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Portrait de l'écrivain en déchet

De
302 pages
« Ma vie quotidienne se déroule dans un miroir brisé, multiplié. Mon temps lui aussi est hémiplégique. J’utilise mon énergie à défaire ce que j’ai fait peu avant. Resté seul, je m’assieds à mon bureau. Les yeux dans le vide de mon épuisement, je me repose. »Y. M. C.Yves Mabin Chennevière, poète et diplomate, a été victime d’un AVC en 2006. Dans ce récit d’une totale sincérité, il s’emploie à rendre compte des incongruités de son quotidien et touche là, lui qui est poète, aux limites de l’écriture quand elle a affaire au délabrement d’un corps menaçant de faire perdre son identité à l’âme qui l’habite.
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Portrait de l'écrivain en déchet
Extrait de la publication
Yves Mabin Chennevière
Portrait de l'écrivain en déchet
Autopsie du lent
récit
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
ISBN9782021103526
© Éditions du Seuil, mars 2013
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 3352 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
www.seuil.com
Extrait de la publication
Au corps médical, sans qui mon corps serait mort
Extrait de la publication
Extrait de la publication
Depuis mon accident vasculaire cérébral, je crains de perdre la mémoire comme j'ai perdu l'usage d'un bras et d'une jambe, d'oublier les mots de ma langue, les morts que j'ai aimés, les visages, les voix, les messages des vivants. En le défiant, je me protège de l'oubli à l'œuvre. En les décrivant, je limite les dégâts que mon corps médi calisé a subis. En connaissance de cause, mon corps infirme s'écrit.
Extrait de la publication
Y. M. C.
Extrait de la publication
1
J'ai toujours beaucoup marché. Plutôt vite. À quarantecinq ans, habitant Paris, j'ai donné ma voiture neuve à un ami qui en avait besoin, en le remerciant de m'en débarrasser. Quand je ne marchais pas, j'utilisais les transports publics. L'oisiveté, mode mou du laisseraller, m'étant insupportable, j'ai négligé les vacances. Avec plaisir, j'ai beaucoup agi. Aujourd'hui, je marche très peu, très mal. Je n'agis presque plus pour autrui. Mes seules actions : survivre, écrire, aimer, lire, écouter, parler. L'essentiel, encore. En voie d'affaiblissement. Souffrir fait rire, sourire, pleurer, crier. Le plus souvent en cachette. La plupart des gestes que mon état m'impose de faire sont doulou reux. Il dépend de moi que j'en rie. Je suis leur unique, permanent, spectateur. Sourire, rire, meilleures façons de me protéger. De plus en plus difficiles. Une autre serait d'interrompre ce spectacle privé.
11
À la suite d'un accident vasculaire cérébral (AVC) fin 2006, j'ai changé d'identité : je suis un hémicorps. Jusqu'alors, à l'exception du temps où j'écrivais, je ne considérais pas mon corps comme le centre du monde. Je n'ai plus le choix. Il s'impose au cœur de l'espace qu'il s'alloue. C'est déplaisant, ennuyeux, incurable. Vivre sans s'user n'est pas vivre. Vivre handi capé, c'est être en partie mort. L'autre corps avec lequel mon corps, ce qu'il en reste, entretient les relations les plus intimes, les plus fréquentes, est lecorps médical. Mon corps ne peut se passer de lui, qui en prend soin plus efficacement qu'aucun autre. On reproche à tort à ce partenaire, le corps médical, de garder ses secrets. Malades et bienportants ont en commun une certitude qui depuis longtemps n'est pas un secret : ils mourront. Ils n'en tiennent pas compte. Bienportants, ils attendent d'être malades pour y réfléchir. Malades, la plupart ne souhaitent pas vraiment connaître le mal dont ils souffrent ni la thérapie qu'ils vont devoir suivre pour le combattre. Ce qu'ils veulent : guérir. Chaque fois que j'ai été hospitalisé, quitte à être inquiet, déprimé, j'ai voulu connaître mon mal, son évolution, les incertitudes, les variations du diagnostic, les risques attachés aux soins qu'on me prodiguait.
12
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