Précis historique des principaux événemens qui ont eu lieu en 1811 dans la ville de Caen, lors du passage et pendant le séjour de Napoléon le Grand,... et de Marie-Louise d'Autriche,...

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impr. de J.-H. Stône. 1811. France -- 1804-1814 (Empire). 30 p. ; in-4.
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Publié le : mardi 1 janvier 1811
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PRÉCIS HISTORIQUE
DES
PRINCIPAUX ÉVÉNEMENS
QUI ONT EU LIEU EN 181 1 DANS LA VILLE DE CAEN,
I.ORS DU PASSAGE ET PENDANT LE SÉJOUR
DE NAPOLÉON-LE-GRAND,
EMPEREUR DES FRANÇAIS, ROI D'ITALIE,
PROTECTEUR DE LA CONFÉDÉRATION DU RHIN, MÉDIATEUR DE LA
CONFÉDÉRATION SUISSE, ETC.,
E T
DE MARIE-LOUISE D'AUTRICHE,
SON AUGUSTE ÉPOUSE, IMPÉRATRICE ET REINE.
PRÉCIS HISTORIQUE.
T i A ville de Caen doit transmettre aux siècles futurs les
événemens mémorables qui se sont passés dans son enceinte,
lors du voyage et pendant le séjour de NAPOLÉON-LE-GRAND
et de MARIE - LOUISE D'AUTRICHE. Heureuse de n'avoir à
raconter que des faits glorieux pour ses Souverains et
touchans pour les sujets, elle comprimera son enthousiasme
pour ne dire les choses que comme elles sont; l'histoire ne
veut que des faits et la vérité.
Les habitans de la ville de Caen avaient conçu l'espérance
de recevoir l'Empereur, de le contempler, de lui donner
des témoignages de respect, d'amour et de dévouement. Au
désir naturel de voir un grand homme, devenu immortel
par ses exploits, devant qui les Puissances s'étaient abaissées;
qui, par son épée, faisait trembler toute l'Europe; qui, par
sa politique, avait appaisé tous les partis; qui, par ses lois,
devait gouverner le monde, se joignait l'espérance, que si
leur Souverain venait au milieu d'eux , il reconnaîtrait,
à l'effusion de la joie universelle, qu'il n'avait pas de
- (4)
sujets plus fidèles ni plus attachés à sa personne que les
Normands.
Une députation du Collége électoral avait été envoyée
au mois de février 1811 pour complimenter l'Empereur;
admise à son audience le dimanche 10 du même mois, il
répondit à son discours de félicitation:
« Depuis long-temps j'ai le projet de visiter votre dépar-
« tement ; bien des objets intéressans m'y appellent. C'est
« un des premiers voyages que je me propose de faire. » -
Ces paroles furent bientôt transmises de bouche en bouche
parmi les habitans de la ville de Caen. Dans toutes les
classes de la société, l'on se disait avec enthousiasme : Nous
- verrons bientôt l'Empereur.
Des proj ets de Garde d'Honneur k pied et à cheval avaient
été conçus, ils furent en peu de jours réalisés. Les jeunes gens
les plus distingués et les plus riches de la ville, même des pères
de famille, ambitionnèrent la faveur d'approcher la personne
sacrée de l'Empereur ; deux nouveaux Corps de troupes
d'élite s'équipèrent richement à leurs frais; tout le dépar-
tement voulut concourir à la formation de la Garde à cheval,
dont M. de Mathan, Chef de la Garde Nationale et Membre
du Conseil Municipal, signalé par l'opinion publique, fut
nommé Colonel; l'uniforme fut simple, mais brillant; les
savaliei's recherchèrent les meilleurs chevaux de la Normandie,
( 5 )
ils se.livrèrent à des exercices journaliers; il est peu de Corps
aussi bien organisés, ayant une aussi belle tenue que celui-là.
La Garde à pied ne se distingua pas moins par son zèle,
par le choix de ceux qui la composèrent, par ses exercices.
Elle avait nommé pour son Colonel M. de Courville, ancien
Officier, recommandable par ses services militaires.
Le jour arrive où se répand une nouvelle qui réjouit,
qui transporte. Le vendredi 17 mai, à neuf heures du matin,
un courrier extraordinaire apporte des dépêches à M. le Baron
Méchin, Préfet du département. L'Empereur, l'Inipératrice
et une partie de la Cour doivent arriver le 20 dans la ville
de Caen. M. le Préfet en instruit le Maire; il est annoncé
aux habitans que leurs vœux sont comblés, que dans trois
jours l'Empereur et l'Impératrice seront au milieu d'eux.
Agréable surprise! l'Impératrice qui, au sein des grandeurs,
est un modèle de sagesse et de vertus; cette jeune épouse qui
vient de mettre au monde un gage précieux de la stabilité
de l'Empire, l'effroi des ennemis, l'espérance des siècles
futurs. La joie redouble ; le plus vif enthousiasme règne
parmi les habitans de la cité ; mais dans trois jours
Leurs Majestés arrivent. Eh ! quels préparatifs pour les
recevoir d'une manière, sinon digne d'eux, au moins capable
d'exprimer extérieurement les sentimens d'admiration et
d'amour dont chaque citoyen est pénétré!
(6 )
Le Corps Municipal agit plutôt qu'il ne délibère. Ses
Membres se divisent en Commissions, l'une pour préparer
des logemens, une autre pour faire sabler les rues, une
troisième pour présider à la décoration de la ville et aux
illuminations, une quatrième pour préparer un bal et des
festins. Les architectes sont commandés, les ouvriers se
présentent en foule pour élever un obélisque sur la Place
Impériale, et un arc de triomphe vis-à-vis des casernes.
Les marchands, les artisans, sont avertis qu'une salle va
être préparée pour y exposer aux yeux de leurs Souverains,
les efforts et les prodiges de l'industrie. Tout est en activité;
chacun voit le peu de temps qu'il a devant soi : il n'est plus
de nuit; les préparatifs des fêtes sont eux-mêmes des fêtes
qui font oublier le repos et la fatigue.
Ici nous devons faire connaître les Souverains, les Princes
et les personnes illustres que la ville devait recevoir .dans
son sein, et les logemens qui leur furent destinés.
L'Empereur avait à sa suite le Grand Duc de Wurtzbourg ,
Oncle de l'Impératrice; le Prince Vice-Roi d'Italie; les
Ministres de la Marine , de l'Intérieur, et le Ministre
Secrétaire d'État ; le Grand Maréchal du Palais ; le Comte
de Lobau, Aide-de-Camp de Sa Majesté; le Comte de
Rambuteau, Chambellan ; les Barons d'Héricy et de Mégrigny,
( 7 )
Écuyers; le Baron de Beausset, Préfet du Palais; et le Baron
de Canouville, Maréchal-des-Logis du Palais.
Le service de l'Impératrice était composé du Comte de
Beauharnais, Chevalier d'Honneur; du Prince Aldobrandini,
premier Ecuyer; de Madame la Duchesse de Montebello,
Dame d'Honneur; de Mesdames la Princesse Aldobrandini,
la Comtesse de Beauveau, la Duchesse d'Alberg, la Comtesse
de Périgord, Dames du Palais ; de deux Chambellans, les
Comtes de Beauveau et de Courtomer; de deux Écuyers,
le Baron d'Audenarde et le Baron de Saint- Agnan.
Il y avait encore à leur suite MM. Athalin et d'Haulpouls,
Officiers d'ordonnance; les BaronsMenneval, Fain, de Ponthon,
Monnier, d'Albe; M. Bourdier, médecin de l'Impératrice; le
Baron Yvan, et M. Varelleaud, chirurgien; quatre Pages et
un Menin.
Dans la rue Guilbert, les hôtels d'Hautefeuille et Dufresne,
contigus, furent réunis et formèrent le palais impérial. Cette
rue, ennoblie par la présence de Leurs Majestés, a pris le nom
de RUE NAPOLÉON.
Dans la même rue, l'hôtel Magneville devint le palais du
Grand Duc de Wurtzbourg , et l'hôtel Dangerville, celui
du Prince Vice-Roi d'Italie.
JDesJiôtels, dans la même rue et dans celles les plus voisines,
Jftiççnt ^parés pour les Dignitaires et Officiers de la Cour.
( 8 )
Les citoyens s'empressaient à l'envi de fournir tout ce
qui pouvait contribuer à l'ornement des appartemens, et
à la commodité des illustres personnages qui devaient
y résider.
Il serait difficile de décrire les préparatifs qui se faisaient
de toutes parts pour la décoration et l'embellissement de
la ville ; la rivière de l'Orne était couverte des barques qui
apportaient du sable pour les rues; des centaines d'ouvriers
étaient occupés jour et nuit à la construction d'un obélisque
de quarante - cinq pieds de hauteur au milieu de la Place
Impériale, et d'un arc de triomphe en-deçà du Pont de
Vaucelles; cet arc de triomphe, dirigé par un architecte
habile, se convertira sans doute en un MONUMENT ÉTERNEL;
toutes les rues se couvraient de guirlandes , auxquelles
étaient suspendus des cœurs, des aigles, des couronnes, -
des berceaux ; toutes les maisons se paraient de feuillages
et de fleurs. On disposait, pour une illumination générale,
la plus brillante qui fut jamais , des transparens , des
emblèmes, des inscriptions, en l'honneur de l'Empereur,
de l'Impératrice et du Roi de Rome.
Leurs Majestés y attendues pour le 20 mai, n'arrivèrent que
le 22 au soir; ce retard affligeait la multitude, et cependant
on redoublait d'activité pour achever les ouvrages que la
précipitation n'avait fait qu'ébaucher.
( 9 )
2
Les habitans des campagnes et des villes voisines affluaient,
et toute la population du département semblait réunie
dans la ville de Caen pour y contempler ses Souverains.
Le 22 au matin, M. le Comte de Montalivet, Ministre
de l'Intérieur , arrivé dans la nuit avec plusieurs autres
Dignitaires de l'Empire, parcourut à cheval différens quartiers
de la ville , et visita les établissemens publics ; il se
rendit ensuite à l'Hôtel - de -Ville pour y conférer avec les
diverses Administrations ; trois Membres du Conseil Municipal
à ce délégués, les Administrateurs des hospices, ceux du
Bureau de bienfaisance, les Membres de la Chambre de
commerce, avec M. Lentaigne-Logivière, Maire de la ville
de Caen , et Président de tous ces Corps, eurent l'honneur
de s'entretenir successivement avec lui, pendant plus de
quatre heures, sur les intérêts de la ville; il en examina les
revenus et les dépenses, il fixa d'un œil rapide les amé-
liorations que l'on pouvait espérer, il jugea du mérite des
plans qui étaient projetés, il indiqua les changemens qu'il
convenait de faire, et les demandes que Sa Majesté pourrait
accueillir; il prit des notes sur chaque objet: en dictant à
son secrétaire, il représentait et peignait, pour ainsi dire,
les localités avec une promptitude et une exactitude incon-
cevables ; il les connaissait déjà aussi bien que les habitans
eux-mêmes : en sortant de la conférence, on se disait l'un à
( 10 )
l'autre : Voilà un véritable Administrateur! on reconnaît
le Grand Monarque au choix de pareils Ministres! De
son côté, Son Excellence approuva l'administration du Maire 5
elle lui témoigna sa satisfaction, et donna, par les complimens
qu'elle lui adressa, de nouveaux motifs d'encouragement.
Le Ministre avait accepté l'offre d'un dîner, qui lui avait
été faite au nom du Corps Municipal ; un repas de soixante
- couverts avait été préparé à l'Hôtel-de-Ville. M. le Général
Comte Walter, M. le Général Duc de Plaisance, M. le Baron
de Canouville, et plusieurs Officiers de la Cour avaient été
également invités. Ce repas, où l'on vit sur tous les visages
éclater la joie la plus vive, devint le prélude des fêtes ; on fut
agréablement surpris, au toast porté à Leurs Majestés par
M. le Maire , d'entendre une musique, adroitement dérobée
aux regards, répéter à plusieurs reprises : Où peut-on être
mieux qu'au sein de sa famille.
Le repas fini, le Ministre était retourné dans une autre
salle de l'hôtel pour donner audience aux Membres du
Conseil d'arrondissement ; il était dix heures du soir : on
n'attendait l'arrivée de Leurs Majestés que pour le lendemain;
mais des courriers arrivent et se succèdent ; on apprend que
dans une heure l'Empereur et son Auguste Épouse seront
dans la ville.
Ce fut comme par une espèce d'enchantement qu'au pre-
( Il )
2
mier son du tambour, toute la ville fut illuminée, les sables
épandus ; les Gardes d'Honneur à pied et à cheval transportés
sur la route de Falaise , les Membres du Conseil Municipal
réunis, et dirigés, avec la Garde et la musique, vers une
tente qu'ils avaient fait placer à l'extrémité du faubourg;
M. le Maire faisant porter, par le receveur de la ville, une
clef d'or et une clef d'argent attachées l'une à l'autre par
une double chaîne.
Ces clefs, habilement travaillées, étaient surmontées d'un
aigle, et portaient cette devise :
Inutiles cordibus apertis.
A onze heures trois quarts, Leurs Majestés se trouvent, à
l'entrée du faubourg , environnées d'une foule immense de
peuple, qui les reçoit aux cris et aux acclamations de vive
l'Empereur! vive VImpératrice !
A l'instant le canon et toutes les cloches de la ville se
font entendre.
La voiture de Leurs Majestés avait dépassé la tente ,
l'Empereur s'en aperçut, et il eut la bonté de faire arrêter
jusqu'à ce que M. le Préfet et M. le Maire fussent arrivés à lui.
Ce fut en vain que ces Magistrats voulurent complimenter
Leurs Majestés, les acclamations redoublées du peuple
couvrirent leurs voix, et ne leur permirent pas de se faire
( 12 )
entendre. Ils furent contraints de présenter leurs discours à
l'Empereur, qui les reçut en donnant des marques de satis-
faction. Il fit signe au Maire de garder les clefs qu'il lui
présentait, et il continua sa route au petit pas , jusqu'au
palais qui lui était préparé, n'entendant autour de lui que
des applaudissemens et des cris de vive l'Empereur! vive
l'Impératrice! vive le Roi de Ro ine 1
Voici le discours que M. de Logivière, Maire r se proposait
de faire à Leurs Majestés.
SIRE,
« Appelé, par le poste honorable auquel votre bonté a daigné
m'élever, à porter aux pieds de Votre Majesté Impériale et Royale
l'expression des sentimens dont sont animés, pour votre personne
sacrée, vos fidèles sujets de la ville de Caen, comment mon bonheur
ne serait-il pas au comble ?
De toutes parts, Sire, la joie publique éclate; partout elle
proclame la sincérité des sentimens des habitans. En vous ils voient
un père tendre, qni vient visiter ses enfans, qui vient les récom-
penser de leur inaltérable fidélité, et dont la présence seule les
venge des outrages de ceux qui auraient osé les calomnier.
Onze années d'administration, Sire, m'ont donné assez d'expé-
rience pour attester à Votre Majesté que nul peuple ne peut vous
aimer davantage, que ce peuple brave, sage, prudent, laborieux,
qui se présente aujourd'hui à vos regards; que ce peuple habitué

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