calcul que le carnage
Quand on la décime en détail !
La provocation coupable
Peut encourager bien des torts,
Mais on est toujours condamnable
Quand on tue étant les plus forts !
— 17 —
Sans doute, un courage héroïque
Illustre des jours insensés,
Mais la conscience publique
N'en gémira jamais assez.
Jours de démence universelle,
Que ce soit la dernière fois
Que la vie individuelle
Fasse reconnaître ses droits !
1849.
PENDANT LA NUIT
De mes yeux tombe un voile épais,
Si la raison ne m'est ravie ;
Bien heureuse, tu dors en paix,
Toi qui me fais aimer la vie ;
Si ton sommeil est du bonheur,
La lampe qui te tranquillise
N'est pas au quart de sa liqueur :
Dors en paix, ma bonne Héloïse.
La tombe est un léger sommeil
Entre un changement de visage ;
Jusqu'au jour du dernier réveil
Nos défauts sont notre héritage ;
Cette infortune cessera
Le jour où ce qui nous divise
A tout jamais disparaîtra.
Dors en paix, ma bonne Héloïse
Comment nous retrouver là-haut
Sous tant de figures étranges?
La clarté ne fait point défaut
Dans l'habitation des anges !
— Hi —
Si rien d'elle ici-bas n'a lieu,
C'est qu'une adorable surprise
Nous attend dans le sein de Dieu :
Dors en paix, ma bonne Héloïse.
Nous n'avons pas plusieurs amours
C'est toujours le même qui change,
C'est deux feux se croisant toujours
Dans un ineffable mélange ; '
C'est la divine trinité
Qu'à son gré chacun poétise,
C'est l'arc-en-ciel d'un jour d'été.
Dors en paix ma bonne Héloïse.
Les cieux m'ont enlevé ma soeur.
Je la vois dans l'oiseau qui chante t
Elle vient consoler mon coeur
Qu'elle abandonna la méchante.
Avant toi si je fuis ces lieux,
Chaque soir, rossignol ou brise,
.le viendrai te fermer les yeux :
Dors en paix, ma bonne Héloïse.
Voilà le vice originel
Que le baptême purifie ;
L'homme est son arbitre immortel,
Qu'il s'abaisse ou se sanctifie.
En tous temps, zéphir ou rumeur,
Émanation indécise,
Le monde est son dispensateur !
Dors en paix ma bonne Héloïse.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.