Preuves sensibles de la protection de Dieu sur l'église de France, par les miracles qu'il y opère tous les jours par l'intercession du vénérable B.-J. Labre

Publié par

1784. Labre. In-12.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : jeudi 1 janvier 1784
Lecture(s) : 12
Source : BnF/Gallica
Nombre de pages : 134
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

PREUVES
SENSIBLES
DE LA PROTECTION DE DIEU
SUR L'EGLISE DE FRANCE,
Par les Miracles qu'il y òpére tous
les jours par l'interceffion du vé-
nérable BENOIT-JOSEPH LABRE.
Béni soit le Seigneur Dieu , qui fait sèui des
choses admirables. Pfal. 71.
A AV IGNON.
M. DCC. LXXXIV,
A V I S
DE L-ÉDITEUR.
C EST pour nous un grand sujet
d'admiration & de reconnoiffance
que Dieu daigne opérer parmi nous
un si grand nombre de Miracles, à
rinterceíTion du B. Labre. Désirant
de transmettre à ceux 'qui viendront
après nous , le souvenir de ces
merveilles , j'ai travaillé à en re-
cueillir les preuves.
J'ai fait les informations les plus
exactes ; j'ai vu les personnes mi-
raculées qui étoient à ma portée j
ainsi que ies témoins qui pouvoient
certifier ces prodiges ; j'ai écrit
& fait écrire dans les provinces où
j'ai appris qu'il s'en étoit opéré t
Aij
IV
pour avoir des détails exacts & crfc
çónstanciés. J'ai tâché, fur chacun
de multiplier les témoignages, afin
de former un corps de preuves
capables de convaincre les esprits
fages & religieux;. J'ai eu le bon*
heur de réussir, au moins pour les
plus importans-, & me fuis fais une
collection intéressante.
Je rn'en édifiois avec mes amis,
& ç'étoit tout mon objet. Cela
s'est répandu -j nombre de personnes,,
respectables ont désiré avoir mes
Relations, je les leur ai commu-
niquées-. Alors elles m'ont pressé de
|es rendre publiques ; elles n'ont
pas eu de peine à me persuader
que je -n'en étois que le dépositaire ;
que je devois , autant qu'il est en
moi , sauver -ces faits de l'oubli t
4a.ni lequel tombent bientôt la
plupart des événemens qui ne font
pas consignés dans des écrits;' que
je devois cetce communication à
mes Frères, aux fidèles de tous les
lieux & de tous les temps, à toute
i'Eglise enfin, & que. ce n'étoie
pas prévenir le jugement des Pas-
teurs , mais leur préparer les voies
que de mettre fous leurs yeux, des
merveilles qui n'étoient peut-être
pas toutes parvenues à leur con-
.noissance , & qui méritent néan-
moins toute leur attention.
Je me rends aux conseils de ces
personnes éclairées , ne désirant
que .la gloire.de Dieu & le salut
de mes Frères , trop heureux s'il a
daigné me choisir pour contribuer
à l'une & à l'autre. Redevable en-
vers tous, je m'acquitteaujourd'hui.
J'annonce ces faits, en donnant les
A iij
indications, & mettant chacun à por-
tée de les vérifier. Ma tâche est rem-
plie.
On a cru ne devoir mettre que
les lettres initiales des noms de
tous ceux qui ont eu la bonté de
fe prêter à mon empressement ôc
de m'écrire ; ne l'ayant fait que
pour m'obliger , j'ignore si elles
trouveroient bon qu'on les nom-
mât.
P R EUVES
?SENSIBLES
DE LA PROTECTION DE DIEU
SUÂ L'EGLISE DE FRANCE.
.Relation d1 un Miracle opéré le 2. Sep-"
tembre 1783 , fur Une Religieuse dt
la ville de Chartres. Donnée par M,
l'Able Fetrand'., Chanoine de Chartres,
Supérieur des Religieuses de la Pro-
vidence. -
- \J N E Religieuse du Couvent de la Pró-*
vidence de Chartres âgée de 2,8 ans , étoie
attaquée depuis long-temps d'un mal de
poitrine^ qui eut tous lés accidens & les pro-
grès d'une pulmonie. consommée. Depuis
Aiv
près d'un an cette Religieuse n'etoit poiní
sortie de l'infirmerie , & ne laissort aucune
espérance pour sa vie.
Le Supérieur conseilla à toute la Com-
munauté de faire une neuvaine au bien-
heureux Labre. Elle fut résolue , & le
Supérieur vint dire la Messe à cette in-
tention pendant les neuf jours :1a malade
s'unissoit aux prières. Son mal, bien loin
de se rallentir pendant cet intervalle r
ne fit qu'augmenter. Au huitième jour elle
eut une fièvre très-ardente , il fut question
de la saigner. Le médecin dit qu'elle ex-
pireroit sous la lancette , & qu'elle étoit
hors d'état de la supporter. La neuvaine
finissoit le lendemain après la Messe. Dans
ì après midi elle ne sentit plus de mal,
an point qu'elle Te leva toute feule, s'ha-
billa, descendit au Choeur , fit maigre les
jours d'abstinence qui suivirent immédia-
tement sa guérison, soupa avec des fèves ,
& n'a point interrompu fa règle depuis
cette époque.
Les Médecin & Chirurgien ont certifié
fans hésiter, qu'il y avoit du surnaturel
dans fa guérison.
( 9)
Copie dune Lettre écrite de Chartres , par
Mlle Bainville , h 7 Mars 1784. ,
confirmative du Miracle opéré dans
cette Ville.
MONSIEUR,
J'ai été long-temps k répondre k l'hon-
neurde la vôtre , & à l' éclaircissement
que vous me demandez au sujet de la gué-
rison de Madame la Supérieure du Cou-
vent de la Providence , malgré les dé-
marches que j'ai faites pour vous satisfaire
promptement. N'ayant aucune relation avec
ces Dames , je me fuis adreflè à M. leur (
Chapelain que je connois , & qui m*a
promis de me donner par écrit un détail
circonftancié de ce que vous désirez savoir.
Après l'avoir attendu long-temps , il me
l'a enfin donné vendredi dernier, $ de ce
mois. Je vais vous le transcrire tel que
je l'ai reçu. Je souhaite que cet écrit
soit conforme à ce que vous désirez. Ce
M. m'a assuré que Madame la Supérieure v
depuis fa guérison , continue à -se bien
porter , & k remplir tous les exercices
de la Communauté & de fa place («).
(n) It est bon de remarquer qu'il y avoir
alors six mois, Si que la saison etoit des plus
crigoureuse. ? .
Ay
0°)
Tout cela me paroít miraculeux & k
kii aussi, ainsi qu'à tonte la Communauté.
Voici la copie de l'éerit qu'il m'a donné.
VOUS souhaitez, Monsieur , avoir une
connoissance de la guérison de Madame
la Supérieure. de la Communauté de la
Providence , en voici un détail fidèle.
Cette Dame âgée d'environ 2.9 ans &
demi, après avoir été pendant deux ans
dans un état de langueur , presque tou-
jours avec une fièvre lente , une toux
sèche & habituelle, dont la plupart des
accès étoient violens & accompagnés de
convulsions , employa inutilement les res-
sources de la médecine pour obtenir fa
guérison.
Le 25 Aoút dernier, M. le Supérieur
résolut de faire une neuvaine de Messes
au Serviteur de Dieu Benoît-Joseph Labre.
Elíe fut commencée le lendemain par
une Communion générale. Jusqu'au cin-
quième jour la malade n'éprouva aucun
changement. Vers le milieu de ce jour,
elle fuj attaquée d'une violente toux qui
dura près de deux heures avec une forte
oppression. Ce qui fît juger qu'elle avoit
besoin d'une saignée qu'elle demanda au
Médecin qui la vint voir le lendemain.
M. le Médecin ne jugea pas k propos
d'ordonner la saignée , parce que ladue
Dame étoit trop foible. Ainsi ses souf-
frances continuèrent toujours.
Le soir veille de la fin de la neuvaine ,
une des Dames lui conseilla de placer
sur sa poitrine l'image du Serviteur de
Dieu, ce qu'elle fit avec toute la con-
fiance possible, espérant recouvrer la santé
par son intercession. Elle ne l'eut pas
plutôt appsiquée fur elle , que, la toux &
l'oppreffion .«augmentèrent de telle forte
qu'elle en perdoit la respiration. Cet état
dura environ une heure. Elle se trouva
ensuite comme k l'agonie , sans pouls,
fans parole, froide , & cela pendant une
demi-heure. Au milieu de quelques con-
vulsions qui "survinrent alors, elle pouss
de grands cris. Un quart-d'heure avant
de sortir de cette triste situation le pouls
.revenoit de temps en temps. Enfin elie
en sortit tout à coup , elle se leva íùr
son séant en disant : Je suis guérie.. Tout
ceci se passa en présence de ses soeurs ,
& de fa soeur propre qui la tînt pendant
tout ce temps entre ses bras k cause de
sa grande foibleflé. Elle s'empressa auísi-tót
de rendre grâces k Dieu, en se mettant
h genoux sur son lit. Son dessein étoit
d'aller au Choeur pour le faire, mais elle
ne s'y. rendit pas , parce qu'il ttoit tard ,
&. ç'auroit été contre l'ordre de ia mai-
Avj
son., Elie se trouva si ferme sur ses ge
noux , qu'elle aurait volontiers passé le
refïe de la nuit dans cette position.
. Après avoir pris un bouillon fur les
onze heures, elle s'endormit. Le sommeil
dura jusqu'à cinq heures du matin , ce
qui ne lui étoit pas arrivé depuis long-
temps.
Á six heures moins un quart elle se
leva bien portante, & se rendit au Choeur
pour y entendre la Messe, & communier
en action de grâces, cela fait , elle--alla
déjeuner d'un bon appétit. Dès-lors elle
reprit tons les exercices de la Commu-
nauté & la même nourriture , fans en être
incommodée. Depuis , cette époque elle
jouit de la santé la plus parfaite.
Dans les témoignages que M. Jadel,
Médecin de ladite Supérieure -, rend de
fa guérison inopinée & inattendue , il dé-
clare, qu'il regardait cette guérison comme
tres-incertaine ,. & ne pouvant être que
très éloignée. Qu'on doit estimer qu'il dût
être singulièrement surpris, lorsqu'il trouva
la malade fans toux ni oppression , ne se
plaignant d'aucune douleur, & annonçant
au contraire un bien-être & un appétit
qu'elle ne connoîssoit pas depuis long-
temps. Qu'il a vu Cette Dame de deux
jours l'un , & qu'il l'a constamment bien
(13 .
trouvée. Que ses forces sont entières, qu'on
apperçoit fur fa physionomie, & dans fa
figure -un air naturel qu'elle avoit perdu
depuis bien du temps.
Relation d'un Miracle opéré à Paris ,
le- 17 Octobre z 783, par l 'intercession
du Vénérable Benoît- Joseph Labre , sur
la veuve Le Clerc*
DEPUIS environ quatre mois la veuve
Le Clerc se sentoit dépérir , & tomboit
dans une-défaillance sensible. Cette femme
âgée de près de 60 ans, demeure à Paris ;,
rue Saint-Antoine. Au mois de Juillet
dernier, elle fut attaquée d'un catarre fur
la poitrine qui la fit beaucoup souffrir.
Son estomac se gonfla de manière que
ses hardes devinrent trop étroites. Elfe
ressentoit un dégoût général pour toute
nourriture, dormoit très-peu, son sommeil
étant interrompu par les vives douleurs
qu'elle ressentoit continuellement. L'enflure
croisscit toujours, elle devenoit lourde &
pesante ; quoiqu'elle marchât encore assez
librement. On la pressa vivement de voir
M. Mallet son Médecin. Elle le refusa
-toujôúrs, à cause du mauvais effet des
médìcamens qu il lui avoit ordonné dans
une maladie antérieure»
Le Mercredi 15 Octobre dernier, la
femme Le Clerc se trouvant plus mal qu'à
l'ordinaire , fans être cependant alitée ,
mitfur son lit en se couchant, le portrait
encadré du Bienheureux Labre.. Elle reposa
mieux qu'à l'ordinaire, & lors de son lever,
se sentit soulagée , quoique l'enflure subsista
toujours. Au dîner elle éprouva son dégoût
ordinaire pour toute; nourriture.
L'après midi, les eaux qui l'opprimoient
s'écoulèrent subitement par les voyes ordi-
naires : & avec autant de joie que d'étonne-
ment, elle se trouva tout d'un coup déli-
vrée de son enflure , sur - tout aux deux
côtés où elle étoit plus sensible ; mais elle
subfistoit encore dans son estomac. Le
soir en se couchant, elle y appliqua le même
portrait de son saint Protecteur, en ì'in-
voquant avec une nouvelle ferveur pour
obtenir sa parfaite guérison.
Elle passa une très-bonne nuit, se leva
vendredi 17 plutôt qu'à son ordinaire , & se
trouva si bien guérie,qn'elle fit maigre à dîner,
mangea sans aucun dégoût une soupe co-
pieuse , des fèves & une forte limande ,
le tout avec une forte de voracité qui fai-
? soit craindre qu'elle n'en fut incommodée.
Deux heures après le dîner, il lui prit
(15
un violent mal de coeur, qui lui laissa-
à peine le tems de paller dans une autre
chambre, où elle vomit une abondante
quantité d'eau fans aucun mélange de nour-
riture.
De ce moment son estomac fut entiè-
rement désenflé , sa respiration libre. Elle
mange, dort, marche avec agilité , & jouit
d'une parfaite. santé.
Au mois de Mai dernier, je fuis allé
vôir Madame Leclerc, désirant m'informer
comment elle avoit passé un hyver aussi
rude que le dernier, & si dangereux poul-
ies tempéramens aquatiques. Je l'ai trouvée
d'une- santé parfaite , agile , vigoureuse ,
donnant ses soins k une personne âgée &
très-infirme, &, pour la première fois de-
puis un très - grande nombre d'années ,
n'ayant pas eu le plus léger rhume de tout
l'hyver.
On ne peut pas désirer une guérison plas
complette d'une hydropisie de poitrine des
plus avancée, & qui faisoit craindre k tous
ceux qui la voyoient de près qu'elle ne fût
bientôt étouffée subitement. Car la relation
ne représente que bien imparfaitement l'ex-
transité du danger où elle étoit, & la crise
d'oppression & d'étouffement qui l'obligea
de se lever la nuit du 15 au 16 Octobre
pour prendre le portrait du Bienheureax
(lé)
Labre , & le pofer sur son estomac, &
lui demander du secours pour ne pas mourir
subitement cette nuit - là , afin d'avoir le
,'tems de recevoir les Sacremens.
Copie d'une Lettre écrite d'Abbeville le z 6
Novembre 1783, 'par Mademoiselle
Poultiér, Religieuse Ursuline à M. son
frère, Chanoine de Boulogne.
Je ne vous ai point parlé de la guérison
de la Religieuse Carmélite, parce que je
n'ai point entendu parler d'aucune vérifi-
cation.
Mais il vient d'en arriver une qui n'est
point de ce genre, fur une Soeur de l'Hôtel-
. Dieu de cette Ville, appeilée Saint-Nicolas.
Elle étoit attaquée d'une surdité si grande,
caufée par des abcès qu'elle avpit eu dans
la tête , que depuis dix ans elle n'avoit pas
entendu une cloche sonner , & qu'on ne
pouvoit se faire entendre d'elle- que par
signes.
Après avoir lu un soir les Relations quî
se vendent dans cette Ville, imprimées k
Amiens, elle s'endormit en ayant l'esprit
rempli. Alors elle eut un songe extraordi-
naire.
Sur trois différentes fois elle crut enten-
, dre sonner des cloches. Enfuite elle vit,
ou entendit le vénérable Benoît-Joseph qui
lui dit, que si elle vouloir être guérie de
son infirmité, il falioit qu'elle fit une neu-
vaine , & qu'elle raccompagnât du jeûne
pendant les neuf jours, en ne mangeant k
midi que du-pain & du beurre, & le soir
une pomme cuite, & qu'elle priât pour la
conversion des infidèles & des incrédules.
Elle en fit la déclaration à ses Supérieures,
qui eurent de la peine à consentir au jeûne,
à cause de ses travaux & de fes veilles, à
quoi sont obligées les Religieuses de cette
maison: on a même voulu l'en dispenser.
Mais cette Soeur persistant à solliciter la
permission, elle l'obtint. Ënfin le septième
jour de la neuvaine, qui .étoit le z3 No-
vembre , entendant la sainte Messe, au
moment de l'Elévation , elle sentit une fí
grande douleur dans les oreilles, qu'elle
fit un cri, lequel fut entendu des Religieux
ses. Se. trouvant si mal, elle crut ne pas
pouvoir communier, comme elle se l'étoit
proposé.
Mais k l'aide de l'une des Soeurs elle
en vint k bout. Au milieu même de ses
grandes douleurs l'ouïe lui fut rendu en-
_ ' tiérement. Elle entendit distinctement la
petite sonette de la Communion du Prê-
tre , le Domine, nonfum dignus, & depuis
ce temps elle entend parfaitement.
(18) .
Comme ori voulut lui faire prendre quel-
que chose après la Méfie, elle le refusa,
ne voulant point interrompre son jeûne.
Le Médecin se trouvoit alors dans la
salle.
On a dresse un procès-verbal qu'on doit
envoyer k Monseigneur notre Evêque, le-
quel ne manquera pas de l'envoyer à Bou-
logne.
Le jour de Sainte Catherine qui étoit
dernier de la Neuvaine , on a chanté une
Grand Messe & un Te Deum en actions de
grâces.
Relation plus circonflancíée du mime Mi-
racle, envoyée dAbbeville à un ami de
Paris.
LE Dimanche' 23 Novembre 17S j, pen-
dant la Messe de Communauté , vers les
sept heures & demie du matin , là soeur
Marie-Angélique-Victoire Canchy , dite
en Religion Soeur Saint-Nicolas , âgée de
37 ans,- â été subitement & radicalement
guérie d'une surdité qui existoit depuis k-
peu-prè-s dix ans.
Circonjìances qiii ont précédé cet événement.
En 1770, la Soeur Saint-Nicolas eut une
fluxion considérable fur une oreille, qui se
^9)
termina par suppuration.- Elle rendit beau-
coup de pus par la bouche & par l'oreille :
l'écouîement a duré neuf k dix jours. Cet
accident ne parut pas avoir de fuite ,
& la faculté de l'ouïe ne fut pas encore
altérée. .
En 1774, dans la Semaine Sainte , la
Soeur Saint-Nicolas étant dans le jardin,
sentit, èn se baissant, une douleur très-
vive à la tête, qui fut assez violente pour
la faire tomber en foiblesse & fans connois-
sance. Le mal de tête fut négligé pendant
neuf jours. Ladite Soeur étant alors cuisi-
nière pour les malades, elle ne voulut pas
déclarer son mal, pour rie point quitter
son travail. Durant ces neuf jours, la Soeur
entendoít encore distinctement. Le 7, 8
& 9, le mal étoit si violent, qu'elle n'osoít
tiirer dé 1 eau, de peur de tpmber dans le
rivière, tant le poids de la tête emportoit
le reste du corps. Le 9 au soir, en entrant
dans fa chambre, elle n'osoit se coucher,
étant dans un malaise qui lui causoit de
l'inquiétude. Elle se coucha cependant k dix
heures rnoins un quart. Elle entendit sonner
dix heures & s'assoupit un peu. Mais un
instant près l'abcès creva par un bruit qúì
la réveilla. Le pus sortit par la bouche,
par le nez & par les deux oreilles. Elle
passa la nuit entière, sâns avertir personne.
A cinq heures du matin, la Soeur qui entra
dans fa chambre pour la réveiller, fut ef-
frayée & saisie , en la voyant toute défigu-
rée par le pus & le sang qui lui couvroient
tout"le visage, ses coëffes & son oreiller.
On Conduisit la Religieuse k l'Infirmerie.
elle y essuya une maladie très-grave durant
laquelle on fut obligé de lui apporter les
derniers Sacremens. Cette maladie a duré
trois semaines. La Soeur fut contrainte dé
rester deux mois k l'Ifirmeríe , à cause
de la foiblesse où elle a été réduite; &
c'est au moment que l'abcès a crevé, qu'elle
a perdu i'ouïe entièrement.
Depuis cette maladie, la Soeur Saint-
Nicolas a eu sept à huit inflammations aux
Oreilles. Les saignées, lorsqu'elles ont. été
faites à propos, ont terminé ces inflamma_
tions fans suppuration. Mais celles où la
§oegr a négligé d'en avertir, ont produit
suppuration.
Circonslances qui ont accompagné cet
événement.
Le vendredi 14. Novembre 1733, on
hit au réfectoire un Imprimé qui contien
plusieurs faits & lettres relatives au Bien
heureux Labre décédé cette année k Rom -
en oáeur de sainteté. La Soeur Saint
Nicolas y étoit ; & comme elle n'enten-
doit pas, la Soeur Sainte-Agathe fa voi-
sine , & qui avoit le talent de se faire com-
prendre par le mouvement des lèvres, lui
raconta les miracles du nouveau Saint, &
particulièrement celui de la Religieuse du
Saint Sacrement de la ville de Bolene,
Après souper, la Soeur Saint-Nicolas eu£
la curiosité de lire cet Imprimé. Elle ïem-,
porta dans fa chambre, & le lut tout enc-
rier-. Elle étoit cependant très-fatiguée da
travail de la journée. Elle se coucha &
dormit tranquillement. Dans son sommeil
elle eut un rêve dans lequel il. lui sembla
que quelqu'un lui avoit conseillé de faire
une neuvaine au Bienheureux Labre, en
jeûnant, & ne mangeant à midi que du
pain & du beurre, & le soir du pain' sec &
une pomme; qu'elle faisoit cette neuvaine
de la manière prescrite, -& qu'au cinquième
four elle entendroit les cloches sonner. Elle
s'éveilla k cet instant, fondante en larmes
de joye. Mais ayant attendu long-tems ,
& prêté beaucoup d'attention si elle enten-r
droit quelqu'horloge , elle vit bien que ce
n'étoit qu'un songe. Elle se rendormit, &
S'éveilla plusieurs fois, rêvant toujours qu'elle
éntendoìt des cloches. 'Le lendemain , ;dans
la matinée, elle raconta k plusieurs Reli-
gieufs, en badinant, \e rêve qu'elle avoie
(22)
eu, & le.'peu de durée qu'avoît eu sa joie.*
Le reste de la journée se passa sans qu'elle
s'occupât en aucune façon de son rêve.
Le Dimanche suivant k une heure après
dîner, au second réfectoire, elle raconta
son rêve k six Religieuses qui étoient avec
elle, lesquelles lui firent scrupule de n'avoir
pas fur le champ commencé fa neuvaine,
en suivant strictement les conditions. La
Soeur Saint-Nicolas résolut de suivre leur
avis, & se retira vis-à-vis. des Supérieures
pour en obtenir la permission.. La Mère
Supérieure lui représenta que le jeûne 'la
fatigueroit beaucoup,, à cause de l'ouyrage
qu'elle avoit à faire à la cuisine. A quoi
la Soeur répondit simplement qu'elle es-
péroit que Dieu lui donneroit des forces.
Lorsqu'elle s'adressa k M. le Supérieur,
elle éprouya de fa part des objections qu'il
ne faisoit que pour éprouver sa confiance.
La Religieuse lui répondit qu'elle entre-
prenois cette Neuvaine avec beaucoup de
foi ; mais que si elle n'étoit pas guérie,
elle se conformeroit k la volonté de Dieu,
Ayant obtenu ses permissions, elle comr
mença fa Neuvaine le lundi 17 Novembre,
en communiant k la Messe de la Commu-
nauté. Tous les jours de la semaine elle fjt
sa neuvaine & son jeûne, tel qu'il lui avoit
été indiqué dans son rêve. Les Religieuses;
cependant la firent consentir k prendre après
midi une soupe à Peau. Le samedi était
son tour k veiller. La Supérieure voulut la
dispenser de cette veille , mais la Religieuse
la supplia très-instamment de la laisser faire.
Durant la nuit elle ne s'occupa point
île fa Neuvaine , toujours active pour rem-
plir ses fonctions, elle refusa même les
secours que lui offroient ses compagnes pour-
la,soulager. Le Dimanche matin, en allant
à la Messe, elle se recommanda aux prières
des Religieuses .qu'elle rencontra.
Pendant la Sairite Messe, elle ne fut oc*
supée que de ses prières ordinaires, jus-
qu'au Sanclas, pu l'on sonne la clochette,
A cet instant elle a sentit une douleur-
très-vive, qui a passé d'une oreille à Pau*
tre ,' & qui n'a duré qu'un éclair, mais
qui lui fit échapper un cri qui a été en-
tendu de fa voisine, L'effroi qu'elle éprouva
pour lors lui jnt tomber le livre des mains.
Elle ne fait fi c'est le bruit de la clo-
chette, ou le saisissement, qui lui a occa-
sionné cette douleur. Mais le fait est, qu'elle
a entends distinctement cette clochette.
Depuis le Sanctus, jufquk la Commua
nion , elle s'est trouvée çomme éperdue;
Elle dit k fa voisine, Je me meurs d'eíFroi
j'ai entendu la clochette, je ferai hors d'étac
de communier, Cette Religieuse lui répon.
(24) .
dit, Prenez du courage, ranimez - vous,
An moment de la Communion , la Soeur
Saint-Nicolas tâcha de reprendre ses for-
ces, & la Soeur Saint-Augustin fa voisine
Paida k se lever. Ce qui Panimoit le plus
dans cet instant, étoit l'envie de remercier
Dieu de la grâce qu'il venoit de lui faire.
Etant arrivée k la grille , elle entendît
ie Corpus Domini, pour la communion de
la soeur qui la précédoit. Elle Pentendit
auffi, lorsqu'on le prononça pour elle.
Voyant ía guérison se confirmer, les lar-
mes lui vinrent aux yeux, & plus abon-
damment encore , lorsque quelques instans
après elle entendit l'horloge de la Gora-
ínunauté, ensuite celle de la Collégiale.
Etant revenue très-diffcilement à fa pla-
ce , après la Communion, elle a entendu
en action de grâces la Messe qui s'est dite
«nsuite, & a continué d?y entendre sonner
la clochette au Sançlus, à l'Elévation, &
au Domine, non fum dignus , ce qui lui
fit verser chaque fois une grande abondance
de larmes.
Après cette seconde Messe, la Soeur
Saint-Augustin vint .dire tout haut k 1a Su-
périeure, que la Soeur Saint-Nicolas étoit
guérie, & qu il falloit entonner le Te Deum.
Pour lors les Religieuses apprirent ce qui
venoit de se passer. Elles coururent k la
place
place de la Soeur Saint - Nicolas, & la
vovant entendre si bien, elles en furent
saisie?.- Mais la Supérieure ne voulut point
entonner fur le champ le Te Deum, pour
laisser à chaque Religieuse la liberté & le
tems de vérifier par elles-mêmes le miracle
qui venoit de s'opérer.
Immédiatement après la Messe on la
conduisit à l'Infirmerie , pour lui faire pren-
dre -quelques, odeurs, la Soeur ne voulant
pas interrompre son jeûne. Ce fut dans cet
instant que le Médecin arriva.
II avoit déja été. prévenu, .en passant
dans la salle , que la Soeur Saint -Nicolas
avoit recouvré l'ouïe. Mais ignorant que
cette Soeur faisoit une neuvaine au Bien-
heureux Labre, il ne fit point attention à
eette nouvelle,
Cependant trouvant cette Soeur environ-
née d'un nombre de Religieuses, il de*-
manda à lui parler en leur, présence, &
la pria de répéter les phrases qu'il alloit
prononcer;
La première fut dite avec le ton de voix
qu'il est d'usage d'employer dans la con-
versation, & la Soeur Saint-Nicolas la ré-
péta. La seconde fut dite k voix bâse, &
la Soeur la répéta de même. La troisième
fut dite avec le ton de voix que l'on em-
B
(26)
plòye lorsque l'on parle k l'oreille , & elle
la répéta parfaitement.
Le lendemain, le même Médecin voulut
éprouver s: elle entendoit également des
deux oreilles. Alternativement il en fit
boucher une, & il vit qu'elle entendoit
parfaitement de l'une comme de l'autre.
Cette Religieuse croit môme qu'il y a
plus de finesse dans l'oreilíe dont elle n'en,
tendoit pas du tout, quelque bruit que
l'on fit.
Elle continue à jouir d'une bonne santé,,'
& de la même force dans l'ouïe,
Extrait d'une Lettre écrite d' Abbville
le 26 Mars 1784
Je me fuis acquitté des informations
dont vous avez bien voulu me charger,
& -je fuis en état de contredire avec cer-
titude ce que marquoit une lettre d'ici, où
l'on disoit que le miracle de l'Hôtel-Dieu
ne se confirmoit pas. Voici ce que j'ai fait
pour lá vérification & la confirmation de
ce miracle.
J'ai vu d'abord le père de la miraculée
le 22 de ce mois , pour savoir de lui-même
si. la Religieuse sa fille, âgée de 37 ans,
restoit toujours constamment guérie de sa
(*7).
surdité ; & sur l'affirmation de son père,'
que je connois pour un homme de foi &
de toute confiance , je lui ai dit que je me
proposois d'en juger par moi-même le len-
demain 23 courant. 11 me pria de le pren-
dre en y allant, parce qu'étant fi connu à
l'Hôtel-Dieu, il m'épargneroit le désagré-
ment d'attendre trop long-tems à un par-
loir. La Supérieure y parut d'abord. Je lui
fis connoître.ce qui m'amenoit, qui étoit
de savoir si la guérison restoít constante.
VOUS en jugerez vous-même, Monsieur ,
me dit-elle. La Soeur parut aussitôt , &
après l'avoir félicité du miracle opéré fur
elle , je lui parlai de l'information juri-
dique que M. l'Evêque d'Amiens étoit venu,
faire k l'Hòtel-Diéu le 15' de ce mois ,
avec un Docteur de Sorbonne, Chanoine
de Notre-Dame de Paris, nommé, je crois,
"M. Binet, & le Grand-Vicaire de M. l'E-
vêque , Archidiacre de notre Ponthieu,'
nommé M. Derguy, la Communauté & le
Médecin de l'Hôtel- Dieu- aíîìstans k ces
'informations qui ont duré les 16, 17 &
18, où M. l'Evêque est reparti , après
avoir dit aux Religieuses qu'il reviendroit
sitôt qu'il autoit reçu des nouvelles de Ro-
me, où il alloit envoyer ces informations
juridiques, signées de toutes les Religieu-
ses , du Médecin de la maison, & de cinq
B ij
ou six Laïcs qui avoient été appelles. Ayant
demandé à la Soeur de Saint-Nicolas si elle
n'avoít pas été incommodée de ces longues
séances pendant trois jours : elle m'a ré-
pondu quelle l'avoit été dans une qui avóit
duré huit heures, où elle avoit été inter-
rogée de tous côtés, & par M, l'Evêque,
& encore plus, par M, Binet, Chanoine
de l'Eglise de Paris, & qu'elle avoit eu
peine à soutenir cette énorme séance de
questions faites devant, à ses côtés & der-;
riere elle, (
Après toutes ces conversations avec moi,:
je lui dis que j'avois une lettre de Paris,
où on, m'engageoit de vérifier par moi-
même, si ce qu'une lettre reçue d'Abbe-
ville à Paris , où l'on marquoit que le mi-
racle ne se confirmoit pas, pouvoir avoir
quelque fondement, que j'allois lui lire à
demi-voix. Je la lus, & à la fin d'un ali-
nea, je la priai de me dire le dernier mot,
Elle me répondit c'est attention, Enforte
que je fuis resté convaincu, que son ouïe
étoit au moins aussi bonne que la mienne,
Voilà, Monsieur, un détail bien exact
de ce que j'ai pu faire à votre reçomman-
dation, Je souhaite qu'il puisse vous con-
vaincre des fentirnens avec lesquels je de-
meure, &c.
(29)
Relation du Miracle opéré sur Mademoiselle
Fournier , à Saint-Germain-en-Laye ,
le Mardi 25 Novembre 2783 , par
l' intercession du vénérable Benoît-Joseph
Labre.
M ADEMOISELLE Fournier âgée de
68 ans, est née à Saint-Germain-en-Laye,
d'une famille notable dans celte ville.
Le Seigneur lui a fait la grâce de lui
inspirer des fa jeunesse l'amour des vérités
du salut ; elle s'en est toujours nourrie ,
pour fortifier la patience dans le cours
de la maladie dont elle a été affligée pen-
dant quarante ans. Il l'a douce auffi d'un,
caractère vif & fort gai , & d'un tempé-
ramment bien constitué , jusqu'à l'époque
de l'accident. dont on va rendre compte.
Etant âgée de vingt ans , elle se prome-
nois un jour avec quelques amies fur le
bord de la rivière. L'une d'entr'elles eut
le malheur d'y tomber ; l'effroi que cet
événement caufa à Mademoiselle Fournies,
fit une révolution funeste dans son tem-
péramment. Dela tous les ravages qui en
sont une fuite ordinaire & d'autant plus
dangereux, que la constitution est plus
vigoureuse.
(30)
De fréquentes & effrayantes convulsions,
des coliques, des douleurs de tête habi-
tuelles , des oppressions & des étoúffemens
si violens, qu'on ne put trouver de moyen
pour l'empêcher d'être suffoquée , que les
saignées, réitérées. Elles ont été en si grand
nombre, qu'on en compte plus de six cens.
Auffi ses bras & ses pieds sont-ils tellement
cicatrisés', que lors de la derniere saignée
qui lui a été faite quatre mois avant fa
guérison , on n'a pu trouver de place qu'au
dessous du coude droit.
Un fi grand dérangement a produit de
plus des obstructions squirreuses au fole
ce qui lui caufoit des souffrances extrêmes
& perpétuelles. Depuis quinze ans ces \
squirres avoient commencé à se mani-
fester au-dehors pour une grosseur & une
dureté sensibles. Cette enflure a gagné
successivement le ventre , & est devenue
si considérable , que la malade ne pouvoit se
tenir que penchée sur le côté gauche , ce
qui a été vu & connu de tout le monde,
Cette grosseur a tellement comprimé les;
nerfs du côté droit, joint aux contractions!
causées par les douleurs excessives & con-
tinuelles qu'elle éprouvoit, que fa jambe
droite se retirant par degrés, étoit devenue
considérablement plus courte que la gau-
che, & presque sans mouvement, ce qui
la retînt dans fa chambre pendant 9 ans
elle ne pouvoit aller de son lit à son
fauteuil distant de 6 à 8 pas , qu'à l'aide
d'une grande béquille qu'elle s'étoit fait
faire exprès , & du bras de fa domestique.
Encore lui est-il arrivé souvent de ne
pouvoir faire ce court trajet , pour lequel
il étoit nécessaire que quelques voisines
vinssent aider à la porter , ce qui lui faisoit
souffrir des douleurs si vives qu'elle s'éva-
nouissoit. Ce n'est pas tout encore. Dans
cet état si douloureux & si pénible, Made-
moiselle Fournier a éprouvée toutes les
maladies ordinaires, rhumes, gripes , ca-
tares,, fluxions de poitrine, fièvres putri-
des , & toutes la réduisirent à l'extrémité.
Elle fut souvent administrée , & chaque
fois paroissoit devoir être la derniere.
Mais l' heure de Dieu n'étoit pas encore
venue , il avoit d'autres desseins fur elle.
Ainsi se sont passées les neuf dernieres
années de fa maladie, au vu & au sçu de
toute la Ville, qui prenoit le plus grand
intérêt à une malade si extraordinairement
affligée. Elle étoit auffi fréquemment visitée
par Messieurs les Ecclésiastiques, & en
particulier par M. Le Prieur , Curé. Aussi
personne ne révoque en doute la nature
& la durée de fa mal. Au mois d'Oc-
tobre dernier , Madame la Marquise de
Biv
Sept-Maisons , envoya à Mademoiselle ;
Fournier, les Relations & le portrait du
Bienheureux Labre.
Cette Demoiselle dans des momens de
calme, en lut quelque chose, & se fit
lire le reste, ressentant une grande joie
en son ame de la manifestation de la
toute-puiffance de Dieu. Mais lorsque quel-
ques amies voulurent l'engager à intercéder
ce saint Serviteur de Dieu , elle leur ré-
pondit avec sa gaieté ordinaire : « Y pensez-
» vous ? à 68 ans, c'est Page de mourir &
» non pas de guérir. Quand j'obtiendrois
» ma guérison , je n'en serois pas moins
» âgée , hors d'état d'être utile à perlonne ;
» hon je ne demanderai point un miracle
» qui ne serviroit à rien »,
Mademoiselle Fournier demeura pendant
un mois dans cette disposition , s'abandon-
nant à Dieu fans rien désirer ni demander
pour la guérison de son corps.
Vers le milieu de Novembre , M. le
Supérieur de la Communauté des Pilles,
s'entretenant avec elle des décorations qui
venoient d'être faites à la Chapelle de fa
Communauté, lui dit en riant : Je tirerais
de ma poche un louis , pour vous voir ,
dans ma belle Chapelle. Ces paroles fi-
rent une imprafant singulière fur Made-
moiselle Fournier , elle se sentit le coeur
( 33)
percé d'un désir si ardent de glorifier Dieu
dans ses saints Temples, qui avoient tou-
jours été ses délices , que transportée hors
d'elle-même elle s'écria : Pourquoi., mon
Dieu, ne désirerois-je pas de vous adorer
encore dans votre sainte Maison ? Bien-
heureux saint Labre, venez à mon secours.
Des ce moment elle prit la résolution
de commencer une neuvaine. Mais comme
elle ne connoissoit pas encore les prières
qui. ont été composées à cette intention ,
«Ile se servoit de celles que Dieu lui
mettoit au coeur , & voici le plan fur
lequel elles étoient toutes formées.
« Seigneur, disoit-elle , si vous voulez
» m'appeler à vous & finir mon exil, je
» vous fais de tout ;non coeur le. sacrifice
» de ma vie. Si vous jugez à propos
» que je reste encore fur la terre pour y
» continuer de souffrir, j'accepte de votre
» main tous les maux qu'il vous plaira de
» m'envòyer. Mais si, pour la gloire feule
» de votre saint nom, & la manifestation
» de la sainteté de votre serviteur , vous
» voulez me guérir, je fuis.votre servante,
> faites de moi ce qu'il vous plaira »
La première neuvaine se passa sans que
Mademoiselle Fournier éprouvât aucun
soulagement , mais fa foi ne se rallentit
pas; elle, en recommença une seconde,
Bv
(34)
& toujours dans les mêmes dispositions
de soumission à la volonté de Dieu.
Elle avoit ressenti pendant le cours de
fa première neuvaine , une impression de
foi que Dieu la guériroit , c'est ce senti-
ment qui la détermina à en faire une ;
seconde. En effet, le quatrième jour qui
fut le Mardi 2 5 Novembre , ayant paffé
la nuit entière à dormir , ce qui ne lui ;
étoit pas arrivé depuis bien long-temps ,
elle fut fort surprise en se réveillant, de
ne se plus sentir aucune douleur, & bien
plus encore de ne plus se trouver ni en-
flure , ni dureté , & de pouvoir remuer sa ;
jambe droite avec agilité. Empressée de
connoître toute l'étendue de la merveille :
que le Seigneur avoir opérée sur elle, cette
Demoiselle se hâta de descendre de son
lit, & de mettre pied à terre. Sa domes-
tique qui s'apperçoit de ce mouvement
précipité, court au devant d'elle toute ef-
frayée , pour Parrêter & la soutenir.
La maîtresse voyant fa jambe rallongée,
& devenue auffi longue que l'autre , éloigne
fa domestique, lui ordonne de la laiffer
libre, marche dans fa chambre très-droite
& fans boiter, s'habille, se met à genoux
pour remercier Dieu, se relevé seule,, enfin ;
depuis ce temps est parfaitement guérie,
& ne se reffent pas plus d'aucun de ses
maux , que fi elle n en eut jamais éprouve.
Peu d'heures après, M. son Confesseur
vint la voir, comme il faisoit souvent. Sa
frayeur fut telle en la voyant marcher &
venir au devant de lui , que ne pouvant
en croire ses propres yeux, il lui défendit
de sortir, ainsi qu'elle le désiroit. A quoi
Mademoiselle Fournier se crut obligée
d'obéir.
Cependant deux jours après elle monta
l'étage au-dessus, pour aller voir un pieux
garçon qui vit dans la plus grande retraite
avec Mademoiselle sa soeur , ce qu'elle
fit sans vouloir tenir la corde de l'efcalier,
dont fa domestique la pressoit de se servir,
ayant les deux mains dans son manchon ,
avec l'agilité d'une jeune personne en bonne
santé. La surprise de ses voisins fut égalé
à leur joie. Mais tous ne consultant que
le sentiment humain l'rengagerent à ne
point s'exposer à sortir, à cause de la ri-
gueur de la saison, ce qui l'aftligeoit
beaucoup.
Pour la consoler de la privation d'aller
devant le Seigneur, le remercier d'un fí
grand bienfait, M. son Confesseur con-
seilla qu'on lui apporta le Saint-Sacrement,
qu'elle reçut à jeun, a genoux, & en ac-
tion de grâce. C'étoit le Samedi 29 No-
vembre, dernier jour de sa neuvaine, &
Bvj
(36
le cinquième depuis le miracle. Enfin le
premier Jeudi de l'Avent, dix jours après
fa guérison , M. son Confesseur consentit
qu'elle sortit k pied, quelle alla entendre
la Sainte Méfie à la Paroisse , & qu'elle
y communiât. Une foule de personnes
s'assemblèrent pour la voir sortir. Elle ne
savoit à qui parler , c'étoit une haye de
monde depuis l'Eglise jusqu'à sa maison.
Depuis ce temps , le concours de toute la
Ville, des environs, & de Paris même
n'a pas discontinué. Cette Demoiselle ra-
conte à tous Pétat affreux, qu'elle a éprouvé ,
marche devant eux, & leur donne les
preuves les moins équivoques de fa par-
faite guérison. Le Seigneur ne lui a laissé
que de la sensibilité dans les chevilles des
pieds, ce qui Poblige de s'aider de quelqu'un
quand elle sort, pour ne pas faire de faux
pas dans les rues, fur tout à cause des
glaces dont elles sont pleines.
Le jour de Noël Mademoiselle Fournier
a assisté aux trois Messes , à l'une des-
quelles elle a communié, fans éprouver
la plus légère incommodité.
Je tiens ces faits de la miraculée elle-
même , que j'ai été voir le lendemain de
Noël avec un ami , & d'une vingtaine
.de voisins & d'amis dont les témoignages
ont été uniformes.
(37)
J'ai vu depuis à Paris, des personnes
qui, ne sachant point sa guérison -, m'ont
attesté la certitude de tous fes maux, Payant
vue souvent.dans tous les différens états.
La présente Relation a été lue à Made-
moiselle Fournier, en présence de huit
ou dix personnes qui avoient une parfaite
connoissance de tout ce qui lui étoit ar-
rivé. Quelques dates & anecdotes en ont
été rectifiées fur leurs observations , pour
la plus grande exactitude , & ces correc-
tions faites , tous ont assuré que ce que
deflus étoit en tout exactement conforme
à la vérité , ce qui s'est fait le premier
Février de la présente année 1784..
Pour une plus grande exactitude , je crois
être obligé de rendre compte de ce que
j'ai appris depuis que la Relation ci-dessus
a été lue à Mademoiselle Fournier. C'est
que cette Demoiselle des le.premier ins-
tant de sa guérison , étoit si parfaitement
rétablie , qu'elle eut été en état de sortir
le jour même comme elle le désiroit, &
sans le secours d'un bras étranger, ne se
sentant point alors de faiblesse dans les
chevilles : que pendant les dix premiers
jours qu'elle est restée fans sortir, elle ne
s'est senti aucune douleur dans cette partie ,
marchant, montant & descendant seule,
& très-librement, & qu'elle n'a commencé
(38).
d'en éprouver que le matin du jour qu'elle
avoit obtenu la permission d'aller à la
Messe, que des en se levant, elle s'est
apperçue pour la première fois de cette»
sensibilité dans les chevilles, ce qui n'a
pas néanmoins , rallenti son courage, &
ne l' a pas empêchée d'exécuter son dessein.
Que ses douleurs ont continué presque
tout le mois de Décembre, ce qui a au-
torisé, les personnes qui l'approchoient, à
l'empêcher de sortir davantage Que très-
affligée de cette privation, Mademoiselle
Fournier a recommencé une troisième
neuvaine à son Bienfaicteur pour obtenir
la guérison de ce genre de mal étranger
aux: maux dont elle avoit été. délivrée.,
qu'effectivement l'usage de ses jambes lui
a été rendu plusieurs jours avant la fête
de Noël. C'est pourquoi je l' ai vue le jour
de Saint-Etienne marcher dans fa chambre
très-lestement & avec beaucoup de vivacité.
Copie du Certificat donné à Mademoiselle
Fournier , par M. Dubreuil, Médecin.
Je soussigné Médecin du Roi & de la
Charité Royale de Saint-Germain-en-Laye ,
certifie que Mademoiselle Fournier étoit,
ïl y a un an, attaquée d'une fièvre lente,
entretenue par. une forte tumeur méscn-
terique, dont j'avois tenté Ia fonte & la
résolution à différentes reprises, & toujours
fans succès. Je certifie de plus, qu'ayant
été une année fans voir cette malade, je
l' ai trouvée tellement changée à son avan-
tage , que je n'aurois jamais espéré de. l'y
amener , & que j'en ai été agréablement
surpris..
Fait à Saint-Germain-en-Laye , ce
vingt-six Février 1784. Signé DUBREUIL,
Médecin.
Extrait d'une Lettre écrite de Saint-Ger-
main-en-Laye , le 2 Décembre 2783.
Signé L à une Demoiselle de ses
amies r à Paris.
MADEMOISELLE ET CHERE AMIE,
Je fais trop quel intérêt vous prenez à
la Religion , pour vous laisser ignorer un
miracle bien authentique, arrivé la semaine
derniere dans notre Ville, en la personne
d'une Demoiselle nommée Fournier. Cette
Demoiselle étoit malade depuis 9 ans. Elle
avoit des obstructions affreuses , & étoit
souvent à la mort. Elle ne pouvoit, dans
la meilleure santé, aller de son lit à sa
bergère , qu'avec l'ai de d'un bras d'un côté ,
& d'une béquille de l'autre , & tomboit
(4o)
souvent en foiblesse de fatigue d un tel
voyage. II y a dix-huit jours que Dieu
lui inspira de lui demander sa guérison
par Pinterceffion du Bienheureux Benoît-
Joseph Labre. Elle fit une première neu-
vaine , & n'en retira qu'une confiance
intime qu'elle seroit exaucée si elle en faisoit
une seconde. Elle le fut en effet, des. les
premiers jours. Elle auroit été à la Messe
Je Samedi, qui étoit le dernier jour de
cette seconde neuvaine , si l'obéiffnce à
son Confesseur ne Peut empêché. Ce M.
n'a pas voulu lui permettre, parce qu'elle
étoit un peu enrhumée , & qu'il a craint
que le froid ne lui fut contraire, après
avoir été fi long-temps fans sortir. En cela
beaucoup de personnes le blâment; quoi qu'il
en soit, il lui a fait recevoir le Bon-Dieu
chez elle en actions de grâces. Elle l'a
reçu à genoux à terre, & est restée dans
cette posture pendant tout le temps que
le Bon-Dieu est resté chez elle , ce qui
fut long , parce que le Prêtre qui le lui
portoit prit occasion de la merveille, pour
lui faire une exhortation longue & fort
belle. Elle n'en a été nullemement fatiguée.
Elle se porte au mieux. Elle a bon ap-
pétit & dort bien. Sa maison ne désemplit
pas de personnes qui vont la voir, pour
se convaincre par eux-mêmes , & qui s'en
(41).
retournent en glorifiant Dieu. Je peux vous
certifier le fait , car j'ai le bonheur d'être
de ses amies, & j'ai aidé bien des fois a
la porter & à la soutenir. Ce fut Samedi
pour la première fois que je la vis mar-
cher avec une telle surprise , que je n'en
suis pas encore revenue.
Extrait d'une deuxième Lettre de la même
à la rnéme , en date du 22 Décembre.
MADEMOISELLE ET CHERE AMIE,
Je vas répondre par ordre aux questions
que vous me faites au sujet de la personne
guérie par Pintercession du Bienheureux
Labre.
1° VOUS me demandez si elle avoit
d'autres maladies que des obstructions au
foie. Elle n'en avoit point d'autres lors
de fa guérison ; mais cette maladie tiroit
fa source de beaucoup d'autres qui l'avoient
accablée pendant presque toute sa vie , &
qui ont donné lieu à plus de six cens
saignées , dont an moins quatre cens
cinquante du-pied.
2°. Si les médecins sont intervenus ,
& s'ils Pont abandonné.
Elle a été vue succeflivenient par MM.
Bruniers, de Comines & Dubreuil, & a
eu pour chirurgien habituel M. Gran-
tosmes , qui tous ont regardé fa maladie
depuis neuf ans comme incurable , & n'ont
cherché autre chose par leurs soins , que
de lui rendre ses maux supportables -, en
les adoucissant de leur mieux , fans pré-
tendre en aucune sorte la guérir.
30. Si elle n'est pas la soeur de M.
Fournier Notaire. Le soupçon qu'on en
a eu est: très-bien fondé.
4°. Si la guérison se soutient parfaite-
ment?
La guérison est toujours parfaite , elle
a bon appétit , dort bien , & ne sent au-
cune incommodité. Mais je ne vous ca-
cherai pas que le 4 de ce mois, jour où
elle fut à la Messe par permission de son
Confesseur, lequel, comme je vous l'ai
marqué dans ma première , l'avoit em-
pêché de sortir auffi-tôt sa guérison , elle
sentit en se levant de violentes douleurs
& une grande foiblesse dans les chevilles
de ses pieds, ce qui la mit dans le cas
de ne marcher qu'avec difficulté , & à l'aide
de deux bras. Cependant elle fut ce jour-là
même une heure à l'Eglise , & la plus
grande partie à genoux , fans se trouver
mal, quoiqu'elle fut à jeun , & s'en est
retournée chez elle fans aucune fatigue de
corps.
Ce 21 Décembre.
(43)
P. s.
J'en étois là , lorsque des amis de
Mademoiselle Fournier m'ont prié d'at-
tendre qu'une troisième neuvaine fut finie ,
parce qu'on espéroit qu'elle marcherait
mieux les fêtes. En effet , ses chevilles se
font fortifiées. Elle a été feule, dans fa
chambre lundi, mardi & mercredi , veille
de Noël , elle s'est fait porter en chaise
à porteur à la Chapelle de Ia Congrégation
des hommes, pour y entendre les trois'
Messes que l'on dit à minuit. Elle y a
communié , & marché très-ferme dans
l'Eglise. Aujourd'hui jour de Saint-Jean ,
elle a été à la Messe à pied , accompagnée
de fa nièce & de fa domestique qui lui
donnoient le bras. Je l'en ai vu revenir ,
& pour cela j'étois à la fenêtre. Lorsqu'elle
a été proche de rentrer, je suis allée lui
voir remonter. Pesealier. Elle l'a monté
assez vite, fans être soutenue par personne ,
tenant seulement la corde comme nous
aurions pu le faire. Elle a ensuite fort bien
marché seule dans fa chambre fans être
fatiguée, , continuant à prier Dieu pour
elle & pour nous.
II y a ici des personnes qui par des
conseils trop prudens pourroient bien re-
(44)
tarder le parfait rétablissement de ses
jambes, ils font toujours, dans la cramte
qu'elle ne se fatigue en allant a l'Eglise,
Ce 27 Décembre.
Deuxième Post-Scriptum du 28 Décembre.
Je suis après' les informations d'une autre
guérison dont le bruit se répand dans la
Ville; aussi-tôt que je ferai sûr du fait,
je vous en informerai;
Troisième Lettre de Mademoiselle-L. a la
même, du 25 Janvier 2784.
Mademoiselle Fournier se porte toujours
bien , elle va à la Messe toutes les Fêtes
& Dimanches , elle prend même un peu
d'embonpoint.
M. de Comynes, l'un des Médecins que
je vous ai marqué lavoir soignée pendant
une partie de sa maladie , est allé la voir
la semaine derniere. II l'a fait mettre sur
son lit, & l'a táté , pour voir si réellement
ses obstructions étoient disparues, & il a
assuré, qu'il n'en restoit pas la moindre
chose , & qu'il n'y avoit que Dieu qui
pût faire de pareilles guérisons.
Lorsque j'aurai un moment, je vous
, enverrai le détail d'un autre Miracle auffi
authentique, aussi, surprenant.
(45)
Extrait d'une quatrième Lettre de la même
à la même ,. du 24 Janvier 2784.
M. marque sa furprise de ce qu'en
répondant à la première question qui m'a-
voit précédemment été faite, si Mademoi-
selle Fournier avoit d'autres maladies que
des obstructions ; j'ai répondu affirmative-
ment qu'elle n'en avoit point d'autres, fans
parler de la grosseur & de la dureté qu'elle
avoit au côté droit. Voici tout naturelle-
ment pourquoi je l'ai fait. Toutes les per-
sonnes que j'ai connues ayant cette mala-
die, avoient le côté affecté beaucoup-plus
gros que l'autre. J'en ai conclu que ces
sortes de gonflemens étoit un effet néces-
saire des obstructions, & j'ai cru qu'en di-
sant la cause, on ne douterait pas de Peffet,
M. est aussi surpris de ce que je n'ai
pas fait mention du rétablissement des nerfs
qui lui avoient rendu la jambe droite beau-
coup plus courte que Pautre. Je l'avois bien
entendu dire par elle-même, & par tous
ceux qui l'environne assiduernent. Mais
comme je n'ai jamais été à portée d'en
juger, c'est pour cela que je n'en ai point
parlé,
(40
Lettre de M. Bas...-,-demeurant-à Saint-
Germain-en- Laye , du 24. Décembre
1783.
Mademoiselle Fournier , soeur du No-
?taire du Pec, à l'entrée de Saint-Germain-
en-Laye , étoit malade depuis neuf ans d'obs-
tructions internes, II s'y étoit joint de fortes
grosseurs au côté en dehors. Elle avoit aussi
une jambe plus courte que l'autre, par le
retirement des nerfs,, & ne pouvoit en
conséquence faire quelques pas dans fa cham-
bre, qu'avec des béquilles, & en éprou-
vant les plus vives douleurs. Elle avoit sou-
vent reçu le saint Viatique.
Enfin, tout récemment elle s'est trouvée
guérie parfaitement, à l'âge de soixante-
huit ans, dans le cours d'une neuvaine au
Bienheureux Labre, Les grosseurs & obs-
tructions sont disparues, & la jambe malade
s'est trouvée égale à l'autre, Le sommeil
& l'appétít lui ont été rendus avec la bonne
santé, au vû & au fçû d'un grand nombre
de personnes qui la voyoient dans tous les
temps de fa maladie.
(47)
Extrait d'une Lettre écrite par Mademoi-
selle B.... de Saint-Germain-en_Laye,
le 22 Décembre,
Je me suis flattée que cette occasion me
procure l'avantage de vous faire plaifir, &
de satisfaire votre curiosité fur le miracle
opéré ici par Pintereeíïìon du Bienheureux
Labre, fur une Demoiselle de soixante-
huit ans, malade depuis quarante-cinq,
Depuis neuf ans elle avoit totalement
perdu l'usage de ses jambes , & elle n'étoit
pas sortie de sa chambre, elle ne quittoit
son lit que par le moyen de deux per-
fonnes qui la tranfportoient fur une chaise
longue.: Les Médecins n'ont jamais trop
fçu définir fa maladie, sinon qu'elle étoit
remplie d'obstructions. Elle avoit une de
ses jambes dont, le nerf s'étoit retiré, &
qui étoit bien plus courte que l'autre.
Je l'ai vue bien des fois dans son état
d'infirmité,. & j'avois le plaisir de m'édifier
auprès d'elle. Car malgré ses grandes souf-
franoes, elle concevoir une gaîté , une sou-
mission & une résignation à la volonté
de Dieu ,, qui ne peuvent venir que de la paix
de l'âme, Je l'ai vue plusieurs fois aux portes de
la mort, & souffrant dans tout son corps de
Ja tête aux pieds Lorsqu'elle étoit mieux,
(48)
elle mangeoit, mais très-peu, digérant
difficilement, ne dormant presque point,
& ayant continuellement mal à la tête.
Sur le bruit des miracles opérés par
l'interceffion du Bienheureux Labre , on
lui a conseillé de lui adresser une neu-
vaine ; & en ayant le désir intérieur, elle
y a résisté long-tems, craignant de faire
une demande indiscrète, vu son âge, le
nombre d'années qu'elle souffroit, son tem-
pérament épuisé par la quantité de remedes,
& la multitude innombrable de saignées;
je crois qu'elle m'a dit 400. Elle en a les
chevilles toutes meurtries par les piquures,
ce qui lui rend encore les pieds très-foibles.
Enfin encouragée par son Confesseur,
elle a commencé fa neuvaine en ne de-
mandant que la gloire de Dieu, & de
pouvoir l'aller louer dans son saint Temple
avec les fidèles.
Le quatrième jour au moment de la lever,
elle a dit ; « Mais je crois n'avoir besoin
» de personne ». Effectivement elle est
descendue de son lit toute seule, & est
allée au bout de sa chambre se jetter à
genoux pour rendre grâces à Dieu, &
elle a continué à marcher dans sachambre,
à monter dans la chambre haute, à des-
cendre dans fa cour, toujours fans le se-
cours de personne.
Durant
(49)
Durant le cours de fa Neuvaine, elle
s'est enrhumée, & il a fait des brouillards
considérables & très-froids. Tout cela, joint
a la délicatesse de son tempérament, a
fait que son Confesseur n'a pas jugé à pro-
pos de lui permettre de sortir, & d'aller ;
á la Messe à la fin de sa Neuvaine ; elle
n'y a été que plusieurs jours après.
J'étois avec elle, elle a entendu la Meste
à genoux fur le pavé, a communié, &
s'en est retournée chez elle à pied, comme
elle étoit allée à l'Eglise, mais soutenue
de deux bras, à cause de la foiblesse de
ses chevilles.
Son Confesseur n'a pas voulu qu'elle res-
sortit depuis, à cause du froid. Elle con-
tinue à marcher dans fa chambre. Les
Médecins attendent de la voir bien mar-
cher dans les rues pour donner leur at-,
téstation.
Actuellement elle mange bien, digère
de même, & dort très-bien. Elle n'a plus
de maux de tête. Cette Demoiselle est
fille d'un Notaire de ce pays-ci : son frère
& son neveu le sont, encore, c'est une
famille très-estimée à Saint-Germain.
Autre Lettre de la même du 2o Décembreì
Il m'est plus facile qu'à personne , Mon-
fieur , de satisfaire votre. curiosité , fur le
miracle opéré dans notre Ville, par l'in-
terceffion du Bienheureux . Labre, puisque
je connois la Demoiselle qui a reçu cette
grâce. Je l'ai vue infirme, qui n'alloit
depuis neuf ans de son lit à son fauteuil,
que par le moyen de potences ou de deux
personnes qui la portoient, avec un flacon
fous le nez : étant toujours prête à se trouver
mal, ayant des obstructions, le ventre &
l'estomac prodigieusement gros, ne digé-
rant que très-difficilement, & avec beau-
coup de souffrances, quoique mangeant
très-peu, souffrant des maux de tête presque
continuels & très-violens ; un nerf retiré
d'une jambe qui la rendoit bien plus courte
que l'autre , enfin abandonnée des Méde-
cins qui regardoient son état incurable.
Cette pieuse Demoiselle a plus de soixante
ans , & n'osoit implorer la miséricorde de
Dieu pour sa guérison, à son âge, ayant
été vingt, fois aux portes de la mort, &
offert son sacrifice qu'elle renouvelloit tous
les jours; elle craignait de faire une,priere
indiscrète.
Enfin , encouragée par son Confesseur,
& sur-tout par une impression intérieure
très-forte, elle a commencé fa Neuvaine au
Bienheureux Labre, en ne demandant que
la gloire de Dieu, & assez; de force pour
(51)
allet le louer avec les Fidèles dans son tem-
ple, consolation dont elle étoit privée de»
puis neuf ans.
Au quatrième jour de fa Neuvaine, lors-
qu'on voulut la lever pour la porter sur sa
chaise longue, elle dit : Mais je sens mes
jambes ; descend de son lit, & va seule au
bout de sa chambre se jetter a genoux &
rendre grâces à Dieu. Au bout de fa Neu-
vaine , elle est montée dans une chambré
haute, & descendue dans fa cour, feule
& fans soutien.
Comme elle est très -délicate , épuisée
par les remèdes , & quatre cens saignées
elle à les pieds martyrisés par le nombre
de piquures qu'on lui a faites, son Confes-
seur ne jugea, pas à propos qu'elle allât à,
là Messe fitôt, parce qu'elle étoit fort
enrhumée. Elle n'y a été qu'il y à environ
huit à dix jours. J'ai été a la Messe qu'elle
a entendue à genoux, & y a communié;;
J'ai été la voir encore aujourd'hui. Elle con-
tinué à fe bien porter , digere bien , dort de
même, ce qu'il y a long-temps qu'elle n'a-
voit fait. Plus de maux de tête, & marché
comme moi, c'est-à-dire, auffi droit: Les
nerfs de fa jambe se sont dilatés, & elles
font aussi, longues l'une que l'autre.
Voilà, Monsieur, toute l'explication que
Cij.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.