Posthume et sacrificielle

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Mark Culpin, artiste britannique contemporain, a connu son heure de gloire. Retiré sur une île du large de l'Ecosse, il convoque son biographe, Scott Parson, pour lui faire des révélations. Mais une fois sur place, l'artiste gît sans vie sur une toile vierge. Dans une lettre qu'il a laissée avant de mourir, il presse son agent de mettre la toile ensanglantée aux enchères. Son oeuvre intitulée Posthume et Sacrificielle s'arrache à plus de 150 millions de livres sterling. Mark Culpin s'est-il jeté de sa mezzanine de son plein gré? Et si Posthume et Sacrificielle n'était qu'une odieuse mise en scène?
Publié le : jeudi 1 mai 2014
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EAN13 : 9782336347165
Nombre de pages : 148
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Pascale Remy Posthume et Sacrificielle Roman
Posthume et Sacrificielle
Pascale REMY
POSTHUME ETSACRIFICIELLE
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03450-8 EAN : 9782343034508
1 Skye. Contre toute attente, et dans une logique que Scott Parson suspectait malhonnête, Mark Culpin avait attendu d’être englouti tout entier par le trou noir médiatique pour lui proposer de venir le retrouver à Skye. Il avait espéré être convié plus tôt mais l’invitation, souvent promise, n’avait jamais été tenue. Et il avait fallu que la tempête se déchaîne, des mois durant, comme rarement sur un seul homme, pour que Culpin se décide à l’appeler à la rescousse. Encore que la chose n’avait pas été présentée ainsi, alors qu’il ne s’agissait que de cela. Parson connaissait suffisamment le client pour avoir sa petite opinion sur le bonhomme. Non, Culpin ne l’avait pas prié de monter jusqu’à Skye. Il lui avait plutôt intimé de venir « ramasser » un « scoop ». Celui-ci venait un peu tard. Penché sur des mois de notes prises au dictaphone et doublées sur carnets, Parson venait d’achever la retranscriptiond’une vingtaine d’entretiens et s’apprêtait à boucler définitivement le dossier « Culpin » quand un coup de téléphone le tira de sa mauvaise humeur. Salut l’écrivain...Le biographe passa sur la rouerie. Culpin s'engouffra dans la brèche. n'as pas raccroché... C'est que j'ai encore toutes Tu mes chances. Elles sont infimes. Parson, je te présente mes excuses. Sincères. Si je te contacte aujourd'hui, c'est en quelque sorte pour me racheter. oui ? Le sourire de Parson pointait dans son Ah intonation.
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Scott, j’ai une bonne nouvelle pour toi. Il va falloir te remettre au travail. Notre bio, je vais la relancer, crois-moi…Votre biographie, Mark. Votre biographie. Les deux hommes marquèrent une pause. Hameçonné, Parson relança : Comment allez-vous ? Tu ne lis pas les journaux ? Il paraît que je déprime. Tu as de sacrés collègues, Parson. Comment tu dis, toi ? Des confrères? Tes confrères tueraient frères, sœurs, père et mère pour un papier de chiotte. De sacrés petits merdeux, ouais. Même à distance, Culpin puait l’alcool. Certainement un whisky des Highlands hors de prix. Parson sentit qu’il valait mieux ne pas s’engager dans une surenchère qui pouvait lui faire passer une exclusivité sous le nez. Face au repli docile de l’adversaire, Culpin s’était aussitôt calmé.Tu as déjà vu mon atelier de Skye ? Scott Parson hésita. Piqué par sa curiosité, il décida, encore une fois, de laisser filer. Le prix d’un bon papier.Non, Mark, j’espérais d’ailleurs que vous finiriez par me le faire visiter. Tiens le toi pour dit. C’est fait.Quand ? Demain, c’est possible? Scott Parson avait calé une interview du maire de Cambridge sur un projet d’extension de la Silicon Fen, la zone high-tech de la ville, mais son instinct lui commanda de s’engouffrer dans la proposition. Si Culpin l’appelait, chez lui à 22heures, c’est qu’il y avait du neuf.On fera aller. Si tu pars tôt, tu seras là en fin de journée. Mark, qu’est-ce qui presse tant ? J’ai quelque-chose pour toi. On ne peut pas faire ça à Londres, posément ?
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Non. Tu verras, tu ne le regretteras pas. Et toi qui me faisais suer tout ce tempsavec Skye. Tu n’es pas content? Je veux savoir pourquoi je me déplace. Des révélations ? Viens, je ne parle pas au téléphone. Vous craignez les écoutes ? Disons qu’avec l’affaire en cours, je suis prudent. Quand Parson avait négocié les termes de la biographie de Culpin, il avait spécifié son intention de suivre l’artiste dans les déplacements et les activités qui lui sembleraient opportuns. Skye en faisait partie. Sur le papier, avait-il découvert à ses dépens. Il avait donc fallu un cataclysme pour que Culpin assouplisse ses positions. Et s’il était prêt à recevoir « un emmerdeur de journaliste» à Portree, c’est qu’il avait du biscuit. Ou alors entendait-il utiliser son dernier contact dans la presse pour tenter une opération de retournement ? Parson lâcha enfin le combiné de téléphone et le reposa sur sa base. Auquel cas, il fallait s’attendre à tout. Et peut-être même au pire. Scott Parson attrapa son sac de voyage, y entassa quelques vêtements chauds, il n’entendait pas s’attarder sur ce caillou perdu au large de l’Ecosse, un éclat lunaire de lande et de bruyère balayé par les vents atlantiques. Il prépara son appareil photo et ses objectifs puis fourra ses bottes, une paire de chaussures de randonnée, sa parka dans un grand sac plastique de chez Wilkinson. Si le temps le permettait, il s’accorderait une matinée pour aller photographier les baleines au large de l’île.Il ajouta quelques guides touristiques et une carte routière AA. Demain, plus de dix heures de route l’attendaient. Il aurait tout le temps de se repasser le film des évènements qui l’avaient amené à côtoyer Culpin, ce géant aux pieds d’argile.
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