Prenons-y garde ! par M. S.-R.-N. Erastre

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impr. de A. Lanoe (Paris). 1820. In-8° , 8 p..
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Publié le : samedi 1 janvier 1820
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PRENONS-Y GARDE!
PAR M. S. R N. ERASTRE.
Des changemens qui s'opèrent dans le personnel
de l'administration.
QUAND les peuples ont eu le malheur de concevoir, con-
tre les agens de l'autorité , des soupçons fâcheux; quand
ils en sont réduits à croire leur avenir menacé et leurs
droits en péril , le moindre changement dans le personnel
de l'administration , attire leur attention, et vient relever
leurs espérances ou ajouter à leur inquiétude.
Un homme juste et droit vient-il succéder à un person-
nage suspect ou mal vu ? les peuples disent : Le maître est
instruit ; il voit bien ; il veille sur nous ; soyons tranquil-
les et espérons. Un homme respectable et estimé vient-il
à laisser sa place à un favori des fauteurs de l'arbitraire?
les peuples qui voient commettre à-la-fois deux injustices ,
sentent que le moment de la tranquillité n'est pas encore ar-
rivé. Le crédit des hommes injustes qui l'oppriment, cré-
dit attesté par les nouveaux choix qu'ils ont dictés, ajoute
fin nouveau poids à la somme de ses malheurs, et la ba-
lance dès destinées sociales reste déplacée, jusqu'à ce que
l'épée de Brennus vienne la relever en rétablissant l'équi-
libre.
Ces réflexions sortent d'elles-mêmes de l'observation
raisonnée de tous les événemens historiques; elles n'ont
rien de commun avec celles que peuvent former les no-
minations que nous lisons aujourd'hui dans le journal of-
ficie! ; ainsi l'on pourra, sans inconvénient, négliger les
unes et raisonner sur les autres.
Tout changement dans le personnel de l'administration
à , dans tous les temps , éveillé au moins la curiosité. Dans
les temps un peu difficiles , on en tire des inductions pour
ou contre les améliorations qu'on attend ou qu'on devrait
attendre. A l'époque où nous vivons , par exemple, on
désire voir, dans ce qui se fait , une promesse rassurante
pour l'avenir. Si le pacte social avait été menacé par des
entreprises évidemment contraires aux droits et aux justes
prétentions des administrés, on espère que, mieux conseil-
lée , l'autorité va donner quelque garantie contre des en-
treprises futures.
Si l'on a fait la faute incalculable de dénaturer des faits
Connus , et de leur donner des caractères absolument con-
traires à l'évidence et aux rapports de la conscience pu-
blique; si l'on a entamé contre des citoyens dévoués au Roi.
à la Charte et au véritable gouvernement , des procédures
qui reposent tout entières sur une fausse énonciation des
faits ; si l'on a décidé de faire prononcer par des commis-
sions ministérielles le contraire de ce que déclare l'im-
mense majorité de la capitale et de la France : on s'attend
à tout moment à voir le mal réparé ; et l'on regarde , dans
chaque modification du personnel administratif, si quelque
chose n'annonce pas le redressement des griefs si publi-
quement articulés, et la fin de la longue et indécente mys-
tification dont la nation entière est l'objet.
C'est avec cette espérance que la France éplorée lit
tous les matins le Moniteur, et demande à cette feuille ,
comme la malheureuse épouse de la Barbe bleue : ANNE ,
ma SOEUR ANNE , ne vois-tu rien venir ? Hélas ! la
réponse de la soeur Anne est toujours la même ; elle ne
voit que le soleil qui poudroye et l'herbe qui verdoye ;
elle voit, par-ci par-là , des moutons qui paissent et des
chasseurs tout prêts à les CHARGER. Mais les héros qui s'ap-
prêtent à la sauver du trépas qui la menace, quand arrive-
ront-ils?
Prenons toujours, en attendant., ceux que le ministère
nous envoye. M. Froc de la Boulaye est nommé conseiller
d'état. Est-ce lui qui nous rendra la liberté de la presse?
Hélas! nous n'osons pas l'espérer. Ami et commensal de
M. Pasquier , est-ce M. Froc de la Boulaye qui nous ôtera
le bâillon monarchique qui sera si utile au moment des
élections ? Pour placer M. Froc de la Boulaye , il a fallu
renvoyer du conseil M. Royer Collard. Si une marche
droite et vraiment constitutionnelle eût été bien décidée ,

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