Poésies religieuses, par Celtibère

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l'auteur (Paris). 1854. In-18, 144 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1854
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nuin
RELIGIEUSES
l'Ail
CELT1BÉKE
UKL'XIKMF. ÉDITION.
PARIS
CHEZ L'AUTEUR, RUE DE BAGNEUX, 6
(AFFRANCHIR.)
-co-
1884
POÉSIES RELIGIEUSES
Paris. — Typ. de M" 1" Ve Dondey-Dupré, rue Sainl-Louis, -iii.
A SA SAINTETE
PIE IX.
Le juste couronné régnera dans la gloire.
Et survivant aux fragiles humains,
Des Anges exalté, son heureuse mémoire
Jusqu'au delà des temps vivra parmi les saints.
ninn
RELIGIEUSES
PAU
XELTIBÈttE
1ILUX11ÏMK KIHTION.
PARIS
CHEZ L'AUTEUR, RUE DE BAGNEUX, 6
( AITUAM'UIII.)
1851 i
* ^J mil
PRKl'AOE.
Loin des sentiers battus où se plaît le vulgaire,
Dans un sublimo essor, o Muse, emporte-moi,
Partons, éloignons-nous de" vains bruit» de la terre,
Et «hantons inconnus, la. nature et son Roi.
Irais-je consacrer les accents do ma lyre,
A peindre sans remords d'impudiques ardeurs ;
A chanter des buveurs le stupide délire,
A célébrer des camps les barbares fureurs '?
Irais-je, avil'ssant le cothurne tragique,
Dans un langage impur me poser en héros,
Et de la scène en deuil chassait la robe antique,
fièrement m'affubler d'ignobk's oripeaux ;
Ou sur l'appât grossier d'une intrigue comique
— 8 —
Aux yeux des speela'eurs dérou'er à mon tour
Les embarras prévus d'un insipide amour ?
Irais-je dans mes vers, de la molle opulence,
Servilement fléchir les superbes dédains;
Encenser les abus de la sombre puissance
Et sous ses pieds jeter les malheureux humains ?
Irais-je sans pudtur, poète incendiaire,
Flatter, diviniser notre peuple en haillons,
Réveiller de ma voix sa haine sanguinaire
Et troubler le semeur à travers ses sillons?
A plus digne que nous des faveurs da la foule, ,
Laissons, laissons cueillir ces funestes lauriers,
Et près d'un clair ruisseau qui lentement s'écoule,
Ombragé des rameaux des humbles coudriers;
De la terre admirant la riante parure,
L'immensité des airs, le doux éclat du jour,
0 Muse, au Créateur, au Roi de la nature,
Adressons des accents de respect et d'amour.
Qui vous aime, ô.-.nion Dieu, qui suit votre loi sainlt:,
Content de son destin, libre de toute crainte,
Marohe en paix ici-bas, sous-vos jeux paternels,.
— 9— '
Exempt des noirs soucis qui troublent les mo tels.
La perfide beauté, l'enivrant de ses charmes.
Ne peut point à son gré faire couler s.s larmes ;
Fier et resplendissant du riche éclat des armes,
Guidant avec adresse un coursier frémissant,
11 ne désire point effrayer le passant.
Aux spectacles honteux où la foule s'entasse,
Il ne court pas chercher à tout prix une plac\
Ni, convive bruyant d'un splendide festin,
Avidement noyer sa raison dans le vin.
Dans un obscur oubli, libre coulant sa vie,
Il voit autour de lui, sans leur porter envie,
Aux yeux du mendiant, de valets escorté,
Le rich3 déployer sa sourde vanité;
Le savant afficher sa modeste arrogance,
Le nouvelliste oiseux sa verbeuse ignorance
Et le noble vendant sa vieille dignité,
Pour nourrir à grands frais sa vaste intempérance.
Et moi je chercherais un semblable bonheur?
i.
— 10 —
Que sont les vanités et les biens de la terre,
Près des célestes dons, ô Dieu consolateur,
Dont ta grâce soutient au sein de sa misère.
Celui que plein de foi tu vois ton serviteur?
Sur les pas de ton fils, pure et sainte victime,
Il porle patient et fidèle sa croix,
Fardeau mystérieux, inévitable poids,
Dont vainement s'indigne et l'orgueil et le crime.
Tu sais et bien avant que la clarté des cieux.
Pour la première fois vint briller à mes yeux,
Si je pourrais jamais, dans ma course éphémère,
Dignement célébrer, ô roi de majesté,
Ta suprême grandeur, ta gloire et ta bonté.
Mais volant jusqu'à toi, si d'abord ma prière
S'unissant aux accents de ma pieuse mère,
A sur ma jeune fête, ô trop heureux enfants,
Attiré tes regards, si dans ces jours riants
Où l'homme sous le ciel à tout prête des charmes,
Vêtu de blanc, ému, versant de douces larmes,
Je me suis approché de tes banquets divins ;
Si depuis, égaré hors de l°s droits chemins.
— il —
J'ai pour te retrouver, inspiré de ta grâce,
Cherché de tes élus la glorieuse trace ;
Lorsqu'aujourd'hui je veux, ô maître quo je sers,
Publier ton amour, ta puissance infinie ;
Daigne écouter ma voix, souris à mon génie :
Et toi, fille des cieux, muse des saints concerts,
Qui sais tout captiver de ta douce harmonie,
De tes divins accords accompagne mes vers
Et bénis avec moi le Dieu de l'univers.
POESIES RELIGIEUSES
MURI' ET ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE.
Telle, lorsque la nuit commençant sa carrière,
Nous ramène ici-bas et l'ombre et le repos,
A la clarté des cieux, parmi de verts rameaux,
Près de son nid désert, triste objet de ses maux,
Une colombe en deuil, clôl enfin sa paupière :
Telle, de son exil sentant linir le cours,
La Vierge, s'endormant dans le sommeil du juste,
Douce et câline atteignit le terme de ses jours.
— 14 —
Toi qui, du Tout-Puissant, lui portas l'ordre augtisto,
Quand l'Esprit l'embrasa de ses divins rayons,
O céleste envoyé, dans quelles régions
Volais-tu, balancé sur ton aile azurée?
A ses derniers instanls, ô pâtres de Juda !
Vous qui, sous les remparts de l'heureuse Éphrata,
Vîntes lui rendre hommage en cette nuit sacrée,
Où son sein mit au jour le lils de Jéhovah ;
Dans quels champs retirés, quelle vallée obscure,
Cherchant pour vos brebis une tendre verdure,
De vos nombreux troupeaux conduisez-vous les pas?
Et vous, feux éthécés, témoins de son trépas,
Aux enfants de l'Aurore, en votre cours célcsle,
N'en portàtcs-vous pas la nouvelle funeste?...
La myrrhe du Jourdain, la rose dé Saron,
La palme de Solyme et le lis du Cédion,
Versèrent, on le dit, des larmes de tendresse ;
Le Calvaire, à son tour, prit part à leur tristesse,
Et l'ombre Je Rachel, des accents de sa voix ,
De Huma lit gémir les autres et les bois*. ■
— 15 —
Au loin tout la pleura dans les saintes campagnes,
Près d'elle, cependant, ses pieuses compagnes,
Plaintives, rappelant son deuil et ses douleurs,
Baisant ses pieds sacrés, les arrosaient de pleurs.
Et d'abord se rendit, à sa mère fidèle,
Le fils que, de sa voix touchante et solennelle,
Lui donna le Sauveur à son dernier soupir;
Quels regrets!.., puis bientôt, empressés d'accourir.
Parurent et Céphas dont l'univers immense
Devait connaître un jour la gloire et la puissance;
L'apôtre qui, doutant de l'aveu de Jésus,
Porta jusqu'en son ilanc une main curieuse,
lit tous ceux qui-, plus lard, phalange glorieuse,
Devaient aller peupler le palais des élus.
Rendrons-nous, disaient-ils, rendrons-nous à la terre
Celle que le Très-Haut se choisit pour sa'mère?
Par leurs soins, cependant, ses restes vénérés,
Sous un long voile blanc, hors de son humble asile,
— 16 —
De flambeaux odorants et defleurs entourés,
Semblaient, hélas 1 plongés dans un sommeil tranquille;
Quand de son corps divin, mollement étendu,
Un suave parfum soudain s'est répandu.
Puis, son coeur s'animant au souffle du zéphire,
Sa bouche s'entr'ouvrant dans un tendre sourire,
Son front se colorant d'un teint discret et pur,
Son oeil ouvrant aux cieux son radieux azur,
Des liens du trépas désormais affranchie,
Et jouissant déjà d'une nouvelle vie;
Plus légère que l'air, ainsi qu'une vapeur,
Elle flotte et s'élève au séjour du Seigneur.
De son port gracieux, de son noble visage,
Des douleurs et du temps a disparu l'outrage,
Et son oeil brille encor des feux de son printemps.
Moins belle elle priait à la fleur de ses ans,
Alors qu'elle reçut l'angélique message.
Volant avec amour sur son heureux passage,
— 17 —
De ses joyeux concerls le peuple ailé la suil,
Brillante de l'éclat dont la neige rayonne,
Des plus doux de ses feux le soleil l'environne;
D'étoiles, sur son front, scintille une couronne,
Et sous ses pieds accourt le flambeau de la nuit.
Attendris, transportés par ces merveilles saintes,
En accents de bonheur changeant soudain leurs plaintes,
Les disciples chéris du Fils du Roi des cieux,
Jusqu'au plus haut des airs l'accompagnant des yeux,
Criaient les bras tendus vers la voûte éternelle :
Gloire à Marie, enfants, Marie est immortelle,
Chantez et bénissez sa mémoire en tous lieux !
IA VIOLETTE.
Parmi les tendres Heurs d'une verte pelouse,
La violette en vain, sous sa feuille jalouse,
Humble, cache à nos yeux sa timide-couleur;
Trahie au loin par sa suave odeur,
Le pâtre regagnant son toit d'un pas tranquille,
Pour embaumer son pauvre asile,
Joyeux, vient la cueillir : de même le Sauveur,
Pour l'établir un jour dans sa demeure augusle.
Dans son obscurité saura trouver le juste.
CANTIQUE DE MOÏSE.
Célébrons Jéhovah, chantons le Roi des cieux
Et son triomphe glorieux ;
Il vient d'anéantir au sein de l'onde avide,
Et le coursier au pas rapide
Et son cavalier intrépide!
Ma victoire c'est Jah ! que Jah soit à toujours
Le sujet de mes chants, comme il fut mon secours.
Il est mon Dieu, le seigneur de mon père,
Son nom est l'Eternel, l'arbitre de la guerre,
Je veux rapprendre aux peuples de la terre.
— 20 —
Il les a lancés dans la mer
Les chars de Pharaon, sa redoutable armée
S'est dans la mer de Souph tout entière abîmée ;
Leurs bataillons, leurs chefs resplendissants de fer
Surpris tout à coup par les ondes,
Sont là, comme le roc sous les vagues profondes
Obscurément enseveli.
Ta droite, ô Jéhovah, ta droite est formidable,
Ta majesté renverse l'ennemi,
Et leur troupeau tremblant et misérable,
Dans un instant anéanti,
Ainsi que la paille légère,
Est consumé par ta sainte colère.
Tu souffles, les courants s'arrêtent aussitôt.
Le flot s'entasse sur le flot,
Et dans l'abîmé aveuglés sur leur perte,
Entre les murs de la mer entr'ouvoile,
Les iils de Misraïm s'engagent sur nos pas :
— 21 —
« Nous livrerons au noir trépas,
— Se disaient-ils, — ces tribus fugitives,
Nous saisirons un immense butin,
Et, sous nos loits, leurs compagnes captives
Obscurément viendront tisser le lin. >i
Mais au souffle de ton haleine,
Par l'onde soudain recouverts,
De leur folie ils ont porté la peine.
O Jéhovah, maître de l'univers,
Qui parmi les puissants est comme toi terrible,
Saint, immortel, magnifique, invincible;
Qui saurait comme loi de prodiges divers
Faire éclater son pouvoir dans le monde?
Tu déployas ton bras, et la fureur de l'onde.
Engloutit l'ennemi ; giâces à ta bonté,
Ce peuple dès ce jour te doit sa délivrance,
Et tu le veux encor guider par ta puissance
Aux lieux où dès longtemps se plaît ta sainteté.
Les peuples ont appris au loin notre passage;
— 22 —
Les enfants de Pelescht tremblent sur leur rivage,
Les principaux d'Édom ont frémi dans leur coeur,
Kanaan a pâli sans force et sans courage
Et les forts de Moab ont connu la terreur.
Tombe, tombe sur eux l'épouvante et la crainte!
Que la puissance de ton bras
Les tienne éloignés des combats
Dans une insurmontable étreinte,
Jusqu'à ce moment glorieux,
Où ton peuple, Seigneur, ayant franchi ces lieux.
Tu viendras l'établir sur la montagne,sainte,
Où tes pieds ont tracé la redoutable enceinte
Que tu veux seule habiter sous les cieux.
Jéhovah régnera dans sa gloire infinie
Pendant l'éternité
Et jusques au delà ; que sa main soit bénie !
Car notre ennemi s'est jeté,
Chars et coursiers au pas rapide,
— 23 —
Et guerriers au coeur intrépide
Jusque dans le gouffre des mers,
Où le maître de l'univers
Sur eux précipitant les ondes,
Les a tous renversés sous les vagues profondes.
Mais au milieu des flots les enfants d'Israël,
Glorieux, sont passés guidés par l'Eternel.
LA BERGERE 1VISRAE1
Tandis que de ses feux l'astre éclatant du jour,
Dans nos plaines mûrit nos moissons jaunissantes,
O mes tendres agneaux, mes brebis innocentes',
Reposons-nous en cet ombreux séjour !
Vallon tranquille.
Discret asile,
Jour délicieux,
Tendre verdure,
Onde fraîche et pure
Qui fuis à mes yeux ;
— 25 —
A votre aimable murmure,
Aux doux concerts des chantres de ces bois,
Pour bénir avec vous le Roi de la nature,
Je veux unir aussi ma f lible voix.
Au champ brûlé du jour il donne la nuit sombre,
La rosée à la jeune fleur ;
Au troupeau haletant les eaux, le Irais et l'ombre,
Et les moissons au laboureur.
D'un voile blanc je parerai ma tèle,
Je tresserai des guirlandes de Heurs,
Quand sur Juda du plus beau jour de lèto,
Resplendiront les premières lueur*;
Et, me rendant à tes saints sacrifices,
O mon Dieu ! de nos fruits nouveaux,
Je t'offrirai, fidèle, les prémices
Et le plus pur de mes agneaux.
— 26 —
Vallon tranquille,
Discret asile,
Jour délicieux,
Tendre verdure,
Onde fraîche et pure,
Ensemble bénissons le Monarque des cieux !
CANTIQUE DES CANTIQUES,
I
L'ÉGIXSK.
0 toi que je chéris ! toi que mon àme adore,
Dis-moi, divin berger, noble fils de l'aurore,
Lorsque l'astre du jour de ses brûlants rayons,
Eclaire de Juda les fertiles sillons ;
Dans quel riant bosquet, près de quelle onde pure,
Cherchant pour les brebis une tendre verdure,
Tu vas goûter en paix et l'ombre et le repos?
— 28 —
L'ÉPOUX.
O fille d'Israël, lorsque des verts coteaux,
L'aube, de ses lueurs, aura blanchi la cime,
Marche au loin sur mes pas, si l'amour saint t'anime ,
Suis mon joyeux troupeau jusqu'au milieu du jour,
Et tu découvriras le fortuné séjour
Où, loin de vos bergers, je vais dresser ma tente.
L'ÉGLISE.
Enfin, je l'ai trouvé! Satisfaite et constante,
Je puis donc t'écouter dans mes pieux loisirs !
O digne fils des cieux, objet de mes désirs,
Ton souffle est parfumé comme la myrrhe sainte!.
El, plus doux que les fruits qui dans sa vaste enceinte,
Aux vignes d'Enguidi mûrissent pour le.roi,
Tes discours m'ont remplie et d'ivresse et d'émoi.
— 29 —
L'ÉPOUX.
Repose à mes côtés, ma fidèle compagne ;
Bien moins tendre que toi, gémit dans la campagne,
La timide colombe auprès du blanc ramier;
Moins suave, fleurit le muguet printanier,
Et moins pure à mes yeux que ta bouche divine,
S'entr'ouvre de Saron la rose purpurine 1
L'ÉGLISE.
Tel, un pommier en fleurs dans un riant jardin,
Mollement caressé par lèvent du matin,
Elève vers le ciel sa tète radieuse,
Tel est mon bien-aimé : son ombre gracieuse
Était depuis longtemps le seul voeu de mon coeur.
Je me suis reposée à ses pieds, ô bonheur !
Alors, me conduisant dans sa chaste retraite,
Et changeant mes habits pour des habits de fête,
Comme à sa jeune épouse il m'a donné.la main
2.
— 30 —
Sur ma lèvre tremblante, ah ! verse-moi soudain.
De tes célestes fruits la liqueur odorante,
Ou je me meurs d'amour, ô berger, sous ta tente !.,.
J/ÉI-OIX-.
Far les biches des champs et leurs tendres chevreau»,
Bergères de ces lieux qui paissez vos troupeaux,.
O filles de Sion, écoutez ma prière :
Avant que !c sommeil n'ait fui de sa paupière,
Que \os douces chansons laissent dormir en paix
L'épouse à qui mon coeur s'est uni pour jamais.
L'ÉGLISE.
J'entends de mon époux la v'oi:. douce et chérie;
Je le vois qui s'avance à travers la prairie,
Plus tendre, plus léger que le léger chevreuil.
De son aimable asile il a franchi le seuil,
Et souriant : Allons, m'a-l-il dit, Sulamile,
— 31 -
Tl est temps, à sortir le jour nouveau t'invite.
Déjà parmi les champs où paissent les troupeaux-,
Par le jour rassurés, mes timides agneaux
Bondissants, vont brouter auprès de la gazelle,
Tandis que le gazon de rosée étincelle.
Suis-moi, viens respirer le frais cher aux bergers,,
Les parfums de la myrrhe et ceux des orangers.
Viens, avant que la brise, agitant ie feuillage,
N'éveille les oiseaux cachés dans le bocage,
Ouïr du rossignol les ravissants concerts;
Le papillon déjà voltige dans les airs.
Viens cueillir le jasmin, l'anémone pourprée,
L'aloé', du safran la corolle dorée,
I^e 'is, le cinnamome, et tanl de jeunes fleurs
Qui parent nos vallons de leurs vives couleurs.
Lève-toi, ma colombe, au Roi de la nature,
Viens, ma soeur, adresser ta voix touchante et pure,
Et monter à mes yeux, aux premiers feur du jour,
Ta face où tout divin resplendit ton amour '.
— 32 —
H
L'ÉGLISE.
Songeant à mon époux, je m'étais endormie,
Quand, surprise soudain, j'entends sa voix amie;
Mon coeur veillait : — Ma soeur, me dit-il, ouvre-moi ;
Je suis ton bien-aimé, ton époux; lève-toi,
Viens, car avec le froid la nuit s'étend obscure,
Et la brume a déjà souillé ma chevelure.
— Mon ami, mon époux, est-ce toi que j'entends?
Hélas! mon Dieu ! j'accours, cncor quelques instants!.•.
Tandis que j'attachais ma tunique flottante,
Tandis que j'allumais ma lampe vacillante,
Mon époux agitait ma cloison, quel relour!
îMon coeur s'en est ému de douleur et d'amour !
J'ouvre ma porte enfin. Grand Dieu ! <elui que j'aime,
Sans doute impatient de ma lenlcur extrême,
Trompant mon espérance, ainsi qu'un songe vain,
Avait fui... Je sentis se glisser en moi) sein
— 33 —
Le souille de la mort... Je l'appelle dans l'ombre ;
Mais ma voix se perdit dans la nuit triste et sombre.
Je le cherche, je, cours; mais des astres des cieux,
L'édat pâle et voilé trahit mes faibles yeux...
Loin de mon toit obscur, éperdue, insensée,
Pour tromper de mes maux la funeste pensée,
A travers la cité j'aventurai mes pas.
La ronde me saisit ; ces indignes soldats,
Portant sur moi leurs mains insolentes et dures,
Me meurtrirent de coups, m'accablèrent d'injures,.,
Et les gardes des murs, redoublant mon affront,
De mon voile à l'envi dépouillèrent mon front.:.
O filles de Sionl oh! je vous eu conjure,
Vous qui savez, hélas! les tourments que j'endure,
Si vous voyez jamais mon gracieux époux,
Par pitié! dites-lui... Dieu!... —Que lui dirons-nous?
— Dites-lui que je meurs à son amour fidèle.
— Quel est donc cet époux, des femmes la plus belle;
Pour nous prier ainsi, quel est ton bien-aimé?...
— Mon jeune époux est blanc comme un lis parfumé,
Vermeil comme la pêche, et doux en son langage,
Comme le passereau qui chante sous l'ombrage;
— M —
Plus noble dans son port que le cèdre orgueilleux,
Il marche des humains le plus beau sous les cieux ;
Son front pur resplendit d'une grâce divine.
Et tout en lui trahit sa céleste origine.
111
Quelle est cette beauté qui monte en ce séjour,
Resplendissante ainsi que lfi: flambeau du jour,
Belle, comme des -nuits- la blanche souveraine,
Et jeune en son éclat comme l'aube sereine?
La viergela contemple et chante son bonheur,
La reine à son aspect exallo sa grandeur, ;
Et toi, pauvre berger, oubliant la misère,
Tu dis en son honneur ta chanson lapins chère.
Mollement appuyée au bras de son époux,
Et sur ses yeux fixant son oeil pudique et doux,
Ils montent du désert l'un à l'autre fidèles,
Comme on voit dans les bois voler les tourterelles.
Sur ses pas attentive elle règle ses pas;
— 35 —
Sur son coeur palpitant elle presse son bras,
S'abandonnanl heureuse à l'immortelle flamme
Qui dévore en secret et ranime son âme.
Oh! qui pourra jamais rompre leur saint accord!
De l'univers entier il braverait l'effort ;
Car l'amour, feu du ciel* foyer inextinguible,
Plus fort que le trépas, lui survit invincible !
LA SOURCE.
Au pied du plus frais des coteaux .
Dans un bassin creusé des mains de la nature,
Et que de sa molle verdure,
Environne la mousse, humble amante des eaux ;
Une source riante et pure,
Sans songer à s'enfuir de ces aimables lieux,
Se plaît à réfléchir le tendre azur des cieux.
Rasant le sol, jamais d'une aile agile,
Oiseau n'en a ridé la surface tranquille ;
D'un pied léger jamais chevreuil errant,
N'en a troublé le cristal transparent ;
Tandis que, suspendant sa course,
L'astre du jour, séduit par sa limpidité,
Y contemple à loisir sa divine beaulé.
Que ton âme, ô chrétien, pareille à cette source,
Devant le Dieu de sainteté,
Soit toujours un miroir brillant de pureté!
ROGATIONS.
La cloche a retenti; sous la sainte bannière
Accourez, laboureurs; déjà de la lumière
Les traits dorent au loin et vallons et coteaux.
Rendez-vous dans l'asile ouvert à la prière,
La croix va nous guider autour de nos travaux.
Venez tous invoquer en choeur la Providence,
Que la vieillesse accoure avec la tendre enfance:
C'est aujourd'hui le jour auguste et solennel
Où sur les champs fleuris, sur la moisson naissante,
Nous allons appeler, pieux, de l'Eternel
La bénédiction généreuse et puissante.
Tant que grandit le jour, diligents laboureurs,
— 38 —
Sans regrets renoncez à vos rudes labeurs;
Que le soc se repose, et le boeuf à la crèche
Se repaisse à loisir d'une pàlure fraîche ;
Tandis qu'avec le lin, oubliant ion fuseau,
Le front orné de fleurs, jeune fille pudique,
Que je te voie unie aux vierges du hameau,
Chantant avec ferveur un doux et saint cantique.
Rien ne plaît au Seigneur comme ta chaste voix.
Auguste Trinité, Père saint, Roi des rois,
Verbe éternel, Esprit, adorable Marie,
Légions, Séraphins, Archanges glorieux,
Et vous tous qui peuplez les demeures des cieux,
Ecoutez les accents du chrétien qui vous prie !
Jetez sur nos moissons un regard de bonté,
Eloignez de nos champs toute calamité;
Que la pluie à torrents jamais ne les ravage,
Qu'un vent heureux au loin en écarte l'orage;
A nos ceps, des frimas épargnez les rigueurs,
A nos prés verdoyants, de hop longues ardeurs,
fît que jamais la grêle ou la Coudre tonnante
Sous nos paisibles toits ne jelle l'épouvanle.
— 39 —
Mais, couvrant nos guérets, que d'innombrables fleurs
Attirent nos essaims par leurs douces odeurs;
Que nos agneaux, paissant une tendre verdure.
Pour se désaltérer cherchent une onde pure,
Sans redouter la dent du loup impétueux.
Oséjour de la paix, ô champêtres asiles,
Solitaires bosquets, heureux, trois fois heureux,
Celui qui, satisfait de vos plaisirs tranquilles,
Dans son humble demeure, au sein de ses travaux,
Confiant en son Dieu, sait goûter le repos.
Entouré, caressé de sa jeune famille,
Il savoure à loisir son agreste repas,
Assis devant son âtre où le buisson pétille.
Oh ! que ne puis-je attendre ainsi le noir trépas !
C'est aux champs qu'an milieu d'une simple abondance,
On apprit à tresser des guirlandes de fleurs,
A parer les autels de leurs vives couleurs,
En signe d'allégresse et de reconnaissance.
C'est aux champs qu'on soumit encore à la cadence,
Les accents de la voix, les sons des chalumeaux,
— 40 —
Pour fêter l'Eternel au temps des fruits nouveaux.
Célébrez donc ce jour ainsi qu'un jour prospère,
Et priez le Seigneur, habitants des hameaux,
Qu'il féconde le grain dans le sein de la terre,
Qu'il protège du ciel vos pénibles travaux.
Mais surlout bénissez ertcor sa main puissante,
Lorsque les blonds épis, mollement inclinés,
Appelleront là serpe en vos champs fortunés;
Quand l'essieu gémira sous la gerbe pesante,
Et quand sous Je fléau l'aire retentissante,
À vos yeux étonnés se couvrira de grains.
Dieu puissant, Éternel, ô Père des humains,
Daigne encore accorder à l'ardente jeunesse,
D'irréprochables moeurs, la grâce et la beauté ;
Un tranquille repos à la lente vieillesse,
A tout le peuple enfin l'honneur et la sanlé.
LE PRINTEMPS.
Au retour des Gémeaux, alors que dans nos plaines,
Des inconstants zéphirs, les flatteuses haleines
Viennent ouvrir les jeunes fleurs
Et répandre à l'envi leurs suaves odeurs ;
Quand l'innocent agneau bondit dans la campagne,
Qu'auprès du nid où veille sa compagne,
L'oiseau redit ses amoureux concerts,
Et que le papillon voltige dans les airs ;
Quand les champs sont couverts d'une fraîche verdure
En serpentant que le ruisseau murmure;
Quand le soleil, dans son cours radieux,
Eclaire au loin le vaste azur des cieux ;
Ce spectacle de la nature
N'est encore, ô chrétien, qu'une triste peinture,
De l'impérissable séjour
Où le Dieu de gloire et d'amour,
Sur son trône t'attend au milieu de sa cour.
LE SOMMEIL DE L'ENFANT JÉSUS.
Tableau de Tisio di Garofnlo, galerie ituli-nne du Louvre, n° m.
Couché sur le manteau de ton auguste mère,
Dors, Enfant, du Très-Haut race divine et chère.
En ces paisibles lieux tout t'invite au sommeil :
L'air est frais, le ciel pur, et les feux du soleil
Dorent de Bethléem les riantes collines.
Dors en paix, à l'abri de ces nobles ruines
Où le berger, tremblant, craint de porter ses pas.
Sur toi veille le ciel, et l'adorant tout bas,
Inclinée à tes pieds, touchante de tendresse,
Cuinpagne de son Dieu, protégeant sa faiblesse,
La Vierge douce et chaste à qui tu dois le jour,
Sur loi fixe ses yeux, où. brille un saint amour.
Le ris s'épanouit sur tes lèvres mi-closes;
Mariant son éclat au doux éclat des roses,
—- 43 —
Le lis peint mollement ton visage charmant.
L'air est frais, le ciel pur, dors, ô divin Enfant.
Mais que vois-je? fuyez, ô funestes images!
Du haut des cieux, debout sur de sombres nuages,
Déjà pleurant sur toi, les esprits du Seigneur,
Messagers de la honte, anges de la douleur,
Semblent te préparer le plus cruel supplice.
Hélas! tu l'as-voulu. Voici l'amer calice,
Qu'avant de le saisir, dans un sublime effort,
Ta main repoussera la veille de ta mort.
Là, contemplant ton front où la grâce rayonne,
Pour qui ce séraphin tient-il cette couronne
Hérissée, ô douleur! d'inflexibles piquants?
Ils me l'ont déjà dit, ses regards éloquents.1
Plus haut, je vois percer ce sceptre méprisable
Que placera ton peuple en ta droite adorable;
La colonne où, lié par de grossiers bourreaux,
Le fouet s'irritera sur tes chairs en lambeaux ;
Le bois, l'infâme bois où, victime immortelle,
Tu sauveras d'Adam la race criminelle ;
Les clous qui perceront et tes pieds et tes main?,
L'éponge... Ah! c'en est trop ! détestables humains,
Quand la soif le dévoie, au Roi de la nature,
Vous refusez, cruels, une goutte d'eau pure!
Et toi qui de ses maux dois arrêter le cours,
Pour lui percer le coeur, jeune guerrier, accours.
Longin sera ton nom, et déjà, sur ma tête,
Resplendissant au loin, je vois ta lance prête.
Eh quoi ! ce tendre corps, ces membres délicats,
Outragés, garrottés par d'indignes soldats, . '
Sous les coups des bourreaux couverts de meurtrissures,
Sont, hélas! destinés à d'horribles tortures!
O toi que de son sang il doit bientôt rougir,
O terre, berce-le, rafraîchis le zéphir,
Charge-toi des parfums qui s'exhalent des plaines,
Et viens le caresser de tes molles haleines.
Que sous lui le gazon, soudain renouvelé,
Au suave muguet, au bouton d'or mêlé,
Plus doux que le tapis d'une jeune prairie,
Lui forme avec amour une couche fleurie.
El vous, hôtes des_bois, chantres ailés des airs,
Vous qui du Créateur, dans vos brillants concerts,
Célébrez à l'envi l'amour et la puissance,
Vers son Fils bien-aimé volez tous en silence,
Et, lorsque le sommeil aura fui de ses yeux,
Chantez avec transport vos airs les plus joyeux.
L'ALOUETTE.
De ses lueurs, dès que l'aube vermeille
Colore à l'horizon le pâle azur des cieux,
Dans le bosquet encor silencieux,
Quand le choeur des oiseaux à peine se réveille;
Du fond de son guéret obscur,
D'un vol léger s'élançant vers la nue,
Loin des regards planant dans l'étendue,
L'alouette redit son chant joyeux et pur.
Ainsi, chrétien, l'âme innocente,
Pieuse, avec simplicité,
Sans craindre du Très-Haut l'auguste majesté,
Jusqu'à ses pieds s'élève confiante.
LEÇON D'ISAIE.
(C.ha|>. ni. vois Hi cl suiv )
De ce qu'elles sont orgueilleuses,
Dit Jéhovah, les filles de Sion ;
De ce qu'elles vaguent oiseuses,
Le cou tendu, le pas lent, amoureuses,
Quêtant la prostitution :
Je ferai de leur chef tomber leur chevelure,
Frêle objet de leur vanité;
Et découvrant leur nudité,
J'exposerai leur honte et leur souillure
Aux insultes de la Cité.
Je veux qu'au lieu de l'odeur enivrante
Que la myrrhe et le nard exhalent de leur sein,
De leur bouche noire et brûlante,
S'échappe un souffle odieux et malsain.
— -18 —
Je masquerai de cicatrices
Et leur visage et leurs appas,
De leurs péchés impurs complices;
Enfin, reculant leur trépas,
Au lieu des voiles magnifiques,
Des ceintures de soie et des molles tuniques
Qui flattent leurs corps délicats,
Je ne leur laisserai, dans ma juste colère,
Qu'un lambeau de toile grossière,
D'une corde noué, pour cacher leur misère.
SOLITUDE
Dans un obscur et solitaire asile,
Au sein d'un silence pieux.
Religieux, humble et tranquille,
Le chrétien pas à pas s'avance vers les cieux ;
Une source de douces larmes
Purifie et lave son coeur,
Et libre sans retour des mondaines alarmes,
11 s'unit à son Créateur.
LE BOUVIER.
Dans le coin d'un vallon tiède, humide et prospère,
Par les faveurs du ciel et celles de mon père,
Je possède un terrain clos d'incultes buissons;
La glèbe en est noirâtre et grasse par nature,
Elle est meuble et poudreuse, oeuvre de la culture,
Et donne de riches moissons.
Ni l'ivraie aux longs noeuds, ni l'avoine stérile
N'en dévorent le suc à mes plantes utile,
N'en étouffent l'épi dans leurs gazons nerveux ;
L'on n'y voit point la taupe aveugle et vagabonde,
Ni le grand surmulot, enfant d'un autre monde,
Ravager mes sillons heureux.
— SI —
Que de chanvre élancé, que de gerbes pesantes,
Combien de pois légers aux cosses résonnantes,
Que de trèfles touffes aux diverses couleurs,
Que de maïs doré, que de douces racines ;
C'est un sol fortuné qu'abritent des collines
Couverles de mousse et de fleurs !
Mais au milieu du champ... ô mère inépuisable!
Prodigue à mon pommier ta sève intarissable ;
Préservez-le du nord, tutélaires coteaux ;
Soleil, répands sur lui la lumière féconde;
Nuages, versez-lui les bienfaits de votre onde;
O ciel, bénissez mes travaux!
Non, parmi ses trésors la terre primitive,
Aux regards enchantés de la femme naïve,
Dans Eden n'offrit pas un aussi beau produit;
Que ne le vîtes-vous, ô notre auguste mère !
Oubliant vos désirs si fatals à la terre,
Vous n'eussiez aimé que son fruit!
Mon aïeul le planta, c'est un ancien usage;
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Et les vieillards, aux champs atteignant un grand âge,
Dressent des plants ehoisis quand naissent leurs neveux
Ainsi moi je ferai sur le soir de ma vie ;
Mais tandis que l'amour tendrement m'y convie,
J'engendrerai des fils nombreux.
Avril n'a jamais vu plus gracieuse lèle
De fleurs plus couronnée au retour de sa fête ;
Nul ombragé en été n'offre plus frais abris;
Et l'automne joyeux, .dépouillant sa verdure,
N'a rien de plus brillant dans sa riche parure
Que ses fruits vermeils et mûris.
Qu'ainsi l'on reconnaisse au luxe qu'elle étale
Celte veine profonde, heureuse, et libérale,
Que je meus confiant sous l'oeil de ta bonté,
Seigneur; de ces trésors que ta main nous dispense,
Ecarle le méchant; et que ta providence
Les garde à-ma postérité !

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