Précis historique des campagnes de l'an XIV et remarques sur quelques parties des États d'Allemagne, ou Résumé des bulletins de la grande armée ; par un sous-officier du 7e régiment de hussards

Publié par

Impr. de T. Nypels (Maestricht). 1806. In-8 °.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : mercredi 1 janvier 1806
Lecture(s) : 13
Source : BnF/Gallica
Nombre de pages : 215
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

T R É'C 1 S
01 -
1. S T 0 Il 1 q u È
DES
C A M PAG N E S
D E
L'AN XIV,
E T
Iques sur quelques parties des Etats
d'Allemagne, ou Résumé des Bulletins
de la Grande-Armée ;
,
FAI OU SOUS - OFFICIER DU 7e. RÉGIMENT DE HUSSARPS,
A MAESTR I C HT,
De l'Imprimerie de TH. NYPELS, rue grand. , -
: Staat, n". 699.
Staat, n°. 699. ,
1806.
A MONSIEUR.
MARX, COLONEL DU 7. RÉGIMENT
DE HUSSARDS , ET L'UN DES COMMANDANS
DE LA LÉGION D'HONNEUR.
1
MON COLONEL,
(Sur vous lIr-ant cet OlW'l-aje, je..!)
è
n ai c¡oint eu l' ¿ntfflt¿on jahicD
itte(3 ,
une Spltte, ^bldicatoi'cc ; çpatee, qttc9
~& i j c~~
je ôuij creduad¡' que, les adulations
nù cjj>iu<ye,nt s allier* avec yottçj)
RiOdedtte j mais j'ai voutu, jaittS)
connaître j ra cet nomma
f
tout à cptix que, jattacAe, a rv:ot{!)
éu'n-vtliianct ; et comêitn e, mcg
izotivetah ÂôUfttax di voua 6Jatjnet
, ¡ .J 1. GY
t.cet et railÔle, teimot de. mæJ
*
yccatitude, et Gde la conùdt'ccvtiùTh
respectueuse, avec laquelle je ncS>
G, 4 ~'e ~CP
"se-ta" 0 eltiteld ;
i
MON C o L o N E LY
Votre très - humble et très-
obéissant subordonne.
ScnwANDORFF, près Vieane,
- lt 15 Janvier 1806.
X *
SoDa - Officir au ?t. Hussard'
PRÉFACE. !
UN écrivain célèbre a dit que l'homme
bâtissait autant par ostentation que par
nécessité , et que certains Auteurs
écrivaient autant par amour- propre,
que par envie d'être utiles à la société.
De ces assertions, que je crois très-
justes , on peut conclure qu'un
Iiomme qui bâtit un palais, ou Une
maison , croirait n'avoir rien fait,
s'il'n'avait décoré le devant de son
édifice d'un beau frontispice ou d'orne-
mens. qui annoncent aux passans qu'il
n'a fait L autant que parce qu'il peut
encore- faire plus : voilà bien l'Osteit,..
tation. Les auteurs, dont il s'agit,
croiraient avoir manqué leur but, ou
plutôt ils craindraient que leurs pro
ductions ne fussent mal accueillies,
s'ils ne les décoraient d'une belle pré;
face : c'est bien ici de l'Amour- propre*
Je déclare qu'un, autre' motif, a guidé
ma plurne, et ce motif, c'est la défiance
( y )
de mo i -même et la crainte que le lec-
teur ne me juge sans m'entendre, non
à cause de mon style, qui, je le sais,
est quelquefois négligé et se ressent des
circonstances et des lieux où j'ai écrit,
mais par rapport a certains articles
des Bulletins que j'ai cru devoir sé-
parer de mon travail. Il fallait que je
rendisse ,- compte de ce rejet, et voilà
la raison qui a valu une préface au
lecteur.
L'époque de cette guerre, où tout
a été merveilleux, incompréhensible
même, passera à toutes les générations
futures, et les remplira d'étonnement
et d'admiration. Pour parvenir à des
résultats si extrflordinaires 9 il fallait
un TGFUIDE* comme i K APO LÉON , mais
il lui-a fallu des soldats français. Du
général au tambour, chacun a fait son
dejvohvet présque tous ont fait des
( prodiges. Je prie le corps ou le mili-
taire qui s'est acquis, dans les champs
de Mars, des droits à la renommée,
( iij ) -
de ne pas me savoir mauvais gré, s'il
ne voit point son nom dans le cours
de cet ouvrage ; ma plume aurait tracé
trop faiblement et ses services signalés
et sa valeur héroïque : le gouverne-
ment saura mieux que moi lui accor-
der le tribut d'éloges qu'il mérite.
Deux raisons m'ont engagé à ne point
m'écarter de ce plan : la première,
parce que les Bulletins ne citent qu'une
très - faible partie des corps ou des
militaires en particulier qui se sont
fait remarquer par des actions d'éclat ;
et la seconde, parce que l'Empereur
lui-même 3 qui a craint d'être injuste
envers les trois-quarts de l'armée, a
dit : „ On ne doit citer personne en
,, particulier, il faudrait les citer tous".
D'ailleurs, si je ne m'étais pas imposé
l'obligation de garder le silence sur
les traits de bravoure qui ont illustré
les soldats de la Grande-Armée, je
n'aurais certainement pas omis ceux de
mes chefs et de mes camarades qui ont
aussi des titres à la gloire.
( iv,)
Quant aux affaires militaires, je ne
les ai rapportées que d'après les
Bulletins, voulant, sur ce point, être
parfaitement d'accord avec eux. C'est
par cette raison qu'on pourra remar-
quer que la première partie du XXX".
Bulletin est insérée sans aucun chan-
gement dans ce résumé. Il est vrai
que ces faits- d'armes glorieux offri-
raient bien plus d'intérêt, s'ils étaient
plus circonstanciés; aussi, le gouver-
nement s'occupe, sans doute, du soin
de transmettre à la postérité tous les
détails d'une guerre si mémorable.
En attendant, l'ouvrage que j'offre
au public, fruit des instans de loisir
que les marches forcées et le cours
tumultueux de la guerre procurent
rarement , est le tableau simple et
fidèle des Campagnes de l'an XIV.
J'ai , autant qu'il m'a été possible,
suivi les opérations de l'armée et
n'ai eu pour but, en écrivant , que
de présenter à nia patrie 9 dans un
( v )
ordre clair et précis , les victoires
étonnantes qui viennent d'illustrer ,
«Le nouveau, NAPOLÉON et ses
invincibles Héros. Ces victoires, dont
le narré est conforme aux Bulletins ,
sont rangées par ordre et sous la date
qui leur appartient; les proclamations
de l'Empereur, qui électrisent l'anie
du soldat français et lui, font faire des
prodiges, précèdent toujours les évé-
nemens glorieux qu'elles ont prophé-
tisés. J'ai recueilli avec soin les traités
et les capitulations qui ont assuré tant
d'avantages à l'armée française, et les
ai placés immédiatement après les
affaires militaires qui y ont donné lieu ;
les lois, les mœurs, les religions, et
les productions des différents climats
que nos armées ont parcourus, y sont
esquissés aussi fidèlement qu'il m'a
été possible de le faire, et ces diffé-
rens traits , quoique placés entre les
évënemens militaires, loin d'en inter-
( vj )
rompre le Cours rapide, et souvent
trop sérieux , répandent sur le récit
une certaine variété qui l'adoucit et
le pare. Les réflexions que je me suis
permises sont toujours amenées par
les circonstances ou les lieux ; et
enfin, ce résumé des Bulletins de la
Grande - Armée est terminé par le 1
traité de paix, conclu entre la France
et l'Autriche. Ce traité est le tableau de
nos victoires , des avantages immen-
ses que nous avons obtenus dans
cette guerre, et des récompenses que
l'Empereur a accordées à nos alliés.
Telle est donc la marche que j'ai
suivie, en réunissant les notes que
j'avais recueillies çà et là, pendant les
deux campagnes. Je désire avoir fait
quelque chose qui soit agréable à mes
compatriotes, et pour peu qu'ils me
sachent gré de mon zèle, je me trou-
verai très-heureux d'avoir mis la main
à l'œuvre.
1
PRÉCIS HISTORIQUE ,
DES
CAMPAGNES DE L'AN XIV.
LA France, dans cette inquiétude qu'occa-
sionne toujours l'attente d'un grand événement,
avait les yeux fixés sur NAPOLÉON, sur
ses préparatifs maritimes ènfin terminés, et ap"
plaudissait à la juste vengeance qu'il allait tirer
des cruels ennemis du Continent. Tout était
prêt pour châtier l'orgueil et la perfidie de ces
vils insulaires. Ce point de terre, qu'ils préten-
dent inaccessible, et sur lequel ils se croyent
inexpugnables, eut été foulé aux pieds de nos
armées. Jamais le désir de combattre n'avait
été si vif; on n'entendait qu'une voix sur cha-
que bâtiment : abordons cette île où respirent les
ennemis de notre Empereur, de notre patrie, du
monde entier ! Fengeons l'univers ! ! ! Chaque
soldat se flattait du noble espoir de s'élancer
le premier sur cette terre exécrée.
Mais le cabinet britannique, que nos flotilles
nombreuses faisaient trembler, ne se dissimu-
lait cependant pas que la descente, dont il
était ménacé, pouvait avoir lieu d'un jour
à l'autre , et que des Français, conduits par
un homme accoutumé à vaincre, sauraient
r a ) 1
surmonter les obstacles qu'il pourrait faire naître
sous leurs pas. Dans cette anxiété, à laquelle
la politique la plus profonde et Mr. Pitt ne
pouvaient le soustraire, il usa, de nouveau,
du moyen qui lui servit pour vomir sur notre
territoire les machines infernales, les Georges,
etc., afin de détourner l'orage qui grondait sur
sa tête, et pour retarder un moment la chute de
son indigne pouvoir. Ses coffres, comblés des dé-
pouilles de tous les peuples , furent donc ouverts.
La postérité aura de la peine à croire qu'a-
vec de l'or l'Angleterre soit parvenue à susciter
des ennemis à un pays qui n'a d'autre tort
envers elle que d'avoir mis de la loyauté dans
les traités et dans ses transactions avec toutes
les nations qui correspondirent avec lui; et que
les Empereurs de Russie et d'Allemagne ayent
eu la faiblesse de compromettre leur hon-
neur et l'intérêt de leurs sujets, en devenant
les stipendiaires d'un peuple pirate. Écoutons
NAPOLÉON, dans son discours au sénat,
dans sa séance du Ier vendémiaire an 14. Il
y dévoile la turpitude de nos ennemis.
SÉNATEURS,
„ Dans les circonstances présentes de l'Eu-
„ rope, j'éprouve le besoin de me trouver au
„ milieu de vous, et de vous faire connaître
„ mes sentimehs."
„ Je vais quitter ma capitale pour me mettre
„ à la tête de l'armée, porter un prompt secours
( 3 )
„ à nos alliés, et défendre les intérêts les plus
„ chers de mes peuples.
„ Les vœux des éternels ennemis du ContU
„ nent sont accomplis : la guerre a commencé
„ au milieu de l'Allemagne. L'Autriche èt la
„ Russie se sont réunies à l'Angleterre, et
l" notre génération est entrainée de nouveau
„ dans toutes les calamités de la guerre. Il y
„ a peu de jours, j'espérais encore que la
„ paix ne serait point troublée; les menaces
„ et les outrages m'avaient trouvé impassible.
„ Mais l'armée autrichienne a passé l'Inn,
„ Munich est envahie, l'électeur de Bavière
„ est chassé de sa capitale ; toutes mes espé-
„ rances sont évanouies. -
,, C'est dans cet instant que s'est dévoiléè
„ la méchanceté des ennemis du Continent. Ils
,, craignaient encore la manifestation de moa.
„ profond amour pour la paix ; ils craignaient
„ que l' Autriche, à l'aspect du gouffre qu'ils
„ avaient creusé sous ses pas, ne revînt à des
„ sentimens de justice et de modération; ils
„ l'ont précipitée dans la guerre. Je gémis du
„ sang qui va en coûter à l'Europe ; mais le 1
L,." nom français en obtiendra un nouveau lustre".
-,, Sénateurs * quand à votre vœu , à la voix
„ du peuple français tout entier, j'ai placé sur
„ ma tête la couronne impériale, j'ai reçu de
„ vous, de tous les citoyens, l'engagement de
► „ la maintenir pure et sans tache. Mon peuplè
l 9, m'a donné, dans toutes les circonstances, des
l
( 4 )
„ preuves de sa confiance et de son amour;
„ il volera sous les drapeaux de son Empereur
,, et de son armée, qui, dans peu de jours,
,, auront dépassé les frontières.
„ Magistrats, soldats , citoyens, tous veu-
„ lent maintenir la patrie hors de l'influence
„ de l'Angleterre, qui, si elle prévalait, 'ne nous
„ accorderait qu'une paix environnée d'igno-
i, minie et de honte, et dont les principales
9, conditions seraient l'incendie de nos flottes,
#, le comblement de nos ports et l'anéantisse-
„ ment de notre industrie.
„ Toutes les promesses que j'ai faites au
#, peuple français, je les ai tenues. Le peuple
français à son tour n'a pris aucun engage-
„ ment avec moi qu'il n'ait surpassé. Dans
„ cette circonstance si importante pour sa gloire
„ et la mienne, il continuera à mériter ce
„ nom de Grand Peuple dont je le saluai au
„ milieu des champs de bataille.
„ Français, votre Empereur fera son devoir,
„ mes soldats feront le leur, et vous ferez
„ le vôtre."
Deux princes, que la modération de l'Empe-
reur aurait dû attacher à la France, souillent
leur dignité, se dégràdent en s'associant aux
méprisables inventeurs des machines inferna-
les, à ces brigands des mers, qui devraient
être exclus de tous les états policés, comme
la nature les a séparés du Continent. Ils ramè-
nent de nouveau , sur un pays, teint encore du
( ii )
sang de leurs victimes, toutes les horreurt-
d'une guerre injuste. Enfin le territoire de nos
alliés est envahi, et le traité de Lunéville est
insolemment .violé comme le fut celui d'Amiens.
-Il était réservé au grand homme qui di-
rige nos destinées de- prendre * dans une cir-
constance si intéressante pour le salut de - la
patrie, une résolution prompte et qui prévînt L
l'invasion de notre pays. Elle fut prise et exé-
cutée avec une rapidité qui tient du prodige.
Nos armées quittèrent les bords de l'Océan,
et, en moins de quinze jours, les aigles de
la France avaient franchi les-limites du Rhin.
L'enthousiasme n'a jamais été poussé à un
tel point et l'esprit public si bien prononcé; on
se-disputait, dans chaque partie de la France,
l'honneur de défendre les côtes, en l'absence
des armées qui allaient punir la haine injuste
et la cupidité de nos ennemis.
On n'a jamais vu un tel mouvement d'ar-
tillerie et de chevaux. Au premier appel, vingt
mille voitures de réquisition se sont trouvées
sur tous-les points ; et ce qui. est tout-à-fait
digne de remarque , c'est la gaieté des ha-
bitans des campagnes qu'on avait requis avec
leurs chevaux et leurs chariots. On peut dire
que cette gaieté leur servit de .guide et d'es-
corte , car ils se rendaient tous, par une im-
pulsion presque spontanée, vers 'les différentes
parties de la rive droite où leur service était
nécessaire. Le soldat désirait vivçment d'e.
( 60 ,
- trer en campagne; il le témoignait par un
chants, vrais précurseurs de la victoire, et les
hahitans de tous les départemens partageaient
la joie de leurs défenseurs.
NAPOLÉON, qui sait si bien alimenter
ce feu qui brûle dans-le cœur des français"
adressa la proclamation suivante à l'armée.
lorsqu'elle passa le Rhin :
SOLDATS,
» La guerre de la troisième coalition est
7t commencée. L'armée autrichienne a passé
*> rinn, violé les traités, attaqué et chassé
7t de sa capitale notre allie. Vous-
r » mêmes vous avez dû accourir à marches
v » forcées à la défense de nos frontières ; mais
» déjà vous avez passé le Rhin. Nous ne nous
» arrêterons plus que nous n'ayons -assuré
» l'indépendance du corps germaniq ue , se-
* couru nos alliés et confondu 'l'orgueil des
v> injustes agresseurs. Nous ne ferons plus de.
in paix sans garantie : notre générosité ne trom-
* pera plus notre politique.
» Soldats, votre Empereur est au milieu de -
v> vous. Vous n'êtes que l'avant-garde du grand
» peuple ; s'il est nécessaire, il se levera tout
M entier à ma voix, pour confondre et dissoudre
•» cette nouvelle ligue qu'ont tissue la haine et.
» l'or de l'Angleterre.
« Mais, soldats, nous aurons des marches
» forcées à faire, des fatigues et des priva-
( 7 )
*> tions de toute espèce a endurer ; quelques
.w obstacles qu'on nous oppose, nous les vain-
» crons , et nous ne prendrons de repos que
in nous n'ayons planté nos aigles sur le te>
T> ritoire de nos ennemis.,
L'organisation de l'armée, malgré ce grand
mouvement, étant toujours la même, ses dif-
férens corps passèrent le Rhin presqu'à la
même époque et sur divers points.
Le maréchal Bernadotte partit de Hanovre
au moment où l'armée quitta les côtes. Il se
dirigea sur Gottingen et de-là sur Francfort.
Le général Marmont passa le Rhin sur le
pont dèCassel, et se dirigea sur Wurtzbourg,
où il Et jonction avec l'armée bavaroise et
le corps du maréchal Bernadotte qui y était
'at.rivé le premier vendémiaire.
Les corps des maréchaux Davoust, Soult,
Ney et Lannes passèrent le Rhin, le premier
ti Manheim, le 4, et se porta sur le Neker,;
Le second à Spire, le même jour, et se
porta sur Heilbronn ;
Le troisième vis-à-vis Durlach, le même
jour, et se porta sur Stuttgard ;
¡' Et le quatrième enfin à Kehl, le 3, et
se porta sur Louisbourg.
Le prince Murât, avec la réserve de ca-
valerie, passa le Rhin à Kehl, le 3 ; il resta
plusieurs jours devant les débouchés de la
Forêt-noire, ce qui fit présumer à l'ennemi
qu'ob voulait pénétrer par-là.
( 8 ) -
Le grand parc de l'armée pnssa le Rhin
Kehl, le 8 , et se rendit fc Heilbronn.
L'Empereur sachant que les succès quHl
obtiendrait dans cette campagne , exigeaient
beaucoup de , célérité dans ses opérations, fit
mettre toute l'armée en .mouvement , et le
i oV les corps du maréchal Bernadotte » du
général Marmont et l'armée bavaroise, se
réunirent et se portèrent sur le Danube.
Le corps du maréchal Davoust se porta sur
Ponawerth, et ceux des maréchaux Soult.
Ney et Lannes se portèrent sur Nordtling.
Cette marche aussi rapide que bien calcu-
lée, qui faisait éviter à l'armée les montagnes
noires, la ligne de rivières parallèles qui se
jettent dans la vallée du Danube, l'incon-
vénient attaché à lin système d'opérations qui
auraient toujours en flanc les débouchés du
Tyrol , déconcerta les plans de l'ennemi -et
le remplit de stupeur. En peu de jours il se
voyait tourné et sentait que sa perte était iné-
vitable. L'armée française occupait la plus
grande partie de l'électorat de Wurtemberg ;
déjà elle était en Bavière , et, par ce mou-
vement, elle se trouvait à vingt ou trente lieues
derrière l'ennemi, Celui-ci, cependant, faisait
fortifier l'ller, Memmingen et Ulm, et croyait
par cette mesure, qui causa sa perte, arrêter
la marche de notre armée. Si dans cette cir-
constance les autrichiens ont fait une faute,
on conviendra que NA pOLioN a su en
profiter.
( '9 )
Lors de la réunion des Bavarois à l'armée
française, l'Empereur adressa à ces premiers la
proclamation suivante :
SOLDATS BAVAROIS,
n Je me suis mis à la tête de mon armée ,
n pour délivrer votre patrie des plus injustes
» agresseurs
„ La maison d'Autriche veut détruire votre
„ indépendance, et vous incorporer à ses vastes
„ états. Vous serez fidèles à la mémoire de
„ vos ancêtres, qui, quelquefois opprimés,
„ ne furent jamais abattus , et conservèrent
,, toujours cette indépendance, cette existence
„ politique qui sont les premiers biens des na-
- „ tions, comme la fidélité à la maison Palatine
„ est le premier de vos devoirs"
,, En bon allié de votre souverain, j'ai été
„ touché des marques d'amour que vous lui
9, avez données dans cette circonstance im-
9, portante. Je connais votre bravoure; je me
„ flatte qu'après la première bataillé, je pourrai
,, dire à votre Prince et à mon peuple, que
„ vous êtes dignes de combattre dans les rangs
„ de la grande Armée
L'Electeur de Wurtemberg, instruit que
l'Empereur avait passé le Rhin, lui adressa une
lettre respectueuse en l'invitant de venir prendre
possession de son Palais à Louisbourg. L'Em-
pereur s'y rendit et reçut avec bonté la famille
électorale et ceux qui lui furent présentés par
elle. Il fut sensible aux témoignages d'affection
( 110 )
et de dévouement que Leurs Altesses lui téimoa
gnèrent. Sa Majesté quitta ^cette résidence le
13 vendémiaire, et, accompagné du Miniatta
de la guerre, major-général de l'armée, elle se
rendit à Nordtling où elle arriva le 14 au soir.
Voici quelle était la position de l'armée. à
cette époque : ,- "-
Le corps du maréchal Bernadotte et les
Bavarois étaient à Weissembourg,
Celui du maréchal Davoust à Œttingen, du
maréehal Soult à Donawerth, du maréchal
Ney à Kcessingen, du maréchal Lannes, à
Neresheim, et enfin le Prince Murât, avec
- sa cavalerie, bordant le Danube.
Nous touchons au moment où les plus beaux
faits d'armes qui embellissent l'histoire et qui
ont immortalisé les plus grands capitaines, vont
faire place à des faits plus glorieux et plus sur-
prenans. C'est la guerre des géans. Bientôt les
Fiançais vont se couvrir de gloire; ils vont occu-
per toutes les bouches de la renommée et remplir
l'univers du bruit de leurs exploits. Les na-
tions qui ont en horreur la perfidie & la po-
litjque des Anglais, applaudiront à la juste pu*
nition du crime et à 1 l'humiliation des viola-
teurs des traités les plus sacrés; elles reconnaî-
tront NAPOLÉON pour le premier des conqué-
rants, comme il est aussi le souverain du pre-
mier peuple du monde. e
Ne vous allarmez point pères et mères, et
vous épouses et amantes fidèles, celui qui nous
( XI )"
- guide saura vaincre et détourner de dessus nos
têtes la faux de ia mort, et la forcer à diriger
ses coups sur nos ennemis. Le ciel est pour
NAPOLÉON" et non pour ses agresseurs ; s'il
fait la guerre c'est pour vous donner la paix.
Enfin vont se succéder rapidement les évé-
nemens les plus extraordinaires des combats et
les victoires les plus complètes.
Le 14, la seconde division du corps d'armée
-du maréchal Soult, commandée par le général
Vandamme, ne s'arrête à Nordtling que deux
heures, arrive à huit heures du soir à Donawerth,
et malgré les efforts du régiment de Colloredo,
elle s'empare du Pont.
Le 15 , avec une force bien inférieure à celle
de l'ennemi, le Prince Murât passe le Lech, se
rend-, maître du pont, et culbute les autrichiens.
Le 16, après avoir coupé la route d'Ulm
à Augsbourg, il se porte sur Wertingen. Là
il se trouve en face d'une division d'infanterie
ennemie et quatre escadrons de cuirassiers d'Al-
bert. Il enveloppe ces corps, et, deux heures
--après drapeaux, canons, bagages, ofifciers et
soldats, toute cette division était au pouvoir
du vainqueur. Outre le grand nombre des
morts de l'ennemi, on lui a fait prisonniers,
deux lieutenans colonels , six majors , soixante
officiers et quatre mille soldats. L'affaire de
Wertingen doit être mise au rang des plus
célèbres, et fait infiniment d'honneur au Prince
Muratj
( la )
L'Empereur, satisfait du résultat avantageux
de ce combat, adressa la lettre suivante, aux
Préfets et Maires de la ville de Paris :
„ Messieurs les Préfets et Maires de notre..
a, bonne ville de Paris, nos troupes ayante
„ au combat de Wertingen, défait douze ba-
„ taillons de grenadiers , l'élite de l'armée
„ autrichienne, toute son artillerie étant restée
„ en notre pouvoir , ainsi qu'un grand nom-
„ bre de prisonniers et huit. drapeaux, nous:
„ avons résolu de faire présent des drapeaux
l' à notre bonne ville de Paris, et de deux
- „ pièces de canon, pour rester à l'hôtel-de.
„ ville. Nous desirons que notre bonne ville
9, de Paris vole dans ce ressouvenir et dans
M ce cadeau, qui lui sera d'autant plus pré-
;, deux., que c'est son gouverneur qui com-
„ mandait nos troupes au combat de Wer-
„ tingen, l'amour que nous lui portons. Cette
„ lettre n'étant à d'autre fin, nous prions Dieu
„ qu'il vous tienne en sa sainte et digne garde.
Le 17, l'ennemi voulant eopposer à la mar-
che du maréchal Neyr fut culbuté par tout.
Les - efforts du Prince Ferdinand , qui vint en
personne pour défendre Giinsbourg, ont été
vains. Les trois attaques de l'ennemi ayant été
inutiles, ont dû le convaincre que plus on op-
pose de résistance aux Français, plus on accé-
lère leurs triomphes. Dans cette affaire, où le
, maréchal Ney a déployé beaucoup de courage et *
de sagacité, l'ennemi a perdu plus de deux mille
( '3 )
cinq cnts hommes et abandonna douze cents
prisonniers, au nombre desquels est le général-
major d'Aspre.
L'armée n'a employé la journée du 18 qu'à
prendre des positions.
Le maréchal Davoust, qui avait passé le Da-
nube à Neubourg , arriva à Aicha avec ses
trois divisions.
- Le général Marmont, avec les divisions Bou-
det et Grouchy et la division batave qui avait
aussi passé le Danube, prit position entre Aicha
et Augsbourg.
« Le maréchal Bernadotte, avec l'armée ba-
varoise, prit position àlngolstadt; la garde im-
périale et la division de cuirassiers, aux ordres
du général d'Hautpoul, se rendirent à Augsbourg.
Le Prince Murât, avec trois divisions de ca-
valerie, fe porta en toute diligence sur le village
de Zusmershaussen , pour intercepter la route
d'Ulm à Augsbourg ; et le maréchal Lannes,
avec deux divisions de grenadiers, prit position
le même jour à ce village.
Le vol rapide de nos aigles et les sages com-
binaisons qui les dirigent remplissent l'ennemi
d'épouvante.
L'électeur de Bavière qui s'était retiré à
Wurzbourg, entrevoyant la délivrance de ses
7 états, adressa la proclamation suivante aux
Bavarois :
B AVAROIS,
M Dans un moment où j'étais uniquement oc-
( 14 )
„ cupé de votre prospérité, où je ne prévoyais
„ aucun danger, j'ai été forcément séparé - de
9, vous
„ L'Autriche, pour la conservation de la.
„ quelle le généreux sang des Bavarois a coulé
„ si souvent, avait conçu des plans perfides
,, contre vous et contre moi. On demandait,
„ avec menace, vos fils, mes braves soldats,
„ pour être disséminés dans l'armée atitri-,
„ chienne, et pour combattre une puissance qui
„ de tous tems a protégé l'indépendance de la
„ Bavière. 1
„ Ainsi, les Bavarois ne devaient plus com-
„ battre pour leur patrie, mais pour dés intérêts
„ étrangers ; ainsi, jusqu'au nom de l'armée ba-
;, varoise devait être détruit
„ Mes devoirs, comme prince et comme père
3, d'un peuple fidèle et indépendant, ont dû me
, 9, porter à repousser des propositions aussi dés-
?> honorantes pour la nation, et à maintenir avec
„ fermeté la neutralité de mes Etats
Je me flattais encore du doux espoir de voir
„ s'accomplir le plus ardent de mes vœux, le
,, repos de la patrie. Les négociations à-ce sujet.
„ n'étaient pas encore rompues, Iorsquel'Autri..
„ che, fidèle au systême d'anéantir l'indépen-
„ dance de la Bavière, viola les traités les plus
- „ sacrés; fit passer lJInn à son armée , et vous
,, traita comme les habitans d'un pays conquis.
„ Les réquisitions les plus onéreuses furent fai-
„ tesj on vous priva des instrumens les plus
t
( 15 )
v nécessaires à votre industrie, même ceux de
„ votre agriculture ; vos champs furent dévas-
9, tés, vos bestiaux enlevés de force ; on vous
„ inonda d'un papier monnaie déprécié; même
,, un grand nombre de vos fils ont été contraints
,, de servir sous les drapeaux de l'Autriche
9, Après une invasion aussi perfide, après
„ des outrages aussi ihouis, il était de ma dig-
n nité, comme Prince et comme protecteur de
la nation, de prendre les armes, et de dé-
„ livrer la patrie de ses oppresseurs
„ L'Empereur des Français, Pallié naturel de
9, la Bavière, vole à notre secours avec ses intré-
,, pides guerriers ; il vient pour nous venger :
y déjà vos frères et vos fils combattent dans les
„ rangs de ces braves habitués à la victoire,
„ et déjà nous voyons l'aurore de notre salut.
„ Bavarois, qui portez patiemment les maux
dont vous accablent les ennemis de-la patrie,
„ souvenez-vous de votre Prince qui connaît
„ vos souffrances, qui les partage, et qui ne
„ peut supporter l'idée d'être séparé de vous,
„ que dans la persuasion qu'en conservant sa
OT liberté individuelle, il s'assure les moyens
„ d'agir avec une indépendance absolue, pouf
w ses chers et fidèles sujets,".
11, Notre bonne cause est sous la protection
£ d'un Dieu juste et d'une armée courageuse,
„ commandée par un héros invincible "1. -
„ Que le mot de ralliement de chaque Bava-
* rois soit pour son Prince et pour sa patrie
f.
( 16 )
L'Empereur, pour qui les fatigues paraisaiM
n'être qu'un jeu, passe successivement d'um^M
vision à une autre. Il voit tout et aucun mou-
vement Tie se fait qu'il ne l'ait ordonné lui-mêmem
Son vaste génie embrasse toutes les parties de
cette troupe formidable , appellée à juste titre
LA GRANDE ARMÉE. L'esprit du soldat est
tel qu'il le faut pour opérer de grandes choses.
Les fatigues qu'il éprouve, loin d'émousser son
courage, semblentJui donner une nouvelle force*
et l'entretiennent dans un état de santé qu'il
-possède rarement dans les garnisons.
Il faut convenir aussi que les habitans du pays
de Wurtemberg, que l'armée a traversé, sont
venus au-devant de tout ce qui a pu lui être né-
cessaire. Logé chez eux, le soldat y a trouvé la
plus franche cordhtlit-é. En revanche celui-ci, en
se conduisant comme il le devait envers un peu-
ple allié et ami, lui a offert une différence éton-
nante entre le soldat autrichien et le soldat fran-
- çais , lorsque ce pays reçut ce premier comme
alliée -
Les religions protestante et luthérienne sont
les plus répandues dans Télectorat de Wurtem-
berg. Il est à cet égard une remarque à faire et
dont quelques catholiques pourront se formaliser,
peut-être ; mais ceux qui ne voudront pas, pour
une différence de religion , être injustes, et qui
savent que les qualités de l'a me sont indépen-
dantes .des religions, conviendront qu'on remar-
que généralement ici plus de bonne foi, de piété
et
( 17 )
2
et de vertus hospitalières chez les réformés et les
luthériens que chez les catholiques. Ces pre..
miers sont plus instruits, jouissent de plus d'ai-
sance, parce qu'ils sont plus industrieux, et sont
sur-tout remarquables. par leur propreté.
Ce pays est un des plus beaux ornemens de
la nature; il est riche en grains, paturages,
vignes, &c., et produit beaucoup de bestiaux,
principalement des bœufs et des moutons, qui
forment la principale branche de commerce
des habitans. On rencontre de très-jolis che-
vaux, 'mais il ne paraît pas qu'il existe une - -
race particulière et appartenant à ces contrées.
Malgré ces avantages, que la nature a ré-
pandus abondamment sur ces pays, le peuple y
serait bien plus heureux, s'il étoit sous la dépen- 1
dance d'un gouvernement moins arbitraire. On
voit avec peine que' les champs qu'il cultive,
et qui lui ont été laissés par ses père et mère,
sont moins sa propriété que celle du prince
sous les lois duquel il vit. Il ne peut jamais ,
- quels que soient ses besoins, disposer d'une par-
tie de son patrimoine. S'il a des dettes, et qu'il
veuille les acquitter , il est obligé d'emprunter
à de gros intérêts, pour se libérer. Dans cette
- mesure, le gouvernement trouve un produit
qui en peu d'années, excède le capital du
paysan, par le cours de l'intérêt sur les intérêts.
Il est une autre mesure qui n'est pas moins
( 18 )
avantageuse pour le gouvernement,. et qui
cause la ruine de beaucoup de familles. Un
, chef de maison vient-il à décéder, si sa femme
lui survit , elle est obligée de payer quinze
pour cent sur la totalité de ses biens. Cette
femme ne s'étant occupée, avant la mort de
Son mari, qu'aux travaux intérieurs de son
înénage, se voit obligée de confier ses intérêts
à un étranger, si elle n'a point d'enfant sus-
ceptible de gérer, ou de se remarier, ce qu'elle
fait. presque toujours, quelque soit son âge.
Alors le gouvernement s'empare du dixième
du restant, ce qui réduit le capital de cette
mère de famille aux trois quarts de ce qu'il -
était avant son second hymen.
Les unions sont rares et ne sont ordinaire-
ment que des unions spéculées. Et comme les
biens ne peuvent se partager, tin seul enfant
est héritier, et les autres subsistent comme ils
peuvent, ou sont toute leur vie dans l'état de
domesticité.
Chez la plupart des. paysans, on trouve un
métier de tisserand. Il n'est point là pour un
objet de commerce , mais seulement pour
l'usag e de la maison; chacun y travaille -
toup-à-tour.
( 19 )
Quittons enfin le pays de Wurtemberg et
suivons le cours de nos triomphes.
Dans la journée du 19, toute l'armée se
porta en avant.
Le maréchal Soult qtn, ce jour-là, s'était
porté sur Landsberg , coupa une des grandes
communications de l'ennemi. Ce maréchal ren-
contra le régiment de cuirassiers de Ferdinand
qui, avec six pièces de canon, se rendait
à marche forcée à. Ulm. L'ennemi fut chargé
par un régiment de chasseurs et mis en fuite.
Il laissa en notre pouvoir cent vingt hommes
prisonniers, un lieutenant colonel, deux capi-
taines et deux pièces de canon.
Le maréchal Bernadotte a porté son avant"
garde jusqu'à deux lieues de Munich. Les
bagages de plusieurs généraux autrichiens sont
tombés au pouvoir de ses - trouves. ,
Le maréchal Davoust s'est porté à Dachau.
Les hussards de Blankenstein, chargés par la
cavalerie de ce maréchal, laissèrent soixante
prisonniers.
Le Prince Murât, avec la réserve de ca-
valerie et les corps des maréchaux Ney et
L
( 20 )
Lannes, s'est placé en face de l'armée en.
nemie, dont la gauche occupe Ulm et la
droite Memmingen.
Le maréchal Ney borde le Danube vis-à-vis
Ulm.
Le maréchal Lannes est à Weissenhorn.
La garde impériale est partie d'Augsbourg
où est maintenant l'Empereur, pour se rendre
à Burgau.
Le général Marmont se rend à marche forcée
sur la hauteur d'illersheim.
Le Prince Murât poursuit l'ennemi, à qui
la communication d'Augsbourg à Landsberg
est coupée ; celle de Fuessem ne tardera pas
à l'être. Des dix régimens de l'armée autri-
chienne d'Italie qui viennent en poste au secours
de l'armée autrichienne de Bavière, plusieurs
ont déjà été pris. Des corps russes voyagent
aussi en poste et s'avancent vers l'Inn : mais
les positions que nous occupons maintenant,
et la tactique qui règle notre marche, nous
mettent dans le cas de ne rien craindre.
L'ennemi sachant ses principales communi-
cations coupées, s'est retiré dans Ulm, et parait
vouloir s'y maintenir.
1
( ai )
Le 20, l'ennemi attaqua, la division Dupont
qui occupait déjà la position d'Albeck. Dans
cette journée, digne d'être placée au rang des
faits d'armes les plus glorieux, on vit six
mille français , animés d'un courage vraiment
héroïque, tenir tête à vingt-cinq mille autri-
chiens. L'ennejni fut battu et laissa en notre
pouvoir mille cinq cents prisonniers.
La journée du 21 fut aussi glorieuse et décida
de la prise d'Ulm. Le maréchal Soult - arriva a
-ce jour-là, devant- Memmingen ; il cerna la
place, et le commandant demanda à capituler,
ce qui lui fut accordé.
( 22 )
CAPITULATION
De la garnison de Memmingen, convenue entrt
le maréchal Soult eu Mr. le comte de Spangen ,
général major, commandant dins Memmingen.
ARTICLE IER.
La garnison autrichienne de Memmingen se
• rend prisonnière de guerre au 4e corps de la
grande armée , commandé par Son Excellence
le maréchal Soult.
ART. II.
La garnison sortira avec les honneurs de la
guerre.
Art. Ill.
MM. les officiers seront libres de se rendre
dans leurs foyers, en donnant leur parole d'hon-
neur de ne servir qu'après échange, grade par
grade, ou de suivre le sort de leur troupe.
Art. IV.
Les officiers conserveront leurs armes, leurs
chevaux et leurs équipages les sous-officiers
tl soldats tous leurs effets d'habillement.
r 13
Art. V.
Les non-combatttns, tels que les chirurgiens,
médecins, aumôniers, fourriers et musiciens,
seront rendus.
ART. VI.
Tous les papiers qui regardent la place, ou
l'armée autrichienne, seront remis à Monsieur
le chef de l'état major de l'armée française.
ART. VII.
Toute l'artillerie, tous les approvisionnemens
de guerre et de bouche, tous les chevaux de
troupe et de transport, seront remis à l'armée
française , d'après l'état de situation de la place.
ART. VIII.
S. E. M. le maréchal promet avec plaisir
de faire donner, à tous les malades, les mêmes
soins qu'aux malades de l'armée française.
A R T. I X.
Il sera donné des chariots pour le transport
des effets de MM. les officiers.
Memmingen, le 22 vendémiaire an 14.
( 24 ) ,
Il y avait dans la place neuf bataillons ,
dont deux de grenadiers, un général-major,
trois colonels , plusieurs officiers supérieurs »
dix pièces de canon, beaucoup de bagages et
des munitions de toute espèce.
L'Empereur fait cerner Ulm où l'ennemi
a toutes ses forces, excepté un corps de vingt
mille hommes , commandé par le Prince
Ferdinand, qui, dit-on, cherche à se retirer
par la Bohême. Au même instant, le maréchal
Soult se met en marche pour Ochsenhausen,
afin d'arriver sur Biberach et être en mesure
de couper la seule retraite qui reste au Prince
Ferdinand.
Le 22, de grand matin, le maréchal Ney
s'empara du pont et de la position d'Elchin-
gen, que l'ennemi lui disputait avec seize mille
hommes. Celui-ci fut battu et perdit trois
mille hommes faits prisonniers , au nombre
desquels est un général-major.
Des tirailleurs du corps du maréchal Lannes,
dont le corps d'armée occupe la hauteur du
village de Pfoël, s'étant emparés du pont d'Ulm,
jettèrent l'épouvante dans cette ville, tandis
que le Prince Murât, avec sa cavalerie,
c 2 s y
mettait en déroute,' sur tous les points, celle
de l'ennemi. -
D'un autre côté, le général Marmont occu-
pait les ponts d'Unterkircher et d'Oberkirck,
à l'embouchure; de l'Iller, dans le Danube,
et toutes les communications des autrichiens
*
sur cette rivière.
Le 23, le maréchal Soult occupait Biberach.
Le même jour , le maréchal Bernadotte
poussa ses avant-postes jusqu'à Wasserbourg
et Haag, sur la chaussée de Braunau, et fit
cinq cents prisonniers à l'ennemi. Il lui enleva
en même temps un parc d'artillerie de dix-sept
pièces de canon.
L'armée autrichienne n'a plus de retraite et
bientôt elle sera en notre pouvoir. Une affaire
décisive doit avoir lieu dans peu, et finira la
campagne.
Cette multitude de hauts-faits, de victoires
remportées, chaque jour, sur un ennemi puis-
sant, et disposé à se défendre dans' une place
où il venait de concentrer ses principales forces,
ne laissèrent pas l'Empereur un seul moment
incertain sur le parti à prendre dans cette cir-

( a6 )
constance. Le 23, à la pointe du jour , il se
porta lui-même devant Ulm. S. M. I. fit blo-
quer cette place, du coté du Danube, par une
division de dragons aux ordres du général.
Marmont, tandis que le corps du Prince Murat
et ceux des maréchaux Lannes et Ney en
forcaient les retranchemens.
a,
Dans cette journée , l'armée française of-
frait un spectacle bien intéressant. Depuis deux
jours la pluie n'avait pas discontinué de tom-
ber; le soldat était dans la boue jusqu'aux
genoux, et n'avait point de vivres. Cet état,
qui aurait découragé tout autre que le soldat
français, n'altéra pas un seul instant sa gaieté
et son attachement à l'Empereur.
La présence de N A POL ÉON électrisait
toutes les ames. On n'entendait dans chaque
rang que les cris de VIVE L'EMPEREUR !
A l'assaut! à r assaut ! Il fallut dans ce mo-
ment toute l'autorité du souverain, et la con-
fiance que l'armée lui porte, pour empêcher
qu'Ulm ne fut escaladée. L'Empereur savait
que ce ne serait pas sans une très-grande effu-
sion de sang qu'il parviendrait à s'emparer
d'une place bien palissadée, revêtue, et
( 2 7 )
défendue par trente mille hommes. D'ailleurs,
me vçulant point s'écarter du plan qu'il s'était
tracé de ménager la vie du soldat, plan qui,
depuis le commencement de la campagne, lui
avait assuré des avantages immenses sur Fen'
nemi, sans avoir fait couler trop de sang. II
prouva, à l'exemple d'un grand Capitaine,
qu'utie victoire cesse d'être une victoire , -
quand elle coûte trop à l'humanité.
L'Empereur, lorsque l'armée occupait les
hauteurs d'Ulm, fit appeller le Prince de
Lichtenstein, général-major , enfermé dans
cette place, pour lui faire connaître « qu'il
n Désirait qu'elle capitulât, lui disant que s'il
M la prenait d'assaut, il serait obligé de faire
» ce qu'il avait fait à Jaifa , où la garnison
» fut passée au fil de l'épée, que c'était le
r> triste droit de la guerre ; qu'il voulait qu'on
* lui épargnât, et à la brave nation autri-
» chienne, la nécessité d'un acte aussi ef.
» frayant; que la place n'était pas tenable ;
qu'elle devait donc se rendre. Le prince -
insistait pour que les officiers et soldats eus-
sent la faculté de retourner en Autriche-. » Je
v l'accorde aux officiers, "et non aux soldats,
v a répondu l'Eqipereur ; car qui me garais-
C 23 )
» tira qu'on ne les fera point servir de non..
v> veau '? Puis, après avoir hésité un mo-
ment, il ajouta i » Eh bien , je me fie à la
y» parole du Prince Ferdinand. S'il est dans
o la place, je veux lui donner une preuve de
m mon estime, et je lui accorde ce que vous
» xme demandez, espérant que 4a cour de
» Vienne 'ne démentira pas la parole d'un de
* ses princes. Sur ce que Mr. de Lichtenstein
assura que le Prince Ferdinand pétait point
dans la place - » alors je ne vois pas, dit l'Ern-
J» pereur, qui-peut me garantir que les sol-
» dats que je vous renverrai ne serviront pas. M
Pendant qu'il tenait ainsi bloqué le gros* de
l'armée autrichienne , il détacha du blocus le
Prince Murat et le maréchal Bernadotte à la
poursuite des débris de cette armée, partie
commandée par le Prince Ferdinand, et l'autre
partie commandée par le général Kienmayer.
Celui-ci, atteint par le maréchal Bernadotte
laissa en notre pouvoir quelques centaines de
prisonniers, avec une grande partie de ses équi-
pages. Ce général évacue le pays et se retire
au-delà de l'Inn. De son côté, le Prince Murât
atteignit une' division du Prince Ferdinand, à
f -Lng.enau, et lui fit trois mille prisonniers. Il
( 29 )
lui enleva deux drapeaux ; un officier-général
était au nombre des prisonniers.,
Le Prince Murât, qui depuis le commence-
ment de la campagne a rapidement volé de
victoire en victoire, se porta, immédiatement
après le combat de Langenau, sur Neresheim,
où, le 25 , à 5 heures du soir, il attaqua l'en-
nemi , lui fit prisonniers un officier général et
mille hommes, et lui enleva deux drapeaux. Le
Prince Ferdinand , qui commandait dans cette
affaire, faillit être fait prisonnier. Depuis deux
jours, cette partie, de l'armée autrichienne n'a
aucun repos.
Enfin, la garnison d'Ulm, craignant d'être
prise d'assaut, se voyant cernée de toute part,
et sans espoir d'être secourue , capitula dans
la nuit du 25 au 26.
( 3° )
CAPITULATION
1
De la ville d'Ulm, convenue entre 1 S. E. le
maréchal d"* Empire Berthier, major-genértÚ..de
la Grande - Armée 9 chargé de stipuler pour
S. M. l'Empereur des Français et Roi d'Italie;
Et Mr. le feld-maréchal baron de Macle, quar*
ùtr-maître-gênéral des armées de S. M. l'Em-
pereur d'Autriche et Roi de Hongrie.
Article I.
La-place d'Ulm sera remise à
J'armée française, avec tous ses
magasins et son artillerie.
ART. II.
La garnison sortira de la place
avec tous les honneurs de la guerre ,
et, après avoir défilé, elle remettra
- ses armes. MM. les officiers seront
renvoyés sur parole en Autriche,
et les soldats et sous-officiers seront
conduits en France, où ils resteront
jusqu'à parfait échange.
ART. III.
Tous les effets, appartenant aux
officiers et soldats, leur seront laissés.
Réponses.
La moitié de l'artillerie,
de. campagne, restera tMtx
troupes autrichiennes.
Refusé.
Tout le monde sera ren-
voyé en Allemagne, tout
condition de ne pas servir
contre la France, lusqtûà
l'échange.
Refusé.
Les caisses des régiment
aussi.
Accordé.
( 51..)
AtLT. JV.
Les malades et les blessés au"
trichiens seront soignés comme les
BÀlades et blessés français.
, ART. V. -
Cependant, s'il se présentait, le
z brumaire an 14 ("25 octobre
1805 ) , avant midi , un corps d'ar-
mée capable de débloquer la ville
cl-mm, alors la garnison de cette
place serait dégagée de la première
capitulation , et serait libre de faire
ce qu'elle pondrait.
ART. VI.
Une des portes de la ville d'Ulm
( la porte de Stuttgard ) sera re-
mise, à sept heures du matin, à l'ar-
mée française, ainsi qu'un quartier
suffisant pour pouvoir contenir une
brigade.
- Art. -V 11.
L'armée française pourra faire
usage du grand pont surle Danube ,
et communiquer librement d'une
rive à l'autre.
Art. VIIT.
Le service sera réglé de part et
d'autre , de manière à ce qu'il ne
se commette aucun désordre , et
que tout soit dans la meilleure har-
monie entre les deux armées.
NOUT connaissons - ta
loyadtè et l'humanité
française.
Si, jusqu'au 25 Octobre,
à minuit, inclusivement,
des troupes autrichiennes
ou russes débloquaient la
ville, de quelque côté oit
porte que ce soit, la gar-
nison ortira librement »
avec ses armes, son artïlm
lerie et cavalerie , pour
joindra les troupes qui L'au-
ront débloquée.
Accordé.
»
Oui.
Le pont est brûlé, ou
fera l'impossible pour le
refaire.
T
La discipline française
et autrichienne nous en est
le sûr garant.
( s 2" )
Art. IX.
Tous les chevaux de cavalerie,
d'artillerie , de charrois, apparte-
nant à Sa Majesté l'Empereur
d'Autriche et Roi de Hongrie,
seront remis à l'armée française.
ART. X.
Les articles I, II, III, IV et
IX, n'auront leur exécution que
lorsque le voudra Mr. le général
coinmandant les troupes autrichien-
nes - pourvu que cela ne puisse
dépasser le 3 brumaire an 14 ( 25
octobre 1805) avant midi.
Et si, à cette époque, une ar-
mée assez en force se présentait
pour faire lever le blocus, la gar-
nison serait libre , conformément à
l'article V , de faire. ce qu'elle
voudrait.
Ulm, le 25 vendémiaire, an 14.
La capitulation d'Ulm laissa en notre pou-
voir, le général en chef Mack, dix-huit géné-
raux et trente-six mille prisonniers, au nombre
desquels étaient trois mille blessés. Il y avait
aussi dans la place trois mille chevaux, soixante
pièces de canon et cinquante drapeaux.
- Pendant que l'Empereur ratifiait la capitu..
lation d'Ulm, le Prince Murat ajoutait encore
à nos victoires, en forçant le major Locatelly,
compandant l'escorte des grands bagages de
l'armée autrichienne, de mettre bas les armes.
Capitulation
( 33 )
3
CAPITULATION
Convenue entre Mr. le général Fauconnet, d'a-
près l'autorisation du Prince Murât, et Mr.
Locatelly, major du régiment de Hohenlohc
dragons, commandant Vescorte des grands bat*
gages de l'armée autrichienne.
ARTICLE I.
Tous les bagages , hussards et
chevaux-légers qui composent le
détachement chargé de l'escorte de
l'artillerie et des bagages de l'ar-
mée autrichienne t seront prison-
niers de guerre et conduits en France.
Ils mettront, en conséquence, bas
les armes et livreront leurs chevaux
aux régi mens sous les ordres de
Mr. le général Fauconnet.
ART. II.
MM. les officiers conserveront le
cheval qu'ils montaient au moment
où le corps a été pris ; ils auront
le droit de coaserver un valet à
leur service , et il ne sera pas
touché à leurs équipages. Les soldats
conserveront leurs effets.
Art. III.
Tous les petits corps d'infanterie
et d'artillerie , également tournée
RÉPONSII.
Accordé.
Accordé un valet pour
le major et MM. les capi-
taines , et un pour deux
lieutenans ou 'fus-lic",.
nans.
< 34 y
par les troupes françaises et joints
de plus près par la cavalerie de"
Mr. te général Fauconnet , seront
prisonniers de guerre , livreront les
canons, fourgons , caissons et ar-
mes ; et MM. les officiers jouiront
des mêmes avantages que ceux ac- <
cordés aux officiers de cavalerie.
ART. IV,
MM. les officiers de cavalerie,
artillerie et infanterie, fa its prison-
niers et compris dans la présente
capitulation , pourront se retirer
dans leurs foyers, en donnant leur
parole d'honneur, par écrit, de
ne point servir contre l'armée de
S. M. I. et R. et ses alliés, jus-
qu'à ce qu'ils soient échangés , ou
jusqu'à la paix, si l'échange ne
pouvait avoir lieu.
Hottfingen , ce 26 vendémiaire an 14.
Accordé.
ti
S. A. S. Mgr. le Prince
Murât est supplié d'ac-
corder cette condition, qui
est soumise à son appro-
bation.
Chaque jour devant donner à NAPOLÉON
lune nouvelle conquête, le général de division
Belliard ,chef de Tétat-major-général de S. A. S.
le Prince Murât, forçait de son côté, le 27,
le lieutenant général Werneck à capituler et
à déposer les armes.
( S5 )
CAPITULATION
Du général Werneck.
Article I.
Le corps d'armée , aux ordres de
Mr. le lieutenant-général Werneck,
[ déposera les armes, sera prisonnier
h , de guerre et envoyé en France.
f
A Il T. II.
1
MM. les officiers - généraux et
les officiers particuliers seront pri-
! sonniers de guerre, sur parole , et
f renvoyés en Autriche : ils ne pour-
iront servir contre les armées fran-
f çaises ou contre celles des alliés de
;' S. M. l'Empereur et Roi NAPOLÉON,
f qu'après avoir été échangés.
ART. III.
? Les chevaux de la cavalerie, les
canons avec leurs attelages , ainsi
que les caissons et munitions, se-
t ront remis à l'armée française.
; Art. IV.
i' Tous les régimens , bataillons,
, escadrons ou détacheniens qui se
trouvent séparés du corps d'armée
de Mr.le lieutenant général Werneck,
r* déposeront aussi les armes, seront
prisonniers de guerre , et les articles
II f III, et V , leur seront appli-
cables.
Réponses.
J'entends ce qui fait
partie de mon corps.
( 36 )
AIT. V- ,,,
Tous les chevaux et les équi-
pages appartenant à MM. les offi-
ciers généraux et officiers particu-
liers, leur seront laissés.
m
, ART. VI.
Tous les prisonniers de guerre
français q ni sont à Trotelfingen , ou
dans les autres endroits occupés par
des troupes du corps d'armée de
Mr. le lieutenant-général Werneck,
seront rendus sur-le-champ.
Trotelfingen J le 27 vendémiaire
an 14.
Par suite des deux dernières capitulations,
l'Empereur ordonna les additions suivantes à la
capitulation d'Ulm :
Le maréchal Berthier, major-général de l'ar-
mée française, autorisé par ordre exprès de l'Em-
pereur des Français, donne sa parole d'honneur:
10. Que l'armée autrichienne est aujourd'hui
au-delà de l'Inn;
2°. Que le maréchal Lannes, avec son corps
d'armée, est à la poursuite du Prince Ferdinand, ;
et était hier à Aalen ;
e. Que le Prince Murât, avec son corps
d'armée, était hier à Nordtlingeni que les lieu-
( 37 )
tenans généraux Werneck, Baillet, Hohenzollrn
et sept autres généraux ont capitulé avec leur
corps d'armée, au village de Trotelfingen ;
4?. Que le maréchal Soult est entre Ulm et
Bregenz, surveillant la route du Tyrol; qu'il
n'y a donc aucune possibilité à ce qu'Ulm soit
secourue.
M. le lieutenant-général, quartier-maître-gé-
néral Mack , portant croyance aux déclara-
tions ci-dessus, est prêt à évacuer, dans la jour-
née de demain, la ville d'Ulm, y mettant pour
condition :
Que le corps entier de M. le maréchal
Ney, composé de douze régiraens d'infan-
terie et de quatre régimens de troupes à
cheval, ne quittera pas Ulm et un rayon de
dix lieues, jusqu'au 25 octobre, à minuit,
époque où expire la capitulation.
MM. le maréchal Berthier et le baron de
Mack, lieutenant-général, quartier-maître-gé-
néral, conviennent des articles ci-dessus.
En conséquence , demain à trois heures après-
midi, l'armée autrichienne défilera devant Sa
Majesté l'Empereur des Français, avec tous
- ( 58 ).
les honnëurs de la guerre ; elle posera les ar*
mes, et des ordres de route seront donné* à
MM. 'les officiers, qui conserveront leurs ar-
mes , pour se rendre en Autriche , par les deux
routes ds Kempten et de Bregenz, pour le
Tyrol.
Elchingen, 27 vendémiaire an 14.
Les pertes que l'ennemi a éprouvées depuis
le commencement de la campagne sont im-
menses. Les combats, de Wertingen , dé
Günzbourg, d'Elchingen , les journées de
M£mmingen, d'Ulm, les combats d'Albreck,
de Langenau, de Neresheim, et les capitula-
tions du général Werneck et du major Locatelly,
lui ont coûté soixante - dix mille hommes
tant infanterie que cavalerie, quatre-vingt-dix
drapeaux, deux cents pièces de canon , son parc
en entier et tous ses généraux. Tandis que de
notre côté la perte ne se monte qu'à cinq
cents morts et mille blessés. -
xLe plan de campagne que nous suivons est
nouveau et l'emporre sur ceux que les plus
grands capitaines ont mis en pratique. Par ta
disposition que l'Empereur fait de ses trou-
pes 9 il met toujours l'ennemi qu'il combat, dan.
< 39 ) 1
l'alternative désespérante dé fuir où de 5e
lûisàer tourner. Car, tandis qu'un ou deux
corps d'armée obtiennent une victoire impor-
tante sur l'ennemi, uir autre corps , destiné Seu-
lement à éclairer, remporte des avantages qui
ne sont ordinairement que le résultat des plus
-g randes afeires. Ce, syftême. de combattre, in-
connu jusqu'à ce jour et créé par Napoléon»
doit, étant mis en pratique par des Français,
décider la victoire en faveur de leurs armé!j.
Tel est ce systéme; qu'il diminue les dangers
en doublant le courage. Graces,soyent rendîtes
4au génie créateur qui de l'art le plus meur-
jtrier a fait un art de pur exercice. Il ne lui
a fallu, pour vaincre une armée de cent mille
hommes, que des manœuvres. "C'est pourépar-
r> gner leur sang, dit-il, que je leur fais essuyer
� tant de fatigues ",/
Quelquefois, il est vrai, l'armée a été livrée
à des fatigues inouïes, mais l'Empereur mon-
trant lui-même l'exemple, ne -devait laisser à
personne le droit de se plaindre. Un jour un of-
ficier autrichien l'ayant vu trempé et couvert
de boue en témoignait sa surprise. L'Empereur
qui en fut instruit, lui fit répondre :„ Votïe
- -" maître a - Voulu me faire fêssouvemr que
( 40 )
5, j'étais un soldat, j'espère qu'il conviendra
„ que le trône et la pourpre impériale ne mont
„ pas fait oublier mon premier métier
Ces résultats prodigieux, fruits des talens, de
la valeur et de l'intrépidité française, sont
l'ouvrage du héros qui guide nos armées. La
défaite des Wurmser, Mélas et Mack atteste
son génie militaire. Il vient de placer l'armée
du Prince Ferdinand dans la même situation
où il plaça celle de Mêlas. Celui - ci prit la
noble résolution de passer sur le corps de l'ar-
mée française, et donna lieu à l'immortelle ba-
taille de Marengo. Le Prince Ferdinand, au
contraire, moins décidé, s'échappa avec quatre
escadrons seulement, et laissa son général Mack
dans Ulm. Cependant, ce général essaya de
se retirer par différentes routes qui aboutissent
à cette ville, mais il ne put faire échapper que
les divisions Hohenzollrn et Werneck, qui,
comme on vient de le lire, ne tardèrent pas à
être prises , parce que l'Empereur, ayant fait
enlever le pont et la position d'Elchingen, lui
£ ta tout moyen de s'esquiver.
Enfin, le 28, l'armée autrichienne, prison-
nière dans Ulm, a défilé et déposé les armes
devant l'Empereur. S. M. était entourée de
( 41 )
sa garde et de l'armée française qui occupait
les hauteurs d'Ulm. Elle fit placer les généraux
autrichiens à ses côtés , où ils restèrent tout le
temps que l'armée ennemie défila. Ce héros
leur témoigna beaucoup d'égard et de bonté.
„ Messieurs, leur dit-il, votre maître me fait
» une guerre injuste ; je vous le dis franche-
« ment, je ne sais point pourquoi je me bats ;
» je ne sais ce qu'on veut de moi.
y> Ce n'est pas dans cette seule armée que
9, consistent mes ressources. Cela serait-il vrai,
» mon armée, et moi ferions bien du chemin.
Mais j'en appelle à vos propres prisonniers,
» qui vont bientôt traverser la France : ils
r> verront quel esprit anime mon peuple ,et avec
» quel empressement il viendra se ranger sous
y» mes drapeaux. Voilà l'avantage de ma na-
» tion et de ma position. Avec un mot, deux
r> cent mille hommes de bonne volonté accou-
» reront près de moi, et en six semaines seront
» de bons soldats ; au lieu que vos recrues
o ne marcheront que par forces, et ne pourront,
* qu'après plusieurs années, faire des soldats.
» Je donne encore un conseil à mon
»» frère l'Empereur d'Allemagne : qu'il se hâte
» de faire la paix ; c'est le moment de se rap-

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.