Programme d'un cours de maladies épidémiques , avec une Observation relative à l'insoluble question de la oui ou non contagion de la fièvre jaune, par le Dr Rochard,... 4e édition

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impr. de Marchand Du Breuil (Paris). 1828. 60 p. ; in-8.
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Publié le : mardi 1 janvier 1828
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PROGRAMME
D'UN COURS
DE MALADIES ÉPIDËMIQUES.
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Arvm'cwmjie, clevow a/out&r une iioée a
ce -j/f/e/j /• au>ratj Aa &n- cwwr wz Au/.i
armzcA nomAre.
AVERTISSEMENT
DE LA TROISIÈME ÉDITION.
LORSQUE je donnai, en 1804, la première édition du
Programme du Cours des maladies épidémiques, dont je
me trouvais chargé par la répartition entre les profes-
seurs de l'école des différentes parties de l'enseignement
médical, le Dictionnaire des sciences médicales, cette
vaste collection de presque toutes les connaissances re-
latives à l'art de guérir, n'était pas encore imprimé. Mon
Illustre et savant successeur, M. Foderé, chargé actuel-
lement de ce cours, n'avait pas produit son intéressant
•ouvrage intitulé, Cours sur les Epidémies et l'Hygiène
publique, offert en souscription en quatre volumes, dont
trois sont déjà publiés.
Il me parut utile de publier ce programme en 1804,
■époque à laquelle j'avais été nommé à la présidence des
jurys médicaux de l'arrondissement de l'école de santé
de Strasbourg, par le Gouvernement, sur la présenta-
tion de mes collègues.
Cette première édition, tirée à 2000 exemplaires, fut
bientôt épuisée; j'en fîsréimprimer une deuxième en 18o5.
J'en distribuai à ceux des étudians suivant mon cours,
dont l'assiduité et l'amour de l'étude me paraissaient le
mériter.
8
Quoique, pour cause d'infirmité, j'aie cessé de pro-
fesser, j'ai cru néanmoins devoir céder au désir de plu-
sieurs de nos jeunes confrères, autrefois nos élèves, éta-
blis dans divers départemens, qui m'en ont demandé
des exemplaires pour leurs amis, ainsi qu'à celui de
plusieurs curés et propriétaires aisés, habitant la cam-
pagne, qui m'ont prié d'en donner une troisième édition.
Cette espèce de compendium, étant peu volumineux,
d'une exposition simple, concise, dépouillée d'érudition
et du faste scientifique, a paru, pour ainsi dire, popu-
laire et à la portée de toutes les classes de la société. Cette
indulgence m'a décidé, peut-être aussi de doux souve-
nirs des temps heureux où, chéri de mes collègues et
d'aimables disciples, j'habitais la ville de Strasbourg,
cette capitale de l'Alsace qui a donné tant de grands
hommes, riche de ses monumens, de fondations bien-
faisantes, où brillent et sont honorés les sciences, les
beaux-arts et l'agriculture ; riche encore du territoire
fertile qui l'environne et de la plus belle population ;
ville que je regrette, que j'habiterais encore trois mois
de l'année si...., si;..., si....
Sic voluere j'ata .'
( liïc midta désuni) .'
Supprimit orator quee rusticus edit inepte.
Pendant sept ans à peu près, que j'ai présidé les jurys
médicaux des quinze départemens qui formaient alors
l'arrondissement de l'école de santé de Strasbourg, j'ai
9
reçu, dans tous les chefs-lieux de préfecture, l'accueil
le plus aimable de mes savans et honorables collabora-
teurs , nommés par le Gouvernement membres des jurys.
Des réunions franches et gaies allégeaient la fatigue et la
monotonie des travaux de nus séances; ma reconnais-
sance de la bonté complaisante, de la généreuse hospita-
lité de plusieurs de mes collègues dans ces agréables
voyages, ne s'effacera jamais de ma mémoire. Chaque
année, en terminant ma mission, j'adressais au ministre
de l'intérieur les procès-verbaux des sessions des jurys,
la comptabilité qui y avait rapport, des observations
sur les améliorations possibles dans le régime des hôpi-
taux et l'hygiène des prisons, et autres objets relatifs à
l'instruction ministérielle qui nous avait été donnée sur
notre mission.
Comme Lyon est la principale ville de l'arrondisse-
ment de l'école de médecine de Strasbourg, j'ai joint ici
le procès-verbal de la première session du jury médical
de cette ville, tel que la Gazette en a fait le rapport dans
le temps.
A cette époque brillait dans cette ville célèbre l'ai-
mable et savant docteur Petit, membre du jury, dontj'ai
eu le bonheur de cultiver l'amitié pendant cinq ans : à
la dernière session du jury, je l'ai vu succomber, jeune
encore, à une maladie de langueur, chéri de presque
tous ses confrères, dont il était, ainsi que de toute la
population de cette grande ville, l'amour et la gloire.
Au procès-verbal de la première session du jury mé-
dical du département du Rhône, j'ai ajouté la copie de
la réponse du ministre de l'intérieur à l'accusé de récep^
tion des procès-verbaux des sessions des jurys médicaux
de chaque département, et des observations que j'y avais
ajoutées.
SÉANCE
DU JURY MÉDICAL DU DÉPARTEMENT DU RHONE,
PRÉSIDÉ PAR M. LE PROFESSEUR ROCHARD.
Extrait de la Gazette ( Bulletin ) de Lyon, du
4 vendémiaire an XIII (27 septembre 18o3).
JURY MEDICAL DU DEPARTEMENT DO RHONE.
t]E jnry a ouvert ses séances dans le cabinet d'his-
toire naturelle, le 18 fructidor dernier (4 septembre
i8o3). M. Rochard, professeur de l'école de médecine
de Strasbourg, qui le présidait comme commissaire du
Gouvernement, a prononcé le discours suivant :
« Messieurs, chers collègues et collaborateurs,
« Je dois à la bienveillance de l'école de médecine de
" Strasbourg l'honneur d'avoir été nommé son commis-
« saire pour m'associer à vos travaux.
« Elle a pensé qu'une expérience acquise par de longs
« services dans les armées de terre et de mer, et dans
« des contrées lontaines, pouvait me mériter quelque
« récompense, elle ne pouvait m'en déférer une plus
« flatteuse.
«Dans l'institution des jurys médicaux, un gouver-
12
« nenient régénérateur a voulu donner à nos concitoyens
« une garantie contre l'ineptie etla charlatanerie qui trop
« long-temps abusèrent de leur crédulité ; il a voulu éle-
« ver les ministres de la santé et de l'humanité au plus
« haut degré de considération qu'ils ont droit d'atteindre,
« en ne permettant qu'aux seuls hommes doués de con-
« naissances et d'un mérite éprouvé, d'exercer l'art de
« guérir, le plus estimé chez les peuples policés après
« celui de les gouverner.
n Vous sentez, Messieurs, combienil est important de
H veiller à l'exécution des arrêtés du Gouvernement;
a sans cela les jurys médicaux verraient leur institution
« ne pas atteindre le but proposé, la répression des
« abus.
•« Que chacun de nous, en ce qui le concerne, se rap-
« pelle les devoirs qui lui sont imposés, et seconde les
« vues paternelles qui ont dicté les lois sur l'exercice et
« la police de la médecine.
« Le premier magistrat de ce département (M. BUREAU
« de Puzi, alors préfet), ce surveillant actif de tout ce
« qui peut adoucir les maux et accroître le bonheur des
n citoyens confiés à son administration, a bien voulu en-
« tourer l'établissement du jury médical de la dignité
« qui pouvait lui attirer la confiance dont il a besoin, et
« qu'il s'efforcera de mériter : cet acte de bienveillance
« de sa part lui assure des droits à la reconnaissance des
« membres du jury médical du département du Rhône.
« L'école de Strasbourg vous invite, vous prie,;mes
-i chers collègues, de correspondre avec elle pour tout ce
<t qui peut concourir aux progrès de la science : elle re-
« cevra avec reconnaissance les renseignemens que vous
« voudrez bien lui donner sur la moralité et les talens
« des candidats qui viendraient se présenter à elle pour
« recevoir le grade de docteur ; elle se fera un plaisir de
« vous communiquer ses découvertes, le résultat de ses
« travaux, ceux de ses collaborateurs qui, par des talens
« précoces, auront contribué au perfectionnement de
« l'art.
« Croyez encore que je m'estimerai aussi heureux
« d'être votre organe près de l'école spéciale dont je suis
« membre, que je le suis d'être le sien auprès de vous. »
Les docteurs GILIBERT et PETIT , membres du jury,
nommés par le Gouvernement, ont ensuite présenté à
M. le professeur commissaire le tableau de tous ceux que
la loi appelait à l'examen parmi les officiers de santé, les
sages-femmes, les pharmaciens et les herboristes ; et la
division en a été faite conformément au tableau. Peu :
d'officiers de santé se sont présentés : la plupart, ayant
mal interprété la loi du 19 ventôse, ont cru pouvoir se
dispenser de tout examen, et continuer d'exercer à
l'abri d'un diplôme donné sur l'attestation de deux té-
moins. Une interprétation de la loi, plus claire sans
doute, faite avant la prochaine réunion du jury, leur
fera sentir que la loi qui vient réprimer les abus, n'a pu
consacrer le plus grand de tous, celui de l'exercice d'une
i4
profession aussi importante par des hommes qui n'ont
donné aueune preuve légale de leur capacité. Le jury
n'a donc reçu que sept officiers de santé; mais il se fait
un plaisir d'annoncer que dans ce nombre il en est un
qui a donné des preuves d'un véritable talent, et que le
jury, en lui donnant un diplôme exprimé en termes in-
liniment honorables, a cru devoir le dispenser d'acquit-
ter la rétribution exigée par la loi.
Douze officiers de santé établis depuis plus de dix ans
avec certificats d'études bien antérieurs à cette époque,
ont échangé le diplôme provisoire qu'ils avaient obtenu
de M. le préfet, contre celui qu'accorde la nouvelle loi.
Seize sages-femmes ont été examinées : presque toutes
ont donné des preuves de beaucoup d'intelligence et de
talent; ce qu'on doit attribuer au zèle de MM. les pro-
fesseurs chargés depuis plusieurs années d'enseigner
l'art des accouchemens dans nos hospices. .
■ MM. TISSIER , MACORS , GAVINET et CARLHAN , pharma-
ciens distingués de cette ville, nommés par M. le préfet
comme adjoints au jury médical, se sont réunis à lui à la
même époque pour les examens de MM. les pharma-
ciens. Dix ont été examinés par le jury : tous ont donné
les preuves des connaissances les plus solides dans leurs
réponses aux différentes interrogations qui leur ont été
faites, ainsi que dans la préparation des médicamens
que le sort leur avait assignés.
- Les herboristes se sont présentés en grand nombre ;
vingt-deux ont été reçus. Il en reste cependant plusieurs
qui ont cru devoir se soustraire à l'examen : ils ne seront
i5
pas surpris que le jury les désigne à l'autorité comme
réfractaires à une loi dont l'exécution est de rigueur.
Le jury n'a point complété les visites qu'il doit faire ,
chaque année, chez les pharmaciens, les droguistes et
les épiciers ; il a voulu seulement prévenir les uns et les
autres, par une première démarche, que la loi, qui est
aujourd'hui dans toute son activité, nécessitera fréquem-
ment des visites semblables, et qu'il serait pénible pour
le jury d'avoir à en signaler les violateurs.
Les membres du jury médical, en se séparant le
3o fructidor (a5 septembre i8o3), ont cru devoir té-
moigner à M.B.OCHAB.D toute la reconnaissance qu'ils de-
vaient au Gouvernement qui a fait choix, pour les pré-
sider, d'un savant aussi distingué par ses talens, que son
esprit l'est par sa douceur et son. amabilité.
Une somme de 1730 francs, formant plus de la moitié
des sommes acquittées par les candidats, a été versée
dans la caisse de l'hospice, pour rester à la disposition
du ministre de l'intérieur.
COPIE FIGURÉE
D'UNE LETTRE DU MINISTRE DE L'INTÉRIEUR.
Paris, le i" nivôse an XIII (a2 décembre 1804).
Le Ministre de l'intérieur à M. Rochard, pro-
fesseur de l'école de médecine de Strasbourg
et président des jurys médicaux de l'arron-
dissement de cette école.
J'AI reçu, Monsieur, les procès-verbaux des opéra-
tions des jurys médicaux que vous avez présidés cette
année. J'examinerai d'une manière toute particulière le
rapport que vous y avez joint, et, autant que je le pour-
rai, je prendrai des mesures pour faire tourner à l'a-
vantage de l'art de guérir et à celui de l'administration
publique les différentes vues dont vous me faites part.
J'aurai soin de faire connaître à SA MAJESTÉ le zèle
avec lequel vous avez rempli votre mission, et combien
en cette occasion vous vous êtes acquis de droits à son
estime.
J'ai l'honneur de vous saluer.
CHAMPA.G3NTY.
DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
Aux étudions en médecine de l'école
de Strasbourg.
JEUNES ÉTUDIAIS , objets cliers des travaux,
des veilles, des sollicitudes des profes-
seurs de cette école :
§ Ier. Dans la répartition de l'enseignement *
des différentes branches de la médecine, j'ai
été spécialement chargé de vous faire con-
naître les maladies épidémiquës, de vous
en développer les causes, les variétés, et les
moyens qu'il faut employer pour les com-
battre ; moyens souvent infructueux, par la
complication de leurs causes, les accidens dont
elles sont accompagnées, les indications op-
posées qu'elles présentent, leurs irrégularités
dans leurs différentes périodes, enfin par un
type qui leur est propre et qu'il faut étudier
pour réussir dans leur traitement.
Ayant été employé, depuis trente-cinq ans,
par l'ancien gouvernement et depuis la révo-
lution , pour secourir des villes et des villages
affligés de ces maladies, et dans différens cli-
mats, je pourrai ajouter aux connaissances
que j'ai puisées dans les auteurs des obser-
vations qui me sont particulières.
Appelé à l'enseignement à l'âge où l'on a
déjà beaucoup oublié, et n'ayant pas eu l'oc-
casion d'acquérir l'habitude et la facilité de
professer, je m'estimerai encore heureux si je
puis vous diriger vers les connaissances si né-
cessaires des maladies épidémiques, pour la
cure desquelles il ne suffit pas d'avoir Une
vaste érudition , une théorie brillante , mais
principalement une sagacité de jugement, et
ce courage héroïque qui nous fait braver les
plus grands dangers ; car, jeunes étudians, s'il
est vraiment une médecine militante, c'est
celle des épidémies : il faut que le médecin
appelé pour les combattre se dévoue avec au-
tant de zèle que le plus brave soldat de la
patrie; il faxit qu'il inspire de la confiance aux
malades par l'assurance qu'il leur montrera.
S'il ne se sent pas cette force d'âme, qu'il faut
posséder avant tout, il y succombera infailli-
blement.
§ 2. Il faut que le médecin appelé au se
*9
cours des malades affligés d'une épidémie ait
la conscience de ses forces pour la combattre,
qu'il ait la certitude de réussir ; car, de même
que les individus faibles au moral et au phy-
sique, et les plus timorés, sont les premiers
attaqués et succombent les premiers, il arri-
vera aussi que, parmi les hommes de l'art qui
leur donneront des soins, ceux que la timidité
et la crainte agiteront, marcheront d'un pas
chancelant dans le traitement : leur découra-
ment sera le précurseur du malheur qui les
attend.
Jeunes étudians, pénétrez-vous bien de ces
vérités. Que l'importance dont doit être pour
la société votre généreux dévouement, vous
élève l'âme ; que l'amour de l'humanité, cette
passion des grandes âmes, et la gloire la mieux
méritée, qui en doit être la récompense, vous
enflamment !
Si, dans un incendie qui menace de dévorer
une famille, un généreux citoyen traverse le
feu et parvient à la sauver, les acclamations
du peuple le suivent en triomphe : un bien
plus glorieux attend le médecin qui, dans une
épidémie, au milieu des horreurs d'une peste,
9.0
va arracher à la rnort ses victimes; la recon-
naissance d'une nation entière lui élève des
autels, et, ce qui les vaut bien, il se prépare
pour le reste de sa vie les plus douces jouis-
sances, les plus heureux souvenirs.
§ 3. L'invasion des maladies épidémiques
est si souvent douteuse, leur nature si com-
pliquée , qu'on est exposé à se méprendre sur
leur caractère, et à regarder comme une ma-
ladie simple une épidémie naissante, qui n'at-
taque que quatre ou cinq individus dans une
ville ou un village; en sorte que le plus sou-
vent on reste dans une sécurité d'autant plus
funeste qu'on n'a pas profité des circonstances
les plus favorables pour dissiper l'orage. Bien-
tôt deux ou trois malades périssent; plusieurs
autres individus sont surpris du même mal,
qui d'ailleurs, comme un vrai protée, se
masque chez chaque individu sous des formes
différentes, et finit par causer de justes alar-
mes par la quantité de malades qui y succom-
bent ou qui en sont menacés. L'effroi ajoute
encore à la gravité de la maladie, et quand on
appelle des secours éloignés, on a déjà perdu
beaucoup de temps. Mille autres obstacles
21
viennent encore, ajouter au malheur du mo-
ment.
Les préjugés du peuple lui font cacher son:
mal le plus long-temps, qu'il peut employer
des moyens nuisibles. L'éloignement des lieux
où se trouvent les véritables ressources, fait
craindre d'y avoir recours mal à propos, et
les confiances exclusives font souvent rejeter
ou négliger un traitement prescrit par les mé-
decins les plus instruits, comme étant le moins
conforme aux goûts et aux habitudes des ha-'
bitans des campagnes, qui, plus que ceux des
villes, négligent leur santé et la sacrifient au
plus sordide intérêt.
C'est principalement chez les pauvres-des
campagnes qu'on rencontre les agens propres
à développer et propager les maladies épidé-
miques.
Si l'on considère un village sous le rapport
des détails relatifs à la salubrité, on y ren-
contrera presque toujours tous les principes
ou germes des maladies que la température
peut faire éclore : des maisons dont le sol est.
généralement à quelques pieds au-dessous de
la rue, dont l'air est étouffé par le peu d'issue
qu'on lui donné, dont l'humidité s'accroît par
le peu d'étendue et d'élévation, et par la qua-
lité du terrain.
C'est cependant dans une seule pièce ainsi
construite que se trouve logée une famille
entière, au milieu des émanations malsaines
des fumiers en putréfaction dans les cours ou
au-devant des maisons. Ajoutez à cela que la
nuit cette même famille repose dans des al-
côves fermées et inaccessibles à l'air. Aux en-
virons des maisons, souvent même dans les
cours, vous verrez des mares d'eau, dont le
lit a été creusé par les propriétaires pour y
déposer les fumiers ; des haies touffues en-
tourent souvent la maison, comme si l'on
craignait d'en voir renouveler l'air.
Dans beaucoup de villages l'eau est tirée
de puits ou de citernes dont le fond est impur,
et dans beaucoup d'autres les seules sources
où on la puise sont altérées par la malpro-
preté des linges qu'on y lave journellement,
ou sont fangeuses : dans d'autres lieux les
bêtes mortes sont exposées près des habita-
tions, et corrompent l'air qu'on y respire ,
surtout dans certaines températures de'Tat-
23
niosphère; dans d'autres encore, ce sont des
manufactures dont les matériaux altèrent la
pureté de l'air et des eaux : là, ce sont des
eaux sales, jetées avec profusion dans des
rues sans écoulement ; ailleurs des marais des-
séchés sans précaution.
On trouve des villages situés sur des ter-
rains humides, voisins des marais et des
étangs : d'autres, enfin, sont entourés de
bois qui empêchent la libre circulation de
l'air, et y entretiennent une humidité habi-
tuelle.
Il y a des contrées dont le sol ingrat ne
produit que de mauvais grains et en petite
quantité. Presque partout le peuple est peu
soigneux de sa nourriture, qui souvent est
malsaine et en quantité insuffisante pour ré-
parer ses forces épuisées ; et malgré cela il se
livre souvent avec excès aux liqueurs spiri-
tueuses de la plus mauvaise qualité, et s'ex-
pose , dans ses aberrations de régime, à toutes
les intempéries de l'air.
Telle est la situation des habitans des cam-
pagnes. Dans presque tous les pays il est rare
de ne pas rencontrer dans chaque village quel-
>4
ques causes locales de l'insalubrité dont je
viens de parler.
Le germe des maladies épidémiques se dé-
veloppe avec d'autant plus de facilité, que les
corps, épuisés par le travail et la mauvaise
nourriture, ont une plus grande disposition à
contracter les altérations qui leur sont trans-
mises.
Par ce qui vient d'être exposé il est facile
de juger qu'il serait possible de détruire en
grande partie les causes qui rendent les épi-
démies fréquentes et meurtrières ; mais il est
évident qu'il faudrait seconder les efforts des
médecins pour les moyens d'épurations, dans
toutes les localités où elles sont nécessaires,
et certes celles-ci sont en grand nombre.
§ 4- Le Gouvernement a pourvu d'une ma-
nière bien essentielle à arrêter les progrès des
maladies épidémiques, en établissant dans les
chefs-lieux de département des médecins char-
gés de se transporter sur les lieux où il y a
des épidémies naissantes ; et presque toutes
les villes ont des médecins préposés à cet ef-
fet. Les agens des communes des campagnes
instruisent ceux des villes de l'apparition des
25
maladies qui ont un caractère sérieux; et,
traitées avec soin dès le moment de leur inva-
sion , elles n'acquièrent plus ces développe-
mens qui les rendaient autrefois si funestes.
J'ai été témoin de la surveillance du Gou-
vernement à cet égard, ayant été, depuis
dix ans, plusieurs fois requis de porter des
secours aux habitans des villes et campagnes
affligées de maladies épidémiques, et notam-
ment, eu l'an in, aux habitans de la ville
de Coulommiers, département de Seine-et-
Marne. Il y régnait une fièvre adynamique ou
putride, occasionée par l'accumulation des
familles de militaires dans des maisons petites,
peu aérées. La disette et la tristesse, sa com-
pagne ordinaire, avaient encore aggravé les
autres causes.
J'eus la même mission les deux années sui-
vantes pour la petite ville de Chêles, entre Pa-
ris et Lagny, et le village du Pin, canton de
Claye. Je vous donnerai la description de la
première de ces épidémies, dont les caractères
furent si graves que j'étais obligé de corres-
pondre chaque jour avec le comité de salut
public et le conseil de santé, de qui j'avais reçu

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