Précis historique du blocus de Landau , avec les détails de tous les évènemens dont cette commune a été le théâtre, par un témoin occulaire

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[s.n.] (Gertruydemberg). 1802. 120 p. ; in-8.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1802
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PRÉCIS HISTORIQUE
DU BLOCUS DE LANDAU,
ÇLS&VEC ~st- 3~ S}u 70utL fetL
évêiiemeiut_ 9ouio cetlu QommuutJ
ILJ ¿lú ftJ iêcahtJ.
Par UN TÉMOIN ocgulaire^
G E R T R U Y D E M B E
1 802.
Le crime ne demeure jamais impuni dans les ré-*
publiques ; & c'eft un des grands avantages du gouver-
nement démocratique, fur-tous les autres. L'autorité,
qui y change fou vent de main peut porter fuccef-,
fivement tes regards fur les abus', la violation des lois,
la tyrannie de certains individus & le trop d'afcendant,
de quelques autres fur la multitude. Tous les hommes.
n'ont pas d'intérêt à perfécuter l'innocence, à protéger
le crime & la. calomnie, à envélopper la vérité dans,
d'épaiffes tér.ébres. CeHes que des félérats ont fn-
jetterpendant quelque tems"iur lesévénemens qui ont
eû - lieu à Landau fe font dissipées au jour de la vérité :
mais ces événemens appartiennent à l'hiftoire de la
révolution Françaife & il en essentiel d-en çcmferver
le fouvenir. Il eft nécessaire sur-tout, d'apprendre à la
poftérité que lortque le féroce Robefpierre inondoit
Paris de fang ; fes agens ijk fes complices répandus
dans les départemens, y défignoient les victimes qu'ils
faifoient arrêter, emprifonner & traîner au tribunal
d'affaffins qui fiègeoit à Paris, fouste nom dé tribu-
nal révolutionnaire.
La vérité étant ia qualité effentielle de l'hiftoire, on
ne fe contentera pps de garantir celle des faits con-
tenus dans cet ouvrage, par la feule aflertion du
rédacteur qui en a été le témoin. On l'appuyera encore
de tous les mémoires qui ont paru à ce fujet dont on
donnera la lifte avec le nom des auteurs. On s'étayera
des monumens hiftoriques les moins suspects, ceft-
à-dire des arrêtés du confeil de défense, des procès,
verbaux du tribunal criminel & de la société popu-
laire de Landau , du journal du blocus & de plu-
fieurs autres écrits de la totalité defquels cet ouvrage
n eft que l'extrait. On en appelera au témoignage des
autorités conftituées, de la garnîfon & de tous les
habitans de Landau qui ont rçjidu hommage à la vérité
dans divers mémoires imprimés.
Pusse cet ouvrage uniquement entrepris pour le
triomphe de la vérité , de l'humanité & de la juftice
fervir de leçon à la poftérité ! Puifîe notre gouverne-
ment s'établir d'une manière durable fur les bafes
éternelles du bonheur du peuple et faire époque dans
les annales eu monde, comme n'ayant plus ni bour-
reaux ni victimes
Noms des Auteurs.' Intitulé des écrits cités
Dental repréf. du peuple.
dans cet ouvrage.
Rapport à là convention na-
tionale.
Mémoire du même.
La prétendue cage de fer on
Dentzel à les concitoyens.
Réponfe fommaire aux calom-
niateurs du citoyen Dentzel re-
préfentent du peuple.
Le conseil général aiunom
des habitans de Landau.
Mémoire des liabitansde Laudau.
Réfutation de quelques unes
des faussetés du mémoire de
Treich. ,
Délibération de la commifiiou
municipale St du comité de lur-
veillance de la commune de
Laudau.
Serviez général de brigade.
Lettre à Lacofte & Baudot.
Expofé de la conduite depuis
la révolution & nommément pen-
dant le blocus de Landau.
, Mémoire fur la conduite mi.
litaire de Laubad ère.
Réponse du général Serviez,
à un libelle intitulé mémoire du
général Treich.
Lettre au comité de fûreté gé-
nérale.
,
Noms des Auteurs. Intitule cles écrits4
Contamine aide de camp
du général Serviez
Mémoire.
Demejîre commande. tem-
poraire.
Mémoire.
Laudier aîné aide de camp
de Laubadère.
Mémoire.
Id. intitulé la pure vérité.
Laval chef de brigade du
55.e régiment d'infanterie.
Mémoire.
Ecrit intitulé encore une dia-
tribe fur la cage de fer.
Gosse chef du bataillon
de l' Allier.
Mémoire.
Raulin quartier-maîfe du
J5.e régiment.
Mémoire.
Dedon commandant
l'artillerie.
Mémoire.
Lettre au miniftre de la guerrej
Maurice Dufort chef de
brigade du 2.2.e régiment
de cavalerie.
Mémoire.
Dornes chef d'efcadron du
même régiment.
Mémoire.
Blanchart fous-lieutenant
au même régiment.
Journal des événement les plus
remarquables du blocus de Lan-
dau.
Victor Laudier ingénieur.
Mémoire.
Cet ouvrage a été compofé en l'an 3, des raifons
étrangères au fujet n'en ont pas permis l'impreffion
jusqu'a ce jour.
PRÉCIS HISTORIQUE
(Du (fJ3focuéJ du Jfaudau.
L'ARMÉE du Rhin forcée à la retraite après
la reddition de Mayence , alla s'établir en-
core dans les lignes de Weissembourg d'où
elle étoit partie peu auparavant. Dès-lors
le blocus de Landau devint inévitable et les
deux délégués de la convention nationale ,
Ruamps et Dentzel, qui se trouvèrent au-
près de l'armée ; prirent les mesures que
commandoient les circonstances. Par un ar-
rêté (a) fait double, il fut convenu que
Ruamps suivroit le corps d'armée et que
Dentzel s'enfermeroit à Landau. Il seroit
hors du sujet d'examiner , si l'on fit une
faute , en abandonnant cette place à elle-
même, ainsi que beaucoup de militaires l'ont
( a ) 27 juillet.
8
prétendu ; maïs on ne peut s'empêcher de
remarquer qu'un mouvement aussi rétro-
grade , privoit l'armée d'environ neuf mille
liomines que contenoit Landau, et ouvroit
les déparns. duPihin aux ennemis de la France.
Ce fut le 27 Juillet 1793 (v. st.), que
commença le blocus de cette place, aussi
mémorable par les vains efforts de l'ennemi
pour s'en rendre maître , que par les évé-
auens dont elle fut le théâtre Ce même jour
Laubadère général de division de l'armée
du Rhin , arrive chez Dentzel et lui mon-
tre un arrêté signé de Ruamps seul, par
lequel il étoit nommé commandant en chef
de Landau , en remplacement de Gilot qui
étoit rappelé à l'armée. Cet arrêté donnoit
pour adjt. à te nouveau commandt Delmas
genér1. de brigade. On assure que Laubadere
intriguoit depuis loug-tems pour avoir cette
place , qu'il ne dut ajoute-t-on qu'à l'ami-
tié de Ruamps pour son collègue. Ce repré-
sentant l'avoit nommé général de brigade et
il fut bien aise pour conserver son ouvra-
ge, de ne le laisser exposé ni aux dangers de
la campagne, ni à ceux de la suspensibn.
Il est nécessaire de faire connoitre ces deux
généraux auteurs et fauteurs de tous les trou-
bles qui ont agité Landau et de toutes les
.atrocités qui s'y sont commises.
Laubadere ci devant ingénieur, d'un âge
xnûr , d'une santé peu robuste , d'un carac-
tère foible, étoit jaloux à l'excès de son au-
torité. Susceptible des plus mauvaises im-
1t 7 Juillet,
Lettre de
Dedon au
ministoede
la guerre.
9 -
pressions, il étoit livré comme tous ceux
de ce caractère à quiconque savoit prendre
de l'ascendant sur son esprit , surtout quand
on savoit s'en faire craindre ou qu'on pouvoit
lui devenir utile. Il avoit fait son avancement
militaire au commencement de la guerre et
étoit parvenu au premier grade d'officier su-
périeur , sous Lukner à force d'adulations
et de souplesses. Aussi le vit on dans plu-
sieurs circonstances, s'efforcer de faire crier
au soldat, vive Lukner, au lieu de vive la
nation , en l'y animant de la voix et du
geste. A la fois fourbe et rempant , il se
servit de la conduite vigoureuse d'un co-
lonel et de celle de son corps à l'armée,
pour parvenir au grade de général de divi-
sion , en s'attrihuant la conduite de ce co-
lonel , qu'il avoit comblé d'éloges et flat-
té d'un avancement sûr ; mais le colonel
n'avança pas et Laubadère fut promû à un
grade supérieur. Adulateur des généraux en
chef, lorsqu'ils étoient en place , il les dé-
nigroit avec acharnement lorsqu'ils étoient
rappelés. Capable des actions les plus indi-
gnes pour parvenir à ses iins, sujet à pren-
dre l'épouvante lorsqu'il étoit au feu; il ne
jouissoit d'aucune estime à l'armée, où il
étoit regardé comme sans moralité , sans ta-
lens et sans bravoure.
Delmas officier dans l'ancien régime au
régiment ci-devant Touraine, en avoit été
renvoyé, quoiqu'il y eût un oncle lieute-
nant colonel, tant il portoit la crapule et la
Expofê de
la conduite
de Servieg
page 16.
Mémoire
des habi-
tans de
Landau.
p. 26&63
Idem. de
Maurice
page 5.
Journal
des événe-
les plus re-
marquabl.
pendant le
blocus de
Landau,
page 17
not. 13
&i!.
Lettre de
Dedon au
minière
dela guerre
Mémoire
de Dentrel
page iz.
Mémoire
fur la con-
duite mili-
taire de
Laubadere
p. 2, 7 &9
Idem, de
Victor
Laudier ,
page 45.
Idem de la
pure vérité
page ij.
JO
mauvaise conduite à l'excès. Sans état à la
révolution , il s'y étoit jetté à corps perdu
et s'étoit fait assassin et incendiaire ; il se
vanta publiquement à Landau d'avoir fait
assassiner deux officiers du 22.e régiment
de cavalerie ci-devant royal-navarre. Il en-
tra dans le I.er bataillon des volontaires de
la Correze dont il devint chef, il fut fait en-
suite général de brigade à l'aide d'une faus-
se bravoure , de beaucoup de jactance et
de l'amitié singulière que lui voua le repré-
sentant Ruamps. Aussi impudent que bru-
tal, Delmas portoit ses passions au plus haut
dégré , nommément celles de l'alnbition,
de la crapule , de la vengeance et de la co-
lère. Stokam lieutenant - colonel du 55e ré-
giment d'infanterie , vieux militaire estimé,
lui dit en plein conseil de défense, qu'il
le connoissoit depuis long - tems pour un
brigand et un scélérat, et il passoit pour tel
à l'armée et à Landau. Tels étoient les deux
généraux nommés au commandement d'une
place , où leur conduite devoit tant influer
sur les hommes destinés à la défendre : tels
étoient les successeurs de Gilot, ce vieux
; militaire aussi aimé , qu'estimé.
Le représentant Dentzel, sans égard à la
confiance marquée dont jouissoit ce der-
nier, exécuta à la lettre l'arrêté de son col-
légue, quoiqu'il n'en eut pas été prévenu ,
quoiqu'il ne fut signé que de lui , quoique
le blocus fut commencé. Il provoqua même
la confiance de la garnison envers Lauba-
Joumal j
des événe-
mens les]
plus re- 4
marquabl. 1
pages 18
& 19 not.
20 & 24. (
Rapport
de Dentzel
à la cotiv.
nationale,
page 7.
Mémoire
des habi-
tans de
Landau ,
pages 25
& 63.
Mémoire
Raulin.
page 3.
Idem. de
Maurice ,
page s.
idem de la
pure vérité
page 38.
Idem. de
Victor
Laudier
pages 6 ,
10 & 17.
Mémoire
de Dedoll
page 4.
idem. de
Blanchart
PaSt S-
11
dère et Delmas, dont il fit publiquement
l'éloge nommément du dernier.
A la fin de juillet les chefs furent convoqués
chezDentzel, pour y convenir de l'heure et
du lieu ordinaire des séances, ainsi que de la
forme du conseil de défense. Laubadère s'y
plaignît des éloges et des regrets qu'on don-
noit publiquement à Gilot; Delrnas des pro-
pos qu'on tenoit sur sa jeunesse , dont il
dit qu'il s'honoroit. Hardouin officier des
canonniers du 21.e régiment d'infanterie,
depuis membre de l'état-major de Lauba-
dère , déclama contre les colonels de la gar-
nison ; Dentzel saisit cette occasion, pour
faire encore l'éloge des généraux , en invi-
tant tout le monde à leur montrer la plus
grande confiance; il provoqua l'union et le
calme au nom de la patrie, et insista pour
que les chefs propageassent ces sentimens,
dans les ordres particuliers de leur corps.
Le lendemain le conseil de défense s'établit
à la maison commune ; il fut composé, ou-
tre des chefs , d'un officier, d'un sous of-
licier et d'un fusilier par bataillon, nommés.
par le soldat. Laubadère y lit entrer aussi'
ses aides-de-camp, un état-major d'armée
qu'il se forma et l'état major de la place.
On y fit l'appel général des mem bres dont
on forma la liste: Hardouin fit hautement
l'éloge de la composition du conseil, dif-
férente, ajouta-t-il, de laforme aristocra-
que des autres. Le tems ayant manqué pour
délibérer sur quelques objets pressans, on
s'ajourna au lendemain matin.
Mémoire
de Dentzel
prge 5.
31 juillet.
Arrêté dit
conseil de
défense du
1.er août
12
Ce fut pendant cette seconde séance que
se présenta un député des soldats français
restés malades à Mayence et qu'on ren-
voyoit en France. Ils étoient arrivés la
: veille fort tard , et avoient été contraints de
passer la nuit dehors sans vivres , sans
secours , sans pansement , sans moyens
de continuer leur route. Envahi ils avoient
adressé les réclamations les plus fortes , les
plus réitérées à Laubadère, au moment de
leur arrivée , pour pouvoir entrer en ville,
ou obtenir les soulagemens que l'humanité
réclamoit en leur faveur ; le commandant
ordonna pour toute réponse de ne laisser
entrer aucun individu du convoi" Dans ce
moment, disoit le député , mes frères d'ar-
ines exposés au soleil le plus ardent, après la
nuit la plus dou leu reuse , ont les besoins les
plus urgents. Si vous persistez à leur refu-
ser l'entrée de la ville, ils réclament au
moins de leurs compatriotes, de leurs frè-
res d'armes ce qu'on ne refuse pas à un en-
nemi vaincu; je veux dire des vivres et des
chevaux pour pouvoir réjoindre l'armée tc
A ce récit le conseil fut érmi et demanda
unanimement que la demande du député
fut accordée. Laubadére auquel on s'étoit dé-
jà adressé vainement, en donna l'ordre;
mais il lit emprisonner l'officier de garde
qui lui avoit accordé les portes. Chacun of-
frit ses chevaux pour faire conduire les voi-
tures , mais la sensibilité de la garnison et
des habitans avoit prévenu la première par-
tie de l'ordre, dès que la situation des ma-
lades leur avoit été connue.
2 Août.
Jourual
des événé-
mens les
plus rémar-
quablcs
pendant le
blocus de
Landau,
pages 2 ~&
15, not. 2
S
1
]
C
J
(
(
1
1
r
1
s
J
1
Arrêté du 1
conseil de
défense du J
i août.
1
J
i
15
A peine établi, Laubadére débute par l'acte
le plus injuste, le plus tyranique ; il desti-'
tue le commandant temporaire ; qu'il réduit
aux fonctions d'adjoint pour en attribuer
l'exercice à Delmas avide de pouvoir , et
auquel il ne savoit rien refuser. Peu après
il donne un ordre pour astreindre les grena-
diers de la garnison, à faire le service con-
jointement avec les fusilers,ce qui occasionna
beaucoup de réclamations, l'usage et la loi y
étant contraires. Elles furent portées d'abord
à Laubadére et à Delmas, qui n'en tinrent
aucun compte, celui-ci maltraita de paroles
et menaça même les grénadiers qui s'adres-
sèrent à lui : il répondit à quelques uns d'en-
tr'eux qui lui disoient qu'il vouloit leur
jetter de la poudre aux yeux , qu'on leur en
jetteroit bien d'avantage. Cette conduite et
ce propos qui se répandirent augmentèrent
le mécontentement de la garnison contre
Delmas et ajoutèrent au peu de confiance
qu'on avoit en lui.
Les grenadiers s'adressèrent au représen-
tant du peuple , mais dans le tems que celui-
ci prenoit des informations, Delmas qui
faisoit mouvoir ( B ) Laubadére à volonté en
obtint une proclamation pour l'exécution de
l'ordre déjà donné. Il ne s'agissoit dans cette
affaire ni de police, ni de discipline, mais
du service et de la manière de le commander,
objet prévu et expliqué par la loi, que Lau-
badére ne pouvoit changer; aussi sa con-
duite dans cette circonstance comme dans
Exposé
justificatif
de Jean.
Demestre
page 4.
4 Août.
14
mille autres, fut entièrement arbitraire et
tyranique. Celle de Delmas envers les gré-
nadiers avoit une cause qu'il est nécessaire
de faire connoitre. En quartier à Porentruy,
avec le premier bataillon de la Correze , dont
il faisoit partie, cet officier devint épris d'une
fille d'auberge dont il étoit extrêmement
jaloux. Les grenadiers du 21.e régiment qui
étoient aussi à Porentruy , alloient fréquem-
ment dans cette auberge et payoient aux
charmes de cette nouvelle Dulcinée des
hommages un peu lestes ; ce qui occa-
sionna des démêlés entre plusieurs d'entr eux.
et Delmas. Celui ci leur voua une haine)
mortelle et ne pouvant s'en venger parti-
culièrement à Landau où il les retrouva ; il
envéloppa toute la compagnie dans sa dis-
grâce. Le coup qu'il frappa ne pouvoit sur
tout qn'affecter vivement les grenadiers des
troupes, appellés ci devant de ligne; et c'é-
toit là précisémt. ce que désiroit ce général,[
puisque cette mesure avoit encore l'avantage,
de favoriser la majorité de la garnison pour
se l'attacher. La composition du conseil de-
défense, laquelle avoit des grands inconve-
niens avoit encore le même objet : et il fut
toujours celui de l'étude, des démarches et
de la plùpart des ordres de Laubadère et de
Delmas.
Les premiers jours du blocus , c'est-à-dire,
tant que ces deux olficiers généraux eurent
besoin du représentant du peuple pour réu-
nir les esprits , prendre les connoissancea -
Mémoire
de la pure
vérité p. g.
Idem sur la
conduite
militaire
de Lauba-
dère p. q
& 14.
15
locales , asseoir leur établissement et leur
autorité ; l'union fut parfaite pntr'eux. Mais
desqu'ils crurent pouvoir se passer de Dent-
zel , ils montrèrent la plus grande jalousie
contre son autorité et lui déclarèrent une'
guerre sourde. Ils firent détruire tous les
jardins qui étoient entre la porte d'Alle-
magne et les ouvrages avancés , lesquels
remplis de légumes eussent pu être d'une
grande utilité à la garnison. Cette mesure
exécutée sans raison, sans nécessité , ne fut
adoptée que pour le désagrément et la per-
te qui dévoient en résulter pour le repré-
sentant , qui y avoit un très beau jardin.
Dalmas plus jeune , plus bouillant, plus ty-
rannique , se chargea sur-tout de le tracas-
ser , de le dépopulariser. Il s'attacha à for-
mer un parti contre lui , parmi ses compa-
triotes du troisième bataillon de la Corrèze,
dont le commandant appelé Treich , fut un
des acteurs essentiels. Cet homme étoit en-
core un protégé de Ruamps, il prétendoit
avoir une très-grande autorité dans la place:
et it commença par contre-carrer Dentzel ,
dans l'exécution de quelques ordres que ce-
lui ci lui adressa.
Ces intrigues se formoient à peine, qu'il
arriva dans la place un convoi de poudre :
l'escorte repartit et le lendemain on en fit
partir une de la garnison , pour aller ra-
mener les voitures. Cette escorte com-
posée seulement de vingt-cinq hommes étoit
trop foibie pour que le convoi ne fut pas
Mémoire
des habi-
tans de
Landau
page 26.
Idem de
Victor
Laudier
page 4.
Mémoire
de la pure
Vérité p. 4
* s.
6 Août:
Journal
des événé-
mens les
plus ré.
marquable
p. 2. & i*
16
compromis; aussi l'ennemi en prit-il une
partie et il l'auroit sans doute prise en entier
I sans la bravoure des cavaliers et l'intelligen-
ce de l'officier qui les cornmandoit. Le 55e.
f régiment d'infanterie eut ordre de sortir avec
deux canons et quelques éclaireurs ; mais
Delmas qui avoit aussi peu de moyens que
d'expérience, fit de si mauvaises disposi-
tions , que si la cavalerie ennemie se fut
avancée un peu plus , tout auroit été ha-
ché et enlevé.
Une des premières opérations du conseil
de défense , avoit été de déclarer la place,
laquelle étoit cernée par l'ennemi, en état
de siège. La proclamation s'en fit avec pompe
dans les principaux quartiers ; et pour célé-
brer plus dignement encore un jour, où on
déclaroit une guerre à outrancea l'ennemi ; le
représentant promit d'oublier tous les torts
de Delmas, qui l'avoit provoqué dans dif-
férentes occasions ; et lui avoit tenu de pro-
pos aussi indiscrets , que déplacés. Il lui
donna à diner le même jour , ainsi qu'à
J'état major et à tous les chefs : et porta à la
fin du repas une santé d'union et de frater-
nité.
Le sur-lendemain le canon de l'armée se
fit entendre d'assez près, et toute la ga 1'-
nison crut au débloquement, jusqu'à gar-
ce
que .Laubadére en fit sortir une partie , en
annonçant l'arrivée d'un convoi. Ce ne fut
pas sans surprise, qu'on vit arriver une
chaise de poste où étoit la maîtresse de
Mémoire
sur la con-
duite mili-
taire de
Laubadère
.p. 14 et 15
10 Août.
Mémoire
tic Victor
Laudier
j'âge 6.
12 Août.
Journal
des événé-
mens h s
plus ré-
marquable
Y5-
'7
B
Delmas ; la môme dont nous avons déjà
parlé, escortée de tois ou quatre caissons.
Cet événement d'un nouveau genre dans *
l'histoire, causa une perte d'environ deux £
cent hommes à l'arm é e, ou à la garnison
et excita d'autant plus des murmures , que
celle-ci y avoit couru de risque. Laubadére
et Delmas y avoient montré la plus grande
ineptie dans leurs dispositions
Aussi fier du résultat de ce mouvement de
troupes, que de la protection décidée qu'il
annonçoit, Delmas prit l'attitude d'un hom-
me qui ne connoit ni loi, ni supérieur. Il
ajouta à la mauvaise conduite qu'il avoit
tenue , depuis son arrivée à Landau et nom-
mément à ses excès envers Dentzel. On l'a-
voit vu plusieurs fois menacer et frapper ses f
frères d'armes , qui en avoient porté leurs i
plaintes au représentant du peuple ; il avait p.
parlé à différentes époques à des trompettes G
ennemis, depuis la défense de ce dernier et l
l'arrêté du comité de salut public qui lui
avoit été signifié. Enfin il ne craignit pas de
désigner publiquement et en plein conseil de
défense, l'envo yé de la convention, par l'ex-
pression avilissante de Michel Morin. Tous
ces délits réunis et sur tout le caractère de
celui qui s'en étoit rendu coupable , dont
on ne pouvoit se promettre ni amandement,
ni retour sur lui même. nécessitèrent sa sus ,
pension. Dentzel alla faire part de son arrêté
au conseil de défense qui y applaudit, ainsi
que toute la garnison. Cette suspension. a
Mémoire
fur la con-
duite mili-
taire de
Laubadere
p. 16 à 17
Rapport
de Dentzet
à la cou-
vent. nat,
p. 7.
Mémoire
du même
p. 7 et 3«
Mémoire
des habi-
tuas de
Landau p.
26 de Law-
dier aîné
p. 1.
14 Août.
1S
J o •
été encore approuvée par un nrrétéY"C 1 du
comité de salut public. En vain Treicli et
Hardouin, ces deux émules de Delmas, vou-
lurent tenter d'élever des doutes sûr l'entre-
tien de celai-ci , et du trompette ennemi ;
Bellegarde second chef de la Corrèze, ainsi
que plusieurs autres individus , assurèrent
en avoir été témoins; l' un d'eux atouta même,
qu'ayant cru pouvoir s'avancer vers le trom-
pette avec Delmas , celui-ci l'avoit fait bru-
talement retirer.
C'est à cette époque et à cette suspension
que les passions prirent leur essor et que
remonte le nœud des intrigues les plus crimi-
nelles : c'est peu après que quelques hom-
mes méprisés ', avilis, agens de Laubadère
et de Delmas, leurs suppôts déclarés , se met-
tent en scène, pour tout brouiller, tout sou-
lever, tout perdre. Forel second aide de-cam p
de Laubadère, approuva publiquement cette
suspension et l'appuya même , par plusieurs
dénonciations. Comme il ne calculoit sans
doute ses démarches et son zéle que sur son
intérêt, il denlanda en même-tems le grade
de lieutenant colonel et la place de comman-
dant temporaire; il fut refusé et il devint
dès ce moment, l'ennemi le plus irréconci-
liable de Dentzel. Dès-lors il se réunit à Del-
mas et à ses amis, se déclara chef du parti
formé contre ce représentant et s'étudia à
empoisonner ses actions auprès de Ruamps
el Laubadère, ainsitqu'à le perdre dans leur
esprit. Sans doute ceux-ci n'étoient que trop
Rapport
de De rituel
à la con-
Vent. nat.
p.8 & 35
Réfutation
du mémoi.
de Treich
par les ha-
bitans de
Landau
p. 81.
Rapport
de Dentfel
à la cou-
vent. nat.
p. 8 et 9.
Mémoire
de L-aval
p. 7.
Journal
des événe.
les plus re-
marq P.4.
Mémoire
de Victor
Lauditr
p. 7-
ide:. De
Maurice
l' 6èf Í.
dem. Ves
habituas
de Landau
y• s>-
«9
disposés à recevoir ces impressions ; l'un par
ambition et jalousie d'autorité , l'autre par
mécontentement de voir son ouvrage défait
et son protegé Delmas sous les coups d'une
suspension meritée. Pour réussir plus sûre-
ment dans ses projets , Forel proposa à Lauba-
dère la formation d'un comité secret , ou
plutôt d'une conjuration , qu'il appella co-
mité de salut public. Le prétexte de sonéta c
blissement , fut de veiller au salut de la place ;
et à la conduite des fonctionnaires publics ;
mais son véritable objet étoit la perte dufl
représentant et de ceux qui se ralliéroient à
son caractère d'une manière prononcée. 11 J
étoit encore un moyen sûr et préparatoire,
de dominer le conseil de défense et d'y fairei
passer ce qu'on auroit agité secrètement.
Ce comité ténébreux , illégal, fut composé
de Laubadère dont on a déjà parlé ; de Forel,
Hardouin, Treich, Dumoulin, et Laudier.
Dans la suite on y appela plusieurs autres in-
dividus qu'on fera connoitre et qui furent
moins coupables. Il est essentiel d'abord d'es-
quisser le caractère des membres essentiels et
fondateurs de ce comité, parce qu'ils ont joué
un grand rôle pendant et après le débloque-
ment : parce qu'ils ont poussé les meil-
leurs citoyens sur les marches de l'échaffaud
pendant le règne de Robespierre, leur mo-
dèle , leur complice , leur suppôt.
Forel âgé d'environ 26 ans à son arrivé à
Landau, étoit sorti du cloitre pour servir la ré-
volution dans la carrière des armes. Il y avoit
apporté tous les vices des moines, l'ambi-
Rapport
du citoyen
Dentzel à
la conven.
mit. p, 9.
Mémoire
du même
p. II.
Idem- des
habitans
de Landau
p. 35 et 36
Mémoire
des habi-
tans de
Landau p.
2. 7) 7.8,7.9'.
20
£0
tion , l'hypocrisie, la lâcheté , l'intrigue, l'et.
fronterie; il montra même dans les assemblées
délibérantes , les détours et les ressour-
ces, d'une dialectique pointilleuse et telle
qu'on l'acquiert sur les bancs- Entré dans
un des bataillons du Jura où il étoit né ,
il trouva sans doute quelque occasion de
gagner la confiance du représentant Buamps
qui lui accorda une estime particulière et
le mit auprès de Laubadère. Il ajouta à
son nom celui grec de Misobasile qui veut
dire ennemi des rois, soit pour se donner
une apparence de science et de patriotis-
me , soit pour avertir de se défier de lui.
On ne trouve guère en effet , heureuse-
ment pour l'humanité , des êtres d'une scé-
lératesse aussi profonde.
Hardouin étoit aussi un autre grec de mê-
me espèce , car il avoit pris le nom de Phi-
siophile, qui veut dire, ami de la nature;
jadiscornédien et feuilliste, il étoit on ne
peut pas plus mal famé à Nantes sa patrie ,
où on l'avoit surnommé la chronique. - Il
est un de ces hommes, dont l'impudence ,
les prétentions et le mensonge, font tout le
mérite. A l'arrivée de Delmas à Landau il
en devint inséparable ; Dentzel ne consen-
tit qu'avec peine à le placer dans l'état
major de Laudadère, ce qui contribua à lui
en faire un ennemi. Cet homme aussi dange-
reux, qu 'imposteur est une nouve l le preuve
delà vérité du proverbe qui dit: «qu un grand,
» par L eur à toujours peu de cœur. »
Vélibé-
tation de
la commis-
sion muni-
cipale p. 9
Mémoire
de Victor
Laudier p.
49 et 50.
Rapport
de Dentzel
,;l la Cou-
vent. na-
tionale p.
8 et 9.
Mémoire
du même,
p. 22.
Id. de
Laval p. 7
Exposé
1 de la con-
duite de
Serviej p.
8 et 9.
Mémoires
id, id. p.
id, id. et
suivantes.
-h- t
-II
Treichami et compatriote Je Delmas étoit,
dit on, avant la révolution chirurgien et pro-
cureur ; il fut nommé depuis juge de-paix
et destitué de cette place, pour cause de pré-
varication et d'incivisme. Honni, et mépri-
sé dans sa patrie , il se jetta dans le 3.c ba-
taillon de la Corrèze, quoique d'un âge avan-
cé et en devint chef. Il convenoit que n'a-
yant ni connoissances militaires , ni aucune
aptitude à en acquérir, il ne pouvoit ser-
vir la république que par ses dénonciations
et ses observations. Mais sa nouvelle car-
rière fut marquée comme celles qu'il avoit
déjà fournies , par une suite de crimes et
d'humiliations. La lâcheté et la calomnie
étoient ses vices dominans et il en avoit été
si bien convaincu à la société populaire da
Landau ; qu'il en avoit été chassé. Comme
Forel, il fit des grands progrès dans la con-
fiance et l'estime du représentant Ruamps,
lequel lui donna plusieurs commissions à
Laudau , dont il usa d'une manière bien fu-
neste pour ses malheureux habitans. ( * )
Du moulin lieutenant de gendarmerie un
des agens et des satrapes de Laubadère et
de Delmas , est un homme crapuleux et
(*) Treich fut chargé par le représentant Ruamps de décacheter
les lettres qui lui paroîtroient suspectes à lape ste ; il se servit de
de ce pouvoir poar vexer de mille manières les habitans de Landan,
et nomméme nt pour deshonorer une citoyenne, qui ayant eu nu
enfant i l'insça ils tout le monda , eu recevoir des nouvelles pu
la poste.
Mémoires.
id, id. p.
id, id et
suivantes.
Journal
d es èvéti.
remarqua-
bles p. 16.
23
à donné au vin. Pent-étre moins scélérat
que ses complices, il est du moins aussi
fourbe, aussi cruel et toujours vendu au
plus fort.
Victor Laudier ci devant architecte , ser-
gent des canoniers et adjoint au génie avant
le blocus de Landau ; y fut employé com-
me lieutenant de ce dernier corps. Protégé
par Laubadère et Delmas , il fut d'abord
leur complice et joua un rôle dans leur par-
ti. Il l'abandonna ensuite pour en relever les
fourberies, les atrocités ; et se rallier à l'au-
torité du représentant du peuple. Si ce fut
le cri de son cœur et le désir de sauver
la chose publique , qui le porta à cet acte
de vertu , ainsi qu'il l'assure ; il ne peut mé-
riter trop d'éloges.
Ces hommes tram oient dans l'ombre leurs
horribles complots et tachoient d'agrandir
leur parti par tous les moyens imaginables.
Ils tenterent , d'abord d'agiter le conseil
de défense, d'y semer la division, pour le
dominer plus sûrement. Ils y ramenoient sans
cesse , la suspension de Delmas dont ils de-
mandoient le jugement; ils y insultoient et
provoquoient le représentant , ils y raena-
çoient ceux qui se rallioient à son caractère,
qui soutenoient son arrêté. Tantôt ils affir-
rnoient que Dentzel n'avoit plus de pouvoirs,
d'autres fois ils prétendoient qu'il avoit de-
mandé la place de chef d'escadron pour son
frèse et que Delmas l'ayant trouvé mauvais,
il l'avoit suspendu. En vain pour arrêter ces
Réponse
de Servier
à urzlibelle
intitulé
mémoire
du général
Treich.
Mémoire
de Victor
Laudier p.
54, not. z.
Id. des
habitant
de Landau
p. 37 à la
note.
Exposé de
la conduite
de Servier
p. 14 ~15
Mémoire
de Domes
p. S.
Idem de
Demtftre
p. id.
Idem de
Goffe p. J.
23
23
récriminations et ces calomnies, Dentzel
daigna faire lire ses pouvoirs , envain il prou-
va que s'il avoit voulu nommer son frère
chef d'escadron , il n'aurait eu besoin de per-
sonne, envain les députés des dragons nom-
mément Laforgue, assurèrent le conseil que
l'escadron entier l'avoit demandé , sa bonté
ne fit qu'irriter ses ennemis , et leur donner
plus d audace. <
Pendant que ce représentant étoit l'objet
où le plastron des attaques de tous ces J
scélérats et nommément de Forel ; Lau-
badère se détermina à faire sortir quelques
troupes pour détruire un ouvrage construit
par l'ennemi du côté d'inflinghen. Ce pro-
jet étoit d'une exécution facile, en y envo-
yant des travailleurs et des grenadiers au
i-iioment iiiètiil, de l'arrivée des troupes ;
mais Laubadère ayant hésité et perdu du
tems , l'ennemi eut celui de se rassembler et,
de s'opposer à son projet qu'il devina. Sans
doute il eût été aisé encore de l'effectueri
en avançant les canons, et en montrant1
les troupes sur la hauteur ; ainsi que l'a-
voit conseillé Serviez colonel du 55.e régi-
ment d'infanterie qui remplissoit les fonc-
tions de général de brigade; mais Lauba-
dère préféra les avis de Forel et rentra hon-
teusement, sans avoir rempli l'objet de la
sortie.
Il s'en fit une seconde peu de tems après,
un jour que le canon de notre armée se fie
Vivement entendre. Laubad ère qui youlot
Rapport
du com. de
de falut p.
à la convr
natio. par,
Dentiel.
19 Août,
Mémoire
fur la con-
duite mili-
taire de
Laubadere
p. 17 & 18
Idem de
la pure vé-
rité p. iU.
27~~
24
absolument forcer la main à Dentzel pour la
réhabilitation de Delmas , fesoit le malade et
s'étoit presque alité ne pouvant s'y trouver:
il en confia le commandement à Serviez. 11
lui envoya des ordres pour aller prendre la
position accoutumée , afin de protéger l'ar-
rivée du convoi si c'en étoit un , ou pour
favoriser les opérations de l'armée, si elle
s'avançoit vers la place. Le représentant du
peuple qui étoit sorti avec les troupes , reçut
une dépèche de Laubadère pendant qu'on
se canonnoit avec l'ennemi, par laquelle il
lui demandoit la réhabilitation de Delmas
en fesant entendre que d'elle seule dépen-
doit le salut de la place. Jamais il n'avoit
été moins compromis et parce que l'ennemi
n'osa pas avancer, et parce qu'on s'en tint à
une simple canonnade, d'après les ordres ex-
près de Laubadère. De plus les sorties étoient
mieux ordonnées, depuis la réclusion de Del-
mas qui laisoit les trou pes à elles-mêmes , dé-
daignant les commander , ou ne le sachant
pas. Dentzel sentit le piège que Laubadère
lui tendoit et ne douta plus de sa complicité
avec les scélérats qui le persécutoient. Il ne
pouvoit revenir que ce général qui avoit de-
mandé à l'armée un successeur pour Del-
mas , et qui avoit dit hautement mille et mille
fois que ce derniern'avoit aucune qualité pro.
pre à être employé dans une place et que son
ton et ses manières ne pouvoient réussir sous
aucun régime; lui demandât sa réhabilitation
Dans sa surprise, ilappeile les chefs auxquels il
Mémoire
de Dentzel
p. 9 & 10.
Idem des
habit. de
Landau p.
3? U-
Idem de
Maurice p.
6.
Journal
des évén.
les plus re-
marq.p. 5
25
avoit le plus dé confiance, leur fait part du
contenu de cette lettre et leur demande
conseil. Ceux- ci s'étant excusés de lui en don-
ner un , en s'en rapportant à sa sagesse ; Dent-
zel répondit sur le champ à Laubadère qu'a-
yant rendu compte à la convention des mo-
tifs de la suspension de Delmas , il n'appar-
tenoit qu'à elle seule de l'en relever. Il ajouta
que puisqu'il falloit nécessairement un chef
à la garnison, il alloit s'occuper de lui en don-
ner un. Cette réponse opéra différens effets ;
elle redonna subitement la santé à Laubadère
quoiqu'il prétendit se faire traiter pour des
obstructions, maladie des plus chroniques ,
elle donna plus d'activité plus d'ardeur aux
conjurés pour empêcher la nomination an-
noncée. Elles firent le lendemain au conseil
de défense, la plus forte explosion et Dent-
zel y fut encore plus vivement apostrophé
et insulté. Laval lieutenant colonel du 55.e
régiment, y jetta ses épaulettes en disant qu'il
ne vouloit plus servir si on respectoit aussi peu
la représentation nationale. Plusieurs au-
tres chefs jurèrent de ne plus revenir au con-
seil , si les agitateurs n'étoient punis. Témoins
de ces désordres qu'ils ne pouvoient eihpè-
cher, s'en étant souvent plaints à Laubadère ;
les chefs de corps s'assemblèrent et écrivi-
rent une lettre ( D ) au représentant Dentzel ,
pour lui en dénoncer les auteurs : et lui <
témoigner leur sensibilité sur ce qu'il avoit 3
éprouvé. Ils n'ignoroient pas que Oelrnas i
jétoit l'auteur ou le prétexte de tous les trou-1
Mémoirt
id. pag. id
28 Août:
Mémoire
de Demes
trop. S.
29 Aoit.
Mémoire
de Victor
Laudier p.
lot
idem de la
pure vérité
p. 14.
215,
bles, que sa maison étoit le rendez - voui
ordinaire de ses complices , le foyer de
toutes les machinations. Malheureusement
Dentzel ne fit aucune attention à cette pièce,
non plus qu'aux dénonciations encore plus
fortes de la commune (E) et de la socié-
té populaire ( F) contre ces mêmes indi-
vidus. La probité croit avec peine à la scé-
lératesse et le représentant entièrement voué
à l'intérêt public s'occupoit peu de ce qui
n'en étoit pas l'objet. Malgré les désagré-
mens qu il éprouva, pendant le cours de
ce mois, malgré la guerre sourde qu'on
lui déclara , jamais il ne le perdit de vue.
11 avoit fait verser des approvisionnemens
dans les magasins de la république, il avoit
indiqué à Laubadère les endroits où il pou-
voit s'en pourvoir encore J il avoit établi un
tribunal criminel, il venoit de taxer toutes les
denrées ou marchandises ; en un mot , il ne
tint pas à lui que les lois , l'ordre , la pro-
bité , ne triomphassent. Nullement secondé
par les dépositaires de l'autorité militaire
pour faire le bien, contrarié, ou arrêté
dans tous ses projets , il ne lit que se pé-
nétrer encore d'avantage de la nécessité
de donner un successeur à Delmas. En con-
séquence il nomma gén.l de brigade, au refus
de St.-Vincent col.1 du 21.e rég.t, Serviez (G)
le plus ancien colonel de la garnison après
lui. On pouvoit d'autant moins blâmer ce
choix , que la loi étoit non seulement eu
faveur de cet officier , mais qu'il avoit eu
i
]
]
Mémoire
des hab. de
Landau p.
J4 & 15.
Rapport
de Dentzel
di la COII-,
vention p.
5, 6, 26,
27 , 28 &
29.
29 id.
id. p. 8. 1
]
]
<
]
Mémoire
du mime
p. xo.
Exposé
de la con-
duite de
Serviej p.
4 êl- 5,
Mémoire
de Cui.ta-
mine p. 1.
27
la confiance de plusieurs représentans du
peuple , qu'il étoit connu par plusieurs
écrits en faveur de la révolution ; qu'il
avoit commandé avec succès à Sarre-Libre
et que Laubadère l'avoit chargé du com-
mandement exprès de plusieurs sorties.
Il n'en devint pas moins dès ce moment
l'objet de la persécution la plus suivie :
Laubadère le mit aux arrêts sans raison, sans
motifs , lui refusa les choses les plus sim-
ples, affecta de n'avoir aucune confiance en
lui, et chercha sur tout à éluder sa réception.
Pressé de l'effectuer il exhiba une suspen-
sion contre lui, signée Ruamps et Milhaud,
laquelle ne portoit sur aucune allégation, sur
aucun délit. Sans doute cette suspension arri-
vée en blanc de l'armée du Rhin, pour être
remplie et exhibée au besoin, ne pouvoit être
que le fruit de l'intrigue et de la calomnie.
Il étoit public que les complices de Delmas
agissoient auprès de Ruamps, de la protection
duquel ils se vantoient et que Treich qui
disoit publiquement avoir plus d'autorité
que Dentzel avoit fait un voyage secret à
Weissembourg pour cet objet. tD Ce repré-
sentant méprisa ces propos et n'eût aucun
égard à la suspension , parce que lui seul
étoit responsable du salut de Landau; parce
que ses collègues , avoient renoncé à toute
autorité , en l'y mettant à poste fixe ; parce
que trompé par ses ennemis, ne pouvoient
prononcer avec connoissance de cause sur
Mémoir.
des habate
de Landau
P. M.
Mémoirs
de Dedon
p. 5.
Journal
des événe-
mens les
plus remar.
quables 1-
16.
28
des événemens qui leur étoient inconnus,
ou qui ne leur parvenoient que bien défi-
gurés. Laubadère le sentoit si bien , qu'il
n'osa désobéir à Dentzel, ou méconnoitre
son autorité ; que lorsqu'il fut parvenu à
soulever la garnison contre lui par ses agens
et à le retenir prisonnier. Il fut donc forcé
après plusieurs ordres réitérés, de présenter
Serviez à la garnison et de le faire recon-
noitre en qualité de général de brigade. De.
mestre qui avoit repris les fonctions de
commandant temporaire , continua à les
remplir à la satisfaction- générale.
Dans le cours de septembre, Dentzel eût
avis que les Autrichiens qui cernoient Lan-
dau , avoient été se réunir à l'armée qui
étoit en avant de cette place , et que les
- Prussiens , moins nombreux , les avoient
relevés. Il pressa plusieurs fois Laubadére
de tenter quelque expédition , soit pour
ruiner le moulin ds Merlenheim et enlever
la garde qui y étoit, ainsi que les canons;
soit pour aller enlever quelques bestiaux
- dans les villages voisins où il n' y avoit per-
,. sonne, nommément à Inllinghen ; soit pour
aller chercher quelques autres approvision-
* nemens irnportans dont l'artillerie manquoit.
Plusieurs officiers municipaux, nommément
i, Gilbert , un des hommes les plus portés
pour le bien public, qui connoissoit les viU
lages voisins et leurs ressources, y joigni-
rent leurs instances. Quelques chefs de la

(
£
1
s
£
3 Jeptemb. (
C
Mémoire,
de Demes- "-
tre p. 5.
]
<
]
Mémoire
de la pure
vérité p. 18 <
Id. fur j
la condui-
te militai-
re de Lau-
badère p.
4.
Expofé
de la con-
duite de
Servie^ p.
10.
Rapport
de Dentzel
à la con-
vent. p. 6.
to
garnison , patriotes zélés , qui avoient au
tant à c ur le salut de la place, que l'in-
térêt de la république le demandèrent aus-
si : Laubadère fut sourd à toutes les voix ,
insensible , à toutes les considérations Il fal-
lut que Dentzel lui dit les choses les plus
pressantes , lui donnât les ordres les plus
réitérés , lui amenât même les espions qui
étoient passés à Inflinghen , pour le déter-
miner à tenter un coup de main sur les
deux postes avancés de l'ennemi voisins de
ce village , et'lesquels avoient été récem-
ment diminués. Cette expédition réussit en
partie, et auroit eu un bien plus grand
succès , si Fontenai capitaine du 2i.e ré-
giment eut su conduire le détachement ;
ou , si moins dévoué à Laubadère , il n'eût
pas craint par un trop grand avantage , de
lui donner plus de torts aux yeux de la
garnison et du représentant.
Quoique suspendu, aux arrêts de rigueur,
et engagé par sa parole d'honneur de ne
communiquer avec personne ; Delmas pas-
soit les jours et les nuits avec ses complices ,
dans des orgies continuelles. Il composoit
avec eux des chansons contre le représen-
tant et les chefs , fesoit un vacarme affreux
dans tout son quartier , par ses emporte-
mens et ses brutalités envers sa maîtresse
qu'il frappoit à outrance ; ainsi que par ses
démêlés avec son hôte, auquel il cherchoit
continuellement dispute. Ces excès et ceux
17 fcptem:
Lettre de
Dentzel à
Laubadère
Mémoire
de la pure
vérité pag.
14.
Id. de
V iaor
Laudier
» p. 10.
So
auxquels se livroient secrètement ces hom-
mes, avec d'autres individus , aussi immo-
raux qu'eux , pour les attirer dans leur par-
ti ; ne troubloient cependant pas la tran-
quillité publique. Le service se fesoit avec
plus d'ordre , les conjurés n'osoient plus
provoquer la division et le trouble , du moins
en public ; chacun se livroit à ses devoirs.
Laubadère lui-même, bénissoit ce calme,
après lequel, disoit-il , il avoit tant sou pi-
ré , et auquel étoit attaché le salut de la
place. Il lut cependant troublé par un de
ses agens , lequel mécontent de voir le parti
de Delmas abattu, ne cessoit de répéter que
le conseil de défense, étoit un comité au-
trichien. Serviez instruit de ces propos et des
murmures qui en résultoient , en infor-
ma Laubadère et Dentzel qui le laissèrent
impuni , l'un sans doute par connivence,
et l'autre par ménagement. Depuis la sus-
pension de Delmas , ce représentant en
avoit peut être trop envers les scélérats qui
formoient son parti ; mais il sacrilioit tout
à la paix , à 1 union et tàchoit d'y porter
tout le monde. Plusieurs fois il lit cepen-
dant remarquer à Laubadère combien il étoit
mal entouré, mal conseillé, combien ses
alentours étoient abhorés ; mais autant eÙt
valu sans doute ne rien dire. Sur ces en-
trefaites , le conseil de défense s'étant as-
semblé, le propos d'Hardouin y fut dénoncé ;
il yeût de l'agitation, on blâma hautement
Journal
des événe-
mens les
plus re-
marqua-
bles p.$&
6.
19 feptem.
Mémoire
de Goffe
f. 4.
Mém. id,
id. p. id ,
idem.
51
ji
Lauhadère sur sa partialité, et on arrêta de
traduire Hardouin au tribunal criminel , qui
le renvoya à celui révolutionnaire de Paris.
Treich toujours occupé d'intrigues et de
dénonciations, c'est-à-dire, d'objets étrangers
à ses devoirs ; laissoit le bataillon dont il
étoit chef, dans un abandon absolu. Serviez
qui en avoit passé la revue , ainsi que des
autres troupes de la garnison , l'avoit trou-
vé dans le plus grand désordre sur tous les
points. La tenue , la proprété , la discipli-
ne , l'instruction , y étoient entièrement
négligés ou méconnus ; et il avoit forte-
ment recommandé au chef de surveiller ces
objets iinportans. Loin de profiter de cet
avis, celui ci affecta au contraire de lais
scr sans exécution les ordres journaliers ;
deux fois Serviez assembla chez lui les chefs
de corps pour des choses essentielles , deux
fois Treich négligea de s'y trouver. Résolu
tle lui en parler à la parade , ce général
s'apperçut qu'il y manquoit habituellement.
il y vint cependant le lendemain du jour
où les chefs avoient été assemblés, etcom-
me il répondit fort mal aux observations qui
lui furent adressées, il fut mis aux arrêts.
Le même jour Serviez lui écrivit, (H ) tant
pour le rappeler à ses devoirs , que pour lui
communiquer les objets , dont il vouloit
l'entretenir.
Le tribunal de Landau instruisit le procès
d'Harduoin pour arrêter entièrement s'il étoit
23 septem.
Réponse
du général
Servieî à
un libelle
intitulé
mémoire
du général
Treich.
Livre d'or-
dre & de
correspon-
dance du
général
Servie t.
26 septem.
Sa
possible les trames et les discours des con-
jurés : et dans le même-teins les autres scé-
lérats qui composoient le comité de salut
public redoubloient d'activité et d'efforts
pour parvenir à leurs fins. Ils recherchaient
les hommes remuans Et mal-fâmés, ils don-
noient dns soupers qu'ils prolongeoient bien
avant dans la nuit, ils accueilloient les plain-
tes de ceux punis par leurs chefs qu'ils éta-
yoient auprès de Laubadère , lequel leur don-
noit toujours raison : en un mot ils faisoint
1 impossible pour rendre ceux-ci suspects. ils
réunissoient surtout leurs efforts contre le re-
présentant du peuple, qu'ils fesoient passer
pour un traitre et ils se servirent habilement
pour y réussir, de quelques lettres écrites
par un nommé Rogister. Cet homme
qui habitoit Merlenheim dans le Palatinat
avoit des propriétés à Landau et il écrivit -
au curé Akerman directeur de son impri-
merie , puis à Dentzel , et enfin à Laubadère.
Akerman porta les deux lettres qu'il re-
çut, au représentant qui les fit lire en pré-
sence du maire, du commissaire des guer-
res et de l'état major. Il envoya celles
qui lui furent adressées , à la munici-
palité sans les décachéter : et fit mettre
en état d'arrestation ceux qui en furent
les porteurs. Une de celles adressées à Lau-
badère dont le représentant eut connois-
sance fut lue aussi devant plusieurs témoins
et elles exprimoient toutes les mêmes senti-
"Rapport
ile Dentzel
à la conv.
nationale ,
p, 18 , 19
P 10.
33
c
mens et les offres les plus étehdues pour
ra pprovisionnement de la place. Malgré les
avantages qu'on pouvoit retirer de cet hom-
me ; on s'accorda à ne pas lui répondre
dans la crainte qu'il ne fut l'instrumt. de quel-
que ruse de l'ennemi. Dans une de ses let-
tres Rogister insistoit pour profitet de la con-
fiance que lui montroit le général Autri-
chien et il en donnoit pour preuve la pro-
position ridicule qu'il l'avoit chargé de fai-
re d'une somme de 70000 florins , soit pour
le sieur Akerman, le sieur représentant ,
ou le sieur commandant; à l'effet d'opé-
rer la reddition de la place. Laubadére avoit
donné ces lettres à traduire, à * Laudier aîné
son premier aide de-cam p, ainsi que quel-
ques autres , qui lui furent adressées de-
puis. Dans une d'elles Rogister accusoit
le peu de patriotisme de Dentzel sur ce
qu'il ne vouloit pds profiter de ces of-
fres, sur ce qu'il étoit insensible au bien de
la république. Ce fut sur ces lettres , dont
personne n'eut osé concevoir le moindre
soupçon; qu'on bâtit le système de trahisofr
dont on accusa Dentzel et le chefs , quoique
ceux - ci n'en eussent pas même entendu
parler. Il est vrai que F orel capable de
prendre toutes les formes et d'entreprerl-
dre tous les genres de scélératesse ; trouva
depuis le moyen de fabriquer1 et faire fa-
briquer des lettres anonymes qu'il lit par-
venir dans la place ; pour donner plus de
vraisemblance à son accusation. C'est par
yièmàM'
de la pure
vérité p, 6.
34
les bruits d'une telle trahison , qu 'on sût
appuyer par des ordres donnés la nuit f
qu'on parvint à fomenter la plus violente
insurrection , laquelle compromit la sûreté
de la place ainsi que la vie du représen-
tant du peuple et des chefs.
Quoique Landau soit à douze milles de
Weissembourg, et que l'armée ennemie fut
campée entre ces deux villes , elles pouvoient
cependant communiquer par les gorges. Les
gens du pays qui connoissoint les sentiers
étroits et inaccessibles à des hommes armés,
alloient et venoient assez souvent , portant
les lois , les nouvelles et les paquets. Vers la
fin de septembre, Dentzel en reçut un par
un espion, qui en conrenoit un autre pour
Laubadère , qu'il lui envoya sur le champ
en lui fesant demander s'il y avoit quelque
chose de nouveau. Ce général qui ne con-
nut jamais la probiié et la franchise, répon-
dit négativement : et s'enferma en même-
tems avec ses agens , pour concerter le coup
qu'on méditoit depuib long-tems. Les dépê-
ches qu'il veuoit de recevoir, en rendoient
l'exécution plus facile : elles contenoient un
décret de la convention qui rappelloit le cit.
Dentzel dans son sein et plusieurs lettres
de Ruamps par lesquelles il recommandoit
de suspendre tous ceux attachés à son col-
lègue J qu'il désignoit sous le nom de prê-
tre. Les style , les expressions ( I ) de Ruamps,
prouvent combien il étoit prévenu contie
son collègue Dentzel, ou combien il s'en
*
1
<
<
(
<
<
17 septem.
Rapport
de Dentzel
à la conv
p. 10. 1
4
1
i
<
]
4
<
<
j
]
55
étoit déclaré l'ennemi. Aussi compta-t-on
sur son appui pour exécuter le complot Je
scélérat, le plus atroce, que l'esprit humain
puisse jamais enfanter. Forel qui étoit sur
d'y mettre la dernière main; par le mo-
yen des dépêches noùvellement arrivées;
court en apprendre le contenu à Delmas
et soupa chez lui avec Préval. La joie y fut
vive et on but plusieurs fois à la mort du
tyran de Landau : c'étoit la dénomination
par laquelle on désignoit Dentzel. Laudier
cadet, qui étoit au fait du langage; et des
projets du comité de salut public ; en fut
témoin , peut être même , y participa t-il.
Après souper, Forel retourna chez Lauba-
dère, pour lui expliquer dans le plus grand
détail, tout ce qu'il avoit fait pour prépa-
rer et mûrir l'insurrection qui alloit éclater:
et à laquelle le rappel du représentant alloit
donner le plus grand air de légitimité. Après
que tout fut disposé, Laubadère donna des
ordres vers minuit, à tous les chefs de corps,
pour faire prendre les armes sur le champ à la
garnison. En même tems il envoya une for-
ce armée chez Demestre commandant tem-
poraire , pour lui enlever le clefs de la
place- Dans sa surprise * celui-ci se trans-
porte chez Laubadère pour connoitre les
motifs d'un événement aussi extraordinai-
re et il est durement éconduit ; il s'ap.
perçoit en sortant , que la maison et les
bureaux de ce général, sont très éclairés
et dans un grand mouvement, que ses ai"
N'lê'voitè
de Victor
Lavdier pà
17 6. 18.
Mémoire
de Demcs-
tre p. 9,10
il & 12.
Expofc de
la conduite
de Serviez
pag 8 , 9
& 10.
36
des de camp, ses adjoints, ses secrétaires,
ses Ordonnances sont très-occupés. L'heure;
l'air sombre de Laubadère, les pistolets
qu'il avoit à côté de lui, 1 enlevement des
clefs, la manière dont il avoit été re^u ;
tout lui fait croire à une trahison : et il va
rendre compte de ce qu'il a 'û et de ce
qu'il craint au général Serviez, en le priant
de croire que s'il est question de quelque
trame, il en est innocent. Celui ci saute du
lit, tranquilise le commandant qui étoit
fort ému et l'assure que si Laubadère est un
traître il ne mourra que de sa main. Il
le charge d'aller avertir le représentant du
peuple et court lui même chez Laubadère,
auprès duquel il ne peut pénétrer , malgré
ses efforts et ses instances. Il veut se por-
ter aux portes et aux parapets , et comme
il entend heurter en s' y rendant, chez les
officiers de la garnison , qu'on appelloit
à grand cris pour prendre les armes sur le
champ ; il retourne une seconde fois chez
Laubadère. Il heurte cette fois à sa porte
dérobée, insiste pour lui parler et il est in-
troduit après des retards et des dfficultés , en
présence de plusieurs de ses affidés. Serviez
s'apperçoit en entrant de tout ce qui avoit
frappé les regards de Demestre : et comme
il n avoit pas été instruit des ordres donnés,
il lit nombre des questions à Laubadère
auxquelles celui-ci ne répondit que par des
monosyllabes. Tout ce qu'il put arracher de
ce général se réduisit à ce que les ordres
Mémoires
id , id.p.
id , id.
Rapport
de Dentzel
à la conv.
nationale,
p. 10.
37
donnés étoient une erreur qu'il venoît de
reparer, qu'il n'y *avoit rien de nouveau et
qu'il pouvoit aller se recoucher sans inquié-
tude. Serviez qui en avoit conçu d'avanta-
ge par tout ce qu'il avoit vu et entendu ;
alla rendre à Dentzel tout ce qu'il éprou-
voit et lui tint ce discours. « La vertu dort,
quand le crime veille et s'agite ! levez-vous,
représentant , transportez-vous chez Lauba-
dère et faites vous instruire des motifs de
tout ce qui se passe, si vous voulez pré-
venir des grands malheurs. Il me seroit dif-
ficille de lixer mes idées sur tout ce que j'ai
vû, mais il se trame à coup-sur quelque
chose d'extraordinaire. Encore une fois le-
vez-vous représentant, prenez une force ar-
mée si vous le jugez nécessaire ; mais au
nom de la patrie, sauvez la place ainsi que
ses défenseurs. » Dentzel qui ne croyoït pas
à toute la scélératesse de Laubadère , ne
jugea pas convenable de suivre ce conseil
et il eut lieu de s'en rpentir. Il se con.
tenta de lui écrire; et d'envoyer sa dépê-
che par son secrétaire qui fut renvoyé avec 1
sa lettre.
Le lendemain matin Laubadère adressa au :
représentant du peuple, le décret de la con-
vention qui le rappeloit dans son sein; en,
lui signifiant qu'il ne reconnoisioit plus ses
pouvoirs. En même tems il adressa à pres-
que tous les chefs de corps un ordre de i
suspension au nom des représentans du peu-
ple auprès de l'armée du*Rhin ? avec celui
Rapport
de DentieZ
à la conv.
p. 10 et 11
zg feptem.'
Journal
des événe-
mens les
plusremat-
luables p.
6, 7 et 8.
Mémoire
de Maurice
38
de garder les arrêts de rigueur. Dentzel
protesta contre ce décret (J) qui sembloit
t avoir été fabriqué ou surpris, puisqu'il y
1 étoïtdit employé à l'organisation des districts
: Nassau qni n'existoient pas dans toute la
République. Il protesta contre l'effet qu'on
vouloit lui donner, puisque forcé de rester
dans la place il ne pouvoit se dépouiller de
son caractère. Enfin il protesta contre les
suspensions, lesquelles n'étoient que le fruit
de l'intrigue et de la calomnie et avoient
été prononcées sans connoissance de cause,
Cependant il s'abstint de toute fonction pour
ne pas compromettre la représentation na-
tionale et laissa la scélératesse à son triom,
phe. Dans la nuit, on avoit répandu que le
représentant et les chefs étoient des traitres ;
le matin on fit croire, qu'ils avoient voulu,
livrer la ville et la garnison à l'ennemi: on y
ajouta des détails et des particularités. Delmas
fut rétabli dans ses fonctions , sortit de très-
bonne heure , se popularisa toute la journée
et lit accorder des graces à quelques batail-
lons favorisés ; nommément à celui de la
Correze , qui étoit le plus dans le sens que
l'on désiroit. On accorda à l'escadron de
dragons, 400 livres provenant d'une prise
faite à l'ennemi et destinés à une offrande
civique; on fit sortir les prisonniers, on lit
de ce jour une époque de joie et d'allégresse.
jLes cabarets, les rues étoient rem plis de
soldats, qui s'entretenoient de la trahison
de àoii heureuse découverte, des risquer
Rapport
fle Ucut^el
fi la conv.
nat. p. u
é'44<
Id. p. 18.
Mémoire.
du même,
p. 12.
Mémoire
des Habit,
de Landau
p: 37, 40
41 et 42.
<
]
4
]
(
j
(
(
J
j!
c
39
que la place et la garnison avoient courus:
le vin, l'eau-de-vie ne furent pas épargnés.
Après diner la garnison fut assemblée en
société populaire dans la grande église, les lu-
conjurés firent demander à Laubadère la
sortie d'Hardouin qu'on fit passer pour une
victime du représentant et on fut le cher-
cher en triomphe A son arrivée Hardouin
harangue l'assemblée , traite les chefs de
scélérats , de traîtres , de satellites du tyran
de Landau qui est mandé à la barre
de la convention pour y rendre compte de
sa conduite et de ses crimes. Il fait de-
mander que les chefs soient mis dans des
cachots, il donne lieu aux motions les plus
incendiaires, les plus coupables : et Lau-
badère qui étoit présent, approuve tout par
son silence. On sort de là pour s,e répandre d
dans les rues et s' y livrer à tous les excès.P
Le représentant et les chefs voyent à tra-
vers leurs fenêtres les insultes et les mena-
ces qu'on leur adresse, ils entendent de-
mander leurs tètes. Les cris , les danses,
le désordre durent jusqu'à la nuit ; sans
qu'aucun ordre, aucune patrouille, aucune
marque d'improbation , viennent s'opposer
à ces excès ou les arrêter.
Le lendemain, le désordre recommence
avec le jour et va toujours croissant : la gar- 2
nison est assemblée comme la veille, dans la
grande église : et Hardouin qui la préside, *
y renouvelle ses discours et ses motions. Les
mesures étoient prises, le vin avoit étépro- j
Mémoire-
id , id. pî
id , id.
Mémoird
de Maurice
P. 7 et 8.
29 septem
Tous les
Mémoires
cités ci-
dejfus Y.
id f id.
40'
digué, les têtes étoiert montées et ellea
r s'exalterent; à l'instant il se forma plusieurs
grouppes , l'un d'eux se transporte en entier
chez le représentant du peuple qui étoit dans
son jardin. Les soldats en escaladent les
murs, un cannonier déguisé en grenadier et
; qu'on a dit depuis être de la compagnie
d'Hardouin et son ami ; s'avance le sabre
r nu à la main en disant « vous allez avoir sa
tète. » Dentzel se penche en arrière et re-
pousse l'assassin , dont le coup de sabre ne
} porte que sur la main où il reçut une bles-
sure. Les camaradesdu prétendu grenadier va*
yant le coup manqué s'arment de perches et
s'avancent vers le représentant , qui profite
de l'intervalle pour rentrer. La rumeur et la
foule étoient encore plus grandes à la porte
d'entrée et c'en étoit fait de sa vie, sans la
résistance de la garde du 55e régiment, qu'il
avoit demandé la veille pour sa sûreté ,
et dont on se servit pour le tenir prisonnier;
• sans le secours de Leroux capitaine au 5e.ba-
taillon de Seine et Marne et de Stokam lieu-
tenant colonel du 55* régiment, Laubadère s'y
présenta aussi, lorsque le danger fut passé,
sur les instances de quelques patriotes et
nommément de Laudier aîné , son premier
aide de camp. JI avoit été forcé par eux et
par l'opinion publique de faire battre la
générale : et cette mesure fit enjin cesser le
désordre en appelant tous les militaires à
leurs drapaux. Peu après craignant sans doute
flètre inculpé pour mie action aussi atrocej
Exposé
de la coiir-
duite de
Serviez p.
to.
Mémoire
Jur la COII-
duite mili-
taire de
Laubadere
p. 6.
Lettre de
Servie\ à
Locoste &
Baudot.
Mémoire
de Laval,
f>- î 6" 4-
Id. de
Gosse,
p.8.
M. de De-
don p. 7.
Id. de
Dedornes,
p. 8.
Id. de
Laudier
aînép. 2.
Id. de
lie Victor
Laudier
p.- io > zi
El 2 2.
Exposé
jrzstificùtf
fie Demes-
tre p. 11
& il.
Informa-
tion faite i
par ordre
du tribunal i
griminel.
J
41
ce général harangue les soldats, leur dit qu'ils
ont été trom pés relativement à l'histoire de
la trahison, que le représentant n'est pas
coupable, mais seulement rappelé dans le
sein de la convention. Le lendemain il ré-
pand un proclamation (K) où il dit à peu
près la même chose en y sanctionnant ce-
pendant l'insurrection qu'il compare à la
levée en masse de Paris à l'époque du 3i
mai. Sans doute il n'étoit pas possible de
condamner une insurrection, qu'on avoit fo-
mentée et suscité, et sur laquelle on fondoit
l'anéantissement de l'autorité légitime et
l'arbitraire le plus violenta: aussi fût elle
qualifiée d'élan patriotique par Laubadère,
de sainte insurrection par Delmas , Forel ,
Treich, Hardouin et les autres meneurs qu'on
s'étoit attachés. De ce nombre furent Dauxon
chef de l'état major de Laubadère homme
vil, rampant et qui avoit été chassé ancien-
nement du corps de la maréchaussée; de Gras-
set fusilier au 21e régiment, royaliste aussi pro-
noncé qu'audacieux et qui avoit demandé son
congé au général Falk après le 10 août pour
aller servir, disoit il, où l'honneur l'appeloit ;
de Fontenai capitaine au même régiment ,
aristocrate déguisé , petit am bitieux qui bri-
guoit un grade supérieur ; de Coste officier
de gendarmerie digne camarade de Dumou-
lin , de la Roche (*) et Taillardat officiers
(*) Ce Laroche, dans un conseil de guerre, avoit traité
Treich de scélérat , de tyran, de calomniateur ; il avoit dit au
général Serviez qui l'avoit blâmé hautement, que la vie de Treich
ji'étoit qu'une suite de crimes : et ce Laroche finit cependant pas
faire cause commune avec lui.
42
du bataillon de l'Allier, fourbe, aussi intri-
guant qu'ambitieux, de Dupont, Delfau,
Beignac et Dalbois de la Correze hommes
immoraux, mal-famés , crapuleux et tous en
général vendus au plus fort. Ce dernier avoit
manqué d'être pendu à Auxerre pour cause
d incivisme au commencement de la révo-
lution, le représentant Guillemardet peut
rendre compte de ce fait. Dumoulin et Du-
pont s'étoient le plus signalés pour appuyer
ou exciter l'assassinat du représentant Den-
tzel. Tous ces hommes continuellement dans
les cabarets ou répandus dans les bataillons
y buvoient avec le soldat , y captoient sa
bienveillance, et y calomnioient ceux qu'on
vouloit rendre victimes.
Dès que le représentant du peuple échap-
pé presque miraculeusement des mains d'un
assassin , fut remonté chez lui et eut été
témoin de la foule qui étoit devant sa porte
: et de la rumeur qui s'y faisoit , il se mit
j à la fenêtre et harangua le soldat. Il l'en-
gagea au calme au nom de la patrie, ajou-
tant qu'il étoit prêt à donner sa tète, si
.elle pouvoit contribuer au salut de la place.
Comme elle n'étoit nécessaire que pour
l'exécution des projets des membres du co-
mité de salut public de Landau, les habitans
qui connoissoient soninnocence et son patrio-
tismelui donnèrent une garde toute les nuits,
pour le soustraire à la scélératesse et à la
rage de ses ennemis. Serviez n'eut pas plu-
tôt appris les atroces calomnies qu' on fesoit
«
j
i
i
:
]
29 id.
Mémoire
des habi- j
tans de
Landau
F 41.
Exposé de
la conduite
de Servieï
page 10. ,
Rapport:
de Dentzel.
à la conv.
nationale,
f. 15 & 14
43
circuler contre lui, qu'il protesta publique-
ment contr'elles par un imprimé (J) Qu'il
lit afficher et demanda hautement des juges, j
Laubadère qui avoit intérêt de le faire croire
coupable fit arracher cet imprimé par ses
agens, qui en ramassèrent soigneusement
les exemplaires. Les autres chefs de corps
demandèrent aussi d'être jugés , mais ils ne
furent pas plus écoutés, on avoit le même
intérêt pour égarer l'opinion publique à
leur égard. Pour y réusssir plus sûrement
encore Laubadère leur écrivit à tous , pour
leur exagerer les dangers qu'ils couroient
et les précautions continuelles qu'il avoit
à prendre pour leur sauver la vie. 11 leur
envoya à chacun un exemplaire de sa pro"
clamation et proposa à quelques-uns d'en-
tr'eux de se rendre en prison, ce dont ils
s'excusèrent sur leur mauvaise santé, nom.
mément Serviez qui ayant fait une chûte:
au commencement de septembre avoit per- t
du la sienne depuis cette époque. j
Treich avoit rendu de grands services
pour la combinaison et l'exécution de ces
événémens; aussi fut il promu au grade de
général de brigade quoiqu'il ne fut connu
que par ses crimes et sa lâchete , quoiqu'il
ne servit guère que depuis un an. Le comis-
saire Probst entièrement devoué à Lauba-
dère, ne jugea cependant pas à-propos, de
présenter et recevoir ce nouveau promu à
la tête des troupes ; parce que la volonté
suprême de Laubadère u'étoit pas un titrq
Exposé de
la conduite
de Serviq
p. 8.
Id, p. 7,
18 & 19.
Mémoire
de Laval t
p. 4.
'44
suffisant. Elle ne fit pas moins jouir Treich
de 1 autorité et des appointemens de son
nouveau grade que le soldat sanctionna par
le surnom de général ventre (*)-à terre qui
lui resta.
Les portes de la ville étoient restées ou-
vertes depuis le commencement du blocus;
c'est à-dire pendant les mois d'août et de sep-
tem bre, époque où la terre étoit le plus
couverte de légumes et de fruits, quoique la
maraude fut journalière et les plaintes con-
tinuelles. Laubadère ne publia même son
code pénal, que vers la lin de septem bre ,
malgré les instances des chefs et les repré-
sentations continuelles du représentant et
l'augmentation des maladies , résultat ordi-
naire de l'usage des fruits et pommes de terre
: avant maturité. Lorsque le plus grand mal
fut fait, les portes ne s'ouvrirent plus qu'a.
vec les plus grandes précautions et pour des
objets majeurs. On craignoit que Dentzel
ne lit parvenir ses plaintes à la convention,
ainsi que les détails des derniers événemens
et cette crainte fit commettre une foule d'ir-
régularités et d'actes arbitraires à Laubadère.
Il refusa un passeport au secrétaire du re-
présentant que celui-ci vouloit envoyer à
Paris , il ouvrit plusieurs lettres qui lui
avoient été confiées pour envoyer en France
et nommément une adresse au président de
(*) Treich étant commandant du troisième bataillon de 11,1
Correze, commanda un jour ventre-à-terrç devant l'ennemi :
manœuvre iucouuu* jusqu'à lui.
1,4,8
i: JO oeta
Mémoire
,le la pwe
vérité p. 4
p. 15.
y
Mémoire
id. p. id.
45
la conveution nationale. Enfin, il arrêta E
l'information ordonnée par le tribunal cri J'
minel, pour chercher et découvrir l'assassin p
du représentant, ainsi que les chefs de l'in-
surrection. On se contente de citer ces faits
parmi une infinité d'autres, ils suffisent pour
faire apprécier les principes , la morale de
c'est honnête et loyal commandant.
Ces précautions dictées par la nécessité
d'ensévelir ces horribles événeniens dans
l'oubli, ou par le projet concerté de les dér
naturer à l'aide du tems, des circonstances
et de l'intrigue , aménerent d'autres dispo-
sitions. Les unes furent d'interesser la gar-
nison ou du moins une partie dans tout ce
qui s'étoit fait en le lui faisant hautement
approuver ; les autres , de trouver des torts
à Uentzel, et rien ne fut oublié pour y par-
venir. Les graces furent multipliées) les ma-
gasins de la république dépouillés pour ceux
qui étoient ou se déclaroient ses ennemis; ;
les persécutions se multiplièrent contre ses
partisans ou ceux soupçonnés tels. Les corps *
qui avoient montré le plus d'attachement
pour la tranquillité, la représentation natio-
na l e et les principes , furent vexés et accusés1
d'aristocratie. On fit plus, on ne laissa rien
subsister de ce que le. représentant du peu,
pie avoit fait seul ; ou de concert avec Lau-
badère : ainsi le bataillon de la constitution
organisé avec les nombreuses recrues desti-
nées pour Mayence , fut licentié , créé sous
un autre nom et la nomination des officiers
Exposé de
1 conduite
'e Serviez
IQ.
Lettre de
Dedon nu
minijhede
la guerre.
Mémoire
sur la con-
duite mili-
iiiire de
Laubadère
p. 2).
Id. de
Contamine
p. 2.
46
recommencée pour avoir plus de places à
donner; ainsi la com pagnie d'artillerie vo-
lante qui eût pu rendre de grands services
à la république et à la place , fut entière-
ment supprimée. Delmas se livra plus par-
ticulièrement à son caractère bouillant, al-
tier et vindicatif : il affectoit de passer et
répasser devant les fenêtres de Dentzel qu'il
regardoit d'un air insultant. Souvent, il ne
tenoit aucun compte des ordres de Lauba-
dère ; sur tout lorsqu'il ne les avoit pas dic-
tes, ou qu'ils n'avoient pas son aveu. On le
vit au jour que l'ordre de la place défendoit
expressement de laisser sortir des fantassins
armés avec la découverte , faire sortir uit
détachement d'infanterie pour aller tirailler
avec les postes avancés de l'ennemi. Le sol-
dat livré à lui-même, par l'impunité, l'oisi-
veté et le défaut d'exercices ou sorties,
commettoient toute sorte de vols ou de vio-
lences. Les habitans toujours mal reçus chez
le gé.l étoient brutalement éconduits lorsqu'-
ils alloient demander justice , ou des permis-
sions pour aller recueillir leurs denrées. Ja-
mais il n'en parloit qu'en termes injurieux
et méprisans, ce qui enhardissoit ses com-
plices à passer toutes bornes à cet égard,
aussi les divisions furent-elles portées à
l'excès.
L'ennemi ne tarda pas d'ètro instruit dans
le plus grand détail, de toutes celles qui agi-
toient la place , ou par les déserteurs, oa
par les espions, ou par quelque malveillant:
Mémoire
de la pu-
re vérité
p. 36
Journal
des événé-
mens les
plus rémar-
quables
p. 17 &
18 , note
14 & 20.
Mémoire
sur la
conduite
militaire
de Lauba-
èc P. 9
10 & 11.
1
j
47
et soit qu'il voulut les augmenter par la ter-
reur d'un bombardement, soit qui! voulût
empêcher la garnison de protéger les opéra-
tions de notre armée , il canona et bombar-
da la place toute la journée du i3. A cette
époque , il n'y avoit aucune précaution prise,
àucun ordre donné, pour obvier aux acci- 3
Il dens trop ordinaires en pareil cas. Il y avoit
plus de deux heures , que le bombardement
avoit commmencé , lorsque Laubadère parut,
lorsqu'il donna quelque ordre, prit quelque
mesure. Cette entreprise de l'ennemi, sur la
place , eut lieu le jour où nous perdimes les
lignes de Weissembourg et où l'armée du
Rhin fut mise en fuite, ce qui rendit désor-
mais toute communication impossible.
Delmas et ses complices triomphoient,
rien ne pouvoit plus arrêter leurs projets. Le
représentant du peuple méconnu et retenu
prisonnier chez lui, les chefs des corps sus-
pendus et aux arrêts de rigueur, toutes les
autorités subjuguées et réduites au silence,
le soldat trompé , égaré , tous les liens de la
discipline et du devoir relâchés pour se l'atta-
cher ; tel étoit le tableau fidèle de Landau ,
lorsque ces premiers résolurent decornplèter
leur vengeance. Ils en avoient tiré une cruelle
du représentant et des chefs, qu'ils avoient
mis sous la hache des assassins et de la ca-
lomnie, qu'ils retenoient dans la captivité : et d
ils résolurent d'en tirer une non moins écla- c
tante des habitans , lesquels assemblés en x
conseil général de la commune et en so-
13 octobre
Mémoire
id. p. 19*
1
1
Exposé
de la CO".
duite de
Serviej l'.
17-
48
ciété populaire, les avoient dénoncés à td
convention nationale. Le moment leur parut
d'autant plus opportun , qu'on étoit sans
communication et qu'ils pouvoient colorer
leur mesure du prétexte du salut de la
place. Ils firent donc porter à Laubadère
une proclamation (M,) pour obliger les sus-
pects , ou ceux qu'ils jugeoient tels , les vieil-.
lards, les femmes , les enfans , en un mot,
tout ce qui ne pouvoit porter les armes, à
sortir de la place. On avoit fait imprimer ,
pour cet effet, deux mille passe- ports , quoi-
, qu'il n'y ait que sept cents ménages à Landau.
Pour ajouter la raillerie à l'atrocité , on y
faisoit demander la permission par ces infor-
tunés, d'en sortir ; et Treich , leur ennemi
déclaré, Treich qui les avoit toujours calom-
niés et persécutés, étoit chargé de l'exécution
de cet ordre. Il attendit, le premier jour, les
habitans aux portes, mais aucun ne s'y pré-
senta L'ennemi avoit sévèrement défendude
recevoir qui que ce fût dans les villages ; et
en quittant leurs foyers, ils étoient sûrs de
trouver la mort entre son quartier et la place.
On fit prendre alors les armes à la garnison,
et nommément au bataillon de la Corrèze
qu'on avoit harangué , excité , et auquel on
fit charger les armes, pour inspirer plus de
terreur. Treich et Delmas avoient réuni leurs
efforts pour employer la violence; ils avoient,
ainsi que leurs complices , promis au soldat
les vivres et l'argent de ces gueux de bour-
geois, de ces coquins d'aristocrates, ( ainsi
21 octobre
Mémoire
des hàbit.
de Landau
P. 45 , 46
47 6-48.
Journal
des événé-
mens les
plus ré-
marquable
P. 8.
Mémoire
de Victor
Laudier p.
24 & ZS-
Id.p, 47.

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