Principes politiques / par Jules Joly

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Langlet (Saint-Quentin). 1871. In-8°, 51 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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PRINCIPES POLITIQUES
Par JULES JOLY
SAINT-QUENTIN
LIBRAIRIE-PARISIENNE DE LANGLET
LIBRAIRE-ÉDITEUR
5, rue d'Isle , 5
1871
LECTEUR
je suis villageois, plus habitué à manier la charrue
que la plume, je rêclame votre indulgence. je n'espère
pas que cee système obtiennes maintemant l'approbation
générale, mais je souhaite ardemment que la Francee
n'attende pas trop tard pour opérer des réformes indis-
pensables.
Clastres, décembre 1870.
JULES JOLY.
L'ÉDITEUR AU LECTEUR,
Il y a environ deux siècles, le cardinal de Retz, racontant
dans ses Mémoires les troubles de la Fronde, rappelait dans les
termes les plus saisissants, l'étonnement, la stupeur qui avaient
envahi les meilleurs esprits en face de la situation où était alors
la France ; la guerre à soutenir, l'étranger menaçant, le Trésor
obéré, un enfant sur le trône, l'autorité chancelante sous la
régence d'une femme étrangère, la bourgeoisie mécontente,
aspirant à se saisir du pouvoir, nulle règle, nul principe cer-
tain , la coutume ayant tenu lieu de loi ; on chercha la Consti-
tution, et on vit avec effroi qu'il n'y en avait plus.
Telle, et plus grave encore, s'est trouvée la situation de la
France au lendemain des désastres de Woerth et de Sedan. Ce
n'était pas la Constitution que l'on cherchait. La France en a
successivement usé environ une vingtaine depuis quatre-vingts
ans , et sans en retirer grands profits. Tout semblait s'être
effondré à la fois. Nous avions vécu sur des souvenirs, mais le
mirage s'évanouissait, la réalité restait seule et tristement
apparaissait à tous les yeux.
Les événements qui se sont succédé ont montré combien était
— VIII —
urgente une réorganisation générale. Le problème, dès ce moment,
s'est imposé à toutes les intelligences. Chacun en a compris
l'impérieuse nécessité, et nous en avons la preuve dans la mul-
titude des travaux récomment publiés, avec des mérites très
divers, sur les diverses branches de l'organisation nationale. Il
s'est trouvé beaucoup de bons esprits qui ont circonscrit leurs
recherches et n'ont prétendu toucher qu'à un seul côté du pro-
blème. De ce nombre, ceux qui se sont attachés uniquement à
la reconstitution de nos forces militaires. D'autres plus hardis
se sont laissés entraîner vers les rives fleuries du pays d'Utopie,
et sans tenir compte du temps présent, ne rêvent rien moins
que l'établissement d'une société nouvelle. En dehors de la
valeur discutable des systêmes proposés, un fait apparaît, la
nécessité de replacer sur sa véritable base la société ébranlée-
Il nous semble que c'est un symptôme heureux à cet égard de
voir les populations des campagnes se préoccuper à leur tour de
la question sociale, et c'est à ce titre spécial que nous recom-
mandons à toute l'attention du lecteur un ouvrage dû aux
méditations d'un homme qui a toujours habité la campagne, d'un
villageois , comme il le dit lui-même trop modestement, plus
habile à manier la charrue que la plume. On ne pourra pas
objecter que l'Auteur est imbu des préjugés des villes. Esprit
observateur, il a regardé autour de lui, cherchant à distinguer
le mal et à en trouver les causes, car c'est la condition pre-
mière pour pouvoir lui assiguer un remède. Chacun, dit l'Auteur
de ces simples réflexions, doit apporter sa pierre à l'édifice
social ; cette pierre fut-elle brute, elle ne doit pas être dédai-
gnée, le sculpteur se trouvera toujours pour mettre la main et
la dégrossir.
Ceci n'est pas un livre de parti pris. Il ne faut pas y chercher
un système tout construit d'avance, auquel il faudrait bon gré
malgré plier les faits. Ce sont, comme aurait Descartes, les
simples réflexions d'un homme de bon sens ; et si nous avions
pour notre part à adresser un reproche à l'Auteur, ce serait
d'être parfois trop timide et de s'arrêter à moitié chemin, clans
l'exposition de ses idées.
L'Auteur est animé d'une foi profonde dans l'avenir du pays.
Il voit la société française ébranlée, mais non détruite. La
renaissance est possible pourvu qu'on la veuille fermement. Il
— IX —
ne s'en dissimule pas les difficultés : Si le peuple, dit-il, veut
définitivement vaincre le despotisme et assurer sa liberté, il le
peut ; mais qu'il le sache bien, il lui faudra s'armer de dévoû-
ment, de patience, d'intégrité, de bon sens surtout.
Les révolutions entraînent fatalement à leur suite des mal-
heurs. Souvent, en se préoccupant exclusivement du mal à
détruire, elles courent à l'excès contraire et versent dans
l'ornière. Il faut savoir borner ses efforts pour en assurer le
succès, et ne pas demander au temps plus que le temps ne
saurait nous donner. On ne refait pas en un jour la société. Les
changements par trop radicaux, surtout dans les personnes,
peuvent être dangereux : la science administrative ne s'improvise
pas. C'est ainsi que l'Auteur accepte et demande même le main-
tien d'une partie des anciens administrateurs ; on voit qu'il n'est
pas possible d'être moins révolutionnaire.
Nous retrouvons d'ailleurs dans cette considération le caractère
observateur qui nous semble l'un des traits les plus saillants de
cette étude sociale. L'Auteur a mis le doigt sur une plaie
toujours saignante : la chasse aux emplois, la manie du fonc-
tionnarisme. On se pi'écipite à la curée des places sans s'inquiéter
aucunement de savoir si on les pourra remplir. La fièvre ne
règne pas seulement au sommet de l'édifice social, elle est partout
et descend do proche en proche jusqu'aux derniers échelons.
L'étude du problême social se ramène aux yeux de l'Auteur à
quatre termes généraux : La constitution politique et adminis-
trative, l'exécution des lois, l'armée, la moralité sociale.
L'Auteur nous semble avoir été vivement frappé de certains
inconvénients qui accompagnent nécessairement peut-être l'exer-
cice du suffrage universel. Il est triste de voir combien peu cer-
tains électeurs comprennent et combien peu ils sont en état de
comprendre le devoir que la loi les appelle à remplir. Aussi
demanderait-il que tout d'abord le droit électoral fût subordonné
à la condition de savoir lire et écrire, et que de plus l'ivresse
habituelle fût une note d'incapacité. Il distingue l'électorat poli-
tique et l'électoral simplement municipal. Le premier droit
n'appartiendrait qu'à ceux qui justifieraient d'une propriété
quelconque, ceux-là seuls paraissant avoir un intérêt assez direct
au maintien de l'ordre dans l'Etat. En retour, il attribue à tous
le droit de concourir à l'élection des municipalités.
— X —
Peut-être ici l'Auteur a-t-il trop spécialement envisagé les
agglomérations rurales , où la propriété est plus communément
répartie. C'était autrefois l'idée de Turgot, lorsqu'il avait conçu
le plan des trois ordres de municipalités : paroissiale, provinciale,
nationale. Mais, à cette époque, l'industrie n'avait pas le déve-
loppement qu'elle a acquis depuis, et le mot de Sully que cite
notre Auteur était encore une vérité.
D'ailleurs l'exclusion prononcée est plus apparente que réelle,
momentanée et non définitive, d'après d'autres conditions
postérieusement établies, et d'après lesquelles les soldats libérés
auraient la capacité électorale.
Le lecteur me permettra de placer aussi une observation.
Dans toutes les élections se produisent de grands abus ; pour
beaucoup de candidats, il ne s'agit pour arriver que d'une
question de liste : c'est-à-dire de répandre à profusion des
listes où se retrouve toujours leurs noms, accolés aux candidats
de diverses opinions. — Il y aurait un moyen bien simple de
supprimer ces abus. — Les listes partielles ou personnelles
seraient interdites. Tous les candidats qui se porteraient ou
que l'on porterait à une élection quelconque, devraient se faire
inscrire à la mairie ou au bureau électoral de la circonscription
dans laquelle ils se présentent; et on remettrait à chaque
citoyen, avec sa carte d'électeur, une liste complète par ordre
alphabétique de tous les candidats. L'électeur serait forcé de
les choisir lui-même, il effacerait les noms qui ne lui con-
viendraient pas ; une note indiquerait pour combien de candidats
on doit ou peut voter. Par ce moyen, plus de pressions, l'électeur
craintif irait porter son vote sans avoir peur que la transparence
ou la qualité du papier ne laissent voir la liste qu'il a choisi, et
de plus on aurait la libre expression et la volonté de chacun.
Revenons à la brochure que nous examinions : Ce qui
préoccupe vivement l'Auteur et avec raison, c'est la nécessité
d'assurer la stricte exécution de la loi. Ce n'est pas tout, en
effet, de réformer les lois, ce n'est même là que la partie de la
tâche la plus facile. L'essentiel, et le plus difficile en même,
temps, c'est que les lois s'exécutent sans être entravées dans
leur action par la routine ou les abus. Aussi s'est-on justement
attaché dans cet ouvrage à l'étude critique d'un pouvoir faible
en apparence, considérable en réalité, parce qu'il agit partout
— XI —
et à tous les instants : le pouvoir du maître. Une loi municipale
est assurément utile. Elle' fera cesser bien des abus, et em-
pêchera, comme on le remarque avec raison, l'autorité de tomber
parfois aux mains d'une coterie. L'idée des inspections admi-
nistratives, chargées de constater fréquemment et minutieuse-
ment la bonne gestion des affaires municipales, -serait apte à
donner des résultats avantageux. C'est souvent dans les détails
les plus minutieux, mais dont la fréquence fait l'importance,
que l'exécution de la loi fait défaut.
En ce qui concerne l'armée, trois groupes distincts sont
établis : l'armée active, la garde nationale proprement dite, et
ce que l'auteur appelle la garde de l'ordre. La première com-
prend tous les citoyens sans autres exceptions que celles qui
seraient prononcées par les conseils de révision, et l'on demande
avec raison que ces conseils se montrent à cet égard sévères et
impartiaux. La seconde, qui ne serait appelée qu'en cas de
guerre, se composerait des soldats libérés de l'armée active
jusqu'à trente ans environ. La troisième, enfin, formée des
citoyens plus âgés, n'aurait, comme son nom l'indique, que le
service de l'ordre intérieur en temps de guerre.
Dans les questions de moralité, deux points principalement
en sortent : restreindre le luxe, améliorer l'éducation. On ne
saurait trop reconnaître combien sont justes les observations
qui portent sur le luxe et sur ses effets, l'amollissement des
âmes et l'affaissement des caractères. Seulement il n'y a pas à
nier que la question est difficile. Ce n'est pas chose commode
que restreindre le luxe, ni même que le déterminer. Ailleurs
les lois peuvent être toutes puissantes, ici, les maux font plus
que les lois.
L'éducation a besoin de recevoir de grandes améliorations.
Il faut qu'en étendant son programme elle simplifie sa méthode,
pour être plus facilement accessible à tous. L'Auteur émet le
voeu que l'accès des écoles spéciales soit facilité aux enfants
qui, dans les écoles primaires, auront fait preuve de dispositions
exceptionnelles. Le voeu est assurément des meilleurs et tout
homme de bon sens ne peut que désirer le voir appliqué. A cela
devrait servir les bourses de l'Etat ou des départements, trop
souvent détournées du but réel de leur institution.
L'Auteur ne se fait pas d'illusion ; il n'espère pas que ses
— XII —
idées obtiennent immédiatement l'approbation générale. Pour
nous, il a eu le mérite de voir le mal à guérir ; et nous pensons
que, quel que soit le jugement que l'on porte sur les idées
énoncées dans ce livre, on ne pourra s'empêcher de reconnaître
clans l'auteur un sincère patriotisme et un ardent désir de voir
la France se relever.
C'est le voeu que doit former tout bon citoyen. Que l'on ne
s'accorde pas toujours avec des idées qui ne sont pas toujours
les nôtres à nous-mêmes, mais que le lecteur les pèse et les
discute : c'est du choc des idées que jaillit la lumière.
AD. LANGLET.
PRINCIPES POLITIQUES
ÉCLECTISME POLITIQUE
Le territoire de la France, par sa richesse en
productions de toutes sortes, peut suffire abon-
damment à l'alimentation du peuple et de l'indus-
trie.
Le peuple français lui-même est doué d'une
foule de belles et de bonnes qualités. Pourquoi,
avec tant de ressources, n'est-il pas généralement
plus heureux?
Combien sont communs les procès, les discordes,
les désordres, les haines, les ruines, les hontes,
les crimes, les guerres, les révolutions ; en un mot,
les nombreuses et si profondes misères de tout
genre.
Heureusement un grand nombre de citoyens ont
de la fortune. Ils sont à l'abri du besoin et ils ont
le pouvoir de faire le bien. Mais ceux-là mêmes
peuvent-ils être parfaitement heureux, étant envi-
— 14 —
ronnés de tant de malheurs. On pourrait comparer
notre société à une île volcanique, constamment
exposée à un cataclysme.
Pourtant, jusqu'à présent, la belle France n'a
pas manquê de rois, de princes et de leurs cour-
tisans, brillants, pompeux et bruyants qui attri-
buaient à eux-mêmes les plus belles qualités, et
prétendaient surtout gouverner sagement.
Aussi ces gouvernements se sont-ils souvent
arrogé les plus beaux droits et d'onéreuses rétri-
butions.
Ces rois, ces princes et leurs gouvernements
ont-ils travaillé au bien-être de leur peuple, au
progrès de la civilisation ?
Ils ont souvent usé leur temps dans le faste, ne
s'occupant de leur peuple que pour leurs intérêts
et pour contenir les rébellions dont leur conduite
est la cause. Car, généralement, le peuple est dé-
voué volontiers à ses souverains et enthousiaste
pour leurs vertus trompeuses.
Nous n'avons eu que trop de ces gouvernements
luxueux et despotiques qui n'accomplissent pas
leur mission sacrée, qui ne prennent pas la peine
de surveiller, qui, cependant, par ombrage, empê-
chent le développement des institutions sociales,
tont ce qui ne vient pas d'eux, et n'accueillent ni
plaintes ni conseils.
Ces gouvernements d'entraves transmettent le
favoritisme dans tous les degrés et dans tous les
détails de leurs administrations.
Celles-ci, à leur tour, font de leurs faveurs et de
leurs partialités un commerce circonspect et lu-
cratif
De ce trafic sans contrôle, contre lequel les ré-
clamations ne sont pas possibles, naît la discorde
et les haines populaires.
— 15 —
Qui n'a connu des prétentieux dirigeant nos ins-
titutions sociales et n'a pas eu à s'en plaindre ?
A quoi servent les lois si elles ne sont pas mises
rigoureusement en vigueur; si la justice elle-même
est souvent partiale et injuste, si des ministres des
cultes sont quelquefois un exemple de scandale ?
Si les autorités de toutes sortes font de leur pou-
voir un usage arbitraire, si des administrateurs,
des juges, des ministres de religion et tous ceux
qui représentent l'autorité, jusqu'aux plus hum-
bles, ainsi que leurs privilégiés, exploitent impu-
nément l'économie et le salaire d'autrui.
Assurément ces abus donnent droit aux récri-
minations ; ils sont la principale cause des mal-
heurs et des révolutions.
Le peuple lui-même, par sa conduite et ses
moeurs, semble être en partie la cause de son in-
fortune.
Comment peut-il être l'élite de la société, si
beaucoup de citoyens n'ont de ressources que leur
travail, qui prend presque tout le temps de leur
vie ; si le travail, souvent pénible, les abrutit ; si
des fréquentations forcées ou d'autres circonstances
si nombreuses les entraînent à la corruption, les
jettent dans l'ornière de la misère et du malheur,
d'où il est si difficile de sortir et où, souvent, ils
terminent leur carrière.
Est-il donc impossible de résoudre cet immense
problème social dont le peuple semble rechercher
instinctivement la solution depuis tant de siècles,
et pour lequel il y a déjà eu tant de luttes, tant
de sang versé, tant de glorieuses et belles vic-
times. Interrogeons notre histoire de France, mé-
ditons l'expérience du passé, le règne des souve-
rains, les révolutions, ce qu'elles ont coûté et
quel en a été le résultat.
— 16 —
Quel changement heureux, quel bien dans les Etats,
Ont produit les complots, les partis, les combats (L. DE F.)
Puisque le despotisme prétend non-seulement
conserver ses droits, mais devenir plus exigeant,
ce n'est que par une grande révolution que le
peuple peut conquérir sa liberté : Pour être vain-
queur, il faut qu'il soit animé des plus grandes
vertus patriotiques.
Après avoir anéanti le despotisme, il faut que
le peuple s'arme de nouveau de dévouement, de
patience, d'intégrité et de bon sens, afin d'assurer
sa position et de baser sa nouvelle Constitution.
Si le peuple français arrive à vaincre complète-
ment le despotisme, il ne faut pas que du même
coup il renverse le système actuel, car s'il voulait
immédiatement en instituer un autre, il n'y réus-
sirait pas ; il ne ferait que brouiller les choses et
se jeter dans des complications qui le perdraient.
Il ne faudrait pas surtout, remplacer trop brus-
quement les personnalités administratives pour
contenter des solliciteurs prétentieux, qui seraient
des causes de haine, de nombreux embarras, et le
commencement de la discorde.
Ce sont d'ailleurs des apprentissages qui nous
coûtent trop cher.
Il faudrait mieux, provisoirement, conserver le
système actuel ; seulement nos lois et le pouvoir
exécutif ne suffiraient pas.
Il faudrait que le pouvoir exécutif fût sérieuse-
ment responsable de la complète et intégrale exé-
cution des lois actuelles.
Pendant le calme, il serait plus facile au jeune
gouvernement d'établir plus parfaitement la nou-
velle institution libérale.
Ce travail peut être relativement plus facile, si le
— 17 —
nouveau gouvernement comprend que tout citoyen
digne de bon sens, et possédant une heureuse
idée, peut l'apporter comme pierre à l'édifice so-
cial. Cette pierre, fût-elle brute, ne doit pas être
dédaignée. Le sculpteur, le maçon et le carrier
forment une combinaison indispensable.
Les législateurs ne doivent donc pas dédaigner
les conseils, les renseignements ou les réclama-
tions de simples citoyens qui, dans leurs parties
respectives, sont les meilleurs connaisseurs du
détail des choses.
Les réclamations et les conseils, fussent-ils
donnés en patois, s'ils sont sensés, ils doivent
être écoutés et même encouragés, puisqu'ils peu-
vent être utiles au progrès social.
Le travail des législateurs serait plus facile. Le
Corps législatif recevrait les renseignements des
citoyens, et il en apprécierait le mérite.
Le talent oratoire n'est pas à dédaigner, mais
l'expérience nous démontre que l'art et l'industrie,
avec le travail et l'outil, ont fait plus de chemin
que la liberté avec de beaux discours.
RÉACTIF OU UTOPIE
Les changements de gouvernements ont toujours
eu l'inconvénient de sortir d'un excès pour tomber
dans un autre.
Si donc le peuple français réussit à conquérir
définitivement sa liberté, pas de transition brusque :
ce serait le commencement de la confusion et de
la discorde.
Profitons pour l'avenir de l'expérience du passé ;
surtout conservons provisoirement le vieil édifice,
tandis qu'avec la coopération de tous, nous cons-
truirons le nouveau.
— 18 —
Qu'il soit enfin bien compris que, comme les
abeilles, chacun, avec intérêt, dévouement et selon
sa compétence, puisse apporter son tribut à l'édi-
fice social,
Quelle que soit la forme future du gouvernement
français, il faut qu'il soit fixé sur une base solide;
qu'il inspire et mérite la confiance, et qu'avec une
puissante et impartiale sévérité il réprime l'inca-
pacité, le favoritisme et les abus ; sinon, plus de
progrès, et nous ne pouvons que tomber dans la
plus épouvantable anarchie.
La base solide sur laquelle le gouvernement peut
se fixer, c'est la majorité du peuple comprenant seu-
lement la partie des citoyens sur lesquels la pa-
trie peut compter.
SYSTÈME ÉLECTORAL COMBINÉ
(Ne pas juger sans avoir lu plus loin le chapitre
Compensation.)
Nous avons eu le suffrage électoral trop res-
treint ; nous avons maintenant le suffrage universel
trop étendu.
Quelques élections précédentes en sont une
preuve suffisamment concluante.
L'égalité électorale est-elle possible entre ceux
qui sont les soutiens de l'ordre et ceux qui sont
— 19 —
continuellement des agitateurs et des partisans du
désordre ? Tous, indistinctement, quels que soient
leur passé, leur caractère et leur conduite, sont-ils
dignes d'être électeurs? N'y a-t-il pas de nom-
breuses exceptions ? Le suffrage électoral doit-il
être trop restreint ? Ne peut-on lui donner la plus
grande extension possible, en écartant sévèrement
ceux qui ne pourraient donner une garantie sé-
rieuse de leur condition?
Il est indispensable de n'admettre comme élec-
teurs que les citoyens possédant une caution qui
réponde qu'ils sont intéressés au maintien de
l'ordre , au progrès de la civilisation, qu'ils sont
les amis, de la paix, de l'union, du travail, du bien
et de la justice.
Généralement tout individu qui possède soit un
petit champ ou une maisonnette, etc., est d'autant
plus attaché à sa possession qu'elle lui a coûté
plus de peines. Il sera toujours l'ennemi des dé-
sordres qui peuvent mettre son petit bien en dan-
ger, ou en diminuer la valeur.
En outre, il se trouvera rarement au dépourvu
dans les temps de subsistance difficile, ou dans le
cas si fréquent d'accidents imprévus ; il se suffira
à lui-même ainsi qu'à sa famille, il tombera rare-
ment à la charge des autres, en venant partager et
diminuer le tribut de la charité.
On retrancherait du système électoral tous les
citoyens qui ne posséderaient pas la garantie — à
déterminer — parce que souvent un grand nombre
de ceux-là ne peuvent se suffire à eux-mêmes ;
qu'ils sont à la charge de leurs semblables, for-
ment le parti et l'élément du désordre, sont enfin
la milice de l'anarchie.
Il n'est que trop facile d'étudier en détail le.
mérite individuel.
— 20 —
EXEMPLE : Deux sujets.
Le premier, ancien militaire, homme probe, ou-
vrier laborieux, économe et bon père de famille ;
Le second, fanfaron, gros gagneur, habitué du
vice et client de la misère.
Ont-ils le même mérite et sont-ils égaux dans la
société civile?
DROITS CIVILS CHEZ PLUSIEURS PEUPLES
ANCIENS
Il n'est malheureusement pas rare de rencontrer
des sujets « électeurs » qui n'ont ni l'intelligence
humaine ni l'instinct de la brute ; qui, par suite
des passions, sont tombés dans un état déplorable
et immonde.
Dans nos provinces, beaucoup de personnes
parlent d'élections à plusieurs degrés. Ce système
plairait beaucoup aux partis intrigants ; il ne ferait
que compliquer le mal actuel, l'aggraver et le
rendre incurable ; ce serait notre tour de Babel, le
dernier pas par lequel nous tomberions dans la
plus complète confusion. Enfin, ce serait continuer
de mélanger sans distinction le bien et le mal, et
faire pêcher en l'eau trouble.
SERAIENT ÉLECTEURS :
Tous citoyens réunissant les conditions sui-
vantes :
1° Savoir lire et écrire ; cette mesure serait le
meilleur stimulant pour populariser l'instruction ;
2° Remplir les conditions exigées pour le service
militaire (à déterminer) ;
— 21 —
3° N'avoir pas subi de condamnation (à désigner) ;
4° N'avoir pas été pris nombre de fois en état
d'ivresse ;
5° Posséder une valeur imposable, soit immeuble
ou obligation sur l'Etat (forme à déterminer). Ces
valeurs ne pourraient être prises sur des choses de
luxe ou inutiles.
EXEMPLE :
Pour une population n'excédant pas mille habi-
tants :
Pour immeuble, 500 francs ;
Pour atelier, 1,000 francs ;
Pour magasin, 1,500 francs.
En outre, le chiffre serait proportionnel à la po-
pulation de la localité, c'est-à-dire que pour les
localités d'une .population plus nombreuse, la
somme serait proportionnellement augmentée.
Pour les citoyens libérés du service militaire.
( Voir libération du service militaire.)
L'ambition et l'envie ne sont pas un des moin-
dres leviers du caractère français. Les mesures
précédentes exciteraient un grand nombre de
citoyens à devenir dignes membres de la Patrie.
Les moyens pour y arriver seraient d'abord
l'aide de nos institutions sociales , puis le travail,
la conduite, l'ordre et l'économie. Naturellement,
un grand nombre d'autres qualités viendraient se
joindre à celles-ci.
Nous ne pouvons prétendre à la perfection : il y
aura toujours des exceptions ; mais,les malheureux
qui resteront en arrière seront moins nombreux.
Au lieu de menacer, ils auront honte de leur posi-
tion et n'oseront s'en plaindre. Ils serviront même
d'exemple salutaire.
— 22 —
Le malheur, dira-t-on, autant que les fautes,
pourra souvent être cause de leur position.
Mais pour ceux que le malheur frappe, la poli-
tique est moins nécessaire que la charité, qui
aurait la mission de les secourir et de les aider à
se réhabiliter.
COMPENSATIONS
Les citoyens qui ne seraient pas électeurs re-
cevraient diverses compensations qui les dédom-
mageraient et les aideraient à gagner leurs droits
civils, telles que la représentation près des mu-
nicipalités et de leurs chefs-lieux compétents, par
des membres qu'ils éliraient entre eux. Ces membres
serviraient exclusivement à représenter et à dé-
fendre leurs intérêts. Le nombre serait proportionnel
à la population locale. (A étudier si pour ces élec-
tions on attribuerait le suffrage simple ou gradué.)
Le mobilier indispensable au citoyen non électeur
et à sa famille, ainsi que les outils nécessaires à
sa profession et même ses obligations à la Caisse
d'épargne seraient insaisissables, jusqu'à con-
currence d'une valeur déterminée. Ce citoyen
serait aussi complètement exempt de certains frais
judiciaires.
Le système d'élections que nous proposons, loin
de faire tort à la classe pauvre, ferait cesser le
commerce d'usure, par lequel elle est si souvent
exploitée.
Par un engageant crédit, on leur vend cher et
de mauvaise qualité. Très souvent, ils boivent à
crédit ; on finit par leur réclamer un mémoire
embrouillé.
S'ils ne paient pas, ils tombent dans un tripotage

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