Projet de loi pour les mariages : présenté à l'Assemblée nationale ([Reprod.]) / par Pierre Le Noble

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chez Garnéry, libraire (Paris). 1790. Mariage -- Droit -- France -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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Publié le : vendredi 1 janvier 1790
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MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART
NBS ̃ 1010a
(ANSI and ISO TEST CHART No. 2)
THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇAISE
MAXWELL
Headington Hill Hall, Oxford OX3,OBW, UK
PROJET DE LOI
POUR
LES MARIAGES,
PRÉSENTÉ
A L'ASSEMBLÉE NATIONALE,
PAR PIERRE Ll NOBLE.
A PARIS,
Chez Ga r n â R y » Libraire me Serpente
n*. tj.
L'AV SECOND DE U LllEKTi,
Mb*sieur»,
Le ionkmK.ld.tf, hommes t/î ce qui vous
occupe l'ayant eu en vue dans cet ouvrage
c'ejl ce qui me fait efe $fer que vous en agréer^
l'hommage. Fous voule^ rappeler les droits de
t homme & fans doute un de ceux qu'on peut
le moins lui difputer cilla tibent de' difpofer de
fon cœur & de fa main.
Libres pas vous MeffieUrs nouspouvons nous
exprimer fur et, qui nous efi utile en fortant de
nos foyers nous ne craignons plus, qu'un ca-
rentrons » mais alors nous' voyons qu'il vous
refit quelque ehofe à faire & cela fil fautant
que chaque jour produit de nouvelles
victime». Que ce bienfait augmente la nconnoijjance
des Français, & ? admiration de t Univers; mais
ptrfonne nci fera jamais pU/*
qui fa dit avec un profond refpeS pour vous
MESSIEURS,
LtfoumU & adhérant
•' 'il tous vordécrets.
A
Ï?£OJETDE LOI
#P O U R
'̃• .̃̃
LES MARIAGES:
LA vérité paroit, mais, qu'elle perce dimci-
lement! L'homme naît ignorant & foible par
conféquent facile à féduire il lui a été d'au-
tant plus difficile d'acquérir des connoiflances
que ceux qui l'ont gouverné ne pouvoient le
faire qu'en l'entretenant dans l'ignorance, &pour
cela, ils, ont employé tous les moyens ima-
giïtables ils ont fenti l'influence des opinions,
aufli fe font-ils bien fervi des préjugés. Mais
déjà de grands hommes ont montré le ridicule
-de plusieurs; une heureuse révolution vient de
faire tomber une partie des nôtres que les
autres difparoifîent devant la raifon. Prenons
fon flambeau pour qu'il nous éclaire dam notre
route fur laquelle ces préjugés ont jeté tant de
ténèbres & marchons guidés par la philofophie
qui confifte chercher la nature des chûfas,- &
par-là à quoi elles font propres. Ainfi pour voir
̃(a).
fi l'homme qui fe plaint de fa condition1 eft
naturellement malheureux ou s'il ne l'eû^jue
par fa faute examinons comment il exifte, & à
quoi il efl deviné. Mon projet n'eft cependant
pas de traiter dans, cet ouvrage de fa devinée
entiere je veux feulement- parler de la ma-
nière dontil s'unit, ce qui en réfulte; de celle dont
il doit s'unir, & ce qui en rëfultera. Mais cela
feul embraffe déja une grande partie de fa vie
fon fort étant fouvent lié au mariage comme
fils comme époux ou comme pere.
Mais quand libre de préjugés je vais parler
contre eux, que mes lefteurs n'en aient point
contre moi. Trop de gens auront déja leurs
intérêts à rejeter mes raifons, & je ne puis
compter fur aucune prévention en ma faveur.
Senfiblement arTeâé de l'état où je vois les
hommes, gémiffant fur le fort de plusieurs êtres
qui me font bien chers victimes de nos pré-
jugés & de nos ufages pour les combattre je
n'ai pas examiné quelles étoient mes forces je
fuis trop ému pourgarder le filenco je vais parler.
L'ÊTRE SUPRÊME _peupla cette terre d'ani-
maux mortels il ne nous eft pas poffible de con-
noître quel fut fon deffein en les affujétiflant
à la mort & en donnant i l'homme une vie
(f)
A2
fi courte feule chofe dont il puîné peut-être fe
plaindre, en reprochant à la nature, avec Théo-
phratle mourant, de l'avoir accordée fi longue aux
cerfs & aux corneilles, qui n'en ont pas befoin
& de l'avoir donnée fi courte aux hommes à
qui il eût été iî important de vivre long-temps.
Car fi la mort n'eût pas interrompu fi tôt leurs
projets ils auroient achevé de fe perfectionne
dans toutes fortes d'arts & de fciences. Mais il
ne les a peut-être pas deftinés pour les arts &
les feiences alors leur vie peut furHre. Enfin,
quelle que foit fon intention, quand il la régla de
peu de durée,, il nous importe mains de la
favoir que de bien employer ce qu'il nous
en a accordé. Il vouloit que la terre fût peuplée
puifqu'il y avoit mis des animaux mais les
ayant fournis à la mort bientôt elle eût été
déferte. Il y pourvut en leur donnant la fa-
culté de fe reproduire; pour qu'ils agîflent felon
fon defl"ein il leur en donna le penchant & y
joignit l'attrait du plaifir. L'acte d'union des deux
fexes pour la reprodu&ion de l'efpèce eft donc
ordonné par l'Etre fupréme.Ainii combien fe
font trompées ceux qui ont érigé la virginité en
vertu & ont cru s'en faire un mérite près
de la divinité? L'intention qu'ils avorent de
lui être agréable pou voit feule les exeufer;
mais ils ne pouvoient l'être près de la focieté.
(4)
Combien de fois ceux qui avoiént fait voeu de
virginité dont -ils pas éprouvé, par la force
du penchant, qu'ils agiffoient contre nature,
& Ce font vus forcés de trahir leurs fermons.
Ne regardons plus comme une vertu quelque
chofe qui eft fi contraire à fes intentions, ce
fi oppofé au bien de la fociété. Je ne dois
pas craindre que l'on me contredife, quand
j'affirme que les aftions qui méritent le nom
de vertu, font celles qui fe coïncident fur les
dépeins de la divinité & nous y trouverons
cet avantage qu'elles feront toutes utiles à la
fociété ce qui fouvent nous les ferx recon-
aoître.
L'Être suprême'donna â l'homme un coeur fen-
fible, qui devoit le\rendra vertueux & heureux
En examinant l'effet de cette fenfibilité nous ver-
rons que,J. J. Roufleâîi s'eft trompé quand ila pré-
tendu, dans un de fes ouvrages, que les hommes
n'étoient puint faits pour vivre en fociété il
a pris les abu/ où fon a induit les hommes pomr
une preuve quecela nedevoitpas être; d'ailleurj,
il femble admettre- fur la terre moins d'habitant
qu'il n'y en a, & les fuppofe toujours errans,
tandis que nous voyons les animaux libres s'atta-
cher à certains endroits.
Dans le: deux extrémités de notre vie, ne
A 3
pouvant fubflitélr par nous-mêmes il nom
falloit des fecours, & le penchant qu'un fexe
a pour l'autre n'étant pas fumfant, & n'éxif-
tant que dans la force de l'âge notre fenfibi-
lité, dénommée alors amour paternel, y fupplée;
& tandis que nous fotnmes en rigueur, nous
tendons la main à nos enfans, qui nous fou-
tiendront dans notre vieilleffe. L'homme étant
affefté quand il voit un être fouffrir c'eft
un frein qui devoit l'empêcher de faire du
mal & ainfi le rendre vertueux. Celui qui
s'ea endurci infienfible à la peine comme au
peuvent les autres, eü ca-.
pable de tous' les vices fans qu'il foit jamais
heureux; & fi l'être fenfible fouffre de voir fes
femblables dans la douleur au moins leurs
plaifirs lui en procureront, & il fentira avec force
les fiens. L'amour, cette paillon violente devoit
répandre fur les jours ide l'homme, les plus
grandes délices tout ce qui a vie fur la terre
reffent fon influence lui doit l'exigence &
des jouiffances. L'homme s'enflamme pour un
objet lui plaire pour en jouir efl ce qu'il
defire & pour y parvenir il met tout en
ufage ému près de lui, fa feule préfence lui
caufe déja des plaifirs. Enfin cet objet :s'em-
brafe des mêmes feux qu'il a allumés leur
amour eft réciproque ,&. de grandes jouiflances
fe préparent pour eux. Se montrer leur. t«pdrefle
eft leur premier foin leur.bonheur les occupe
& dans la plus douce étreinte, ils ont des plaifirs
que fon fent, mais qui ne peuvent fe décrire.
Leur union donne le jour à de nouveaux êtres
qui, fruits d'un violent amour, font bien chers
:à leurs auteurs dont ils «errent les liens. Chacun
s'y reconnoit, air.fi que l'objet de fon amour,
qu'il croit careffôf en careflant l'enfant dans la
psrfotine duquel ils s'identifient. Au fein de
l'amitié ce fils croît à peine il refpire qu'il eft
déjà clidri fes premiers pas font formés fous
l'œil paternel c'efî de leurs bouches qu'il ap-
prend à prononcer leurs noms, à-dire qu'il les
aime. Son éducation eft loin d'être pour eux
une peine ils y. apportent les plus grands foin»
auffi l'enfant profite des leçons qu'il voit lui
être données par arni»é &; feniîble à fes foins,
il en conferve la reconnoiffance la plus étendue..
Son cœurs'eft empreint des vertus de res peres,
qieils lui ont inculquées par préceptes & par
exemples vertueux il eft heureux & jet p -of.
perites viennent augmenter leur fati&faftion. Déjà
il eft homme fait c'eft alors qu'il paie le tribut
de reconnoitfance qu'il leur doit pour la vie
qu'il a reçu d'eux la manur i de vivre qu'ils
(7)
lui onè appris. Vieux, infirmes, ils ont befoin
de foutien il eft l'appui la confolation de
leur vieilleffo il leur rend tous les foins qu'ils lui
ont prodigués dans ton enfance, & égaie quel.
quefois leurs derniers jours par d'agréables fou-
v«nirs qu'il fait naître. Il eft encore un fen-
timent moins violent que l'amour, qui pour
être plus doux ,vn'en eft" que plus durable &
plus étendu, puifqu'ii eft de tous les âges &
exifte entre deux perfonnes du même fexe
voudroit-on donc exclure l'amitié de l'état de
nature de l'homme ?
Par cette chaîne d'attachemens & d'Qbliga-
tions, l'on voit les hommes unis & la fociété
établie. Il eft, je crois à propos de détruire
une erreur que bien des gens ont commise, en
regardant, l'état naturel St l'état focial comme
ne pouvant exifter réunis & ils difoient:
L'homme eft fait pour vivre félon fon état .de
rature en vivant dans nos Sociétés, Une peut
cqnferver cet état de nature il n'eft donc point;
fait pourlafociétë. Mais il eft facile de voir que
s'il ne. vit pas dans la fociété félon fon état
naturel c'eft parce que les inftitutions que l'on
'y a faites s'y oppofent qu'on les change,
qu'on les faffe de manière à ne pas gêner les
penchans naturels $ pour lors l'homme vivra
dans la rejeté de
telles lois
c'eft arriver la perfeaion & l'homme peut-il
efpércr d'y atteindre ? Du moins on peut croire
qu'elles feront meilleures car en faifant. les
anciennes, l'on n'avoit pat ce but.
Je ne chercherai pas à découvrir la fpufce
de tous nos principes, nos préjuges, nos
ufnges ni à montrer combien ils font contre
nature & doivent rendre malheureux ceux
qui les ont. J'ai déja tracé les limites' de cet
ouvrage, & je ne parlerai que de l'amour. Il
e/l naturel à l'ignorance & au faux-Savoir
.d'aimer l'extraordinaire, comme c'eft le propre
de la feierce d'en montrer l'erreur & de la
détruire. Les hommes qui nous ont précédés
vivent dans la plus grande Ignorance, ou
n'avaient que quelques lumières état toujours
plus à craindre que le premier. Enfin quand
nos ancêtres ont caraflérifé ce qui étoit vertu,
& ce qui méritoit l'admiration, ils ont été
dirigés par cet emhoùfiafme de l'extraordinaire
& du merveilleux. Ceux qui ont parlé au nom
de l'Être fuprême, lui ont donné leurs goûts, &
ont dit qu'il étoit beau, & que c'étoit nne aetion
q-ui lui etoit agréable que de réMer à l'amour,
& de renencef même aux agrémens de la fo-
(9)
cie'té cependant ceux-là même fe font peu
fonciés quelquefois de plaire â Dieu [mais
leurs dogmes ayant été adoptés ils ont
réglé l'opinion publique, & l'amour a été mis
au nombre des vices. Dès la plus tendre enfance,
l'on, nous prémunit contre lui,,on le combat
même avant qu'il exifte, tant il eft redouté.
Pour moi, qui fonde mes principes fur d'autres
bafcs, j'ai une toute autre façon de penfer,&
je regarde comme ridicule de dire au nom de
l'Etre fuprême, qu'une chofe dont il eft le prin-
cipe eft mal. Cette contradiction n'exifta jamais
que dans leur imagination. Qu'ils. accordent à
Dieu la bonté, ce qu'ils ne pourront fans doute
lui refufer avec cette arme je les confondrois
encore car ce feroit être méchant que d'ac.
corder à des êtres des beautés des attraits,
avec la faculté de les connoîne, de les apprécier
&le désir de, les polder, puis trouver mauvais
qu'ils en jouirent. Enfin, d'après eux un fexe
ne devroit voir dans l'autre que des objets
créés pour faire naître en lui des payons qu'il
doit contenir, c'eft-à-dive, pour fon malheur.
Et moi d'un fentiment toujours oppofé au
leur je vois dans les femmes des objets fait?
pour nouscharmer, pour nous rendre la vie
agréable, nous donner des plaiiirs que je
favoure autant qu'il eft en moi d'efprits fenfitifs.
(io)
Nous fommes trop éclairés pour ne pas fentir
la fauffeté de leur opinion. Certainement, Dieu
doit voir avec plaifîr deux coeurs s'aimer oc
s'unir; mais l'intérêt de notre fociété veut ré-
gler ces unions. Il faut qu'elle établiffe des
lois pour que ces unions procurent du bonheur
àfes membres, à elle dés enfans vertueux, Se
pour réprimer les défordres qui pourraient en
provenir.
Notre éducation, joi nte à d'autres caufes peut-
être plus fortes dont le libertinage eft une des
principales n'a pas laiffé que d'affoiblir chez
beaucoup d'êtres l'amour, qui comme on le
verra dans la fuite, eft réellement utile à notre
félicité mais quoique affQiblie cette paffion
eft .encore affez violente pour que contrariée,
elle ait produit les plus grands malheurs l'ex-
périence ne nous raque trop prouvé. Un contour
agréable dans la forme, des manières aifées &
gracieùfes un caractère doux, une belle ame,
un efnrit vif & délicat, peuvent toucher l'homme
& lui faire aimer l'objet qui les poifede. Quand
fon créateur lui donna un coeur fenfible pour
fon bonheur il vouloit que deux petfonnes
qui s'aiateroient furtent unies fa volonté eft--
marquée par leurs defirs & ils fuffifent pour
1 es unir & les rendre heureux dans l'état de
( Il,)
nature. Mais que notre coutume eft loin de
concourir au même but.- Si ces qualités qui
excitent rameur fe trouvent dans une perfonne
que la fortune met au-defli» ou au-deffous de
celui qu'elles. ont touché, il ne peut la poffé-
der lors même qu'il en feroit aimé, cet
amour réciproque feroit deux infortunés au lieu
d'un. Quoiqu'ils s'aiment, quoiqu'en s'uniffant
ils feroient heureux & auraient des enfans
qu'ils aimeroient tendrement, à l'éducation def-
quels its donneroient tous leurs foins & qui fe-
roient ainfi vertueux; toutes ces raifons né peuvent
engager les parens à les unir. Si les familles
des deux amans font ennemies, c'«ft affez pout
mettre un obftacle leur union entre plufieurs
rivaux, les parens choififfent encore celui qui
leur plaît le plus. Enfin ce font de femblables
raifons qui décident des mariages Se non pas
l'amour des époux dont le bonheur femble dé-
pendre de convenances qui leur font étrangères.
Souvent brûlant du plus violent amour pour un
objet il faut qu'ils viennent jurer leur foi à
un autre, & confentir à paffer leur vie avec
lui. Rien de plus commun auffi que .le faux de
ce ferment car le cœur commande à la bou-
che mais elle n'a fur lui aucun empire. De?
liens formés par amour les euffent rendu,
heureux triais qu'un fyftêmë oppofé eli loin
de produire le même effet! & le malheur des
époux n'eft pas la feule chofe qui en réfulte
j'y entrevois encore la caufe de la dépravation
des mœurs.
Si les enfans que l'on a d'une perfonne que
l'on aime font chers l'on eft peu attaché a
ceux qui nous viennent d'une pérfonne qui
nous e!i indifférerué & encore moins aux fruits
d'une union qui rend infortuné auffi les en-
fana malheureufe» & innocentes viôimes fe
reffentent beaucoup de la méfintelligence de leurs
parens. Qu'importe à des époux l'éducation de
leurs fils pour qui ils n'ont aucune tendreffe ?
Ils, les abandonnent à eux-mêmes ou les met-
tent entre les mains de gens qui y prennent peu
d'intérêt, & fouvent flattent leurs goûts & leurs
partions pour ne pas gêner les leurs. Il efl bon
de confidérer que fi les peres aiment peu leurs
enfans ils ne doivent pas en attendre une grande
tendrefle car nous ne fommes pas engagés à
une grande reconnoiffance envers nos pères
pour la vie qu'ils nous ont procurée fans en
avoir l'intention mais les foins les peines
qu'ils fe font donnés pour nous élever, font ce
qui conftitue l'obligation & la tendreffe des fils
envers leurs peres. Ainfi les époux mal unis
( «J )
font peu attachés à leurs enfans ne veillent
point à leur évocation, & ces enfans n'ont
pour eux ni reconnoifiance ni attachement.
Et que deviendront-ils étant ainfi négligés ? Mal.
heureufement le mauvais exemple eft toujours*
ce que nous voyons le plus parce qu'il fe fait
plus de fautes que d'actions vertueufes; leur
efprit s'en empreint le plus, n'ayant perfonne'
qui les leur faire diftinguer & apprécier. Quand
les paffions viennent à naître. ils ne peuvent
trouver chez eux de frein alors ils fe jettent
dans des écarts où eft la fin de l'honneur &
de la vie. eur infortune vient mettre le comble
à celle de leurs parens ils dévoient être l'ap-
pui, la consolation de leur vieilleffe ils en font
les tourm s.
Un enfant fur le refus que fes parens font
de confentir à fon union avec l'objet de fon
amour voyant qu'il ne peut en jouir légiti-
mement, perd toute retenue & commet les
plus grandes fautes ce qu'il n'eût sûrement pas
fait fi on les eût unis. Il n'ofe être fenfible
foit par l'idée qu'on lui a donné de l'amour
4oit par la crainte d'être obligé de renoncer i
l'objet qu'il aimerait pour paffer dans les bras
d'un autre & quand on l'unit il n'a que de
l'indifférence pour celui qu'il époufe. Quand
C«4)
lei parens ont marié leur enfant avec une pèr»
fonnequilni eft indifférente ,& peut être qu'il
hait parce qu'elle a été préférée à celle qu'il
aimoit il vient fe joindre a cela l'ennui &
le mépris qu'oceafionnent les défauts qu'un com-
merce intime & habituel fait découvrir & qu'on
n'efl pas dlfpofé à pardonner. Le peu d'amitié
qu'îl fait à fa moitié ne l'engage pas à être plus
aimable alors fa maifon lui devient infup-
portable il s'en éloigne & va cherjfher ailleurs
un repos & des plaifirs qu'il ne trouve pas dans
fon hymen. Toujours attaché à fon amant, ou
bien fans amant mais n'aimant pas fon époux
un autre lui infpire aifément de l'amour, &
l'adultere fouille la couche nuptiale. En voici
encore une raifon les parens arrêtant entre
eux les mariages de leurs enfans guidés feule..
ment par des rapports d'intérêts, les prétendus
fe voyant très-peu avant de s'unir, & n'ayant
pas befoin de fe plaire il leur importe peu de
fe bien bien comporter & d'être eftimables.
Par l'effet que produit l'amour contrarié, il
fe trouve qu'il eft plus à portée de l'être, &
que les effets fe multiplient car les pères peu
attachés k leurs enfans confultent moins leurs
goûts fe fervent bien plus de leur autorité
k les enfans n'étant pas aimés de leurs peret
ont moins d'attachement font plus vicieux
par conséquent plus enclins à fe mal compor-'
ter,& l'exemple, la fréquentation de ceux qui font
corrompus achevent de perdre le refle. Par cet
%rbrcde corruption dont les branches fe multi-
plient à mefure qu'elles s'éloignent du tronc
c'eft-à-dire des premiers mariages forcés & mal
affortis l'on voit quelle eft la caufe de la dé-
pravation des moeurs.
Combien h*eft-il pas de perfonnes i qui la
privation de l'objet de leur amour a coûté 1*
vie; d'autres qu'elle a engagés à renoncer aux
plaifirs de l'hymen Et plufieurs fe font retire'*
d'un monde où ils étoient fans doute bien mal-
heureux, puifque c'étoit pour aller paffer leurs
jours dans la retraite & des pratiques très-
auflères. Enfin pour achever de mentrer com-
bien nos unions font mauvaifes il fuffit de
rappeler l'idée que nous avons de l'hymen
nous le regardons comme une lotterie où le
hafard nous donne plus ou moins de peines
de regrets, de chagrins. Auffi des gens effrayés
préferent le célibat qui eft contraire aux
intentions de la nature & au bien de la fociété.
Il déplaît l'Etre fuprême,parce qu'il va contre
les lois qu'il a établies pour la procréation
il eft contraire au bien de la fociété parc* qu'il
(i6)
la prive des êtres qui proviendroient de 1'uniott
des célibataires & fi ceux qui l'ont embraffé
ne le fuivent pas avec auftérité ce ne peut
être qu'en mettant chez elle du désordre.
Que de maux produits par nos inftitutions
& le tort qu'elles, font aux hommes neû pas
feulement proportionné de zéro à un mais
de zéro à deux, parce qu'il y a un de perte
& un de fouffrarice car non-feulement elles
nous rendent malheureux mais encore nous
privent de grands bonheurs. Il eft fi vrai qu'elles
font propres à contrarier la nature dans l'hom-
me, & à lui donner un cara&ere oppofé i
celui qu'il reçut d'elle, que dans les villes ou
ces inftitutions ont plus de force la nature
en eft bannie & plus les cités font nom-
breufes, plus la nature y eft gênée & les
hommes corrompus à mefure que l'on
s'en éloigne l'on trouve la nature moins défi-
gurëe & la nuance du mal affoiblie. Il faut
connoîtré la nature il faut avoir goûtë- fes
charmes pour favoir combien elle procure de
plaifirs. Elevé dans des lieux où elle règne, j'y
ai patte des momens bien doux dans d'autres
temps je dirai ce qu'a d'agréable le genre de
vie que je menois maintenant je vais fimple-
ment parler de quelques obfervations que j'ai
faites
C'7)
&
faites, qui viendront à l'appui de mes principes
& détruiront cette faufle idée que bien des
pères ont, que pour élever les enfans à la
vertu il faut les contraindre.
Une ,honnêteté libre & une grande fami-
liarité regnent dans là campagne; les hommes y
font égaux, ou du moins l'inégalité y eft légère
tous les habitans d'un canton fe connoiffent
les dimanches & fêtes ils fe raffemblent dans
des lieux où les jeux le chant & la danfépré-
iident; les vieilles gens s'y placent fur des. bancs
examinent, rient & fe reffouviennent ce font
les juges du camp le plajiïr de caufer les dé-
dommage de la foibleffe de leurs jambes. Celui
qui en: coupable redoute le jour de l'affeinblée
car on y rapporte tout ee qui s'eft fait de bien-
& de mal auffi le caraâere d'un chacun &
fa conduite font connus. Quand ils s'àniflehtV
ils favent avec qui ils pafferont leurs jours
n'ayant tous pas grand'chofe, il y a, comme je
l'ai dit moins d'inégalité ce qui fait qu'il y
a moins de mariages d'intérêt, ,& qu'il y eti
a plus de contraftés par amour: En s'unifîant
ils fe connoiffetit & s'aiment. Voyons ce qui
en réfulte. Dans leurs ménages il, régne beau-
coup d'accord; la tendreffe paternelle & filiale
y efi grande les enfans y font élevés par leuw
( i8)
parens & ils profitent- de leur éducation. S'il y
en a qui ne font pas ainfi, ils n'ont pas ctc
contraaés comme je Fat dit ci-dcffus n'ayant
pas-parlé de la totalité & s'ils n'ont pas trouve
dans l'hymen 1» bonheur que j'ai dit y être,
s'il y a dans leurs ménages quelques diffemioiu
ce n'en: pas un défaut du principe l'on en
trouvera la fource dans «os inilitutions fociales.
Si l'exercice «ft bonà l'homme, un travail forcé
lui eft contraire': la
viens de parler, e& obligée à des travaux au-
defîus des forces de l'homme, c'eft-à-dire qu'ils
ne peuvent les fupporter qu'en y employant
des fucs néceffa-ires pour goûter les pl.vfirs de
l'hymen, 8c leur conilitution fe forme aux dé-
pens du cempérament leur pauvreté ne leur
permet pas de prendra dé bonnes nourritures
ni en afl'ez grande quantité, ifc les lueurs ex-
ceflives que leur font répandre ces travaux
achèvent de les rendre foibles. S'ils font mal-
heureux Ç\ l'hymen leur procure peu de fé-
licité, c'eit donc à nos inilitutiens feules qu'il
faut l'attribuer. Efpérons que notre nouvelle
époux
con£iuiifant la perfonne avec qui ils s'unillent
& mo-
iJùs gwn d'intérêt» n'éprouvent point dan*
B i
les mariages ces maux -fi fréquens. dans ceux
que fon contracte à la ville, où l'on s'époufe
fans fe connoître par conféquent fans favoir fi
l'on fe convient auffi quand on y dit que deux
personnes fe conviennent, l'on n'entend pas
dire que leurs carafteres sympatiferoient bien
mais que leur fortunes font proportionnées. Ce
qui eg une preuve affirmative que l'hymen ne
donne pas `aux payfans autant de défagrémens
c'eft qu'ils le redoutent moins du'il y a chez
eux moins de célibataires $,'il leur procure
des maux s'ils le craignent; s'il y a quelques
célibataires c'eft leur extrême pauvreté qui en
eft la caufe; il leur répugne de donner le jour
à des êtres qu'ils ne pourraient nourrir vêtir,
& à qui ils n'auroient à léguer qu'une affreufe
miferé:
La familiarité qui règne parmi eux la
liberté du fexe car fes travaux exigent foa-'
vent qu'il foit feul même dans des lieux cachés
& déferts eh bien cette familiarité cette
liberté, loin de leur faire commettre des fautes,
tournent à leur avanfage par la facilité que cela
leur donne pour s'étudier. Le feul préfervatif
du vice eft la vertu. L'on s'eft bien trompé quand
l'on cru ravir à l'amour le cœur d'une jeune
fille en l'enfonçant dans la retraite & lui ôtant

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