Principes de l'éthérisation : présentés à l'Académie impériale de médecine / par A. Delabarre,...

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impr. de Guiraudet et Jouaust (Paris). 1853. 20 p. ; in-8.
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Publié le : samedi 1 janvier 1853
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At.
COMMUNICATION
A L'ACADEMIE IPÉMALE DE BÉDECIffl DE PARIS
SUR
L'ÉTHÉRISATION
MESSIEURS,
Ayant opéré, à l'aide de l'éther et du chloroforme, plus
de orne mille individus de tout âge et de tempéraments
très différents, je viens vous prier d'accueillir les remar-
ques que j'ai été à même de faire sur ces agents anesthé-
siques.
L'anéantissement de la douleur qui accompagne les
opérations chirurgicales est certes un secours providentiel
que la science et l'humanité commandent de respecter et
d'employer, s'il est prouvé que les avantages de ce pro-
cédé l'emportent manifestement sur ses inconvénients, et
que ceux-ci peuvent toujours être conjurés à l'aide de pré-
cautions dont on ne doit jamais s'écarter.
Et d'abord, est-il un seul moyen thérapeutique, un
seul procédé opératoire, un seul médicament qui, dans
certaines circonstances et sous certaines influences, ne
présente quelque danger ?
Pourquoi exigerait-on des anesthésiques une innocuité
qu'on n'est pas en droit d'attendre des choses même les
plus usuelles ?
Ainsi, l'excès de la boisson, de la course, de la nour-
riture , le dosage démesuré d'un médicament, la charge
exagérée d'un fusil ou la tension illimitée de la vapeur et
du gaz, ne donnent-ils pas lieu chaque jour à des acci-
dents de la nature la plus grave ?
Il y a mieux, un bain pris en temps inopportun, un
bain, regardé assurément comme la chose la plus inoffen-
sive, ne devient-il pas une cause de mort dans certaines
circonstances?
Pourquoi donc l'éther et le chloroforme seuls échap-
peraient-ils à la loi commune qui veut que chaque fait
s'accomplisse sous la garantie de principes et de règles
déterminées ?
Qu'on veuille bien se rappeler dans quelles conditions
la découverte de l'éthérisation parvint en France.
Les inventeurs, voulant en faire l'objet d'une spécu-
lation, avaient caché avec soin leur mode d'applica-
tion.
« L'éther annihilait la sensibilité, » voilà tout ce qu'on
sut d'abord, et chaque praticien se trouva livré aux sug-
gestions plus ou moins heureuses de son intelligence. Il y
en eut, on s'en souvient, qui proposèrent de l'administrer
en lavement.
La science est fille de l'expérience , et l'expérience ne
s'acquiert généralement qu'à l'aide de là réflexion, du
temps, et souvent aux dépens des plus pénibles sacrifices.
Je crois pouvoir avancer, sans crainte d'être démenti,
qu'il n'y a pas une seule découverte scientifique ou indus-
trielle qui ait fait moins de victimes que l'éthérisation, si
l'on a égard à la nouveauté du procédé, au nombre consi-
dérable d'applications qui en ont été faites et aux im-
menses services qu'elle a rendu» et qu'elle rend encore
chaque jour.
Que l'on passe en revue ces innombrables amputations,
ces ablations de seins, ces luxations réduites comme par
enchantement, enfin ces opérations de toutes sortes qui
ne laissent pas même la trace d'un mauvais rêve dans
l'esprit des malades ; que ces nombreux services, qui tien-
nent du prestige, soient mis en regard de quelques mal-
heurs isolés, déplorables sans doute, mais inséparables
de toute invention nouvelle, et la conclusion ne saurait
être douteuse : elle est favorable à l'éthérisation.
Je dis plus'? c'est que bien des sujets impressionnables,
et dont la sensibilité excessive présentait une complication
funeste, n'ont.certainement dû la vie et la santé qu'à l'em-
ploi des vapeurs anesthésiques.
Abandonner l'éthérisation n'est donc pas possible dans
ce siècle de lumières.
L'exemple de Gui Patin proscrivant, en 1631, l'éméti-
que, et se passionnant contre cet utile remède au point
d'obtenir du parlement un arrêt qui en proscrivait l'usage
aux médecins d'une manière absolue, n'est pas bon à
suivre.
Quel regret n'éprouve-t-on pas en songeant à là répons©
de l'Institut, consulté par l'Empereur Napoléon Ier sur
la question dé savoir si le gaz et la vapeur étaient suscep-
tibles de rendre des services!
En se prononçant pour la négative, eë corps savant
commit une erreur des plus graves et des plus préjudicia-
bles à la science et au pays. '
L'éthérisation est, je n'hésite point à l'affirmer, une dé<-
couverte plus précieuse pour l'humanité que toutes ces
magnifiques conceptions; et les hommes qui composent
aujourd'hui l'Académie des sciences et l'Académie de mé-
decine possèdent tous trop de savoir et de lumières pour
laisser périr sans examen un procédé aussi utile.
L'éthérisation est acquise à la science ,• elle vivra, mais
à une condition , c'est que son application ne restera pas
plus long-temps livrée au hasard > et qu'elle deviendra
l'objet de principes et de règles déterminées, composant
une méthode dont on ne devra pas s'écarter.
Cette méthode, je travaille depuis six aimées à la déter-
miner, et par mes écrits, et par mes expériences, car c'est
ainsi seulement qu'une chose acquiert sa véritable valeur.
J'avais si bien compris, dès l'origine, que le mode
d'administration des vapeurs d'éther et de chloroforme
n'était pas indifférent, que je terminais par cette phrase
une brochure que je publiais en 1847, quelques mois
seulement après la découverte de leurs propriétés anes-
thésiqûes ; phrase qui semblera prophétique^ si l'on se rem-
porte à l'époque où elle a été écrite, car aucun accident
n'avait encore été signalé :
« Conclusion \v En résumé, si l'on suit une méthode,
s l'éthérisation est la plus utile'et la plus admirable des
» intentions; sans méthode, au contraire, elle EST et
» passera long-temps encore- pour une découverte impar-
» faite aux yeux de beaucoup de gens, »
C'est^ en effet, parce qu'on s'est trop habitué à regarder
l'éthérisation comme un accessoire de peu d'importance
et dont l'emploi ne réclamait point une méthode, que les
malheurs se sont multipliés dans ces derniers temps.
Ce préambule achevé, qu'on me permette d'exposer la
marche que j'ai suivie et les précautions dont je me suis
entouré pour arriver à opérer sans accident un aussi
grand nombre de sujets.
Soyez assurés, Messieurs, que ee succès constant n'est
pas seulement Feffet du hasard et du bonheur; il est le ré-
sultat de principes fondés sur l'observation approfondie
des phénomènes produits par les janesthésiques sur l'orga-
nisme humain.
MÉTHODE.
Je divise ma méthode en deux parties :
1° La contre-indication,
2° L'application.
Parlons d'abord de la contre-indication.
AEFECf IONS DES ORGANES ESSENTIELS.
Par les mêmes motifs qui font proscrire l'emploi de cer-
tains aliments et de certains médicaments pour quelques
organisations particulières et dans des circonstances
spéciales, il est également prudent, en certains cas, de
s'abstenir d'appeler l'éthérisation à son aide.
De ce nombre sont :
Les maladies avancées du coeur, du cerveau et des
poumons, organes essentiels à la vie.
La plénitude d'estomac.
L'état de plénitude de l'estomac , ainsi que j'ai déjà eu
l'occasion de le signaler à l'Académie dans un Mémoire
spécial, doit être pris en très sérieuse considération.
Le déplorable événement survenu à Boulogne, ainsi
que plusieurs autres accidents du même genre, ont mal-
heureusement confirmé mes prévisions à cet égard.
En effet, ainsi que je l'ai constaté, les vapeurs d'éther
et de chloroforme troublent et même suspendent les fonc-
tions digestives ; par conséquent, si l'on éthérise les ma-
lades sans avoir le soin de leur imposer préalablement la
diète, on s'expose à les perdre par suffocation.
De semblables malheurs sont faciles à prévenir»
La peur.
Si la frayeur qu'éprouvent certains sujets à l'idée soil
de l'opération qui doit suivre l'éthérisation, soit de l'é-
thérisation elle-même, n'est pas l'objet d'une contre-in-
dication absolue à l'emploi des anesthésiques, cette im-

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