Prédiction de Platon, en date de l'an de la création du monde 3621 , revue... par M. A. P***

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chez les marchands de nouveautés (Paris). 1821. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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Publié le : lundi 1 janvier 1821
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PRÉDICTION
DE PLATON
EN DATE
DE L'AN DE LA CREATION DU MONDE
3621,
REVUE , COMMENTEE ET DEMONTREE ACCOMPLIE
EN L'AN DE GRÂCE 1821.
PAR M. A. P***.
Doctissimus, idemque sapientissimus
Socrates solebat dicere « SE UNUM
SCIRE QUOD NIHIL SCIRET. "
DIOG. LAERT.
A PARIS,
CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
Décembre 1821.
PREDICTION
DE PLATON
EN DATE
DE L'AN DE LA CRÉATION DU MONDE
3621.
CE seroit faire injure aux grands hommes du
XIXe siècle, à la perfectibilité de leur raison, à la
profondeur de leurs lumières, à l'étendue de leur
érudition, que de croire, de soupçonner même que,
parmi la foule innombrable de savans, de doctri-
naires et de publicistes qui inondent et régentent
aujourd'hui l'Europe, il en puisse exister un seul
qui n'ait pas lu, médité et commenté la fameuse
prophétie de l'immortel Platon : prédiction vrai-
ment étrange, que j'entreprends de commenter de
nouveau, et dont je me propose de démontrer l'en-
tier accomplissement.
Je ne me, dissimule pas toute la difficulté de l'en-
treprise, et combien de sarcasmes et d'invectives
philosophiques elle peut m'attirer de la part de nos
esprits forts, et de nos grands régénérateurs. Les uns
tourneront en ridicule mon admiration pour le
divin Platon, et riront de mon enthousiasme pour
sa morale et sa philosophie qui ne sont plus de mode ;
les autres seront révoltés, à coup sûr, de la hardiesse
I.
(4)
avec laquelle j'ose exhumer une prédiction surannée,
et m'en servir de texte pour adresser au genre hu-
main quelques vérités un peu dures.
Je sais d'avance à quoi je m'expose. « Quand
» d'une main ferme et courageuse, a dit un mora-
» liste moderne , on tire le rideau qui couvre la
» vérité ; quand on arrache, quoique avec ménage-
» ment, le masque qui en impose à la crédulité, on
» doit s'attendre à toute l'animosité de l'amour-
» propre humilié. »
Néanmoins, pour éviter toute récrimination, je
commence par m'humilier moi-même devant les
hautes lumières des grands hommes du siècle, par
reconnoìtre leur prodigieuse supériorité en tout, et
même leur prééminence sur les plus beaux génies
de l'antiquité.
Malgré toute ma vénération pour le sage Platon,
j'irai même, tant je suis jaloux de n'avoir aucun
démêlé avec la philosophie moderne, jusqu'à lui
faire toutes les concessions raisonnables qu'elle exi-
gera de moi.
Je conviendrai d'abord, avec nos grands réforma-
teurs du genre humain, que les brillantes connois-
sances de Platon, en physique , en métaphysique,
en philosophie et en morale, ont été souvent ternies
par des qualités et des vertus qui ne seront jamais
celles d'un philosophe moderne, telles que l'amour
de l'ordre et du bien public, le désintéressement, la
(5).
sobriété, la régularité des moeurs, le mépris des
richesses, et tant d'autres vertus dé préjugés qu'il
possédoit au plus haut degré.
Je tomberai d'accord, avec nos nouveaux doctri-
naires, que s'ils n'en savoient pas plus que Platon,
ils ne sauroient pas grand'chose. J'avouerai de même
avec eux que le peu de suite de ses raisonnemens,
ses passages brusques d'une matière à une autre, ses
preuves ridicules de la métempsycose et de l'immor-
talité de l'âme, ses plans de politique , chimériques
et impraticables, peuvent bien former de nos jours
des illuminés et de hardis novateurs, mais ne forme-
ront jamais de bons publicistes et de grands hommes
d'Etat.
Enfin tous nos philosophes du jour, professeurs,
orateurs, moralistes, jurisconsultes, légistes s'ac-
cordent à dire que le philosophe Platon mêloit trop
souvent, à des pensées raisonnables sur la métaphy-
sique, des idées religieuses extravagantes, le tout
enveloppé dans un pompeux galimatias. J'en con-
viens : d'abord il croyoit en un seul Dieu, existant
par sa nature, et créateur de l'homme et de l'univers.
Il le définissait un être incorporel, bon, parfait,
tout-puissant et juste; préparant aux gens de bien
des récompenses dans une autre vie, et aux médians
des peines et des supplices : j'avoue que voilà des
idées bien étranges, et bien incompatibles avec les
Lumières du XIXe siècle : aussi, par la même raison
(6)
que les premiers Pères de l'Eglise étudioient soigneu-
sement la philosophie de Platon, il est très-impor-
tant aujourd'hui d'écarter un tel moraliste des écoles
de la jeunesse, et en cela je suis encore de l'avis de
nos fameux doctrinaires.
Il est de fait que toutes les institutions nouvelles
seroient bouleversées, tous les brillans systèmes
d'éducation et d'enseignemens mutuels se verroient
anéantis, et la masse imposante de l'édifice social
régénéré crouleroit tout à coup, si l'on s'avisoit de
reproduire de nos jours des rêveries renouvelées des
Grecs, et de conseiller à nos jeunes savans d'ap-
prendre à lire dans les écrits d'un philosophe qui
osa , non seulement reconnoître un seul Dieu ,
mais qui eut encore le talent de deviner dans la
forme d'un triangle équilatéral le dogme de la Tri-
nité; pensée véritablement trop hardie , qui, dans
des temps d'ignorance, accrédita chez les premiers'
cathécumènes, l'idée ridicule que le sage Platon
avoit, pour ainsi dire, prophétisé l'établissement du
christianisme.
Je conçois aisément que des idées aussi bizarres,
des conceptions aussi fausses, des opinions aussi sin-
gulières que celles de ce vrai philosophe, sont de
nature à soulever la bile de tous nos esprits forts :
aussi n'est-ce point à eux que j'adresse mon petit
commentaire.
C'est à vous seuls que je parle, hommes simples
(7)
et modestes, malheureusement nés, il y a près d'un
demi-siècle , dans ces temps affreux de superstitions,
de barbarie et d'ignorance, dont l'époque est déjà si
loin de nous , tant nous avons fait de chemin depuis
trente années ; vous, esprits foibles et timides, qui
n'avez pas encore assez marché avec le siècle pour
vous être fourvoyés; vous, âmes pusillanimes, cons-
ciences timorées, encore assez ineptes pour croire,
aux vérités éternelles, aux antiques préceptes de la
morale la plus pure, et aux doctrines consolantes
d'une religion toute divine ; vous enfin, qui n'atten-
dez., de la part de nos nouveaux régénérateurs, que
des arrêts de proscription, par la seule raison que
vous êtes nés trop tôt. Armez-vous de courage, osez
avec moi relire et méditer attentivement cette éton-
nante prédiction du sage fils d'Ariston, et vous ju-
gerez si j'ai tort de la voir entièrement accomplie
de nos jours.
Je crois devoir la citer ici textuellement, pour
l'apprendre à ceux d'entre vous qui l'ignorent, et
pour la rappeler à ceux qui l'auroient oubliée. La
voici :
IL VIENDRA UN TEMPS OU LA NATURE SERA CHAN-
GÉE EN QUANTITÉ POSITIVE : LE MOINS EN PLUS,
ET LE PLUS EN MOINS : LA NATURE COMMENCERA
SON OUVRAGE PAR LA PARTIE LA PLUS DIFFICILE.
AVANT DE CHANGER LES CORPS, ELLE CHANGERA
LES IDÉES, LES OPINIONS ET LES INCLINATIONS! ! !
(8)
Il suffit d'ouvrir les yeux, et de considérer l'état
actuel de la société pour être frappé des progrès
immenses que la nature a déjà faits dans le grand
art du désordre, et pour voir avec quelle activité
elle travaille à l'accomplissement de cette étonnante
prophétie.
Examinons d'abord les changemens déjà opérés
dans les idées, les opinions et les inclinations de cet
animal soi-disant raisonnable , regardé jusqu'alors
comme l'être le plus parfait de la création : nous
en viendrons ensuite à l'examen du changement des
corps.
Commençons par jeter un coup d'oeil sur quel-
ques légers ridicules, de simples inepties, qui né sont
que le prélude de plus grandes extravagances et de
folies plus dangereuses. Passons un moment en
revue l'innombrable essaim des écrivains modernes,
pépinière immense de publicistes, de doctrinaires,
de professeurs, d'histrions et de charlatans , qui tous
à l'envi l'un de l'autre, faisant assaut continuel de
bel-esprit, de lourde érudition et d'impertinence,
fournissent journellement des preuves évidentes de
ce bouleversement général des idées et des opinions.
Quel est, en définitive, le résultat de leurs abstrac-
tions, de leurs analyses et de leurs doctrines? A l'aide
d'un jargon nouveau et de locutions bizarres, ils
vous donnent des paradoxes pour des vérités, des
rêves pour des découvertes, des préventions pour
(9)
du jugement, des systèmes pour des raisons, des
opinions pour des principes, et des jeux de mots
pour de l'esprit.
Incapables de produire, de développer aucune
pensée neuve , ils n'ont rien trouvé de plus com-
mode que de s'emparer des anciennes idées pour
les travestir ou les dénaturer ; de condamner sans
pitié tout ce qu'ont fait leurs ancêtres, de fronder
tous les anciens usages, d'anéantir les antiques prin-
cipes de la morale et de la vertu, de bouleverser
enfin tous les élémens de la science et toutes les
règles du bon sens.
Nos grands savans, nos beaux-esprits du siècle
semblent tous s'accorder à dire : Les moralistes an-
ciens n'avoient que de là raison sans goût ; du bon
sens sans esprit ; de la solidité sans agrémens : aussi
leurs ouvrages sont profondément pensés, froide-
ment écrits, et souverainement ennuyeux. Débar-
rassons-nous de leur morale triste et sévère, de ces
préceptes inutiles d'une philosophie surannée, de ce
lourd fatras de tant de préjugés incommodes ; ima-
ginons de nouveaux systèmes, des opinions telle-
ment hardies, et des doctrines tellement étranges,
que nous serons bien sûrs d'avoir trouvé du neuf,
et qu'aucun moraliste ancien n'y aura songé avant
nous.
Et d'ailleurs, à quoi bon perdre son temps à étu-
dier , à analyser, à réfléchir enfin, avant de juger?
( 10 )
La réflexion tue le génie. Le bonheur consiste à tout
effleurer, à ne rien approfondir. Plus on s'attache
aux idées superficielles, et plus on trouve de jouis-
sances dans la carrière des sciences, des lettres et des
arts. Plus on parvient, sans efforts et sans peine, à:
plaire à la multitude, et plus on acquiert de célé-
Effectivement, c'est ce que nous voyons tous les
jours ; première preuve du bouleversement des
idées. Ces savans de fraîche date réussissent au-delà
même de leurs espérances.
Une misérable rapsodie, décorée du nom de co-
médie, deux ou trois drames, à la fois ignobles et
gigantesques , aussi pitoyablement écrits que lour-
dement conçus, quelques couplets lâchement sati-
riques, enfans honteux du libertinage et du désoeu-
vrement, tournés sans goût et enchâssés avec peine
dans des vaudevilles de circonstance, ont fait dé-
cerner à leurs auteurs une palme éphémère que
désavoue le génie.
Leur réputation s'étend rapidement de cercle en
cercle : pendant huit jours entiers, il n'est bruit que
de leurs succès. Fêtés, applaudis à la ronde, ils
avalent à longs traits la fumée de l'encens que leur
prodigue une foule imbécille, appelée le public;
ce pauvre public si aisément dupe de toutes les répu-
tations; tout à la fois si sévère et si indulgent, si
incommode et si utile , si arrogant et si abject;
(11)
vieil enfant incorrigible, suivant l'expression d'un
ancien moraliste, ridicule assemblage des parties
les plus hétérogènes, entêté dans ses préjugés, inepte
dans ses décisions, outré dans ses censures comme
dans ses louanges, extravagant dans ses opinions,
ignorant par essence, critique amer du vrai talent ,
et grand admirateur du galimatias.
Et c'est pour plaire à une telle multitude, sotte
et capricieuse, que toutes les jeunes têtes s'exaltent
aujourd'hui !.. nouvelle preuve du bouleversement
des idées.... Les fougueux transports d'un cerveau
délirant sont pris pour l'élan du génie.... Plus on
écrit, plus on veut écrire.. . La plume, qu'aucune
considération n'arrête, vole et s'égare dans un laby-
rinthe inextricable, sans autre guide que le fil trom-
peur d'une imagination déréglée : de là cette foule
de productions extravagantes et de conceptions
monstrueuses , ce déluge épouvantable de compila-
tions informes, et d'oeuvres licencieuses outrageant
à la fois la morale et le bon sens.
Si du moins la nature se fût arrêtée là; si elle
n'eût bouleversé que le cerveau d'une foule d'esprits
frivoles et de petits génies, peu dangereux par la
raison même de leur médiocrité, l'édifice de l'ordre
social auroit pu conserver encore quelque solidité ;
les élémens de la civilisation ne seroient point re-
tombés dans le chaos, et alors la prédiction de notre
fameux philosophe n'eût été qu'un rêvé.
( 12 )
Mais, hélas ! il n'est plus permis d'en douter, l'ac-
complissement de cette fatale prophétie étoit iné-
vitable.
La nature, comprimée trop long-temps, devoit
enfin se dégager de tous les liens qui la retenoient
captive, et secouer le joug de toutes les institutions
salutaires qui s'opposoient à ses dérèglemens.
Emportée, pour ainsi dire, par le tourbillon des
idées nouvelles, dans le torrent de la dépravation,
elle s'est vue forcée de marcher avec le siècle ; et,
pour accélérer encore la rapidité de sa course, elle
s'est empressée de bouleverser toutes les têtes, de
pervertir tous les coeurs, et de dénaturer, chez tous
les peuples, les antiques notions du juste et de l'in-
juste.
Et quel a été le résultat de cette marche désor-
donnée de la nature? le seul qu'on devoit attendre
de la confusion générale des idées, de l'extravagance
des opinions, et de la perversité de l'espèce humaine:
I'anéantissement de tous les principes de morale
et de vertu, la lutte de toutes les passions , le débor-
dement de tous les vices, et des attentats et des cri-
mes jusqu'alors inconnus aux enfers !
Au milieu de ce désordre universel, une philo-
sophie nouvelle, sortie, pour ainsi dire, tout armée
du cerveau du génie du mal, devint l'auxiliaire le
plus terrible de la nature dégénérée.
Pour accélérer le grand oeuvre du bouleversement

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